Montségur et les Cathares [2018-2019]

Le 12 mars 1244 se termine le siège de Montségur, cet épisode marque la fin du catharisme dans le Sud de la France. L’Église romaine et le roi de France ont remporté définitivement ce bras de fer qui les opposaient au catharisme, ils réussissent à prendre ce village au bout d’un très long siège. Cela termine la guerre qui opposait les Cathares du sud de la France (et plus généralement Français du sud de la France et les comtes de Toulouse) aux catholiques représentés par le roi de France et le Pape. L’objectif est de mettre fin à cette dissidence présente dans le Midi (pour que l’influence des cathares n’existe plus), de remettre les comtes à leur place et de permettre au roi de France de soumettre ces terres. Pourtant, Montségur n’a jamais été auparavant une grande ville dans la région, ni un centre religieux, ni même un centre politique, Montségur a donc obtenu un pouvoir, qui a augmenté avec le temps. Mais comment ce village a pu accumuler ce pouvoir, alors qu’il semble aujourd’hui, si on le regarde sur une carte, isolé voire presque sans intérêt, peu peuplé et loin des capitales régionales que sont Toulouse ou Foix par exemple ? Ce village n’avait rien au départ qui le destinait à devenir un refuge ; comment un simple castrum fondé par Raymond de Péreille est devenu la capitale du catharisme et a résisté pendant quarante ans aux deux grandes puissances de son temps : l’Église romaine et le roi de France ?

D’abord, nous présenterons la zone du castrum (les avantages comme les inconvénients), mais aussi les édifices importants de Montségur, comme le Roc de la Tour et d’autres fortifications. Ensuite, nous verrons la situation de ce village qui devient progressivement un centre religieux mais aussi les mouvements de populations qui commencent à affluer vers Montségur. Pour finir, nous verrons le dernier acte de la croisade des Albigeois et le long siège de Montségur en 1244 qui va amener à la chute du castrum.

I) Le Village de Montségur avant 1229 : (Soumission de Raimond VII à la France, traité de Meaux-Paris 1229)

En 1204, Raymond de Péreille aurait « reconstruit » le castrum de Montségur, qui était alors détruit. Ceci laisse supposer qu’il existait déjà une installation avant 1204, appelée par les historiens « Montségur 1 ». Castrum signifie en latin « camp retranché ». Nous allons voir les raisons de la reconstruction du château.

a) Les origines du château, la situation de la zone :

Le village en lui-même est situé sur une montagne appelée « pog ». Ce mot viendrait de l’occitan « pech » qui vient lui-même du latin « podium », qui signifierait « éminence », désignant la montagne qui ressemble à un pain de sucre de Montségur.

Jacques Jany
Vue aérienne du Pog de Montségur par Jacques Jany, tirée du site http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php?commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=104

L’appellation « Montségur » apparaît pour la première fois dans la deuxième partie de la Chanson de la croisade albigeoise composée vers 1228, ce nom signifie en occitan « mont sûr ». En effet, le village est situé sur une montagne, à 1207 mètres d’altitude. La montagne n’offre autour d’elle que des pentes très importantes, qui ne permettent ni la construction d’un nombre important de maisons, ni la mise en culture des sols. C’est donc un endroit bien placé pour se protéger, car il est difficile d’accès. Les habitants du village ont dû faire des terrassements à leur terrain pour construire leur maison. Le castrum fut créé pour sécuriser des routes commerciales comme celles qui reliaient Mirepoix et Lavelanet à Prades et Montaillou. Le castrum est un mot de bas latin qui souvent qualifie la fortification ou la zone habitée de Montségur. Avec Montségur 1, c’est plutôt un « poste fortifié » alors que pour Montségur 2, il s’agit d’un « village fortifié ». Sur le « poste fortifié » de Montségur, il ne nous reste pas beaucoup d’informations (nous ne savons pas pourquoi il a été retrouvé détruit, car même s’il y a des hypothèses, aucune n’a été validée).

b) Montségur 2 et Raymond de Péreille :

De 1204 à 1244, la cité fut dirigée surtout par Raymond de Péreille (vassal du comte de Foix et du comte de Toulouse), qui va apporter les modifications de Montségur 2, créé à la suite d’une demande de Raymond Blasco et Raymond Mercier (diacre cathare de Mirepoix) à Raymond de Péreille, pour se protéger des actions du pape Innocent III qui avait commencé une épuration du haut clergé cathare depuis 1203. Il faut aussi associer à cela des appels de la part du Pape au roi de France et au roi d’Aragon à lutter contre cette hérésie dès 1204.

Raymond de Péreille a hérité de Montségur grâce à sa mère : Fournière de Péreille (d’où il tient son nom d’ailleurs), qui était châtelaine de Péreille et de Lavelanet.

Les Péreilles sont liés à la famille Mirepoix. Le père de Raymond de Péreille était Guillaume Roger de Mirepoix. C’est de cette branche que vient le catharisme au sein de la famille, car sa « belle-sœur » par alliance est Marquesia de Tonneins, une cathare.

Michel Sabathier / Sylvane Pomiès
Reconstitution du Castrum par Michel Sabatier et Sylvane Pomiès, tirée du site internet http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php?commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=102

Le « village fortifié » de Montségur était formé d’une demeure fortifiée pour le seigneur, appelée castellum ou castèl. Autour se trouve le village cathare où se trouvait la maison seigneuriale de Raymond de Péreille et de sa famille. Le village était entouré d’une enceinte castrale. Sur le versant nord comme sud, il y a une ligne défensive formée de chicanes pour protéger les abords du château. Il y avait au nord-est de la ville le Roc de la Tour, qui était une tour de guet. En remontant de cette zone vers le village, se trouvait une barbacane, autre ligne de défense.

Le système de défense cathare, par Michel Sabatier et Sylvane Pomiès, image tirée du site http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php?commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=103

II) L’Orgnisation de la cité cathare

Le catharisme avait été reconnu dans le midi de la France comme une hérésie et en 1209, le Pape Innocent III lança la croisade contre les Albigeois. Elle se termina en 1229 avec la capitulation du Comte de Toulouse. La même année, s’ouvrait l’Université de Toulouse dont l’Église romaine espérait qu’elle constitue une puissante arme intellectuelle contre l’hérésie. Pourtant les « bons hommes » continuaient de prêcher leur religion clandestinement.

En 1232, Guilhabert de Castres, un évêque de la haute hiérarchie cathare, vint demander à Raymond de Péreille, le seigneur de Montségur, d’établir le siège et la tête de l’Église cathare en ces lieux afin de pouvoir envoyer et défendre ses prédicateurs. Cette requête nous montre que Montségur n’avait pas été construit pour en faire le haut-lieu du catharisme. Mais cette implantation va permettre à l’Église cathare de survivre malgré la mise en place de l’Inquisition.

 

Image de Guilhabert de Castres tirée de la page web http://www.lemiroirdutemps.com/article-23-le-catharisme-dans-le-midi-guilhabert-de-castres-38725021.html

En 1234 s’est ouverte la grande histoire de Montségur qui a duré 10 années pendant lesquelles Guilhabert de Castres puis Bertrand Marty ont dirigé l’Église clandestine. La sphère d’influence des cathares portait essentiellement sur la noblesse activiste du Sud Lauragais et du pays d’Olmes qui refusait de se soumettre au Roi. Les chroniques de l’époque nous renseignent sur la présence de 200 parfaits et parfaites brûlés en mars 1244 mais il y avait aussi une population locale laïque. En tout, le castrum de Montségur accueillait environ 400 personnes. Avec toute la population dans le château de Montségur, l’organisation d’une société y était complexe. Montségur s’exposait aux coups du pouvoir royal et de l’Église romaine. Il fallait ainsi constituer une garnison d’hommes d’armes afin de défendre la population et protéger ce château qui se trouvait dans un pays appartenant à un seigneur catholique. Il fallait également nourrir la population, ce qui était un autre défi car elle se trouvait au fin fond d’une contrée montagneuse et au sommet d’un pic rocheux. Il y avait à Montségur des échanges commerciaux avec les paysans et également d’importants dons de nobles convertis à la religion cathare.

Toutes ces tâches étaient assumées par le cousin de Raymond de Péreille : Pierre Roger de Mirepoix le Jeune. C’est lui qui en fit le repaire quasi inviolable des cathares qui résista pendant 10 mois aux assiégeants, en faisant en sorte qu’il y ait assez de nourriture et assez d’arbalètes et de flèches. Si les évêques cathares Guilhabert de Castres et Bertrand Marty étaient l’âme de Montségur, Pierre Roger de Mirepoix en était la tête et le bras. Avec le traité de Paris qui résultait de la croisade contre les Albigeois, le comte de Toulouse Raymond VII devait déposséder les cathares de leurs terres. De plus, le Pape Grégoire IX nomma des inquisiteurs dans le sud de la France car la religion cathare était encore trop influente et l’Église romaine perdait du pouvoir. Avec l’influence de Montségur sur les nobles convertis de la région, ce castrum constituait un foyer de résistance politique envers le roi de France catholique. Tout ceci mena au grand siège du château.

III) Le village de Montségur durant le grand siège

En 1243, l’armée du sénéchal de Carcassonne composée de quatre mille hommes environ se dirige vers Montségur et ils commencent à poser le siège de cette place forte en mai 1243. Ce dernier s’éternise et la résistance armée du village s’organise autour de dix-neuf chevaliers, le reste de la troupe est constituée de sergents et d’arbalétriers qui sont au nombre de cinquante-cinq au début du siège. Mais en novembre 1243, un contingent de soldats et des ingénieurs capables de confectionner des armes de siège arrivent pour le siège de Montségur. Cette opération est désormais possible puisque quelques jours plus tôt, un contingent de Gascons connaissant bien les lieux a réussi à prendre possession d’une tour proche de la forteresse pour y positionner une machine de jets. Cet événement est un tournant majeur lors du siège de Montségur car à partir de l’installation de cette machine les assaillants ne cessent d’harceler le défenseur, même durant Noël qui doit être un jour de paix pour tous les chrétiens. Les derniers survivants du village finissent par négocier la reddition de la forteresse avec les troupes royales en mars 1244.

Hérétique cathare sur le bûcher (Archives nationales, Paris) selon le site Herodote

Le choix est donné aux assiégés d’abjurer leur religion ou de périr sur le bûcher. C’est ainsi que d’après différentes sources historiques tous les cathares présents refusent de renoncer à leur croyance et le 16 mars 1244, plus de deux cents parfaits sont brûlés sur le bûcher. Néanmoins, cet événement est à prendre avec une certaine prudence car là aussi les sources divergent grandement quant à la véracité de cet événement, certains historiens prétendent que le grand bûcher est une invention de l’Église romaine afin de déstabiliser les derniers cathares présents dans la région. Après le siège de Montségur, plus aucune place forte cathare ne se déclare dans la région ; ceci est dû à la présence de troupes royales et aux membres de l’Inquisition venus pour rétablir la foi catholique dans la région.

Conclusion :

Nous venons ainsi de voir comment Montségur est passé du statut de simple village ariégeois au statut de la dernière citadelle du catharisme face aux représentants catholiques que sont l’Église de Rome et le roi de France. Ainsi, en raison de la montagne de Montségur, les assaillants ont eu du mal à prendre la place forte construite pour protéger les élites cathares. Mais finalement, la croisade des Albigeois va obliger les populations à se réfugier dans les Pyrénées, notamment dans ce village. Il va devenir le symbole de la résistance cathare qu’il faut briser, notamment à cause des religieux qu’il abrite. Les suzerains et comtes de Toulouse qui vont retourner leurs vestes participeront ainsi à la prise du village, très longue à cause du relief. Malgré tout, ils tombent tous et le château sera détruit. Le château que nous voyons aujourd’hui est le château construit par les Français postérieurs à 1244. Nous pourrions nous demander quelles furent les conséquences à long terme sur Montségur et sa région, que ce soit par la culture cathare, mais aussi ce qui entoure la fin de la résistance cathare, comme le bûcher.

Bibliographie et sitographie de la présentation :

Photos :
http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php?commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=104
http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php? commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=102
http://www.lemiroirdutemps.com/article-23-le-catharisme-dans-le-midi-guilhabert-de-castres-38725021.html
https://www.herodote.net/16_mars_1244-evenement-12440316.php
http://www.pyreneescathares-patrimoine.fr/montsegur.php?commune_id=5&ccPath=57&cbox_id=103

Etudiants : L2 MAFFRE Martin, L1 JEAN Théo et LE POUHAER Elouan.

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