Louis I et Louis II d’Amboise : évêques et seigneurs d’Albi [2020]

Louis I et Louis II d’Amboise évêques et seigneurs d’Albi, entre autorité spirituelle et temporelle.

 

Blason de la famille d’Amboise
Source : Famille d’AMBOISE

 

Il était reconnu à l’Église un pouvoir spirituel exercé sur les âmes, concernant le Salut à travers la définition et le maintien du dogme. Aux souverains était reconnu le pouvoir temporel, restreint aux affaires humaines et à l’ordre social. L’Église a pourtant joui, au Moyen-Âge et aux Temps modernes, d’une extension de son pouvoir dans le domaine temporel. C’est le cas du diocèse d’Albi dont les évêques, depuis le XIIIe siècle, sont à la fois seigneurs et évêques, cumulant pouvoirs spirituel et temporel. Au XVe et XVIe siècles les évêques Louis I et Louis II d’Amboise apparaissent comme l’archétype de ces seigneurs-évêques.

La relation juridique et religieuse

La réaffirmation du pouvoir pontifical

Portrait de Louis I d’Amboise
Source : Histoires du diocèse et des paroisses du Tarn – Des origines à nos jours

 

Il est important pour le Roi de France Louis X, son successeur Louis XI et pour le Pape Sixte IV de mieux s’entendre concernant le diocèse albigeois. Il était ainsi nécessaire de réaffirmer la parole papale et surtout le catholicisme sur les terres du diocèse. C’est pourquoi il était important de lier les deux pouvoirs incarnés par le Seigneur et l’Évêque. Ils sont les représentants du Pape et c’est lui-même qui les a nommés et non le roi (le roi ne nommera les évêques qu’à partir du Concordat de Bologne en 1516).

Prérogatives disputées avec les Consuls

Les terres de l’évêché et de la seigneurie viennent à se mélanger, offrant alors à Louis Ier d’Amboise et son successeur un très grand territoire à administrer et à gérer, tant bien dans son développement comme par exemple les voies d’accès, que dans son économie en récupérant les impôts (la taille et la dîme). Les consuls sont les représentants de la communauté d’habitants, ayant reçu un pouvoir provenant du roi et sont à la charge de l’administration de la ville, de sa protection et de son développement qui peut ainsi se décliner en plusieurs formes. Ce développement peut être urbain avec la construction et la rénovation d’édifices comme par exemple de multiples travaux affectant la muraille. En effet, Albi possède une grande enceinte qui nécessite bien sûr un entretien. Ils possèdent ainsi, de la part du roi, des prérogatives, signifiant alors des pouvoirs ou des privilèges que l’évêque ne possède pas, le cas inverse est à noter. Ces droits sont disputés, notamment à cause de plusieurs griefs amenant les consuls et les évêques (et surtout sous Louis II d’Amboise et ses successeurs) à être dans un grand désaccord constant.

Un contrôle des marchands pasteliers

Les marchands pasteliers sont les réels pivots de l’économie albigeoise, ils permettent son développement et son enrichissement. Cependant, cet amas de richesse est perçu comme l’un des 7 péchés capitaux (l’avarice). Cette cupidité marchande amènera Louis I et Louis II à exercer un contrôle strict sur les marchands, freinant ainsi le développement de la seigneurie.

La Culture et les réformes religieuses

Louis I et Louis II d’Amboise, des réformateurs religieux

Portrait de Louis II d’Amboise
Source : Histoire du diocèse et des paroisses tu Tarn – Des origines à nos jours

Les évêques d’Amboise sont les moteurs de nombreuses réformes qu’ils ont mises en place dans leur diocèse. Louis I s’appuiera sur ses talent de politicien et sur ses nombreuses relations pour mener à bien ses réformes. Il commence par faire appliquer le programme des réformes instaurées par les États généraux de Tours en 1484 et celles du concile national de Sens en 1486. Il fait appel à Rome et à l’aide du Pape pour dissoudre les chanoinesses de sainte Catherine en 1487. Il convoque les États généraux d’Annonay en 1490 afin de préparer le terrain pour ses réformes. Ce sont les franciscains du couvent des Cordeliers qui seront les premiers à se heurter aux méthodes autoritaires du prélat, lorsqu’en 1491 il remplace 11 sur 13 des franciscains par des religieux plus stricts. Ses réformes feront de Louis I d’Amboise le chef du parti réformiste de France entraînant un mouvement de réformes dominicaines dans les provinces méridionales. Ses méthodes sont aussi bien reconnues par le Roi, qui les fait appliquer en 1493 lors de la commission ecclésiale de Tours, mais également par le Pape qui lui attribuera en 1502 le titre de « juge spécialement député par l’autorité apostolique sur le fait de la réformation« . Louis II prolongera son élan réformateur.

Le paysage architectural : la monumentalité des évêques

Photographie personnelle de la cathédrale d’Albi et de ses alentours.

La demeure des évêques, le Palais de la Berbie, de par son positionnement au centre de la cité épiscopale fait transparaître l’importance des évêques dans le paysage. A son arrivée à Albi en 1474, Louis I d’Amboise trouve un château médiéval sombre. Il va alors décider de faire d’importants aménagements dans le palais pour en faire un logement digne de son rang. Le Palais de la Berbie représente le pouvoir temporel et la cathédrale Sainte-Cécile le pouvoir spirituel. Plus tard Louis II fondera en 1507 le couvent de Fargues sur la promesse que son oncle avait faite à Jeanne de France.

L’imprimerie, outil de diffusion des réformes des d’Amboise

Louis I va, en 1480, faire appel à Johann Nëumeister un des disciples de Gutenberg qui se rendra à Albi pour y installer l’imprimerie. Elle permettra à Louis I de mieux diffuser ses textes de réformes à l’intérieur de son diocèse mais aussi dans tout le royaume de France. Albi sera avec Lyon et Paris la troisième ville de France à posséder une imprimerie.

Louis I et Louis II d’Amboise : L’art au service de la Foi

Les évêques, des mécènes appréciés

Photographie personnelle de l’intérieur de la cathédrale d’Albi

Le diocèse d’Albi a également été marqué par le mécénat des Amboise. Ils sont en effet responsables de travaux de rénovation et d’embellissement notamment sur la cathédrale Sainte-Cécile, parmi lesquels on peut compter la réalisation de la fresque du jugement dernier, la construction du nouveau chœur, de tribunes, de voûtes, mais aussi des étages supérieurs. Il faut préciser que ces aménagements ont été réalisés avec les fonds personnels des Amboise. On remarque deux styles artistiques différents utilisés par les Amboise : Louis I, fit appel à des ateliers franco-flamands, tandis que Louis II, fit lui appel à des ateliers italiens, contemporains de Michel-Ange.

Une démonstration du pouvoir catholique |  Le Jugement Dernier

 

En France et en Europe de manière générale la religion chrétienne catholique (sauf quelques exceptions notables tel que l’Angleterre ou la Russie) possède un vaste pouvoir. La cathédrale d’Albi, construite telle une forteresse aux lignes épurées afin d’affirmer la foi catholique, accueille à partir de 1474 en son cœur une fresque commandée par l’évêque Louis I d’Amboise fraîchement nommé à l’archevêché d’Albi. De 200m2 de surface, cette fresque est reconnue comme étant la plus grande du monde sous un style du XVe siècle. La fresque présente tous les péchés capitaux et le destin de ceux qui pêchent. Il y a également au contraire, pour ceux qui mènent une vie suivant les enseignements de Dieu, la récompense ultime, la vie éternelle.

L’imitation du diocèse d’Albi par les paroisses voisines.

Si les actions de Louis I et Louis II renforcèrent le culte divin dans leur diocèse, force est de constater qu’elles ont aussi apporté gloire et renommée, tant à la famille des Amboise qu’au diocèse d’Albi. On peut constater la présence des symboles de la famille Amboise sur plusieurs œuvres de la cathédrale Sainte-Cécile. On peut compter parmi elles une statue de Louis I, la présence de l’armoirie des Amboise dans la cathédrale, avec leurs couleurs à la base du Jugement Dernier.

Quant au diocèse d’Albi, il prit une place de premier plan en France. La cathédrale Sainte-Cécile servit de pôle majeur (et un des plus précoces) de l’Italianisme en France. Le diocèse lui-même commença à générer des revenus importants, si bien qu’après la régence des Amboise, le diocèse d’Albi, fut accordé aux favoris du Roi, comme récompense pour leurs services. Il est donc compréhensible que ces actions provoquèrent la jalousie des paroisses voisines, désirant s’attirer, elles aussi, gloire et renommée en imitant les actions des Amboise en lançant à leur tour différents travaux de réparation et d’embellissement de leurs structures religieuses, dont une des plus importantes est la restauration de la cathédrale du Moustier à Montauban.

Encore aujourd’hui de par ces deux épiscopats que sont ceux de Louis I et de Louis II, on peut noter une grande influence des Amboise. A travers l’utilisation des réformes et de l’art dont nous sommes témoins encore aujourd’hui, ces deux grandes figures de notre région renforcèrent le pouvoir spirituel et temporel sur la ville d’Albi et ses environs. C’est le cas avec la cathédrale qui est classée patrimoine mondial de l’UNESCO. Des monuments, tel que l’ensemble scolaire catholique et privé d’Amboise, portent encore leur nom.

Bibliographie

Réalisé par Abric Emilien (L2), Alcouffe Paul-Louis (l2), Boyé Valentin (L1), Sempere Cyril (L1).