La collaboration franco-allemande et l’épuration dans le Sud-Ouest de la France (1940-1944) [2017]

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la France est confrontée à de nombreux événements changeants qui ont fortement marqué le pays. Après une attaque éclair menée par l’Allemagne, la France bascule dans un contexte d’occupation étrangère.

Carte de la France en 1940.
Eric Gaba, NGDC World Data Bank II, Septembre 2008 https://commons.wikimedia.org/wiki/File:France_map_Lambert-93_with_regions_and_departments-occupation-fr.svg

La collaboration avec l’Allemagne présente des particularités, notamment dans la zone libre pourtant affranchie de l’occupation allemande. Que cette collaboration soit politique, administrative, ou encore religieuse, le Sud de la France a bel et bien collaboré, allant jusqu’à aider volontairement l’Allemagne d’Hitler. Cette collaboration devient plus étroite lorsqu’en Novembre 1942 la France de Vichy bascule à son tour en zone occupée.

Que ce soit au sein de la population ou du gouvernement, la collaboration était bien présente en zone libre. Prenons l’exemple des Pyrénées Orientales, dès le 19 Septembre 1940, le S.O.L (service d’ordre légionnaire) est créé par Joseph Darnand à Perpignan. Ce n’est pas le seul groupe marginal qui voit le jour, on peut aussi citer le Parti Populaire Français, mouvement créé en 1936 suite à la vague d’idéaux fascistes qui a envahi l’Europe. A la fois fasciste et anti-communiste, ce parti exerce une solide propagande au profit de l’Allemagne nazie. Après son interdiction en 1940, le fondateur du parti, Jacques Doriot, s’immisce dans d’autres partis et mouvements afin de poursuivre sa mission. Pour cela, il créé le journal le Cri du Peuple afin de rallier les foules. Cela fonctionne puisque dans le courant de juin 1941, le parti compte 48 nouveaux adhérents dans les Pyrénées Orientales.

Extrait de la « une » du journal Le Matin du 10 Octobre 1941. Référence à Jacques Doriot, collaborateur radical lors de la Seconde Guerre Mondiale. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chefs_de_parti_LVF_1941.jpg
Place du Capitole à Toulouse pour la venue du général de Gaulle, le 16 septembre 1944, après la libération. https://www.flickr.com/photos/archives-toulouse/14921521401

 

 

Outre la propagande exercée par des groupes marginaux, le gouvernement de Vichy a directement participé à la solution finale. Selon Jean Estèbe, auteur de Toulouse, 1940-1944, le Midi toulousain a, sous Vichy, mis en vigueur de son plein gré, des mesures à l’encontre des Juifs. Le 3 Octobre 1940, on interdit aux personnes de confession juive l’exercice de certaines fonctions. Cela n’est que le préambule d’une longue marche de persécutions envers les Juifs. Le lendemain, le préfet autorise l’internement des Juifs étrangers dans des camps spéciaux. Des lois sont instaurées, et ne font qu’attiser la haine et rendre légitime celle des groupes marginaux.

Pétain et Hitler, photographiés par Heinrich Hoffmann, 24 Octobre 1940. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bundesarchiv_Bild_183-H25217,_Henry_Philippe_Petain_und_Adolf_Hitler.jpg

Le 11 novembre 1942, des modifications territoriales d’envergure sont avancées. La zone d’occupation est étendue sur l’ensemble de la France pour des raisons militaires. Cela mène à une collaboration totale et officielle. C’est dans ce contexte que législation française et solution finale se conjuguent. Dans le but de préparer l’arrivée des Allemands en zone libre, la France de Vichy a délibérément rassemblé les Juifs par convois afin de les déporter. En Haute-Garonne, dans les premières vagues près de 170 personnes sont déportées dans le courant de Novembre 1942. A Toulouse, un certain Muller est nommé pour organiser les déportations. Les rafles deviennent alors plus importantes. Au total, on établit à environ 6 000 le nombre de Juifs déportés dans la région de la Haute-Garonne et ses environs.

Les 21 points du S.O.L. Organisation politique sous le régime de Vichy https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Les_21_points_du_S.O.I..jpg

Les groupes marginaux abordés précédemment prennent de l’assurance lorsque l’occupation s’étend. Le SOL devient une milice le 20 février 1943, l’essentiel de ses groupes est situé à Perpignan. Ils effectuent, en parallèle de l’armée allemande, des surveillances sur les activités de la population. Les milices étaient réputées pour être violentes, quand elles ne recrutaient pas ses membres par conviction, elles employaient des techniques d’intimidation, ou encore d’humiliation. Des moyens plus officieux sont mis en place pour recruter toujours plus d’adhérents comme les communiqués ou encore les réunions. Outre les dénonciations et les violences, le SOL effectuait une forte propagande pour la Waffen SS. C’est au travers de journaux comme le Roussillon que le SOL publie des articles virulents à l’encontre des gaullistes, communistes et Juifs.

On peut finalement s’intéresser à l’épuration dans le sud-ouest afin de comprendre l’importance de la collaboration dans cet espace. Tout d’abord, avant de parler de l’épuration, il est nécessaire de rappeler le contexte de la libération qui est arrivée de manière plus tardive dans le Sud-Ouest par rapport au Nord, notamment grâce au débarquement en Provence, le 15 août 1944. De plus, très rapidement la libération à l’échelle nationale était synonyme d’une soif de vengeance, de la volonté de punir les collaborateurs. De plus, les conséquences importantes de cette épuration sont le reflet et mettent en avant le problème de la collaboration lors de la Seconde Guerre Mondiale, ce qui peut nuire à la recherche d’une nouvelle unité et de nouvelles élites s’incarnant la plupart du temps à travers le mythe du résistant. En effet, cette période obscure à la sortie de la guerre, a été volontairement mise de coté que ce soit par l’État ou les historiens mêmes pour les raisons évoquées précédemment. Cependant quand on s’interroge sur la question de la collaboration franco-allemande, il est forcement nécessaire de parler de cette période et donc de se référer à des auteurs comme Robert Paxton, à l’échelle nationale, qui grâce à ses recherches, a démontré la collaboration de différentes couches de la population et du Régime de Vichy avec l’occupant nazi. Il est donc très intéressant d’observer une épuration aussi forte dans le Nord que dans le Sud-Ouest de par les chiffres et la violence qu’elle a engendrée. Cela montre donc à quel point la collaboration était présente dans le Nord comme dans le Sud, ce qui peut paraître surprenant étant donné que le Sud-Ouest est longtemps resté une zone libre sous la tutelle du régime de Vichy contrairement au nord de la France. Ainsi, cela pose la question des raisons des collaborateurs dans le Sud ( par conviction, antisémitisme déjà fort par rapport aux Juifs). Finalement, dans le Nord comme dans le Sud-Ouest, l’épuration s’est déroulée, généralement en deux phases. Ainsi, on va plus s’intéresser à la pluralité des formes que pouvait prendre cette épuration dans le Sud-Ouest en évoquant l’épuration sauvage mais aussi, plus tard, celle qui est réglementée par l’État. Pour cela, on va s’appuyer sur différents exemples comme le cas du Languedoc-Roussillon et de la Dordogne afin de conclure sur une situation particulière, celle de Toulouse évoquée notamment par Jean Estèbe.

 

Pour aller plus loin :

Bibliographie pour approfondir le sujet