{"id":2723,"date":"2016-03-24T09:17:57","date_gmt":"2016-03-24T08:17:57","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/?page_id=2723"},"modified":"2016-04-13T18:56:37","modified_gmt":"2016-04-13T17:56:37","slug":"le-renouveau-du-camp-de-brens-un-camp-de-femmes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/mongraphies-de-camps\/brens\/le-renouveau-du-camp-de-brens-un-camp-de-femmes\/","title":{"rendered":"Le renouveau du camp de Brens, un camp de femmes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-weight: 300\">En 1942, Rieucros, seul camp de femmes de la zone Sud, ferma ses portes pour cause d&rsquo;insalubrit\u00e9. De ce fait, le 17 janvier 1942, le chef du camp de Rieucros demanda au pr\u00e9fet de la Loz\u00e8re le transfert de ces femmes intern\u00e9es vers le camp de Brens, dans le Tarn. Ce furent 320 femmes et 26 enfants qui arriv\u00e8rent le 14 f\u00e9vrier 1942 \u00e0 la gare de Gaillac pour \u00eatre conduits au camp de Brens. Apr\u00e8s la mise en place de nouvelles constructions permettant un plus <\/span>grand contr\u00f4le des intern\u00e9es, tels des barbel\u00e9s de trois m\u00e8tres de haut, les intern\u00e9es ne pouvaient plus sortir du camp et il \u00e9tait difficile d&rsquo;approcher ce dernier de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce n&rsquo;\u00e9tait plus un camp temporaire mais un camp durable, surveill\u00e9 nuit et jour. Les femmes qui peuplaient le camp de Brens venaient de diff\u00e9rents horizons. Dans le camp, il y avait une quinzaine de nationalit\u00e9s et de <a title=\"Les motifs d\u2019internement au camp de Brens (1942 \u2013 1944).\" href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/mongraphies-de-camps\/brens\/le-renouveau-du-camp-de-brens-un-camp-de-femmes\/les-motifs-dinternement-au-camp-de-brens-1942-1944\/\">nombreux motifs d&rsquo;arrestation<\/a>. Le camp \u00e9tait\u00a0<span style=\"color: #333333;font-style: normal;font-weight: 300;line-height: 24.375px\">surtout <\/span><span style=\"font-weight: 300\">connu pour avoir emprisonn\u00e9 des opposantes politiques mais ce ne fut qu&rsquo;en 1943 que ces derni\u00e8res peuplaient la majorit\u00e9 du camp. Ces femmes \u00e9taient communistes ou syndicalistes, refusant le r\u00e9gime actuel de Vichy.<\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<dl id=\"attachment_2364\">\n<dt><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-entree.gif\"><img loading=\"lazy\" alt=\"L'entr\u00e9e du camp de Brens prise par Jean Faure en 1942\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-entree-300x211.gif\" width=\"300\" height=\"211\" \/><\/a><\/dt>\n<dd>L&rsquo;entr\u00e9e du camp de Brens prise par Jean Faure en 1942<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, des Allemandes anti-nazies n&rsquo;approuvant pas la politique collaborationniste fran\u00e7aise furent arr\u00eat\u00e9es. Des prisonni\u00e8res de droit commun furent intern\u00e9es ainsi que des prostitu\u00e9es venant des grandes villes, condamn\u00e9es \u00e0 cause de maladies v\u00e9n\u00e9riennes. De plus, certaines de ces femmes \u00e9taient espagnoles, la plupart intern\u00e9es depuis 1939. Elles arriv\u00e8rent en France pendant la Retirada et furent intern\u00e9es dans des camps sur la plage, comme celui d&rsquo;Argel\u00e8s. \u00c0 la diff\u00e9rence des hommes, ces femmes n&rsquo;\u00e9taient pas r\u00e9parties dans les camps en fonction de leurs motifs d&rsquo;arrestation. Elles \u00e9taient ensemble car elles \u00e9taient des femmes.\u00a0Ceci peut poser la question de la place de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise au milieu du XX \u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, ce camp \u00e9tait sp\u00e9cial puisque la population qui y \u00e9tait intern\u00e9e \u00e9tait assez jeune : 60 % des intern\u00e9es avaient moins de 40 ans. La pr\u00e9sence d&rsquo;enfants peut expliquer cette moyenne d&rsquo;\u00e2ge assez jeune. Cependant, ces enfants ne rest\u00e8rent que jusqu&rsquo;en 1943 car ils furent ensuite d\u00e9plac\u00e9s vers le camp de Douadic. Cette mutation du camp de Brens l\u2019amena \u00e0 devenir un camp de concentration qui s&rsquo;inscrivait dans la logique du r\u00e9gime en place. L&rsquo;isolement des individus consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab suspects \u00bb ou \u00ab ind\u00e9sirables \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 ainsi que l&rsquo;inqui\u00e9tude qui r\u00e9gnait au sein du camp en faisait un outil qui suivait la politique de Vichy. Ce changement de statut amena des changements d&rsquo;organisation au sein du camp, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;administration ainsi que du c\u00f4t\u00e9 des intern\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-weight: 300\">La disposition g\u00e9ographique du camp de Brens r\u00e9pondait \u00e0 la logique d&rsquo;<\/span><b>isolement<\/b><span style=\"font-weight: 300\"> des individus. En effet, les 22 baraques en bois du camp comptaient plusieurs services. Les baraques pouvaient \u00eatre am\u00e9nag\u00e9es en infirmerie ou bien pour l&rsquo;administration. Aussi, une baraque \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e pour les aides comme la Croix-Rouge ou bien pour mettre en place un foyer pour les intern\u00e9es. Le directeur logeait dans le pavillon am\u00e9nag\u00e9 juste \u00e0 proximit\u00e9 du camp. De plus, les intern\u00e9es avaient acc\u00e8s \u00e0 des lavabos et des WC qui se trouva<\/span>ient \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur des baraques, \u00e0 ciel ouvert. Cette disposition faisait en sorte qu&rsquo;aucun individu n&rsquo;avait le besoin d&rsquo;aller \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour s&rsquo;approvisionner. La r\u00e9partition des intern\u00e9es au sein du camp, c&rsquo;est \u00e0 dire dans les baraques, se faisait en fonction des motifs d&rsquo;arrestation ou bien des nationalit\u00e9s.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<dl id=\"attachment_2361\">\n<dt><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-cuisine.gif\"><img loading=\"lazy\" alt=\"Les cuisines du camp de Brens prise par Jean Faure en 1942\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-cuisine-300x210.gif\" width=\"300\" height=\"210\" \/><\/a><\/dt>\n<dd>Les cuisines du camp de Brens prise par Jean Faure en 1942<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Le peu d&rsquo;espace dans le camp et la promiscuit\u00e9 des intern\u00e9es cr\u00e9aient des tensions. En effet, certaines m\u00e8res avaient peur que les prostitu\u00e9es apportent des maladies \u00e0 leurs enfants. De plus, il existait certains litiges entre les intern\u00e9es caus\u00e9s par des tensions g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vie dans le camp \u00e9tait pr\u00e9caire. Il y avait en effet une alimentation en eau limit\u00e9e. La nourriture \u00e9tant pauvre, les \u0153uvres de charit\u00e9 comme la <b>CIMADE<\/b> ou les<b> Quakers<\/b> fournissaient des compl\u00e9ments alimentaires. Aussi, l&rsquo;environnement \u00e9tait particulier : la boue et l&rsquo;humidit\u00e9 rendaient le quotidien de ces femmes difficile. Les v\u00eatements port\u00e9s par les intern\u00e9es \u00e9taient des robes se pr\u00e9sentant comme les v\u00eatements port\u00e9s par les intern\u00e9s de camps de concentration des nazis. Cette proximit\u00e9 entre les intern\u00e9es qui leur imposait une vie commune cr\u00e9a une organisation propre aux intern\u00e9es. Elle \u00e9tait n\u00e9cessaire pour pallier l&rsquo;ennui. Pour contrer cet ennui, des <a title=\"les activit\u00e9s artistiques au camp de Brens.\" href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/mongraphies-de-camps\/brens\/le-renouveau-du-camp-de-brens-un-camp-de-femmes\/les-activites-artistiques-au-camp-de-brens\/\">activit\u00e9s<\/a> au sein du camp se d\u00e9velopp\u00e8rent. Le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait une activit\u00e9 importante pour les intern\u00e9es. De plus, la direction du camp n&rsquo;y voyait pas d&rsquo;inconv\u00e9nients puisque cela maintenait la discipline au sein du camp. La pratique du th\u00e9\u00e2tre fut possible gr\u00e2ce aux \u0153uvres de charit\u00e9. D&rsquo;autres activit\u00e9s comme la couture ou la menuiserie \u00e9taient pr\u00e9sentes au sein du camp. Les diff\u00e9rences de nationalit\u00e9 engageaient des \u00e9changes culturels. En effet, des cours de langues ainsi que de fran\u00e7ais se mirent en place. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;un lien social entre les intern\u00e9es leur permettait d&rsquo;avoir une v\u00e9ritable unit\u00e9 au sein du camp, visible notamment lors des r\u00e9voltes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;administration r\u00e9pondait aussi \u00e0 une logique sp\u00e9ciale. Celle-ci d\u00e9pendait du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur. Au niveau r\u00e9gional, elle \u00e9tait sous la charge de l&rsquo;intendant de police de Toulouse et au niveau d\u00e9partemental sous la charge du <b>pr\u00e9fet<\/b>. Les personnes travaillant au sein du camp \u00e9taient des volontaires et la plupart du temps recrut\u00e9es dans les communes voisines. L&rsquo;administration \u00e9tait compos\u00e9e de quatre services : la police, l&rsquo;administration, les employ\u00e9s dans le service de sant\u00e9 et pour finir les annexes. Le chef de camp se chargeait de la coordination des services ainsi que de la surveillance permanente des intern\u00e9es. Pour cela il \u00e9tait log\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 du camp. Le gestionnaire avait la mission de s&rsquo;occuper du ravitaillement, le mat\u00e9riel, les salaires ainsi que le contr\u00f4le des magasins pr\u00e9sents au sein du camp. Des inspecteurs venaient habituellement contr\u00f4ler l&rsquo;\u00e9tat du camp. Andr\u00e9 Jean Faure \u00e9tait l&rsquo;inspecteur du camp de Brens. Ces inspecteurs pouvaient aussi faire des enqu\u00eates au sein du camp et \u00e9taient charg\u00e9s du contr\u00f4le postal. La surveillance ext\u00e9rieure \u00e9tait sous la direction des brigadiers. Ils contr\u00f4laient l&rsquo;entr\u00e9e et les sorties des individus de l&rsquo;enceinte du camp. Des rondes permettaient cette surveillance, notamment gr\u00e2ce \u00e0 un chemin priv\u00e9 ou \u00e0 des postes fixes de surveillance. La surveillance int\u00e9rieure \u00e9tait quant \u00e0 elle g\u00e9r\u00e9e par un personnel strictement f\u00e9minin. Ces femmes veillaient jour et nuit. Elles exer\u00e7aient un contr\u00f4le constant sur les intern\u00e9es. Ces surveillances ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures permettaient de cr\u00e9er une unit\u00e9 dans l&rsquo;administration du camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-weight: 300\">En avril 1944, une rumeur courait dans le camp sur une possible \u00e9vacuation. La multiplication des changements de directeurs abreuva cette rumeur. La m\u00eame ann\u00e9e, les effectifs des intern\u00e9es augment\u00e8rent, des opposantes politiques furent arr\u00eat\u00e9es (communiste, femme de militants).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce fut en juin 1944 que la d\u00e9cision de vider le camp fut prise. Les raisons de ce transfert pouvaient \u00eatre expliqu\u00e9es par l&rsquo;\u00e9tat avanc\u00e9 de d\u00e9labrement des installations du camp. En effet, en f\u00e9vrier 1944, le directeur du camp se plaignait de l&rsquo;\u00e9tat vestimentaire de son propre personnel. Le 3 juin 1944, les 150 intern\u00e9es furent embarqu\u00e9es dans des trains \u00e0 la gare de Gaillac. Le personnel de la surveillance pr\u00e9vint les intern\u00e9es qu&rsquo;ils partaient pour une autre destination mais les intern\u00e9es ne savaient pas la destination exacte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce fut dans la nuit, vers 22h30 que les prisonni\u00e8res furent embarqu\u00e9es dans des wagons.L&rsquo;administration tenta de camoufler ce d\u00e9part. Lors de ce transfert, il n&rsquo;y eut pas d&rsquo;appel des intern\u00e9es, pas de v\u00e9rification des effectifs. Ceci pouvait traduire une certaine pr\u00e9cipitation. En effet, le 6 juin 1944 avait lieu le d\u00e9barquement des alli\u00e9s en Normandie. Cette p\u00e9riode fut signe de la fin du r\u00e9gime de Vichy et de l&rsquo;occupation allemande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le camp fut donc d\u00e9sert\u00e9 jusqu&rsquo;en d\u00e9cembre 1944 o\u00f9 il devint un camp de collaborateurs tarnais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce fut donc la fin du camp de femmes. Entre le camp de Brens et St-Sulpice, cinquante intern\u00e9s perdirent la vie. Il \u00e9tait difficile pour les intern\u00e9es de savoir s&rsquo;il y avait des d\u00e9c\u00e8s dans le camp car il n&rsquo;y avait pas de cimeti\u00e8re. Ces femmes qui furent donc intern\u00e9es pendant deux ans au camp de Brens partirent vers le camp de Gurs o\u00f9 les conditions \u00e9taient encore plus d\u00e9plorables. Cependant, un grand nombre d&rsquo;intern\u00e9es r\u00e9ussirent \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1942, Rieucros, seul camp de femmes de la zone Sud, ferma ses portes pour cause d&rsquo;insalubrit\u00e9. 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