{"id":727,"date":"2016-03-10T09:07:29","date_gmt":"2016-03-10T08:07:29","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/?page_id=727"},"modified":"2016-03-31T08:51:15","modified_gmt":"2016-03-31T07:51:15","slug":"vie-sociale","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/vivre-dans-les-camps\/la-vie-quotidienne-dans-les-camps-du-sud-ouest\/vie-sociale\/","title":{"rendered":"La vie sociale"},"content":{"rendered":"<h1>Des contacts difficiles<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Garder des liens avec le monde ext\u00e9rieur est un acte primordial pour les intern\u00e9s et pourtant presque impossible pour les premiers intern\u00e9s, ceux du camp de Rieucros en janvier 1939. La pr\u00e9sence de ces exil\u00e9s fuyant le nazisme allemand, consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab ind\u00e9sirables \u00e9trangers\u00a0\u00bb selon la loi, n&rsquo;est pas clairement divulgu\u00e9e, ce qui explique pourquoi ils ne peuvent pas faire sortir de t\u00e9moignages de leur camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant aux r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, arriv\u00e9s en masse \u00e0 partir de f\u00e9vrier 1939 durant la <a title=\"Retirada\" href=\"http:\/\/www.histoire-immigration.fr\/des-dossiers-thematiques-sur-l-histoire-de-l-immigration\/la-retirada-ou-l-exil-republicain-espagnol-d-apres-guerre\" target=\"_blank\">Retirada<\/a> et plac\u00e9s dans les \u00ab\u00a0camps des sables\u00a0\u00bb sur les plages d&rsquo;Argel\u00e8s, Saint-Cyprien et Barcar\u00e8s, ils n&rsquo;ont pas beaucoup plus de communications avec le monde ext\u00e9rieur. Cela s&rsquo;explique par le c\u00f4t\u00e9 provisoire de ces camps, construits dans la pr\u00e9cipitation, o\u00f9 rien n&rsquo;est organis\u00e9 pour aider ceux qui d\u00e9sirent poster des lettres. Les Espagnols eux-m\u00eames sont d\u00e9munis, ils n&rsquo;ont pu emporter que le strict n\u00e9cessaire pour survivre.<\/p>\n<div id=\"attachment_3104\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/retirada1.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3104\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-3104  \" title=\" \u00a9 Robert Capa\" alt=\"\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/retirada1-300x181.jpg\" width=\"400\" height=\"300\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3104\" class=\"wp-caption-text\">Des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols durant leur transfert au camp de Barcar\u00e8s, mars 1939.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-weight: 300;text-align: justify\">La construction des camps \u00ab\u00a0en dur\u00a0\u00bb \u00e0 partir de 1940 permet enfin aux prisonniers de communiquer avec leurs proches. Ces possibilit\u00e9s sont tout de m\u00eame tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9es, voire m\u00eame censur\u00e9es en ce qui concerne les lettres puisque \u00ab\u00a0les nouvelles les plus alarmantes ne pouvaient pas sortir des camps\u00a0\u00bb. Des visites, une \u00e0 deux fois par semaine, sont autoris\u00e9es dans les camps de Saint-Sulpice ainsi que dans les camps-h\u00f4pitaux de No\u00e9 et du R\u00e9c\u00e9b\u00e9dou. Des permissions d&rsquo;une demie-journ\u00e9e sont m\u00eame possibles dans les camps du Tarn afin que les intern\u00e9s effectuent des d\u00e9marches administratives pour pouvoir \u00e9migrer ou pour les occasions sp\u00e9ciales comme les enterrements.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, nous savons que tous les camps du sud-ouest de la France ne fonctionnent pas de la m\u00eame mani\u00e8re. Nous pouvons prendre l&rsquo;exemple du camp de Gurs o\u00f9 les mesures liberticides sont tr\u00e8s strictes. Cela s&rsquo;illustre par des d\u00e9placements tr\u00e8s limit\u00e9s\u00a0: une personne intern\u00e9e peut difficilement sortir de son \u00eelot, par cons\u00e9quent, sortir du camp pour voir sa famille est impossible. La r\u00e9ception de lettres et de colis y est tout de m\u00eame autoris\u00e9e et tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est finalement \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1942 et des premi\u00e8res d\u00e9portations depuis les camps fran\u00e7ais que les sorties, les colis et les courriers sont progressivement restreints puis interdits dans tous les camps. L&rsquo;interdiction des sorties s&rsquo;explique par le fait qu&rsquo;un grand nombre de prisonniers ne revenaient pas au camp apr\u00e8s une permission. Quant aux lettres, leur restriction est li\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 du gouvernement de ne pas alerter la population fran\u00e7aise sur les conditions de vie dans les camps o\u00f9 ne s\u00e9journaient plus seulement des \u00e9trangers ind\u00e9sirables, mais aussi des citoyens fran\u00e7ais qu&rsquo;ils connaissaient. Ces mesures, de plus en plus restrictives pour les intern\u00e9s r\u00e9pondent donc \u00e0 une politique Vichyssoise changeante\u00a0: les camps d&rsquo;h\u00e9bergements ne sont plus des lieux destin\u00e9s \u00e0 accueillir des \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb mais des lieux de \u00ab\u00a0concentration\u00a0\u00bb de populations \u00e9trang\u00e8res ou fran\u00e7aises, en attente d&rsquo;\u00eatre d\u00e9port\u00e9es vers les camps nazis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe tout de m\u00eame quelques exceptions\u00a0: les associations. Elles sont les seules \u00e0 pouvoir encore entrer dans les camps et parfois \u00e0 s&rsquo;y installer pour aider les prisonniers au plus pr\u00e8s d&rsquo;eux. Il y a par exemple la <a title=\"CIMADE\" href=\"http:\/\/www.lacimade.org\/nous-connaitre\/histoire\/\" target=\"_blank\">CIMADE<\/a>,\u00a0pr\u00e9sente dans de nombreux camps et qui \u0153uvre pour la lib\u00e9ration d&rsquo;intern\u00e9s,\u00a0ainsi que le Comit\u00e9 inter-confessionnel de N\u00eemes, qui n&rsquo;existe plus aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify\">Solidarit\u00e9 et exclusion<\/h1>\n<div id=\"attachment_2735\" style=\"width: 290px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-cuisine1.gif\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2735\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-2735 \" title=\"Photographie issue du Rapport d'inspection du camp du 17 ao\u00fbt 1942.\" alt=\"\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/Brens-cuisine1-300x210.gif\" width=\"280\" height=\"210\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2735\" class=\"wp-caption-text\">Les cuisines du camp de Brens. (Tarn)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #333333;font-style: normal;font-weight: 300;line-height: 24.375px\">\u00a0 \u00a0 \u00a0Dans les camps, plusieurs formes de solidarit\u00e9 existent entre les intern\u00e9s. Tout d&rsquo;abord, on sait que certains intern\u00e9s habilit\u00e9s \u00e0 soigner ou nourrir les autres s&#8217;emploient \u00e0 le faire durant leur d\u00e9tention. Ainsi, des hommes et des femmes incarc\u00e9r\u00e9s dans les m\u00eames conditions que les autres mettent leur \u00e9nergie \u00e0 aider leurs nouveaux compagnons en redevenant les m\u00e9decins, infirmi\u00e8res ou cuisiniers qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du camp. Autrement dit, dans de telles conditions, les intern\u00e9s ne peuvent survivre qu&rsquo;en se soutenant, face \u00e0 un gouvernement qui ne leur apporte aucune aide.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd&rsquo;hui on dispose de davantage de t\u00e9moignages au sujet d&rsquo;actes solidaires entre femmes qu&rsquo;entre hommes, notamment pour celles pass\u00e9es par le camp de femmes de Rieucros (puis de Brens apr\u00e8s leur transfert en 1942). Ensemble, elles se soutiennent en cr\u00e9ant des objets mais aussi des \u00e9v\u00e9nements comme des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, preuve d&rsquo;une vraie organisation et coop\u00e9ration entre intern\u00e9es. Par exemple, elles ont pu exprimer leur soutien mutuel lors de la f\u00eate des m\u00e8res de 1941 o\u00f9 une femme par nation a pu chanter une berceuse dans sa langue maternelle, cr\u00e9ant un sentiment de compassion dans le camp.<\/p>\n<div id=\"attachment_3131\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/rieucros-la-famille2.png\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3131\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-3131  \" title=\" \u00a9 Dora Schaul, dessin intitul\u00e9 'la famille&quot;. Source : Gilzmer M., Camps de femmes, chroniques d'intern\u00e9es, Rieucros et Brens 1939-1944, Paris, Autrement, M\u00e9moires, 2000, p.69\" alt=\"\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/campsdusudouest\/wp-content\/uploads\/sites\/48\/2016\/03\/rieucros-la-famille2-300x187.png\" width=\"400\" height=\"200\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3131\" class=\"wp-caption-text\">Dessin d&rsquo;une intern\u00e9e du camp de Rieucros.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Les amiti\u00e9s entre intern\u00e9s se cr\u00e9ent aussi et surtout par le biais des communaut\u00e9s auxquelles ils appartiennent. Il y a notamment les communaut\u00e9s religieuses juives, musulmanes et chr\u00e9tiennes. Ces groupes sont tr\u00e8s importants pour les intern\u00e9s, particuli\u00e8rement lors des f\u00eates de fin d&rsquo;ann\u00e9e, propices aux rassemblements et aux moments de soutien. Les rassemblements se font aussi en fonction de l&rsquo;origine des intern\u00e9s, ainsi il existe au sein des camps des communaut\u00e9s tziganes, espagnoles, ou allemandes. Les convictions politiques des intern\u00e9s leur permettaient aussi de se retrouver entre membres du m\u00eame parti, de se soutenir et de parler politique bien que ce soit alors ill\u00e9gal. Il s&rsquo;av\u00e8re m\u00eame que des hommes de diff\u00e9rentes id\u00e9ologies politiques se rassemblent autour d&rsquo;une m\u00eame conviction, \u00ab\u00a0l&rsquo;anti-fascisme\u00a0\u00bb. Le cas est surtout pr\u00e9sent dans le camp du Vernet d&rsquo;Ari\u00e8ge, sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;enfermement d&rsquo;opposants politiques, qu&rsquo;ils soient socialistes ou communistes. C&rsquo;est ainsi que gr\u00e2ce \u00e0 la coop\u00e9ration des intern\u00e9s entre eux, ce camp est devenu \u00e0 son insu, l&rsquo;un des centres de r\u00e9sistance du sud de la France\u00a0; les hommes coordonnant des actions de sabotages, d&rsquo;\u00e9vasions et transmettant des informations durant leur d\u00e9tention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #333333;font-style: normal;font-weight: 300;line-height: 24.375px\">In\u00e9vitablement, la promiscuit\u00e9 de tous ces intern\u00e9s cr\u00e9e aussi des tensions qui m\u00e8nent alors \u00e0 des exclusions. C&rsquo;est le cas dans le camp de Brens o\u00f9 les femmes intern\u00e9es pour raisons politiques ont demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre s\u00e9par\u00e9es des prostitu\u00e9es et des femmes i<\/span><span style=\"color: #333333;font-style: normal;font-weight: 300;line-height: 24.375px\">ncarc\u00e9r\u00e9es de droit commun. Cette demande leur a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e en mars 1943 par le g\u00e9rant du camp.\u00a0<\/span><span style=\"color: #333333;font-style: normal;font-weight: 300;line-height: 24.375px\">M\u00eame sort dans le camp de Saint-Sulpice o\u00f9 les hommes mettent \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart ceux de la baraque 19 qui abrite les condamn\u00e9s pour \u00ab\u00a0motifs \u00e9conomiques\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>PERES Charline<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des contacts difficiles \u00a0 \u00a0 \u00a0Garder des liens avec le monde ext\u00e9rieur est un acte primordial pour les intern\u00e9s et pourtant presque impossible pour les premiers intern\u00e9s, ceux du camp de Rieucros en janvier 1939. 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