{"id":514,"date":"2024-11-09T18:09:32","date_gmt":"2024-11-09T17:09:32","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/?p=514"},"modified":"2024-11-09T18:09:32","modified_gmt":"2024-11-09T17:09:32","slug":"la-couleur-des-ames","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/2024\/11\/09\/la-couleur-des-ames\/","title":{"rendered":"La couleur des \u00e2mes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Quelques secondes, ton \u00e2me est brune. Je ne te connais pas encore, mais tu m&rsquo;intrigues. Tu me sembles \u00eatre comme tous les arbres, avec ce m\u00eame tronc qui ne te diff\u00e9rencie en aucun cas des autres. Je m&rsquo;approche et je caresse ton \u00e9corce. Avec mes ongles, je l&rsquo;arrache, en essayant d&rsquo;\u00eatre un tant soit peu d\u00e9licat. Mais ton corps pleure de douleur. Je grimace, mais je d\u00e9couvre une nouvelle facette de toi. Ton \u00e2me est brune, mais elle s&rsquo;ouvre un peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quelques jours, ton \u00e2me est grise. Je te connais \u00e0 peine, et tu peines \u00e0 te laisser conna\u00eetre. J&rsquo;ai envie de savoir plus de choses que ton simple nom, mais tu restes pour moi aussi trouble qu&rsquo;un nuage. Je m&rsquo;approche de toi, j&rsquo;essaie de te saisir, saisir qui tu es, mais tes secrets cotonneux s&rsquo;\u00e9chappent de mes poings serr\u00e9s. Tu m&rsquo;\u00e9nerves, je laisse \u00e9chapper un r\u00e2le d&rsquo;exasp\u00e9ration. Je manque de patience, de clairvoyance, de bienveillance. Ton \u00e2me est grise : arr\u00eate d&rsquo;\u00eatre brumeuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quelques semaines, ton \u00e2me est verte. Je commence \u00e0 te conna\u00eetre, et j&rsquo;en suis plus que ravi. Mon c\u0153ur bourgeonne de cet espoir vert qui me fait vibrer de tout mon \u00eatre. Tu me fais penser \u00e0 un vaste champ d&rsquo;herbe : je marche tout autour de toi, je d\u00e9couvre qui tu es. Dans ce champ sont dissimul\u00e9s des plantes de sentiments, des fleurs de souvenirs, des insectes d&rsquo;\u00e9motions. Et je les admire tous un par un, prenant le temps de m&rsquo;impr\u00e9gner de ta personne. Ton \u00e2me est verte, laisse-moi t&rsquo;explorer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quelques mois, ton \u00e2me est jaune. Nous sommes les meilleurs amis du monde. Je te garde dans mes bras, alors qu&rsquo;on profite d&rsquo;un moment agr\u00e9able \u00e0 la plage. Ce soleil nous frappe de plein fouet, mais on aime se dorer la pilule. Je te dis que tu as un sourire aussi solaire que lui, et \u00e7a te fait rire, tes yeux cach\u00e9s derri\u00e8re tes lunettes. Et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;on partage le m\u00eame regard, ce genre brillant et lumineux, tout bonnement empli d&rsquo;amour. Ton \u00e2me est jaune, bordel ce que tu me rends heureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Encore quelques mois, ton \u00e2me est rose. C&rsquo;est bon, on file le parfait amour. Je caresse tes courbes du bout de mes doigts, tu fr\u00e9mis d\u00e9licatement comme je l&rsquo;aime. Je go\u00fbte \u00e0 ta peau, elle a le go\u00fbt de barbe \u00e0 papa. \u00c7a me rappelle l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 tu \u00e9tais un nuage amer, alors que d\u00e9sormais tu es doucement sucr\u00e9e. Je te c\u00e2line, je te marque, je te porte et je t&#8217;emm\u00e8ne au septi\u00e8me ciel, au-dessus de tous ces nuages gris que je d\u00e9teste tant. Ton \u00e2me est rose, ma vie n\u2019est plus morose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quelques ann\u00e9es, ton \u00e2me est rouge. Je ne te reconnais plus, tu n&rsquo;avais jamais eu une couleur agressive. Tu n&rsquo;es pas celle que j&rsquo;ai connue, \u00e7a me rend dingue. On se crie dessus, on se l\u00e2che des mots sanglants. Mon c\u0153ur bat \u00e0 cent \u00e0 l\u2019heure, je perds mon sang froid, je me sens perdu, je ressens trop de choses, passant d&rsquo;un extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;autre, sans comprendre pourquoi, une haine bient\u00f4t sempiternelle. Tant pis, tu m\u00e9rites de t&rsquo;en prendre une. Ton \u00e2me est rouge, pourquoi tu me d\u00e9testes ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Encore quelques ann\u00e9es, ton \u00e2me est bleue. Tout ce que tu sais faire, bonne \u00e0 rien que tu es, c&rsquo;est chialer dans les jupons de ta m\u00e8re. Tu sais que \u00e7a m&rsquo;\u00e9nerve, mais tu continues de me noyer dans tes larmes. Je cogne un ciel d&rsquo;\u00e9t\u00e9 sur ta peau, l&rsquo;orage de ma haine se pose sur mes peintures. Tu es ma sculpture, je te mod\u00e8le \u00e0 ma fa\u00e7on. Tu froisses tout avec tes larmes, comme d&rsquo;habitude tu g\u00e2ches toujours tout. Alors je frappe encore tes larmes pour les arr\u00eater. Ton \u00e2me est bleue, mais qui es-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Hein ? Ton \u00e2me est noire ? Pourquoi tout est devenu aussi imperceptible ? Pourquoi ne puis-je plus t&rsquo;atteindre ? Tu es un trou noir, tu avales mes paroles et mes gestes comme si ce n&rsquo;\u00e9tait rien. Je ne comprends plus, je broie du noir, je ne vois plus que le vide intersid\u00e9ral. Tu n&rsquo;as plus de couleurs, comment est-ce possible ? Valise \u00e0 la main, tu quittes notre appartement, comme une \u00e2me fantomatique. Ton \u00e2me est noire, bordel quand reviendras-tu colorer ma vie, auparavant chromatique ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Les autres couleurs ? Peut-\u00eatre les avais-tu ? Ou alors je ne te connaissais pas assez pour les rencontrer. Dans tous les cas, tu m&rsquo;as tout vol\u00e9, le monde est fade. Tu \u00e9tais ma muse, mon \u0153uvre d&rsquo;art, je pouvais d\u00e9peindre tout ce que je ressentais avec toi. Mais en partant, tu as vol\u00e9 mon pinceau et mon chevalet. Je ne suis que l&rsquo;ombre de moi-m\u00eame, une ombre noire dans un monde color\u00e9. Mais je ne vois plus les couleurs, je discerne \u00e0 peine les nuances. Moi, mon \u00e2me, elle est transparente.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aeri<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques secondes, ton \u00e2me est brune. Je ne te connais pas encore, mais tu m&rsquo;intrigues. Tu me sembles \u00eatre comme tous les arbres, avec ce m\u00eame tronc qui ne te diff\u00e9rencie en aucun cas des autres. Je m&rsquo;approche et je caresse ton \u00e9corce. 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