{"id":618,"date":"2025-02-26T16:27:56","date_gmt":"2025-02-26T15:27:56","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/?p=618"},"modified":"2025-02-26T16:27:56","modified_gmt":"2025-02-26T15:27:56","slug":"suffoquer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/2025\/02\/26\/suffoquer\/","title":{"rendered":"Suffoquer"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00d4 Solitude ! Solitude d\u2019une \u00e2me dans le coin d\u2019une pi\u00e8ce, engloutie par l&rsquo;obscurit\u00e9 de ce lieu singulier, exigu. La sensation est si palpable qu\u2019elle en devient \u00e9crasante, \u00e0 tel point que je peux toucher la noirceur, la sentir, la ressentir, m\u2019en v\u00eatir. O\u00f9 suis-je ? Je ne comprends pas. Je dormais, tout allait bien, et d&rsquo;un coup, je me retrouve dans un endroit qui n&rsquo;est pas ma maison. Surgit une vive douleur \u00e0 ma t\u00eate alourdie. Un malaise envahissant, \u00e9tourdissant, germe et s\u2019enracine dans ma chair. Il m&rsquo;habite, m\u2019arrache la poitrine. Il me faut faire abstraction, d\u00e9passer cet \u00e9tat, surmonter cette \u00e9pouvante, para\u00eetre serein, toujours rester serein\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de moi, il n\u2019y a que le vide : vaste et interminable. Un silence de mort, un air glacial, o\u00f9 ne r\u00e8gnent que rigidit\u00e9 et enraidissement, une atmosph\u00e8re emplie de poussi\u00e8re et de chancissure y pr\u00e9domine. J\u2019ai l\u2019impression de me trouver dans une demeure qui a \u00e9t\u00e9 bien trop longtemps inhabit\u00e9e. Dehors, il fait s\u00fbrement nuit. Tout est t\u00e9n\u00e9breux ici, beaucoup trop t\u00e9n\u00e9breux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve, j\u2019avance \u00e0 l\u2019aveugle dans ces lieux. En explorant, ils me paraissent \u00e0 la fois inconnus et \u00e9trangement familiers. Myst\u00e9rieux. Je fr\u00f4le les murs, \u00e0 la recherche de la moindre clart\u00e9, dans cet espace o\u00f9 le silence est aussi vieux que le monde. Je ne trouve rien pour m\u2019\u00e9clairer. Puis, une id\u00e9e lumineuse, bien que versatile, me traverse l\u2019esprit, tel un feu follet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois chercher une fen\u00eatre. J\u2019en d\u00e9couvre une. Je dois enclencher l&rsquo;ouverture, la forcer : ferm\u00e9e. Une autre : ferm\u00e9e, encore ! Pourquoi ces p\u00e9rip\u00e9ties sibyllines m\u2019arrivent-elles ? Les r\u00e9ponses m&rsquo;\u00e9chappent, aussi insaisissables que l&rsquo;air que je me dois d\u2019inhaler avec contrainte.<\/p>\n\n\n\n<p>Je continue \u00e0 longer les murs, jusqu&rsquo;\u00e0 trouver une lampe-torche, ou plut\u00f4t ce qu\u2019il en reste. Je peux, par mon toucher, ais\u00e9ment affirmer que j\u2019ai affaire \u00e0 une antiquit\u00e9. Elle doit \u00e9clairer si peu ! Bien \u00e9videmment, j\u2019avais tent\u00e9, en vain, d&rsquo;allumer la lumi\u00e8re, par n&rsquo;importe quel moyen\u2026 rien \u00e0 faire, a priori pas de courant \u00e9lectrique dans cette demeure. \u00c0 long terme, il me semblait apercevoir, chim\u00e9riquement, une faible clart\u00e9, mais ce n\u2019\u00e9tait \u00e0 cet instant qu\u2019illusion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. La situation ne fait que me d\u00e9sorienter davantage. Plus je r\u00e9fl\u00e9chis, plus la confusion s&rsquo;installe en mon \u00eatre. Vivement que cesse ce tourment&#8230; J\u2019ai l\u2019espoir t\u00e9nu que cette lampe-torche puisse, ne serait-ce que l\u2019espace d\u2019un instant, apporter la lumi\u00e8re sur l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de ce lieu. Je l\u2019allume et d\u00e9couvre l&rsquo;atmosph\u00e8re mortif\u00e8re. Je constate que la lumi\u00e8re est insuffisante, comme d\u00e9vor\u00e9e par les t\u00e9n\u00e8bres. La noirceur ceint cet endroit : elle est anim\u00e9e, hostile et fait frissonner toute chose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re faiblement pr\u00e9sente et vacillante, je remarque la v\u00e9tust\u00e9 et la souillure effroyable de l\u2019endroit. Un pressentiment terrorisant, fauss\u00e9, rien de plus. Rien de choquant, c\u2019est s\u00fbr, me dis-je. Avec un relatif apaisement, je reviens difficilement \u00e0 mon point de d\u00e9part et je d\u00e9cide de r\u00e9examiner toutes les fen\u00eatres. Des cadenas. Des cadenas sur chaque fen\u00eatre, reli\u00e9s \u00e0 des cha\u00eenes qui les condamnent, comme les menottes qui me relient au lieu, qui me privent de ma libert\u00e9. Sans issue ? Serait-il imaginable que quelqu&rsquo;un, quelque chose, veuille m&rsquo;enfermer ? Si c\u2019est cela, qu&rsquo;a-t-il comme objectif, quel est le sens de celui-ci ? Non, stop. Ne pense plus. Continue ta qu\u00eate au lieu de divaguer dans tes pens\u00e9es !<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, \u00e0 chaque pas, le malaise s&rsquo;amplifie. Un espace qui a l&rsquo;air de se d\u00e9former, ondulant sous mes yeux, tel un d\u00e9dale sinueux, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu\u2019apparaisse une femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est v\u00eatue d&rsquo;un accoutrement des plus d\u00e9suets. Pour cause, cette apparence vieillie est d&rsquo;autant plus marqu\u00e9e par la longue robe qui a perdu de son opalescence et qui, dor\u00e9navant, n\u2019est que gris\u00e2tre, tachet\u00e9e, et en lambeaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Immobile, elle est. Un long sac de soie lui recouvre la t\u00eate jusqu\u2019au cou, une corde ligote sa gorge. Elle est vivante, mais a perdu la raison. Les seules vocables intelligibles, tant le silence r\u00e9gnant est assourdissant, sont de longs r\u00e2les d&rsquo;agonie, une respiration profonde, saccad\u00e9e, sifflante, irr\u00e9guli\u00e8re, d\u2019une amplitude quasi inexistante, d\u2019une fr\u00e9quence faible, une respiration indescriptible qui peut crisper n&rsquo;importe quelle chose.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu&rsquo;elle entend ma pr\u00e9sence parasite et saugrenue, un cri strident s\u2019\u00e9chappe de sa bouche, rien de comparable \u00e0 un son humain ou bestial. Inconnu, jamais entendu auparavant. Tout mon \u00eatre se paralyse. Sous mes pieds, soudain, le sol se d\u00e9robe. Je perds pied et je m&rsquo;enfonce, contre ma volont\u00e9, dans un tunnel qui m\u2019am\u00e8ne vers une trappe s\u2019ouvrant sur la for\u00eat de Broc\u00e9liande.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne reprends conscience que quelques heures plus tard. Mon esprit n\u2019est plus n\u00e9buleux. L\u2019effroi, par contre, est toujours immisc\u00e9 en moi. Je ne veux aucunement ressasser ces atrocit\u00e9s. Pourtant, il m\u2019est impossible de ne pas m\u2019imaginer le pire des sc\u00e9narios\u2026 Cette silhouette horrifique, vivante et morte de l\u2019int\u00e9rieur, qui cherche \u00e0 vous agripper de sa main spectrale pour vous rendre, comme elle, captive, tel l\u2019oisillon dans la cage du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas une lumi\u00e8re qui \u00e9claire l&rsquo;esprit, mais une obscurit\u00e9 qui engouffre la raison. Les plus grandes atrocit\u00e9s ne sont pas celles qui se produisent devant vos yeux, mais celles qui vous attendent dans l&rsquo;ombre de l&rsquo;inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aliz\u00e9<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00d4 Solitude ! Solitude d\u2019une \u00e2me dans le coin d\u2019une pi\u00e8ce, engloutie par l&rsquo;obscurit\u00e9 de ce lieu singulier, exigu. 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