{"id":704,"date":"2025-11-21T17:11:34","date_gmt":"2025-11-21T16:11:34","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/?p=704"},"modified":"2025-11-21T17:11:34","modified_gmt":"2025-11-21T16:11:34","slug":"dans-la-tempete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/2025\/11\/21\/dans-la-tempete\/","title":{"rendered":"Dans la temp\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Un homme avan\u00e7ait p\u00e9niblement au c\u0153ur de la temp\u00eate de neige. Le bras en guise de visi\u00e8re, il \u00e9tait t\u00e9moin du d\u00e9cha\u00eenement de la nature dans un tourbillon blanc opaque, et seules se dessinaient dans son sillage les silhouettes de quelques pins gris aux couleurs d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne. Ses jambes s&rsquo;enfon\u00e7aient jusqu&rsquo;aux genoux dans cette immense mer d&rsquo;ivoire, et chacun de ses pas semblait plus difficile que le pr\u00e9c\u00e9dent. Il ne pouvait cependant pas arr\u00eater sa fuite en avant. Il ne le devait pas. Il devait avancer quoi qu&rsquo;il arrive, le plus vite possible. Sinon, <em>il<\/em> le rattraperait.<\/p>\n\n\n\n<p>En entreprenant un nouveau pas, il posa son pied sur un tronc d&rsquo;arbre couvert de verglas, dissimul\u00e9 sous l&rsquo;\u00e9paisse couche de neige, et glissa, tr\u00e9buchant vers l&rsquo;avant de tout son poids. Soudain, une d\u00e9tonation. Au milieu du vacarme de la for\u00eat retentit le hurlement d&rsquo;un fusil de chasse, dont le plomb le loupa de peu et s&rsquo;enfon\u00e7a dans les entrailles de la terre. Il se retourna, paniqu\u00e9, et scruta le paysage dans toutes les directions, mais bien qu&rsquo;il ne l&rsquo;aper\u00e7\u00fbt pas, l&rsquo;homme savait qu&rsquo;<em>il<\/em> l&rsquo;avait retrouv\u00e9, et qu&rsquo;<em>il<\/em> voulait le tuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&#8217;empressa de se relever et s&rsquo;enfuit, conscient que sa chute maladroite venait de lui sauver la vie pour les cinq secondes \u00e0 venir. Dans la pr\u00e9cipitation, il fit de grandes enjamb\u00e9es laborieuses, risquant \u00e0 plusieurs reprises de se prendre les pieds quelque part. Une deuxi\u00e8me d\u00e9tonation. La balle l&rsquo;aurait touch\u00e9 en pleine t\u00eate s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas pass\u00e9 devant un arbre \u00e0 ce moment-l\u00e0. En regardant sur le c\u00f4t\u00e9, il le vit. Le traqueur, cach\u00e9 derri\u00e8re un pin. <em>Il<\/em> \u00e9tait grand, v\u00eatu d&rsquo;une veste blanche qui le camouflait dans la temp\u00eate, rechargeant son arme avec dext\u00e9rit\u00e9, sans le moindre mouvement superflu. Mais son visage n&rsquo;\u00e9tait pas visible, <em>il<\/em> portait un masque le recouvrant enti\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fugitif ne le consid\u00e9ra pas plus longtemps, car son poursuivant s&rsquo;\u00e9tait repositionn\u00e9 et le visait. Sentant la mort arriver, il reprit sa course folle pour \u00e9chapper \u00e0 son sort funeste. Son bourreau ne perdit pas un instant et se remit \u00e0 ses trousses. <em>Il<\/em> se d\u00e9pla\u00e7ait bien plus rapidement et avec bien plus d&rsquo;agilit\u00e9 que sa proie, qui peinait \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper. Arr\u00eat. Troisi\u00e8me d\u00e9tonation. Le chass\u00e9 sentit le souffle chaud de la balle fr\u00f4ler son visage et manqua de tomber une nouvelle fois \u00e0 cause de la peur. Il parvint n\u00e9anmoins \u00e0 rester sur ses appuis et continua \u00e0 fuir. Il courut le plus vite possible, mettant tous ses muscles \u00e0 contribution pour la garantie de son salut. A moiti\u00e9 aveugl\u00e9 par les rafales glaciales qui l&rsquo;assaillaient, il se dirigeait vers l&rsquo;inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sentit alors une douce chaleur descendre le long de son bras droit, une sensation agr\u00e9able, presque r\u00e9confortante dans ce froid infernal. Puis, du plus profond de sa gorge, il poussa un gigantesque cri de douleur. Car il n&rsquo;avait pas entendu la quatri\u00e8me d\u00e9tonation, dont le crachat \u00e9tait venu se ficher dans son \u00e9paule et lui d\u00e9chirer la chair. Le sang coulait \u00e0 une vitesse affolante. Sa manche, qui \u00e9tait d&rsquo;une blancheur immacul\u00e9e il y a peu, se retrouva imbib\u00e9e de rouge \u00e9carlate. Il pressa de toutes ses forces la blessure \u00e0 son \u00e9paule avec sa main gauche pour retarder l&rsquo;h\u00e9morragie, mais le sang continua de filer entre ses doigts, et se r\u00e9pandit partout sur le sol enneig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Haletant, bless\u00e9 et terrifi\u00e9, il se d\u00e9mena comme il put pour affronter le blizzard et \u00e9chapper \u00e0 son agresseur. Mais il devait se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, il n&rsquo;avait pas l&rsquo;ombre d&rsquo;une chance de s&rsquo;en sortir, aucune \u00e9chappatoire ne semblait s&rsquo;ouvrir \u00e0 lui. Et puis&#8230; Cinqui\u00e8me d\u00e9tonation. Il s&rsquo;effondra sur le sol, en hurlant de tous ses poumons. Le tir l&rsquo;avait atteint \u00e0 la jambe gauche, la douleur \u00e9tait telle qu&rsquo;elle le pliait en deux, il s&rsquo;\u00e9tait recroquevill\u00e9 sur lui-m\u00eame en pressant des mains sa seconde blessure. Malgr\u00e9 la douleur qui le paralysait, il se mit \u00e0 ramper. Il laissait sur son passage des traces de sang qui se noyaient dans la neige, un coup de pinceau \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sur une toile vierge. Sachant qu&rsquo;il n&rsquo;en avait plus pour longtemps \u00e0 vivre, il rassembla toutes ses forces, tra\u00eena son corps meurtri vers l&rsquo;arbre le plus proche et s&rsquo;adossa contre son tronc.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme si le destin souhaitait se moquer de lui, la temp\u00eate commen\u00e7a \u00e0 se calmer. Les yeux entrouverts, il observait la for\u00eat qui se r\u00e9v\u00e9lait peu \u00e0 peu devant lui, \u00e0 la recherche du tueur sans visage. Il examina chaque parcelle qui se trouvait en face de lui, mais les seules choses qu&rsquo;il arrivait \u00e0 voir \u00e9taient les pins gris qu&rsquo;il distinguait plus clairement, le sang que l&rsquo;ouragan avait d\u00e9j\u00e0 partiellement recouvert, et l&rsquo;infinit\u00e9 blanche qui l&rsquo;entourait. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il entendit un faible bruit. Un bruit r\u00e9gulier et qui devenait de plus en plus fort. Du blizzard sortit le traqueur qui avan\u00e7ait vers lui, un fusil \u00e0 la main. <em>Il<\/em> faisait craquer la neige sous ses pas, et comme si l&rsquo;homme \u00e0 terre lui avait d\u00e9roul\u00e9 le tapis rouge, <em>il<\/em> marcha sur la tra\u00een\u00e9e ensanglant\u00e9e et s&rsquo;arr\u00eata devant sa proie. La traque \u00e9tait termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un sentiment de terreur pure s&#8217;empara du bless\u00e9 \u00e0 la vue de celui qui l&rsquo;avait pourchass\u00e9. Une peur primitive, de celle qu&rsquo;on ne ressent que lorsque l&rsquo;on se retrouve confront\u00e9 \u00e0 sa propre mort. Les larmes lui montaient aux yeux. Il ne voulait pas, il ne voulait pas mourir ici. L&rsquo;homme masqu\u00e9 le fixait, immobile. <em>Il<\/em> devait mesurer dans les un m\u00e8tre quatre-vingt dix, et une solide musculature se dessinait sous son ample manteau blanc. Bien qu&rsquo;<em>il<\/em> f\u00fbt lui aussi pris dans la temp\u00eate, ses v\u00eatements n&rsquo;avaient pas la moindre trace de boue ou de neige, comme s&rsquo;<em>il<\/em> \u00e9tait pass\u00e9 au travers de ces bourrasques incessantes. Une aura de puissance presque palpable se d\u00e9gageait de cet \u00eatre, une puissance assur\u00e9e, contr\u00f4l\u00e9e, et ma\u00eetris\u00e9e. D&rsquo;un geste lent et fluide, <em>il<\/em> leva la main droite et la porta \u00e0 son masque, puis le retira.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme bless\u00e9 hoqueta, sous le choc. Le visage qu&rsquo;il avait devant les yeux, il le connaissait bien. Tr\u00e8s bien, m\u00eame. Parce que ce visage, c&rsquo;\u00e9tait le sien. De beaux yeux bleus, des cheveux blonds fris\u00e9s, des sourcils ac\u00e9r\u00e9s, un nez extr\u00eamement droit, des l\u00e8vres blanches et rondes, et des traits d&rsquo;une grande finesse. Pour autant, ce visage terriblement familier lui paraissait \u00e0 la fois terriblement diff\u00e9rent. Ses yeux \u00e9taient plus clairs et p\u00e9n\u00e9trants, ses boucles de la couleur de l&rsquo;or, ses sourcils parfaitement dessin\u00e9s et sym\u00e9triques, son nez beaucoup plus droit, ses l\u00e8vres impeccablement hydrat\u00e9es, et ses traits encore plus fins que n&rsquo;\u00e9taient les siens. Tout chez ce sosie avait l&rsquo;air d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9, et am\u00e9lior\u00e9. Il avait devant lui une meilleure version de ce qu&rsquo;il \u00e9tait. Et il comprit. La personne qui se tenait devant lui n&rsquo;\u00e9tait pas un clone ou un fr\u00e8re cach\u00e9. <em>Il<\/em> \u00e9tait la personne qu&rsquo;il avait toujours r\u00eav\u00e9 d&rsquo;\u00eatre. Une personne ayant une confiance absolue en soi, qui ne commet pas d&rsquo;erreurs, in\u00e9branlable, puissante, et belle, incarnant la perfection au sens litt\u00e9ral. <em>Il<\/em> \u00e9tait une image parfaite, la r\u00e9flexion id\u00e9ale de son moi r\u00eav\u00e9. Et tandis qu&rsquo;il comprenait ce qu&rsquo;il voyait, son reflet leva son arme et le mit en joue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Axel<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un homme avan\u00e7ait p\u00e9niblement au c\u0153ur de la temp\u00eate de neige. Le bras en guise de visi\u00e8re, il \u00e9tait t\u00e9moin du d\u00e9cha\u00eenement de la nature dans un tourbillon blanc opaque, et seules se dessinaient dans son sillage les silhouettes de quelques pins gris aux couleurs d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne. 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