{"id":726,"date":"2026-01-13T13:48:24","date_gmt":"2026-01-13T12:48:24","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/?p=726"},"modified":"2026-01-13T13:48:24","modified_gmt":"2026-01-13T12:48:24","slug":"vie-rurale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/2026\/01\/13\/vie-rurale\/","title":{"rendered":"Vie rurale"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Elle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 une grande fan des vacances \u00e0 la ferme. La vie l\u00e0-bas semblait distante, comme si elle traversait la fronti\u00e8re d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre et se retrouvait immerg\u00e9e dans une culture qu\u2019elle connaissait \u00e0 peine. Ce sentiment se comprendrait si ces vacances se passaient dans une ferme inconnue, mais le probl\u00e8me, c\u2019est que ce n\u2019\u00e9tait pas le cas. Cette ferme, c\u2019\u00e9tait une histoire familiale, un h\u00e9ritage qui remontait \u00e0 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Et elle appartenait actuellement \u00e0 ses grands-parents qui, eux, avaient toujours appr\u00e9ci\u00e9 le paysage bucolique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re n\u2019avait jamais compris pourquoi elle n\u2019aimait pas cet endroit. Elle l\u2019y amenait depuis qu\u2019elle \u00e9tait b\u00e9b\u00e9 et il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 idiot de supposer qu\u2019elle aurait pu cr\u00e9er un attachement \u00e9motionnel avec le lieu. Mais il n\u2019en \u00e9tait rien. Non, elle, ce qui lui plaisait, c\u2019\u00e9tait de rester devant son ordinateur, avachie, parfois m\u00eame recroquevill\u00e9e, dans une chaise qui avait v\u00e9cu de meilleurs jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0, sa tr\u00e8s ch\u00e8re maman l\u2019avait quasiment tra\u00een\u00e9e dans la voiture avec pour seule compagnie la radio et son t\u00e9l\u00e9phone qui captait mal\u2026 Foutu r\u00e9seau. Alors elle s\u2019\u00e9tait r\u00e9solue \u00e0 mastiquer bruyamment quelques Malabars \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-go\u00fbt de fruit de la passion. Cette activit\u00e9 avait le don d\u2019\u00e9nerver sa m\u00e8re, qui lui lan\u00e7ait des remarques \u00e0 tout bout de champ. Ah\u00a0! Si elle ne voulait pas de bruits de bouche, elle n\u2019aurait pas d\u00fb la forcer \u00e0 venir. Rien \u00e0 faire d\u2019aller \u00e0 la campagne pour profiter de la lumi\u00e8re du soleil et contempler les abeilles tandis qu\u2019elles butinent sans arr\u00eat un nombre de fleurs vertigineux.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, elle, ce qu\u2019elle aimait, c\u2019\u00e9tait les lignes de code sur son \u00e9cran, c\u2019\u00e9tait le bruit des touches de son clavier m\u00e9canique qui s\u2019enfon\u00e7aient et se relevaient apr\u00e8s chaque frappe de ses doigts. A la ferme, il n\u2019y avait rien de tout \u00e7a. Non, \u00e0 la place il y avait\u2026 des patates\u2026 et des\u2026 comment \u00e7a s\u2019appelait, d\u00e9j\u00e0\u00a0? Les trucs l\u00e0\u2026 la famille des courges\u2026 Ah oui, des <em>cu-cur-bi-ta-c\u00e9es<\/em>. Un truc comme \u00e7a. Rien de passionnant, en fait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu verras, tes cousins seront l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots de sa m\u00e8re, pourtant encourageants, la firent rouler des yeux, son front se pressant contre la vitre de la voiture. Ses cousins \u00e9taient des idiots. C\u2019est ainsi qu\u2019elle avait d\u00e9cid\u00e9 de les percevoir depuis qu\u2019ils l\u2019avaient fait tomber de son cano\u00eb quelques ann\u00e9es en arri\u00e8re. Elle ne s\u2019\u00e9tait pas fait mal, rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 cass\u00e9 mis \u00e0 part son ego, et \u00e7a, c\u2019\u00e9tait impardonnable. Et puis, s\u2019il y avait ses cousins, il y avait donc sa tante, avec son attitude pompeuse et sa parure qu\u2019elle ne l\u00e2chait jamais. Elle disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre que les cailloux sur son collier \u00e9taient des vrais. Un mensonge\u00a0! Son mari lui avait offert du toc, mais elle, elle n\u2019en d\u00e9mordait pas. Ce n\u2019est pas pour rien que le grand-p\u00e8re\u00a0le surnommait le foutriquet, le tonton !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;G\u00e9nial.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019allait pas sauter de joie \u00e0 la nouvelle. Et plus elle y pensait, plus elle soup\u00e7onnait un coup fourr\u00e9 de la part de sa m\u00e8re. Deux semaines \u00e0 la ferme, sans ordinateur, avec une connexion internet pourrie <em>et <\/em>les olibrius qui lui servent de cousins\u00a0? Fallait le dire, si elle n\u2019aimait pas sa fille.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu fais vraiment aucun effort\u00a0! accusa sa m\u00e8re en retour. Tes grands-parents sont toujours heureux de nous voir r\u00e9unis, c\u2019est pas souvent que \u00e7a arrive. T\u2019as pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 tirer la tronche quand on arrive, et encore moins \u00e0 critiquer la salopette de Papi comme l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf que la tronche, elle la tirait d\u00e9j\u00e0, et avec splendeur. Elle n\u2019allait pas faire semblant et s\u2019inventer un masque de joie pour le plaisir des autres. Elle en avait d\u00e9j\u00e0 assez avec les cours, elle n\u2019allait pas en rajouter durant les moments o\u00f9 elle pouvait rester bien loin du campus universitaire et des gens insupportables qu\u2019elle croisait l\u00e0-bas. Et puis, maintenant qu\u2019elle y pensait, ses grands-parents, ils n\u2019avaient jamais rien de sucr\u00e9 \u00e0 manger chez eux. Elle, une passionn\u00e9e du sucre, allait \u00eatre forc\u00e9e de ne pas y toucher. Pas une seule gourmandise\u00a0! Pas un vacherin ou biscuit Lu dans les parages. Non, juste du fromage\u2026 Beaucoup de fromage. Elle tourna les yeux vers sa m\u00e8re, tentant une derni\u00e8re fois de lui faire changer d\u2019avis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On peut pas faire demi-tour&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Emeline<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 une grande fan des vacances \u00e0 la ferme. La vie l\u00e0-bas semblait distante, comme si elle traversait la fronti\u00e8re d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre et se retrouvait immerg\u00e9e dans une culture qu\u2019elle connaissait \u00e0 peine. 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