{"id":733,"date":"2026-02-05T13:52:10","date_gmt":"2026-02-05T12:52:10","guid":{"rendered":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/?p=733"},"modified":"2026-02-05T13:52:10","modified_gmt":"2026-02-05T12:52:10","slug":"les-bardes-nen-parleront-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/jeffchampo\/2026\/02\/05\/les-bardes-nen-parleront-pas\/","title":{"rendered":"Les bardes n\u2019en parleront pas"},"content":{"rendered":"\n<p>Vivien avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre vaillant.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019avait r\u00e9v\u00e9r\u00e9, acclam\u00e9, hu\u00e9 aussi, parfois. Il n\u2019y avait pas de l\u00e8vres dans tout le royaume qui n\u2019eussent go\u00fbt\u00e9 son nom. Pas de voyou, pas de brigand des grands chemins qui n\u2019e\u00fbt craint l\u2019arriv\u00e9e de son glorieux destrier ; \u00e9p\u00e9e au flanc, heaume luisant au clair de lune, sa cavalcade rythm\u00e9e par le fracas de son armure.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait vaincu plus d\u2019ennemis que quiconque, perdu plus d\u2019amis aussi. Sans rien attendre en retour, il avait abattu l\u2019empereur sanguinaire qui avait ravag\u00e9 le monde connu. On l\u2019avait n\u00e9anmoins couvert de pr\u00e9sents, on avait \u00e9rig\u00e9 des statues \u00e0 son effigie au centre de tous les villages. Les p\u00e8res s\u2019\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9 aupr\u00e8s de lui, leurs filles au bras. Il connaissait le go\u00fbt des figues et des cendres, du cidre et du sang.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait pass\u00e9 des nuits dans les bras chauds d\u2019amants, d\u2019autres \u00e0 porter les corps de ces m\u00eames hommes \u00e0 leurs familles, aux travers des landes d\u00e9vast\u00e9es. Il avait r\u00eav\u00e9, ri, bu, aim\u00e9, recommenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Recommencer, encore, toujours : il fallait recommencer. Des tyrans, des f\u00e9lons, des terres \u00e0 conqu\u00e9rir, des r\u00e9voltes \u00e0 mater. Son \u00e9p\u00e9e s\u2019\u00e9tait \u00e9mouss\u00e9e. Son casque avait terni. Il avait d\u00fb se procurer un \u00e9ni\u00e8me cheval, blanc, bien s\u00fbr ; l\u2019illusion devait \u00eatre parfaite. Une m\u00e8che de la crini\u00e8re de son tout premier compagnon de bataille, l\u2019originel, demeurait tress\u00e9e dans ses cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019herbe, la mer, les fleurs, le sable, la peau. La boue, la pluie, la vase, les pierres, les corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9tait tant battu. Il avait port\u00e9 et re\u00e7u tant de coups. Il avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre beau depuis longtemps : silhouette tordue sur un cheval fringant. Il ne retirait plus son casque en public.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait longtemps r\u00eav\u00e9 de paix. Ici, allong\u00e9 contre le tronc noueux d\u2019un arbre mill\u00e9naire, il se dit qu\u2019il l\u2019avait enfin trouv\u00e9e. Il saisit son heaume tant bien que mal et le retira avec pr\u00e9caution. La brise caressa son cr\u00e2ne br\u00fbl\u00e9 et balafr\u00e9. Il ne se souvenait que vaguement de la derni\u00e8re fois qu\u2019il avait pu passer ses doigts dans ses cheveux, de la derni\u00e8re fois qu\u2019il avait vu ses doigts.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, Vivien rit, d\u2019un rire rauque, qui tenait plus du souffle grin\u00e7ant que du rire fort et fier qui avait \u00e9t\u00e9 le sien. Il rit et baissa les armes devant l\u2019ennemi pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Son adversaire ouvrit les bras et l\u2019enla\u00e7a. Il lui promit que tout \u00e9tait fini, qu\u2019il pouvait hurler, pleurer, pardonner.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la mort, Vivien cessa d\u2019\u00eatre vaillant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Maelys<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vivien avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre vaillant. On l\u2019avait r\u00e9v\u00e9r\u00e9, acclam\u00e9, hu\u00e9 aussi, parfois. Il n\u2019y avait pas de l\u00e8vres dans tout le royaume qui n\u2019eussent go\u00fbt\u00e9 son nom. 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