Enquête très sérieuse au cœur des jeux

Portrait de Victor Potier, publié dans Albi Mag, le journal de la Ville d’Albi (février 2015)
Remerciements à Pierre-Roland Saint-Dizier pour la diffusion accordée sur Papyrus

À 24 ans, Victor Potier est un jeune doctorant en sociologie. Depuis plus d’un an, il enseigne au centre universitaire tout en préparant une thèse sur les serious games, ces nouveaux outils d’apprentissage qui pourraient bien changer la manière d’apprendre…

Portrait de Victor Potier, publié dans Albi Mag, le journal de la Ville d’Albi (février 2015)
Remerciements à Pierre-Roland Saint-Dizier pour la diffusion accordée sur Papyrus

À 24 ans, Victor Potier est un jeune doctorant en sociologie. Depuis plus d’un an, il enseigne au centre universitaire tout en préparant une thèse sur les serious games, ces nouveaux outils d’apprentissage qui pourraient bien changer la manière d’apprendre…

Comment avez-vous été amené à faire de la sociologie ?

J’ai toujours aimé rencontrer les gens, parler avec eux. Quand j’étais jeune, j’assurais une émission radio et rêvais de devenir journaliste. J’ai suivi à Strasbourg les prépas Khâgnes et hypokhâgnes avant de m’orienter finalement vers la sociologie. La première année, mon terrain d’études a été le célèbre jeu vidéo World of warcraft dont un de mes camarades était fan. Le sujet était original et m’intéressait, alors que je n’étais pas du tout joueur ! Mon travail a consisté à examiner les dynamiques de jeu et la manière dont les joueurs s’organisaient. J’ai constaté qu’ils agissaient comme dans une entreprise avec ses codes et sa hiérarchie. La littérature existante sur le sujet était souvent écrite par des joueurs, ce qui m’a permis de proposer une approche assez différente.

Comment êtes-vous passé du jeu vidéo aux serious games ou jeux sérieux ?

J’ai d’abord recentré mon travail sur le jeu dans le milieu de l’entreprise et son impact dans la réalisation des tâches. Il était intéressant de voir comment il pouvait être mis en œuvre dans le cadre professionnel. Le jeu peut venir tuer l’ennui, créer un esprit d’équipe ou de compétition. Il permet aussi de surmonter des conditions de travail difficiles. J’ai été alors amené à m’entretenir avec des salariés d’une entreprise spécialisée dans les serious games…

Ce qui explique votre arrivée à Albi ou un en créé…

Effectivement. Après mon master en sciences sociales, j’ai rejoint les membres de l’équipe du Serious games research laboratory d’Albi en septembre 2013. Mon parcours les intéressait pour évaluer le jeu Mécagenius qui avait été mis au point et venait d’être commercialisé. L’idée est de savoir comment ce jeu est perçu et utilisé par les enseignants et leurs élèves. Ma thèse porte également sur le développement des serious games en général. Ces nouveaux outils éducatifs qui transforment l’apprentissage en jeu sont-ils un effet de mode ou ouvrent-ils de nouvelles perspectives ? Le sujet est passionnant. En parallèle, j’assure des cours de sociologie à Albi. C’est une belle expérience où les conditions d’enseignement favorisent vraiment des échanges personnalisés avec les étudiants.

Votre travail de thèse vous amène-t-il sur le terrain ?

Le jeu Mecagénius a été expérimenté dans plusieurs établissements, principalement en Midi-Pyrénées, notamment au lycée Rascol à Albi. Je mène une véritable enquête en me rendant en cours pour analyser les pratiques. J’ai une caméra, je réalise des interviews, j’analyse les manières des élèves de s’engager dans la démarche. Deux tiers d’entre eux disent être pris par le jeu et avoir le sentiment d’apprendre quelque chose. Ils se le sont approprié au point parfois d’en détourner l’usage. L’utilisation du jeu en classe reste bien sûr de l’ordre de l’enseignement, mais colorée par le jeu. Le serious game est comme un « Mon Chérie » qu’on mange quand on est enfant. On n’aime pas forcément l’alcool, mais plutôt le chocolat qui l’enveloppe… Il passe mieux !

En quoi Mecagenius est-il innovant ?

Ce jeu a été créé comme un outil d’apprentissage destiné aux élèves de génie mécanique. Il est conçu avec tous les ressorts d’un jeu vidéo classique : score, gain, barre de vie, etc. Ici, il est question d’un vaisseau spatial qui s’est écrasé sur une planète. Les joueurs incarnent le pilote qui doit réparer son appareil en effectuant différentes missions qui couvrent en réalité tout le programme de la seconde au BTS. À travers le jeu, ils découvrent le fonctionnement d’une machine-outil à commandes numériques et les opérations d’usinage de pièces. Ma thèse pose néanmoins un certain nombre de questions. Peut-on parler de jeu s’il y a une visée pédagogique ? Jeu sérieux, n’est-ce pas antinomique ? J’écris beaucoup d’articles autour de ces problématiques tout en continuant à lire sur le sujet et à suivre l’actualité des jeux vidéos. Pour moi, la sociologie, c’est un plaisir, presque un jeu !