{"id":94,"date":"2015-05-28T08:09:13","date_gmt":"2015-05-28T06:09:13","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/papyrus\/sci-le-monde-metait-conte-a-la-decouverte-de-la-tanzanie\/"},"modified":"2017-05-05T11:42:51","modified_gmt":"2017-05-05T09:42:51","slug":"sci-le-monde-metait-conte-a-la-decouverte-de-la-tanzanie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/papyrus\/2015\/05\/28\/sci-le-monde-metait-conte-a-la-decouverte-de-la-tanzanie\/","title":{"rendered":"[SCI le monde m&rsquo;\u00e9tait cont\u00e9] A la d\u00e9couverte de la Tanzanie"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab&nbsp;SCI le monde m&rsquo;\u00e9tait cont\u00e9&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est le nom de code du projet web des \u00e9tudiants du master Strat\u00e9gies Culturelles Internationales, actuellement en stage aux quatre coins du monde. <br \/>On part maintenant pour le continent Africain avec Tanja&#8230; D\u00e9paysement garanti : bienvenue en Tanzanie&nbsp;! <\/em><\/p>\n<h3><em><br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;SCI le monde m&rsquo;\u00e9tait cont\u00e9&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est le nom de code du projet web des \u00e9tudiants du master Strat\u00e9gies Culturelles Internationales, actuellement en stage aux quatre coins du monde. <br \/>On part maintenant pour le continent Africain avec Tanja&#8230; D\u00e9paysement garanti : bienvenue en Tanzanie&nbsp;! <\/em><\/p>\n<h3><em><!--break--><\/em>Karibu mzungu!<\/h3>\n<p>\u00ab Karibu mzungu \u00bb (\u00ab Bienvenue, blanche \u00bb), c&rsquo;est d\u00e9finitivement la phrase que j&rsquo;entends le plus souvent. Elle s&rsquo;accompagne toujours de la curiosit\u00e9, du scepticisme et aussi de l&rsquo;envie d&rsquo;explorer de nouvelles opportunit\u00e9s. Les personnes blanches sont automatiquement vues comme de riches touristes et bien s\u00fbr on leur propose des prix beaucoup plus \u00e9lev\u00e9s. <br \/>Ici, la communaut\u00e9 est forte et \u00e7a leur prend du temps avant qu&rsquo;ils n&rsquo;acceptent qu&rsquo;une blanche vive vraiment avec eux et que nous ne sommes pas que des touristes, qu&rsquo;on va au boulot tous les jours, au march\u00e9 (la plupart vont au supermarch\u00e9), ou encore aux petits shops (des petites cabanes o\u00f9 on peut pas entrer mais o\u00f9 on commande par la fen\u00eatre pourvue d&rsquo;une grille), qu&rsquo;on porte des sacs lourds sur de longues distances (\u00ab mais pourquoi tu ne les portes pas sur la t\u00eate, c&rsquo;est beaucoup plus facile?! \u00bb), qu&rsquo;on prend les transports commun (non on n&rsquo;a pas une jeep priv\u00e9e), qu&rsquo;on lave le linge \u00e0 la main. <br \/>Finalement, une fois accept\u00e9e les locaux s&rsquo;attachent, et te prennent en amiti\u00e9. Apr\u00e8s seulement quelques mois, j&rsquo;entends d\u00e9j\u00e0 \u00abquand tu retourneras en Europe, je n&rsquo;oublierai jamais que j&rsquo;ai une fille\/s\u0153ur l\u00e0-bas\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui aide aussi \u00e0 briser la glace, c&rsquo;est d&rsquo;apprendre le kiswahili, la langue officielle, en plus de conna\u00eetre les diff\u00e9rentes structures hi\u00e9rarchiques comme par exemple conna\u00eetre les diff\u00e9rentes formules de bienvenue selon l&rsquo;\u00e2ge, le sexe et la position sociale de la personne \u00e0 qui on s&rsquo;adresse dans la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Mais toujours, les tanzaniens s&rsquo;\u00e9tonnent de la pauvret\u00e9 culturelle europ\u00e9enne &#8211; Ils me demandent souvent \u00abtu es de quelle tribu, c&rsquo;est quoi ta langue de tribu?\u00bb, et ils me disent qu&rsquo;ils sont tristes pour moi quand je leur explique que je suis seulement allemande et que ma langue maternelle est l&rsquo;allemand. Si quelqu&rsquo;un est trop d\u00e9\u00e7u, j&rsquo;explique alors que je suis de la tribu \u00abbavaroise\u00bb.<\/p>\n<p>Le Tanganyika (anc\u00eatre de la Tanzanie) \u00e9tait une colonie allemande avant la fin de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale, puis colonie anglaise jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance et la fusion avec le Zanzibar en 1964. Il reste surtout de cette histoire coloniale les influences britanniques avec le syst\u00e8me scolaire et la conduite \u00e0 gauche. En Tanzanie, il y a plus de 120 tribus, chacune avec une langue diff\u00e9rente et de nombreux clans. Un enfant n\u00e9 dans un village apprend d&rsquo;abord la langue du clan, puis la langue de la tribu. Il apprendra le kiswahili plus tard \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Le d\u00e9veloppement et la diffusion de l&rsquo;anglais sont fortement influenc\u00e9s par le gouvernement anglais, mais le kiswahili demeure toujours la langue dominante dans la vie quotidienne. Chaque citoyen tanzaniens ne ma\u00eetrisent pas l&rsquo;anglais.<\/p>\n<h3>Le stage, l&rsquo;opportunit\u00e9 de vivre un r\u00eave<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s \u00eatre venue en France pour faire mon Master, j&rsquo;ai pris l&rsquo;opportunit\u00e9 du stage de fin d&rsquo;\u00e9tudes pour r\u00e9aliser mon r\u00eave d&rsquo;aller en Afrique. Malgr\u00e9 quelques obstacles rencontr\u00e9s (entre temps la Tanzanie a \u00e9t\u00e9 class\u00e9e comme \u00ab\u00a0dangereuse\u00a0\u00bb par le Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res \u00e0 cause du renforcement de l&rsquo;\u00c9tat Islamique), j&rsquo;ai pu partir malgr\u00e9 tout. <br \/>Je fais mon stage dans une ONG locale, travaillant avec des jeunes pour leur enseigner des opportunit\u00e9s d&rsquo;\u00e9ducation, de formation continue et de cr\u00e9ation d&rsquo;entreprises.<\/p>\n<p>J&rsquo;habite \u00e0 Arusha, une grande ville de plus de 416 000 habitants au nord de la Tanzanie, pas loin des parc nationaux comme le Serengeti, c\u00e9l\u00e8bre dans le monde entier. Le Kilimanjaro, la plus haute montage de l&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas tr\u00e8s loin non plus.<\/p>\n<h3>Ce qui d\u00e9termine le rythme de vie<\/h3>\n<p>Je m\u00e8ne une vie comme les locaux fortun\u00e9s, mais loin de la vie des expatri\u00e9s qui construisent souvent une copie europ\u00e9enne, am\u00e9ricaine ou australienne. Si on parle avec les expatri\u00e9s, on a le sentiment qu&rsquo;ils se mettent dans une boule scintillante et romantique puisque beaucoup d&rsquo;entre eux travaillent dans le \u00abGeneva of Africa\u00bb comme on le nomme souvent \u00e0 Arusha. Ce secteur doit son nom \u00e0 la forte pr\u00e9sence des institutions internationales : la Communaut\u00e9 d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est (East African Community, EAC), le East African Court of Justice (Cour de Justice d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est), le Tribunal P\u00e9nal International pour le Rwanda etc. <br \/>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 deux mois en contact presque exclusif avec des locaux et des \u00e9trangers africains, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9pass\u00e9e par le contact avec cette bulle d&rsquo;expatri\u00e9s. Les histoires ressemblent \u00e0 des films sur la colonisation africaine ou \u00e0 des d\u00e9pliants touristiques : un g\u00eete magnifique, une vue imprenable sur les savanes, des meubles chouettes tout en bois, des \u0153uvres artisanales et que des Blancs. Ah non, j&rsquo;oubliais les employ\u00e9s, qui eux, sont les seuls blacks. Pas uniquement pour \u00eatre au service des occidentaux mais aussi pour garantir l&rsquo; \u00abauthenticit\u00e9\u00bb de la soir\u00e9e \u00abafricaine\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>En Tanzanie, loin des cartes postales et de l&rsquo;environnement des expatri\u00e9s, certains facteurs d\u00e9terminent la vie quoidienne comme  l&rsquo;acc\u00e8s aux services de sant\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et particuli\u00e8rement \u00e0  l&rsquo;eau (rarement propre).<br \/>M\u00eame si je vis dans un milieu plus fortun\u00e9 que la plupart de la population, ces facteurs restent d\u00e9cisifs pour le rythme de vie car on n&rsquo;y a pas toujours acc\u00e8s. On apprend tr\u00e8s vite l&rsquo;importance de la pr\u00e9voyance &#8211; faire des r\u00e9serves d&rsquo;eau, stocker des bougies chez-soi, avoir au minimum un portable suppl\u00e9mentaire dont la batterie dure longtemps. Ici, tout le monde a au moins un portable et beaucoup ont un smartphone. On s&rsquo;en sert en permanence pour rester en contact avec des amis et recevoir de l&rsquo;information. Si on a pas de t\u00e9l\u00e9, on va chez les voisins pour la regarder et les journaux se passent d&rsquo;une personne \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Et cela vaut pour tous les objets puisque tout est r\u00e9par\u00e9, r\u00e9utilis\u00e9 ou transform\u00e9. A Arusha, on raconte qu&rsquo;\u00e0 Dar es Salaam (la plus grande m\u00e9tropole tanzanienne m\u00eame si ce n&rsquo;est pas la capitale), les gens sont fous parce qu&rsquo;ils ont l&rsquo;habitude d&rsquo;acheter des v\u00eatements neufs. Ici tout le monde va au march\u00e9 o\u00f9 on retrouve des tonnes d&rsquo;habits d&rsquo;occasion du monde entier. Pour des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels, on va chez un tailleur (certains sont d&rsquo;ailleurs de vrais cr\u00e9ateurs de mode). Mais aller dans un magasin pour acheter des habits neufs ?? Ces m\u00e9tropolitains de Dar es Salaam sont vraiment dingues!<\/p>\n<h3>Le rythme tanzanien ou \u00ab\u00a0pole pole\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Si je vous dis que ces facteurs d\u00e9terminent d&rsquo;une mani\u00e8re importante le rythme tanzanien, on se pose la question, c&rsquo;est quoi le rythme tanzanien? &nbsp;<\/p>\n<p>Le rythme ici, c&rsquo;est principalement de ne pas en avoir mais de s&rsquo;adapter aux r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes. La plupart de la population n&rsquo;a pas d&#8217;emploi fixe mais gagnent de l&rsquo;argent en faisant des petits boulots: ils sont conducteurs de daladala (minibus), de pikipiki\/bodaboda (taxi-moto), livreurs en v\u00e9lo ou en mkokoteni (charrettes), ils cousent, ils tressent les cheveux ou montent des petites affaires. Par exemple ici, pour cr\u00e9er un snack-bar on a juste besoin d&rsquo;un feu et peut-\u00eatre d&rsquo;un petit si\u00e8ge, des v\u00eatements, des ustensiles de cuisine, des outils et des animaux!<\/p>\n<p>Et si on a d&rsquo;autres chose \u00e0 faire, comme prendre le th\u00e9, aider un ami ou bavarder, on s&rsquo;arr\u00eate simplement de travailler. Mais ne pensez pas qu&rsquo;on est paresseux ici. Vous n&rsquo;avez jamais vu autant de personnes occup\u00e9es! On entend souvent: \u00ab I am the busiest man in the world\u00bb. Prenant en compte que tout demande beaucoup de temps et d&rsquo;efforts, on comprend que le temps passe vite ici &#8211; m\u00eame si l&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale est au \u00ab\u00a0pole pole\u00a0\u00bb (\u00abdoucement, on se calme, y&rsquo;a pas le feu\u00bb)!<\/p>\n<p>En Tanzanie, on vit dans \u00ab\u00a0l&rsquo;ici et maintenant\u00a0\u00bb. On est dans une s\u00e9rie d&rsquo;instants et moments pr\u00e9sents. Un jour libre n&rsquo;existe quasiment pas. Et un jour sans revenu signifie souvent un jour sans pouvoir faire de courses, sans acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau, sans pouvoir payer les frais d&rsquo;\u00e9cole le lendemain. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une question de pauvret\u00e9, on n&rsquo;est juste pas habitu\u00e9 \u00e0 \u00e9pargner.<\/p>\n<h3>Les traditions et la recherche d&rsquo;une identit\u00e9 nouvelle<\/h3>\n<p>Mais depuis quelque temps, on remarque que les choses changent. Cela concerne notamment le souhait d&rsquo;\u00e9pargner et de cr\u00e9er un compte bancaire, d&rsquo;avoir une assurance-maladie et d&rsquo;avoir une carte d&rsquo;identit\u00e9. On veut \u00abexister\u00bb dans le monde globalis\u00e9. Un tanzanien m&rsquo;avait dit qu&rsquo;il aimerait que tous leaders et les m\u00e9galomanes viennent en Afrique pour se rendre compte qu&rsquo;ils ne sont que des \u00eatres humains parmi d&rsquo;autres qui sont tous \u00e9gaux. <br \/>Selon cet homme, seul l&rsquo;Afrique &nbsp;peut aider \u00e0 r\u00e9aliser que la vie n&rsquo;est pas si importante, qu&rsquo;on est tout petit et que la nature est plus importante que les personnes. M\u00eame si beaucoup de tanzaniens essayent d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 \u00e7a et veulent devenir \u00e9gaux \u00e0 la civilisation mondiale.<\/p>\n<p>Normalement, un tanzanien n&rsquo;a pas de carte d&rsquo;identit\u00e9 ni de passeport. Si quelqu&rsquo;un veut voyager (c&rsquo;est un petit nombre qui a les moyens de voyager hors du pays), il peut demander un passeport qui, lorsque la demande est accept\u00e9e, se compose d&rsquo;une fiche papier. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 un jeune homme qui r\u00eave d&rsquo;avoir un vrai passeport. Avec une housse plastique et une photo d&rsquo;identit\u00e9. Il n&rsquo;est jamais sorti de la r\u00e9gion d&rsquo;Arusha et il semble qu&rsquo;il ne pourra pas voyager bient\u00f4t. Il voulait tout savoir sur le processus de quitter un pays et entrer dans un autre et quand je lui ai dit qu&rsquo;on prenait les empreintes quand tu rentres en Tanzanie, ses yeux brillaient. <br \/>On veut laisser des traces dans le monde. La jeune g\u00e9n\u00e9ration veut exister dans les \u00e9changes internationaux, elle veut d\u00e9couvrir de nouveaux horizons hors des traditions locales.<\/p>\n<p>Dans le cadre de mon stage je me penche par exemple sur la Communaut\u00e9 d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est et dans ce contexte, on touche souvent \u00e0 la question de l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;Afrique orientale. En Europe, la question d&rsquo;une identit\u00e9 europ\u00e9enne am\u00e8ne des d\u00e9bats passionn\u00e9s, alors qu&rsquo;ici, la question d&rsquo;une identit\u00e9 commune laisse indiff\u00e9rent. Comme l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est est vraiment immense, beaucoup ne se reconnaissent pas dans cette communaut\u00e9. Se sentir \u00abafricain de l&rsquo;Est\u00bb est tellement \u00e9norme que c&rsquo;est en fait inimaginable. On se sent avant tout comme un membre de sa famille et de sa tribu et apr\u00e8s on est reli\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9gion natale.<\/p>\n<p>La recherche d&rsquo;une nouvelle identit\u00e9 est extr\u00eamement pr\u00e9sente. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ils sont fortement attach\u00e9s \u00e0 leur identit\u00e9 locale et d&rsquo;un autre, ils r\u00eavent de devenir des citoyens du monde. La particularit\u00e9 pour moi de ce pays, c&rsquo;est que ce challenge n&rsquo;occupe pas encore les zones rurales; ce sont uniquement les personnes avec une tr\u00e8s bonne formation et un r\u00e9seau international qui se voient confront\u00e9es \u00e0 ce dilemme.<br \/>A cela s&rsquo;ajoute les \u00abtraces de la mondialisation en Tanzanie\u00bb, comme une vieille femme m&rsquo;a expliqu\u00e9 : depuis deux ou trois g\u00e9n\u00e9rations, \u00e7a devient de plus en plus courant de se marier avec des personnes qui ne sont plus du m\u00eame clan ou de la m\u00eame tribu. Les enfants n\u00e9s de ces mariages \u00ab\u00a0mixtes\u00a0\u00bb font officiellement partie de la tribu du p\u00e8re mais en r\u00e9alit\u00e9, les structures se perdent et il n&rsquo;est pas rare que ces enfants soient vus comme \u00absans identit\u00e9\u00bb et se voient donc confront\u00e9s au challenge de trouver une place dans le syst\u00e8me d&rsquo;identit\u00e9 tanzanien.<\/p>\n<h3>La Tanzanie, une \u00eele de paix et de calme en Afrique d&rsquo;Est?<\/h3>\n<p>La vie s&rsquo;\u00e9chappe comme le sable fin de la plage de Zanzibar s&rsquo;\u00e9coule entre les doigts. La mort et les atrocit\u00e9s sont pr\u00e9sentes dans les t\u00eates et dans les c\u0153urs et on rencontre partout des personnes traumatis\u00e9es par les conflits entres les tribus, les guerres civiles et les infamies dans les rues. Le g\u00e9nocide du Rwanda en 1994, la guerre civile au Burundi (1993-2005), les violences post-\u00e9lectorales au Kenya en 2007-2008, les p\u00e9riodes de dictatures en Ouganda entre 1971 et 1986 et la violence continue au Nord de l&rsquo;Ouganda o\u00f9 une gu\u00e9rilla tue encore d&rsquo;innombrables victimes, entre autre. Beaucoup ont vu des personnes tu\u00e9es, massacr\u00e9es, viol\u00e9es et les images et les cauchemars les accompagnent tout au long de leur vie. J&rsquo;ai aussi probablement pass\u00e9 du temps avec des personnes qui ont commis des crimes, mais on n&rsquo;en parle pas.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, mes pens\u00e9es vont vers les proches de l&rsquo;attentat de Garissa, au Kenya, qui a eu lieu le 2 avril dernier. 147 personnes ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es par des djihadistes car ils ne pouvaient pas citer une sourate. La plupart \u00e9tait des \u00e9tudiants. L&rsquo;attentat de Garissa a cr\u00e9\u00e9 une atmosph\u00e8re difficile \u00e0 d\u00e9crire ici \u00e0 Arusha. On est choqu\u00e9, paralys\u00e9 et indiciblement triste. Mais d&rsquo;un autre cote, on ne r\u00e9alise pas a quel point on est proche physiquement. On est sur \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00eele tanzanienne\u00a0\u00bb, on sourit et la vie continue.<\/p>\n<p>D&rsquo;une vision ext\u00e9rieure, la Tanzanie est consid\u00e9r\u00e9e depuis 1979 comme une \u00eele de paix en Afrique de l&rsquo;Est. Mais les apparences sont un peu trompeuses et \u00e9dulcor\u00e9es.<br \/>En 2013, la Tanzanie se classait \u00e0 la 159\u00e8me place au niveau de l&rsquo;indice de d\u00e9veloppement humain (sur 187). Selon les chiffres, les conditions de vie s&rsquo;am\u00e9liorent mais dans la rue, on voit la r\u00e9alit\u00e9: la population nationale augmente rapidement, pr\u00e8s de 50% de la population est \u00e2g\u00e9e de moins de 15 ans, la mortalit\u00e9 n\u00e9onatale est \u00e9lev\u00e9e, il y a officiellement 1,4 millions de s\u00e9ropositifs et les principales causes de mortalit\u00e9 sont la malaria, la tuberculose, le typhus, la malnutrition, les accidents de la route et la toxicomanie ou l&rsquo;alcoolisme. Un double de Konyagi (c&rsquo;est du gin), promu comme \u00ab l&rsquo;esprit de la nation \u00bb est vendu partout pour 600 Shilling tanzanien (\u00e0 peu pr\u00e8s 25 centimes). On comprend alors que les mecs bourr\u00e9s qui se tra\u00eenent devant les shops et se lamentent sur les injustices de la vie sont in-d\u00e9tachables de l&rsquo;image tanzanien: il est sale. Les ordures sont incin\u00e9r\u00e9es dans les jardins et dans les rues, les enfants conduisent les troupeaux au milieu des ordures, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un coin d&rsquo;herbe pour brouter. La corruption et le favoritisme sont omnipr\u00e9sents. Les contraventions sont n\u00e9goci\u00e9es et la somme finalement pay\u00e9e va dans la poche du flic, pas au gouvernement. Sans \u00abamis\u00bb sp\u00e9ciaux, on n&rsquo;a aucune chance de recevoir des papiers officiels dans un d\u00e9lai et \u00e0 un &nbsp;prix raisonnable.<br \/>Aussi, lorsque les \u00e9lections approchent, les pers\u00e9cutions des albinos augmentent. Certaines parties de leurs corps sont vues comme des porte-bonheur (par les p\u00eacheurs mais aussi les candidats politiques) et justifient qu&rsquo;on les enl\u00e8vent et les massacres. On est bien dans un pays pauvre, o\u00f9 ce n&rsquo;est pas toujours facile d&rsquo;apercevoir une lueur d&rsquo;espoir, l&rsquo;essor \u00e9conomique ou l&rsquo;am\u00e9lioration des services publiques comme l&rsquo;\u00e9ducation et les services de sant\u00e9 qui sont r\u00e9guli\u00e8rement soulign\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi des moments o\u00f9 on rencontre des personnes fortes et optimistes. Comme la cuisini\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 je travaille. Elle a derni\u00e8rement cuisin\u00e9 un d\u00e9licieux repas pour 40 personnes avec une seule gazini\u00e8re et un feu dehors. Et avec le sourire! Elle a eu son premier enfant \u00e0 16 ans et est maintenant parent isol\u00e9 de deux enfants, me raconte-t-elle en renouant son foulard. Un jour l&rsquo;argent est devenu juste mais au lieu de demander de l&rsquo;argent pour payer les frais de scolarit\u00e9 de sa fille, elle a d\u00e9cid\u00e9 de fonder une association avec d&rsquo;autres femmes de son quartier et ont cr\u00e9\u00e9 un nouveau syst\u00e8me bancaire: les femmes accordent des cr\u00e9dits \u00e0 celles qui sont en difficult\u00e9s. C&rsquo;est un syst\u00e8me qui fonctionne bien depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<h3>Ce qui compte vraiment dans la vie<\/h3>\n<p>En Tanzanie, on apprend les valeurs qui comptent vraiment dans la vie, le respect, la famille, la coh\u00e9sion et la solidarit\u00e9. La folie de la beaut\u00e9 europ\u00e9enne est remplac\u00e9e: ici on s&rsquo;aime comme on est &#8211; avec un grand sourire et \u00e0 condition d&rsquo;avoir des fesses bien rondes et qu&rsquo;on sache comment les bouger. La Tanzanie, c&rsquo;est aussi le dynamisme, l&rsquo;optimisme, l&rsquo;espoir, et prendre le temps pour ses semblables. Et beaucoup de curiosit\u00e9.<br \/>Par exemple, un ado m&rsquo;a observ\u00e9, tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 quand j&rsquo;ai mis de la cr\u00e8me solaire. Il voulait savoir ce que je faisais. Je lui ai alors expliqu\u00e9 que la peau blanche est sensible et qu&rsquo;on risque de se br\u00fbler si on reste trop longtemps au soleil. Il \u00e9tait fascin\u00e9 et voulait l&rsquo;essayer lui aussi. Quand je lui ai expliqu\u00e9 que les blacks n&rsquo;en ont pas besoin parce que la peau noire n&rsquo;est pas sensible, il m&rsquo;a demand\u00e9 pourquoi on utilisait de la cr\u00e8me blanche au lieu d&rsquo;une cr\u00e8me noire.<\/p>\n<p>Je vous n&rsquo;ai pas parl\u00e9 de mon stage. Malheureusement il ne se d\u00e9roule pas comme souhait\u00e9. Mais je profite au maximum de chaque moment libre, je ne sais pas o\u00f9 regarder. Ici, on r\u00e9apprend vite a sourire et a rire. Ici, on vit selon le principe du \u00ab Hakuna matata \u00bb que tous ceux qui ont vu Le Roi Lion dans leur enfance connaissent.<\/p>\n<p>En fait, si vous voulez voir un pays avec des habitudes, des traditions et un rythme de vie compl\u00e8tement diff\u00e9rent, la Tanzanie est la bonne destination. Ouvrez votre esprit et sortez des sentiers touristiques. Mangez dans la rue avec vos main assis sur des seaux renvers\u00e9s, chantez pour faire passer le temps pendant les pannes d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, ayez tout \u00e0 coup des b\u00e9b\u00e9s sur les genoux, allez danser dans les bo\u00eetes de nuits o\u00f9 chacun oublie les difficult\u00e9s de la journ\u00e9e et \u00e9coutez les r\u00eaves et les visions des jeunes. Apprenez ce qui compte vraiment dans la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;SCI le monde m&rsquo;\u00e9tait cont\u00e9&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est le nom de code du projet web des \u00e9tudiants du master Strat\u00e9gies Culturelles Internationales, actuellement en stage aux quatre coins du monde. 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