{"id":1058,"date":"2014-03-19T15:00:57","date_gmt":"2014-03-19T14:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/?page_id=1058"},"modified":"2014-04-03T09:11:25","modified_gmt":"2014-04-03T08:11:25","slug":"la-diffusion-des-idees-des-lumieres-dans-la-region-albigeoise","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/un-gentilhomme-provincial\/la-noblesse-toulousaine-au-siecle-des-lumieres\/la-diffusion-des-idees-des-lumieres-dans-la-region-albigeoise\/","title":{"rendered":"La diffusion des id\u00e9es des Lumi\u00e8res dans la r\u00e9gion albigeoise"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La franc-ma\u00e7onnerie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span style=\"color: #000000\">La franc-ma\u00e7onnerie fait son apparition en 1717 en Angleterre. C&rsquo;est une organisation : \u00ab\u00a0fond\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine sur la croyance en Dieu (grand architecte de l&rsquo;univers) mais aussi sur la tol\u00e9rance religieuse, elle se donna pour but \u00e0 travers la cr\u00e9ation d&rsquo;une association secr\u00e8te, d&rsquo;enseigner aux initi\u00e9s des principes de fraternit\u00e9 et de progression spirituelle.\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\"> L&rsquo;historien Michel Taillefer qui a \u00e9tudi\u00e9 les archives ma\u00e7oniques, consid\u00e8re que les loges sont principalement des lieux de rencontres utiles, o\u00f9 on s&rsquo;adonne \u00e0 divers rituels et o\u00f9 l&rsquo;on parle de politique. C&rsquo;est aussi un lieu o\u00f9 on se livre \u00e0 des activit\u00e9s intellectuelles. Pour lui, la franc-ma\u00e7onnerie a \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le aux valeurs traditionnelles par sa fid\u00e9lit\u00e9 religieuse, son loyalisme politique et n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment de diffusion parmi d&rsquo;autres des id\u00e9es nouvelles. Elle appara\u00eet en France en 1725, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de 1744 \u00e0 1787 que l&rsquo;on observe dans l&rsquo;Albigeois une implantation de loges malgr\u00e9 l&rsquo;interdiction de la franc-ma\u00e7onnerie par le Saint-si\u00e8ge \u00e0 Rome en 1738. On en trouve deux \u00e0 Albi, une \u00e0 Castres, une \u00e0 Gaillac et une \u00e0 Sor\u00e8ze. La plus ancienne est la loge de Saint-Jean implant\u00e9e le 6 novembre 1744 par le comte de Clermont grand ma\u00eetre de la loge de France. Elle fut dirig\u00e9e par le marquis de Castrie en 1744, personnage d&rsquo;influence du paysage albigeois au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, puis en 1752 par le chevalier Gaillard de Labarthe. En 1765, ses activit\u00e9s sont stopp\u00e9es par la mort d&rsquo;une grande partie des membres. Elle ouvre de nouveau ses portes en 1776, et est renomm\u00e9e \u00ab\u00a0La parfaite Intelligence\u00a0\u00bb en 1778. Pour sa r\u00e9ouverture officielle par le grand ma\u00eetre le marquis de Panat, elle compte 75 membres dont 53\/75 appartenant \u00e0 la noblesse soit 70 %. On y retrouve notamment Joseph Delecouls et Victor de Galaup, p\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre navigateur Jean Fran\u00e7ois de Lap\u00e9rouse. On peut donc dire en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la moyenne nationale qui \u00e9tait entre 15 et 20 % que la noblesse de l&rsquo;Albigeois a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9e par la franc-ma\u00e7onnerie porteuse d&rsquo;id\u00e9es nouvelles, v\u00e9hicul\u00e9es \u00e0 la base par le mouvement des Lumi\u00e8res. La franc-ma\u00e7onnerie dans l&rsquo;Albigeois avait donc un r\u00f4le tr\u00e8s important car elle regroupait les \u00e9lites, \u00e0 savoir des marquis comme le Marquis de Panat ou encore des comtes avec monsieur de Sourjac et monsieur de Bosc ainsi que de nombreux grad\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e. On peut \u00e9galement noter la pr\u00e9sence de Victor de Galaup, p\u00e8re du navigateur Jean Francois de Lap\u00e9rouse, qui \u00e9tait pourtant tr\u00e8s marqu\u00e9 par la pratique religieuse traditionnelle, mais faisait partie de cette confr\u00e9rie, pourtant condamn\u00e9e par le Vatican, ce qui prouve l&rsquo;influence qu&rsquo;elle pouvait avoir sur les individus. Chez les Galaup, Jean Fran\u00e7ois de Lap\u00e9rouse a dans les pas de son p\u00e8re rejoint en 1779 une loge situ\u00e9e \u00e0 Brest \u00ab\u00a0Heureuse rencontre\u00a0\u00bb. Cela montre que la franc-ma\u00e7onnerie pouvait \u00eatre d&rsquo;importance familiale et pas seulement isol\u00e9e, elle marque r\u00e9ellement la soci\u00e9t\u00e9 et ce, parfois, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_3657\" style=\"width: 364px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2014\/03\/voltaire.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3657\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3657  \" alt=\"\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2014\/03\/voltaire.jpg\" width=\"354\" height=\"323\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3657\" class=\"wp-caption-text\">Tablier ma\u00e7onnique, symbole des francs-ma\u00e7ons<\/p><\/div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\">A l&rsquo;\u00e9poque la franc-ma\u00e7onnerie concorde avec la pr\u00e9sence de grands foyers d&rsquo;influence, de diffusion de l&rsquo;<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Encyclop\u00e9die<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"> de Diderot et D&rsquo;Alambert, qui est un symbole caract\u00e9ristique des Lumi\u00e8res. On observe dans le Tarn, \u00e0 Castres, pas moins de vingt souscriptions \u00e0 l&rsquo;<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Encyclop\u00e9die<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\">. Dans le m\u00eame registre on observe de 1779 \u00e0 1784 l&rsquo;apparition de soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires et de chambres de lecture aux alentours de Castres. Les loges ma\u00e7onniques entrent dans cette cat\u00e9gorie comme l&rsquo;explique de nombreux intellectuels, tels que Michel Taillefer. Elles ont donc eu un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la diffusion des id\u00e9es des Lumi\u00e8res et dans la mont\u00e9e en puissance des mouvements r\u00e9volutionnaires gr\u00e2ce notamment \u00e0 leur enseignement. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\">L&rsquo;imprimerie et les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">Les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires ou lieux de rassemblement entre personnes \u00ab\u00a0de bonne condition\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s importantes au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle car elles repr\u00e9sentaient des lieux d&rsquo;\u00e9changes d&rsquo;opinions, de r\u00e9flexion sur des sujets tr\u00e8s vari\u00e9s. Dans certains cas, leur r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant, vis-\u00e0-vis des \u00e9v\u00e8nements de 1789 car elles ont ouvert les \u00e9lites aux id\u00e9es des Lumi\u00e8res. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">L&rsquo;Albigeois a vu passer au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de nombreux intellectuels comme Antoinette de Salvan Salies (1638-1730), grande femme de lettres. Elle a domin\u00e9 le paysage litt\u00e9raire albigeois avec la publication de lettres et de po\u00e8mes dans des organes tels que le <i>Mercure Galant, <\/i>le <i>Journal des Savants<\/i> et le <i>Parnasse francais<\/i>. Antoinette de Salvan \u00e9tait une femme tr\u00e8s impliqu\u00e9e dans la vie litt\u00e9raire mais aussi sociale, c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle a l&rsquo;id\u00e9e de fonder des groupes de discussion, de r\u00e9flexion dont le premier s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0projet de nouvelle secte de philosophie en faveur des Dames\u00a0\u00bb en 1681. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 admise \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9mie des Ricovrati de Padoue en 1689, elle et consid\u00e9r\u00e9e comme la cinqui\u00e8me muse fran\u00e7aise et elle d\u00e9cide de fonder en 1704 une soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire qui devient officielle sous le nom de \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 des Chevaliers et Chevali\u00e8res de Bonne Foi\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"> Au cours de sa vie elle fait de son salon un lieu de rencontre important entre puissants d&rsquo;Albi et du Tarn tels que les archev\u00eaques, les nobles et des \u00e9crivains \u00e0 succ\u00e8s, ce qui renforce l&rsquo;importance de ces soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. D&rsquo;autres hommes et femmes ont marqu\u00e9 ce si\u00e8cle par leur regard nouveau sur la soci\u00e9t\u00e9 tel que Mme de Boyer, ou encore le marquis Henry Pascal de Rochegude (1741-1834). Ces deux personnages ont en commun un int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s important pour les livres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"> Mme de Boyer est une femme riche faisant partie de la noblesse provinciale et vit dans un h\u00f4tel somptueux. Elle organise tr\u00e8s fr\u00e9quemment des apr\u00e8s-midis ou des soir\u00e9es entre amis. Elle poss\u00e8de un fort int\u00e9r\u00eat pour la musique. C&rsquo;est une femme marqu\u00e9e par la pratique religieuse qui a des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec l&rsquo;Archev\u00each\u00e9. Cela nous montre qu&rsquo;elle partageait des valeurs traditionnelles alors que, lorsque l&rsquo;on observe la biblioth\u00e8que de Mme de Boyer on voit qu&rsquo;elle est constitu\u00e9e d&rsquo;ouvrages surprenants, qui semblent en phase avec le monde de la noblesse. En effet, on trouve chez elle des num\u00e9ros du <i>Mercure Galant<\/i> qui \u00e0 partir de 1758 prit un nouveau chemin en publiant des articles de Voltaire, D&rsquo;Alembert ou encore Condorcet. Mais cela ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0, en effet en 1781 elle ach\u00e8te \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire philosophique et politique des \u00e9tablissements et du commerce des Europ\u00e9ens avec les deux Indes\u00a0\u00bb ainsi que le symbole le plus connu du mouvement des Lumi\u00e8res, <i>L&rsquo;Encyclop\u00e9die<\/i>. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"> Henry Pascal de Rochegude est n\u00e9 \u00e0 Albi en 1741. De 1759 \u00e0 1788 il se consacre \u00e0 la marine dont il devient l&rsquo;un des capitaines de vaisseaux en 1780. En 1788 il quitte la marine pour regagner Albi et se lancer dans une carri\u00e8re politique, ce qui va lui r\u00e9ussir remarquablement bien puisqu&rsquo;il devient un des personnages les plus importants des Etats g\u00e9n\u00e9raux d&rsquo;Albi en 1788. Par la suite, il devient une figure influente du paysage albigeois en gagnant le soutien de la population. Il participe activement \u00e0 la r\u00e9daction des cahiers de dol\u00e9ances de la ville d&rsquo;Albi. Puis, il est \u00e9lu maire d&rsquo;Albi et d\u00e9put\u00e9 du Tarn. En 1792, il si\u00e8ge au proc\u00e8s du Roi et vote en faveur d&rsquo;un jugement par le peuple. La question que l&rsquo;on peut se poser, c&rsquo;est concerne l&rsquo;adh\u00e9sion d&rsquo;un noble \u00e0 certaines des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires,\u00a0 jusqu&rsquo;\u00e0 renoncer \u00e0 ses titres et condamner le roi \u00e0 la prison \u00e0 vie ? L&rsquo;explication est simple si l&rsquo;on veut bien observer l&rsquo;importante biblioth\u00e8que personnelle de M. de Rochegude. En effet, on trouve dans cette biblioth\u00e8que de nombreux ouvrages philosophiques comme l<i>&lsquo;Encyclop\u00e9die<\/i>, pas moins d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;ouvrages de Voltaire, de Rousseau et de Condorcet. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"> L&rsquo;imprimerie a donc eu un r\u00f4le tr\u00e8s important car elle a permis la diffusion d&rsquo;un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;ouvrages philosophiques dans l&rsquo;ensemble du pays et donc la sensibilisation des \u00e9lites. Celles-ci \u00e9taient pratiquement les seules \u00e0 pouvoir acc\u00e9der \u00e0 ces livres qui pr\u00f4naient le changement social. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 elle que la noblesse provinciale loin de la capitale a pu \u00eatre impr\u00e9gn\u00e9e par une partie des id\u00e9es des Lumi\u00e8res \u00e0 travers l<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"><i>&lsquo;Encyclop\u00e9die<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-size: medium\"> ou des journaux comme \u00ab\u00a0Le Mercure Galant\u00a0\u00bb. Au m\u00eame titre que l&rsquo;imprimerie, les soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires comme celles d&rsquo;Antoinette de Salvant de Salies et la franc-ma\u00e7onnerie ont permis le dialogue entre les personnalit\u00e9s influentes et, de ce fait, la prise de conscience d&rsquo;une partie de la noblesse de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un profond changement social tel que nous le prouve notamment la vie de M. de Rochegude.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"color: #000000\">Q<\/span>u&rsquo;en-est-il du clerg\u00e9, de la noblesse, et du tiers-\u00e9tat au temps de la r\u00e9volution\u00a0 ? <\/span><span style=\"color: #000000\">A partir de 1788 une forte correspondance s&rsquo;\u00e9tablit entre les diff\u00e9rentes villes du royaume, suite \u00e0 l&rsquo;annonce des Etats G\u00e9n\u00e9raux, proclam\u00e9s par le roi pour trouver des solutions face \u00e0 l&rsquo;endettement tr\u00e8s important du pays. Des cahiers de dol\u00e9ances sont r\u00e9dig\u00e9s un peu partout en France afin de rendre compte de la situation sociale et \u00e9conomique de la population. On peut noter qu&rsquo;\u00e0 Albi le marquis de Rochegude participe activement \u00e0 la r\u00e9daction des cahiers de dol\u00e9ances du peuple albigeois. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le fait que le tiers-\u00e9tat n&rsquo;ait que le pouvoir de r\u00e9diger ses cahiers et non celui de si\u00e9ger lors des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux qui va provoquer des d\u00e9bordements dans plusieurs villes (pr\u00e9mices de la R\u00e9volution de 1789). C&rsquo;est le d\u00e9but de la r\u00e9flexion du peuple sur la mise en place d&rsquo;un nouveau syst\u00e8me social et politique plus \u00e9galitaire entre les diff\u00e9rents ordres qui composent la soci\u00e9t\u00e9. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">Depuis le XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle la ville d&rsquo;Albi est dirig\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque qui poss\u00e8de tous les \u00e9l\u00e9ments de la souverainet\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 dire : la main de justice, le droit de glaive, les finances, le droit de mobilisation de l&rsquo;ost&#8230; C&rsquo;est le pouvoir temporel. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque en tant que seigneur de la ville d&rsquo;Albi, re\u00e7oit les serments d&rsquo;all\u00e9geances des consuls ainsi que des preuves de r\u00e9jouissance de la part de la population lors de sa nomination. Il exerce une autorit\u00e9 tr\u00e8s importante gr\u00e2ce aux officiers de la temporalit\u00e9s que sont : un juge, un r\u00e9gent,un lieutenant g\u00e9n\u00e9ral, un procureur juridictionnel et un greffier. Les officiers de la temporalit\u00e9 assistent \u00e0 toutes les r\u00e9unions communales afin de veiller que rien ne soient dit ou fait, pouvant porter atteinte \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque ou au roi. Tous les archev\u00eaques d&rsquo;Albi au XVIIIe si\u00e8cles furent des personnages importants, charismatiques comme le marquis Armand Pierre de la Croix de Castries(1719-1747) ou encore celui qui connu la r\u00e9volution, le cardinal Francois Joaquime de Pierre de Bernis, qui re\u00e7oit l&rsquo;archev\u00each\u00e9 d&rsquo;Albi en 1764. On peut donc dire que c&rsquo;est l&rsquo;ordre du clerg\u00e9 qui dominait la soci\u00e9t\u00e9 albigeoise jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle du fait de son influence majeure dans l&rsquo;ensemble des domaines politiques, \u00e9conomiques, sociaux, et militaires de la ville. En revanche \u00e0 partir de 1785, on assiste a un bouleversement avec le mouvement des Lumi\u00e8res qui accule l&rsquo;Eglise et la remet en question. Ainsi le cardinal de Bernis \u00e9crit : \u00a0\u00bb Je voudrais bien finir ma vie sans \u00eatre t\u00e9moin de la r\u00e9volution qui menace le clerg\u00e9 et la religion\u00a0\u00bb<a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a>. En 1789 la r\u00e9union des trois ordres \u00e0 Albi se fait sans la pr\u00e9sence du clerg\u00e9, ce qui montre la remise en cause du pouvoir cl\u00e9rical par la population. On observera par ailleurs, une chose qui repr\u00e9sente un vrai changement pour l&rsquo;Albigeois, c&rsquo;est la perte de tous ses titres pour le cardinal de Bernis ainsi que tous ses b\u00e9n\u00e9fices lors de la R\u00e9volution, ce qui va, malgr\u00e8 la pr\u00e9sence toujours importante du clerg\u00e9 dans l&rsquo;Albigeois porter un coup non n\u00e9gligeable \u00e0 l&rsquo;influence, au pouvoir de l&rsquo;\u00c9glise. En ce sens, on observe une augmentation des proc\u00e9s contre le clerg\u00e9 de la part des consuls qui profitent de l&rsquo;affaiblissement du pouvoir de l&rsquo;Archev\u00e9ch\u00e9 pour sortir de l&rsquo;ombre et exercer pleinement leur r\u00f4le c&rsquo;est-\u00e0-dire repr\u00e9senter le peuple puisque les consuls sont nomm\u00e9s dans la population, en fonction de leur profession pour cr\u00e9er des groupes par exemple d&rsquo;artisans, d&rsquo;avocats afin que les int\u00e9r\u00eats de chaque profession soient d\u00e9fendus. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">C&rsquo;est \u00e0 travers la r\u00e9daction des cahiers de dol\u00e9ances que va v\u00e9ritablement <span style=\"color: #000000\">transpara\u00eetre<\/span> la situation du tiers-\u00e9tat \u00e0 Albi en 1789. Cet ordre peu influent alors qu&rsquo;il repr\u00e9sente la majorit\u00e9 de la population en France va \u00eatre le levier du changement. Les cahiers de dol\u00e9ances d&rsquo;Albi montrent clairement le m\u00e9contentement de cette partie de la population vis-\u00e0-vis des imp\u00f4ts et surtout de la d\u00eeme pr\u00e9lev\u00e9e par l&rsquo;\u00c9glise, tout comme l&rsquo;absence de loi qui permettrait aux villes et aux communaut\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 la libre nomination et \u00e9lection des officiers municipaux. Les correspondances entre villes s&rsquo;accentuent durant la p\u00e9riode et la municipalit\u00e9 d&rsquo;Uz\u00e8s adresse le 20 novembre une lettre aux consuls d&rsquo;Albi disant qu&rsquo;il faut que les communaut\u00e9s de provinces r\u00e9unissent leurs efforts pour accro\u00eetre l&rsquo;inflence du tiers-\u00e9tat.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">Les th\u00e8mes abord\u00e9s durant la r\u00e9union visent tout les aspects de la soci\u00e9t\u00e9. En effet, dans un objectif d&rsquo;une meilleure \u00e9galit\u00e9 entre les ordres, le r\u00f4le et le pouvoir de chacun sont observ\u00e9s rigoureusement. Ainsi, les consuls d\u00e9battent de la r\u00e9pr\u00e9sentation du tiers-\u00e9tat dans les lieux ou s&rsquo;exerce le pouvoir et sur leur chances d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des postes importants au sein des institutions politiques et \u00e9conomiques. Le clerg\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rant en Albigeois est aussi la cible de questions sur des sujets comme l&rsquo;organisation des dioc\u00e8ses et les imp\u00f4ts qu&rsquo;il fait peser sur la population. La r\u00e9union va aboutir sur sept articles qui fondent de nouvelles bases sociales, on note par exemple que le tiers-\u00e9tat devra avoir au moins un nombre \u00e9gal de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 ceux de la noblesse et du clerg\u00e9 r\u00e9unis. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e8nement tr\u00e8s important dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Albigeois, car pour la premi\u00e8re fois on voit le mot \u00e9galit\u00e9 associ\u00e9 au trois ordres dans un texte officiel.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">Ainsi, la noblesse perd de son pouvoir au m\u00eame titre que le clerg\u00e9 ; les imp\u00f4ts comme la taille sont abolis, ce qui porte un coup \u00e0 la noblesse qui vit en partie des imp\u00f4ts pr\u00e9lev\u00e9s sur la population mais ce n&rsquo;est pas tout, on assiste \u00e0 la fin des privil\u00e8ges fiscaux et juridiques. D\u00e8s lors, les nobles peuvent \u00eatre jug\u00e9s par les juridictions consulaires et non plus seulement par leurs pairs. C&rsquo;est \u00e9galement la fin des exemptions comme le devoir de milice ou encore les banalit\u00e9s, ce qui repr\u00e9sente un \u00e9norme changement car tout cela caract\u00e9risaient la noblesse depuis des si\u00e8cles. Le tiers-\u00e9tat sortant de l&rsquo;ombre met fin \u00e0 la toute puissance de la noblesse. On obseve que cela sort clairement \u00e0 travers l&rsquo;article 31 du cahier des dol\u00e9ances de la ville : \u00a0\u00bb le contrat social et le droit naturel, maxime confirm\u00e9e par le principe convenu qu&rsquo;il ne peut \u00eatre lev\u00e9 aucun imp\u00f4t sur les peuples sans leurs consentement\u00a0\u00bb. Il y a aussi, concernant la noblesse, la perte d&rsquo;un privil\u00e8ge ancien et honorifique qui \u00e9tait que l&rsquo;ordonnance militaire exigeait de faire preuve de noblesse pour s&rsquo;engager, la noblesse d&rsquo;\u00e9p\u00e9e faisait de ce droit exclusif son identit\u00e9. La R\u00e9volution de 1789 va entra\u00eener la saisie des biens de l&rsquo;\u00c9glise ainsi que de beaucoup de nobles, certains vont fuir le pays. Dans l&rsquo;Albigeois, cela concerne les familles Teyssi\u00e8re, Rivi\u00e8re et Panat qui \u00e9migrent pour ne pas risquer la prison, \u00e0 l&rsquo;image de Charles Gard\u00e8s D&rsquo;Az\u00e9rac et de sa soeur Lucie qui sont mis derri\u00e8re les barreaux : \u00a0\u00bb <i>pour ne pas avoir manifest\u00e9 d&rsquo;attachement au nouveau r\u00e9gime<\/i>\u00ab\u00a0<a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a>. D&rsquo;autres nobles comme le marquis de Rochegude, et la famille de V\u00e9zian, vont abandonner tous leurs titres et vont s&rsquo;engager dans le processus de refondation de la soci\u00e9t\u00e9 en collaboration avec le tiers-\u00e9tat, leurs actions leur permettent d&rsquo;obtenir des certificats de civisme pour \u00a0\u00bb leurs conduites r\u00e9publicaine et patriotique ainsi que pour leurs sacrifices\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\">La R\u00e9volution dans l&rsquo;Albigeois s&rsquo;est pass\u00e9e relativement pacifiquement puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu de pillages ou d&rsquo;affrontements violents du fait de l&rsquo;attachement sans faille de la ville \u00e0 la R\u00e9volution. Cette derni\u00e8re s&rsquo;est faite de fa\u00e7on organis\u00e9e pour limiter les agitations qui auraient pu perturber l&rsquo;ordre public. Finalement, on peut dire que la R\u00e9volution a rendu la souverainet\u00e9 au tiers-\u00e9tat et, comme le montrent les cahiers de dol\u00e9ances de la ville d&rsquo;Albi, on observe une volont\u00e9 de fondre les \u00e9lites sociales dans la \u00ab\u00a0masse\u00a0\u00bb, la volont\u00e9 de cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire en ad\u00e9quation avec les id\u00e9es des Lumi\u00e8res qui auront eu une influence marqu\u00e9e dans l&rsquo;Albigeois au XVIIIe.<\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\"><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif\"><span style=\"font-size: small\"><i>Le Robert illustr\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif\"><span style=\"font-size: small\"> 2012 France<\/span><\/span><\/span><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a> Philipe N\u00e9lidoff ,<i> Soci\u00e9t\u00e9 Albigeoise et pr\u00e9paration des Etats G\u00e9n\u00e9raux de 1789<\/i>, Presses de l&rsquo;universit\u00e9 des sciences sociales de Toulouse, 1996, p 254.<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify\"><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif\"><span style=\"font-size: small\"> Philipe N\u00e9lidoff <\/span><\/span><span style=\"color: #800000\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif\"><span style=\"font-size: small\">, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif\"><span style=\"font-size: small\">op.cit, p 10.<\/span><\/span><\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La franc-ma\u00e7onnerie La franc-ma\u00e7onnerie fait son apparition en 1717 en Angleterre. C&rsquo;est une organisation : \u00ab\u00a0fond\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine sur la croyance en Dieu (grand architecte de l&rsquo;univers) mais aussi sur la tol\u00e9rance religieuse, elle se donna pour but \u00e0 travers &hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/un-gentilhomme-provincial\/la-noblesse-toulousaine-au-siecle-des-lumieres\/la-diffusion-des-idees-des-lumieres-dans-la-region-albigeoise\/\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":0,"parent":163,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1058"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1058"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1058\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3855,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1058\/revisions\/3855"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/163"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1058"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}