{"id":1083,"date":"2014-03-19T15:57:09","date_gmt":"2014-03-19T14:57:09","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/?page_id=1083"},"modified":"2014-04-03T08:35:46","modified_gmt":"2014-04-03T07:35:46","slug":"definition","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/de-la-nature-et-des-hommes\/la-decouverte-de-lautre\/definition\/","title":{"rendered":"D\u00e9finition et origine du mythe du \u00ab\u00a0bon sauvage\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">Premi\u00e8re apparition<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est au XVe et XVIe si\u00e8cle que ce terme appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois, dans les r\u00e9cits des explorateurs de la Renaissance\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/personnage\/Christophe_Colomb\/114119\" target=\"_blank\">Christophe Colomb<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/personnage\/Amerigo_Vespucci\/148703\" target=\"_blank\">Amerigo Vespucchi<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/personnage\/Fernand_de_Magellan\/131060\" target=\"_blank\">Fernand de Magellan<\/a>&#8230; Dans ces r\u00e9cits, les caract\u00e9ristiques des civilisations rencontr\u00e9es portent sur la quasi-nudit\u00e9, les coutumes et les m\u0153urs radicalement oppos\u00e9es \u00e0 celles en vigueur en Europe, sur des connaissances tr\u00e8s pointues dans certains domaines (architecture, pharmacologie). Les auteurs soulignent aussi de grandes lacunes dans d&rsquo;autres (technologie militaire ou maritime). <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">De leur c\u00f4t\u00e9, les Europ\u00e9ens, en arrivant sur d&rsquo;immenses caravelles, poss\u00e9dant des armes \u00e0 poudre ainsi que des chevaux, ont fortement intrigu\u00e9 ou impressionn\u00e9 les autochtones, pla\u00e7ant les explorateurs et leur \u00e9quipage dans une position de sup\u00e9riorit\u00e9. Originellement le \u00ab\u00a0bon sauvage\u00a0\u00bb est donc un terme assez p\u00e9joratif, r\u00e9duisant ces tribus \u00e0 des sauvages ignorants et ben\u00eats, vivant sans ordre ni codes sociaux et n&rsquo;\u00e9tant pas vraiment humains.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_1377\" style=\"width: 281px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2014\/03\/bs.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1377\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1377  \" title=\"Nicolas-Martin Petit, Nouvelle Hollande, Cour Rou Bari Gal\" alt=\"Repr\u00e9sentation de l'aborig\u00e8ne\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2014\/03\/bs.jpg\" width=\"271\" height=\"334\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1377\" class=\"wp-caption-text\">Nicolas-Martin Petit, Nouvelle Hollande, Cour Rou Bari Gal, Mus\u00e9e Lap\u00e9rouse, Albi.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>\u00a0<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">Les Lumi\u00e8res et la conceptualisation du mot<\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Montaigne dans ses <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Essais, des cannibales, <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">aborde \u00e9galement le bon sauvage et en donne une vision que les philosophes des Lumi\u00e8res vont reprendre au XVIIIe si\u00e8cle. Le bon sauvage devient alors un \u00eatre innocent et pur, qui, tels Adam et \u00c8ve dans l\u2019\u00c9den originel, \u00e9taient nus et ignorants, mais heureux. Ils vivent gr\u00e2ce \u00e0 la nature qu&rsquo;ils prot\u00e8gent, sont bons, honn\u00eates, curieux et innocents, en opposition radicale avec des Europ\u00e9ens suppos\u00e9s hypocrites, menteurs et l\u00e2ches. Ainsi, l&rsquo;apparente \u00ab\u00a0b\u00eatise\u00a0\u00bb des autochtones ne seraient que l&rsquo;expression d&rsquo;une puret\u00e9 divine, h\u00e9rit\u00e9e de la gen\u00e8se. Les \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb deviennent alors des mod\u00e8les de vertu, des \u00ab\u00a0bons sauvages\u00a0\u00bb et des exemples \u00e0 suivre pour des Europ\u00e9ens ayant succomb\u00e9 \u00e0 la tentation et au p\u00e9ch\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses <i>Essais<\/i>, Montaigne prend tr\u00e8s clairement la d\u00e9fense des indig\u00e8nes et pose les bases du mythe du bon sauvage. Ainsi, dans le chapitre 6 du livre II, il narre l&rsquo;arriv\u00e9e de conquistadors dans une de ces terre nouvellement d\u00e9couverte. Les espagnols se d\u00e9crivent alors aux autochtones, expliquant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>\u00ab\u00a0Qu\u2019ils \u00e9taient gens paisibles, venant de lointains voyages, envoy\u00e9s de la part du roi de Castille, le plus grand Prince de la terre habitable, auquel le Pape, repr\u00e9sentant Dieu en terre, avait donn\u00e9 la principaut\u00e9 de toutes les Indes\u00a0; que, s\u2019ils voulaient lui \u00eatre tributaires, ils seraient tr\u00e8s b\u00e9nignement trait\u00e9s\u00a0; leur demandaient des vivres pour leur nourriture et de l\u2019or pour le besoin de quelque m\u00e9decine\u00a0; leur remontraient au demeurant la cr\u00e9ance d\u2019un seul Dieu et la v\u00e9rit\u00e9 de notre religion laquelle ils conseillaient d\u2019accepter, y ajoutant quelques menaces.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nLa r\u00e9ponse [des indig\u00e8nes] fut telle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Que, quant \u00e0 \u00eatre paisibles, ils n\u2019en portaient pas la mine, s\u2019ils l\u2019\u00e9taient\u00a0; quant \u00e0 leur roi, puisqu\u2019il demandait, il devait \u00eatre indigent et n\u00e9cessiteux, et celui qui lui avait fait cette distribution, homme aimant dissension, d\u2019aller donner \u00e0 un tiers chose qui n\u2019\u00e9tait pas sienne, pour le mettre en d\u00e9bat contre les anciens possesseurs\u00a0; quant aux vivres, qu\u2019ils leurs en fourniraient\u00a0; d\u2019or, ils en avaient pu, et que c\u2019\u00e9tait chose qu\u2019ils mettaient en nulle estime, d\u2019autant qu\u2019elle \u00e9tait inutile au service de leur vie, l\u00e0 o\u00f9 tout leur soin regardait seulement \u00e0 la passer heureusement et plaisamment\u00a0; pourtant, ce qu\u2019ils en pourraient trouver, sauf ce qui \u00e9tait employ\u00e9 au service de leurs dieux, qu\u2019ils le prissent hardiment\u00a0; quant \u00e0 un seul Dieu, le discours leur en avait plu, mais qu\u2019ils ne voulaient changer leur religion, s\u2019en \u00e9tant si utilement servi si longtemps, et qu\u2019ils n\u2019avaient accoutum\u00e9 prendre conseil que de leurs amis et connaissances\u00a0; quant aux menaces, c\u2019\u00e9tait signe de faute de jugement d\u2019aller mena\u00e7ant ceux desquels la nature et les moyens \u00e9taient inconnus\u00a0; ainsi qu\u2019ils se d\u00e9p\u00eachassent promptement de vider leur terre, car ils n\u2019\u00e9taient pas accoutum\u00e9s de prendre en bonne part les honn\u00eatet\u00e9s et remontrances de gens arm\u00e9s et \u00e9trangers\u00a0; autrement, qu\u2019on ferait d\u2019eux comme de ces autre, leur montrant les t\u00eates d\u2019aucuns hommes justici\u00e9s autour de leur ville<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Montaigne\u00a0<i>L<\/i><i>es Essais<\/i>\u00a0Livre II. Chapitre 6 \u00ab\u00a0Des coches\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette mise en opposition de la culture europ\u00e9enne et de celle de ces indig\u00e8nes est fondatrice du mythe du bon sauvage, du courant humaniste du XVIe si\u00e8cle ainsi que de l&rsquo;id\u00e9alisation des autochtones am\u00e9rindiens. Les Espagnols sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des envoy\u00e9s du roi d&rsquo;Espagne, qui s&rsquo;est auto-proclam\u00e9 seigneur de ces nouvelles terres et qui d\u00e9sire imposer la culture et les croyances europ\u00e9ennes \u00e0 ces tribus de gr\u00e9 ou de force. De plus les indig\u00e8nes sont sens\u00e9s offrir sans r\u00e9serve leurs richesses et leurs territoires \u00e0 ces autres humains pr\u00e9tendument sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial,sans-serif\"><span style=\"font-size: medium\">C&rsquo;est cette vision que Diderot ou Rousseau reprendront par la suite dans leurs \u00e9crits pr\u00e9-R\u00e9volution. Dans les diff\u00e9rentes descriptions que les philosophes nous donnent du bon sauvage (<em>Suppl\u00e9ment au voyage de Bougainville<\/em> pour Diderot, <em>Le second discours<\/em> de Rousseau), l&#8217;emphase est mise sur la gentillesse et la bont\u00e9 d&rsquo;\u00e2me des indig\u00e8nes. On indique en effet leur indignation face au comportement des Europ\u00e9ens qui saccagent la nature, sont possessifs envers leurs femmes ou leurs biens mat\u00e9riels et donc jaloux, qui violentent les plus faibles et pr\u00e9tendent que le monde leur appartient. \u00c0 l&rsquo;inverse, les Am\u00e9rindiens partagent tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e8dent, sont d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;envie ou d&rsquo;orgueil, vivent en \u00e9picuriens et ont accueilli comme des fr\u00e8res des personnes qui veulent les asservir et conqu\u00e9rir leurs terres.\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>Extrait du <em>Suppl\u00e9ment au voyage de Bougainville<\/em>, de Diderot (1772) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0<em>Et toi, chef des brigands qui t&rsquo;ob\u00e9issent, \u00e9carte promptement ton vaisseau de notre rive\u00a0: nous sommes innocents, nous sommes heureux\u00a0; et tu ne peux que nuire \u00e0 notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature\u00a0; et tu as tent\u00e9 d&rsquo;effacer de nos \u00e2mes son caract\u00e8re. Ici tout est \u00e0 tous\u00a0; et tu nous as pr\u00each\u00e9 je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes\u00a0; tu as partag\u00e9 ce privil\u00e8ge avec nous\u00a0; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras\u00a0; tu es devenu f\u00e9roce entre les leurs. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 se ha\u00efr\u00a0; vous vous \u00eates \u00e9gorg\u00e9s pour elles\u00a0; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres\u00a0; et voil\u00e0 que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n&rsquo;es ni un dieu, ni un d\u00e9mon\u00a0: qui es-tu donc, pour faire des esclaves\u00a0? 0rou\u00a0! toi qui entends la langue de ces hommes-l\u00e0, dis-nous \u00e0 tous, comme tu me l&rsquo;as dit \u00e0 moi-m\u00eame, ce qu&rsquo;ils ont \u00e9crit sur cette lame de m\u00e9tal\u00a0: Ce pays est \u00e0 nous. Ce pays est \u00e0 toi\u00a0! et pourquoi\u00a0? parce que tu y as mis le pied\u00a0? Si un Tahitien d\u00e9barquait un jour sur vos c\u00f4tes, et qu&rsquo;il grav\u00e2t sur une de vos pierres ou sur l&rsquo;\u00e9corce d&rsquo;un de vos arbres\u00a0: Ce pays est aux habitants de Tahiti, qu&rsquo;en penserais-tu\u00a0? Tu es le plus fort\u00a0! Et qu&rsquo;est-ce que cela fait\u00a0? Lorsqu&rsquo;on t&rsquo;a enlev\u00e9 une des m\u00e9prisables bagatelles dont ton b\u00e2timent est rempli, tu t&rsquo;es r\u00e9cri\u00e9, tu t&rsquo;es veng\u00e9\u00a0; et dans le m\u00eame instant tu as projet\u00e9 au fond de ton c\u0153ur le vol de toute une contr\u00e9e\u00a0! Tu n&rsquo;es pas esclave\u00a0: tu souffrirais plut\u00f4t la mort que de l&rsquo;\u00eatre, et tu veux nous asservir\u00a0! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas d\u00e9fendre sa libert\u00e9 et mourir\u00a0? Celui dont tu veux t&#8217;emparer comme de la brute, le Tahitien est ton fr\u00e8re.<\/em><br \/>\n<em> Vous \u00eates deux enfants de la nature\u00a0; quel droit as-tu sur lui qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas sur toi\u00a0? Tu es venu\u00a0; nous sommes-nous jet\u00e9s sur ta personne\u00a0? avons-nous pill\u00e9 ton vaisseau\u00a0? t&rsquo;avons-nous saisi et expos\u00e9 aux fl\u00e8ches de nos ennemis\u00a0? t&rsquo;avons-nous associ\u00e9 dans nos champs au travail de nos animaux\u00a0? Nous avons respect\u00e9 notre image en toi. Laisse nous nos m\u0153urs\u00a0; elles sont plus sages et plus honn\u00eates que les tiennes\u00a0; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumi\u00e8res<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce conte philosophique, Diderot imagine un dialogue entre un navigateur et un vieux Tahitien. Alors que la plupart des autochtones se montrent triste du d\u00e9part des Europ\u00e9ens, le vieil homme met en garde ses compatriotes contre le retour possible de ces envahisseurs. Cependant, il semble important de remettre en contexte tous ces \u00e9crits, car aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par un indien et ne viennent pas non plus de t\u00e9moignages d&rsquo;indig\u00e8nes. Ce sont des \u00e9crits europ\u00e9ens (fran\u00e7ais plus particuli\u00e8rement), bas\u00e9 sur des r\u00e9cits de voyage d&rsquo;europ\u00e9ens. Ce n&rsquo;est donc pas un tahitien qui critique de mani\u00e8re virulente le mode de vie occidental, mais bien Diderot. Il adresse donc un message fort \u00e0 ses compatriotes, les mettant en garde contre la col\u00e8re, l&rsquo;orgueil, la jalousie&#8230;. Il est amusant de constater qu&rsquo;indirectement, ce sont les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux que Diderot vise chez les Europ\u00e9ens, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les remises en question contre l&rsquo;\u00e9glise sont de plus en plus virulentes. Il y a un d\u00e9sir \u00e9vident d&rsquo;\u00e9mancipation des Fran\u00e7ais \u00e9clair\u00e9s vis-\u00e0-vis de leur soci\u00e9t\u00e9, de leur religion et de leur ordre monarchique absolu. Les descriptions qui sont faites des sauvages sont similaires sur beaucoup de points : l&rsquo;absence totale de cloisons sociales, une tol\u00e9rance religieuse totale, pas de privil\u00e8ges ou de droits pour une tranche de la population&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les r\u00e9cits des voyageurs, Lap\u00e9rouse en t\u00eate, ont rapidement d\u00e9mont\u00e9 cette image. En effet ils d\u00e9crivent les sauvages comme bien plus m\u00e9prisables que les Europ\u00e9ens sur de nombreux points, car ils n&rsquo;ont pas de normes morale. On peut donc se demander pourquoi les philosophes auraient tant chant\u00e9 les louanges d&rsquo;hommes qui ne les m\u00e9ritaient visiblement pas. La premi\u00e8re raison semble \u00eatre la m\u00e9connaissance. En effet il est difficile de pouvoir parler pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;un peuple qui est \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0, qui plus est quand il n&rsquo;y a pas de repr\u00e9sentant dudit peuple sur place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, le \u00ab\u00a0Bon sauvage\u00a0\u00bb et l&rsquo;id\u00e9al qu&rsquo;il v\u00e9hicule semble beaucoup plus \u00eatre une id\u00e9e abstraite qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9. Les t\u00e9moignages des Lumi\u00e8res apparaissent beaucoup plus comme une critique d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne qu&rsquo;ils connaissent tr\u00e8s bien, plut\u00f4t que comme une d\u00e9fense d&rsquo;une culture indig\u00e8ne crois\u00e9e au d\u00e9tour d&rsquo;un livre. Derri\u00e8re les reproches d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, de jalousie ou de possessivit\u00e9 ressortent surtout des critiques contre la noblesse, la royaut\u00e9 et encore le clerg\u00e9. Ainsi, le \u00ab\u00a0bon sauvage\u00a0\u00bb qui vit dans un monde sans in\u00e9galit\u00e9s, de mani\u00e8re altruiste et juste serait donc un mod\u00e8le de vie non pas \u00e0 reproduire, mais dont il faut s&rsquo;inspirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Extrait du livre \u00ab\u00a0Discours sur le fondement de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes\u00a0\u00bb de Rousseau (1755) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0<em>Tant que les hommes se content\u00e8rent de leurs cabanes rustiques, tant qu\u2019ils se born\u00e8rent \u00e0 coudre leurs habits de peaux avec des \u00e9pines ou des ar\u00eates, \u00e0 se parer de plumes et de coquillages, \u00e0 se peindre le corps de diverses couleurs, \u00e0 perfectionner ou \u00e0 embellir leurs arcs et leurs fl\u00e8ches, \u00e0 tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de p\u00eacheurs ou quelques grossiers instruments de musique\u00a0;\u00a0en un mot tant qu\u2019ils ne s\u2019appliqu\u00e8rent qu\u2019\u00e0 des ouvrages qu\u2019un seul pouvait faire, et qu\u2019\u00e0 des arts qui n\u2019avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils v\u00e9curent libres, sains, bons, et heureux autant qu\u2019ils pouvaient l\u2019\u00eatre par leur nature, et continu\u00e8rent \u00e0 jouir entre eux des douceurs d\u2019un commerce ind\u00e9pendant\u00a0:\u00a0mais d\u00e8s l\u2019instant qu\u2019un homme eut besoin du secours d\u2019un autre\u00a0;\u00a0d\u00e8s qu\u2019on s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il \u00e9tait utile \u00e0 un seul d\u2019avoir des provisions pour deux, l\u2019\u00e9galit\u00e9 disparut, la propri\u00e9t\u00e9 s\u2019introduisit, le travail devint n\u00e9cessaire, et les vastes for\u00eats se chang\u00e8rent en des campagnes riantes qu\u2019il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bient\u00f4t l\u2019esclavage et la mis\u00e8re germer et cro\u00eetre avec les moissons.\u00a0La m\u00e9tallurgie et l\u2019agriculture furent les deux arts dont l\u2019invention produisit cette grande r\u00e9volution. Pour le po\u00e8te, c\u2019est l\u2019or et l\u2019argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le bl\u00e9 qui ont civilis\u00e9 les hommes, et perdu le genre humain\u00a0;\u00a0aussi l\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient-ils inconnus aux sauvages de l\u2019Am\u00e9rique qui pour cela sont toujours demeur\u00e9s tels\u00a0;\u00a0les autres peuples semblent m\u00eame \u00eatre rest\u00e9s barbares tant qu\u2019ils ont pratiqu\u00e9 l\u2019un de ces arts sans l\u2019autre\u00a0;\u00a0et l\u2019une des meilleures raisons peut-\u00eatre pourquoi l\u2019Europe a \u00e9t\u00e9, sinon plus t\u00f4t, du moins plus constamment, et mieux polic\u00e9e que les autres parties du monde, c\u2019est qu\u2019elle est \u00e0 la fois la plus abondante en fer et la plus fertile en bl\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premi\u00e8re apparition \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est au XVe et XVIe si\u00e8cle que ce terme appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois, dans les r\u00e9cits des explorateurs de la Renaissance\u00a0: Christophe Colomb, Amerigo Vespucchi, Fernand de Magellan&#8230; Dans ces r\u00e9cits, les caract\u00e9ristiques des civilisations rencontr\u00e9es &hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/de-la-nature-et-des-hommes\/la-decouverte-de-lautre\/definition\/\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":0,"parent":250,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1083"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1083"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1083\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1235,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1083\/revisions\/1235"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/250"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/projetlaperouse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1083"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}