{"id":2645,"date":"2023-04-24T13:19:49","date_gmt":"2023-04-24T11:19:49","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/universitas\/?p=2645"},"modified":"2023-04-24T13:28:09","modified_gmt":"2023-04-24T11:28:09","slug":"entrer-dans-la-lumiere-philippe-picot-de-lapeyrouse-a-lacademie-des-sciences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/universitas\/2023\/04\/24\/entrer-dans-la-lumiere-philippe-picot-de-lapeyrouse-a-lacademie-des-sciences\/","title":{"rendered":"Entrer dans la lumi\u00e8re\u2026 Philippe Picot de Lapeyrouse \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des sciences par Corinne Labat"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><span class=\"has-inline-color has-yellow-color\"><strong>Corinne Labat &#8211; Charg\u00e9e de projets<\/strong><br>Service Commun d\u2019\u00c9tude<strong><em> et de Conservation des Collections Patrimoniales<\/em> de l&rsquo;Universit\u00e9 Paul Sabatier<\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/universitas\/wp-content\/uploads\/sites\/73\/2023\/04\/Picot.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2646\" width=\"296\" height=\"427\" \/><figcaption><span class=\"has-inline-color has-white-color\">Buste de Picot de Lapeyrouse par Bernard Griffoul-Dorval, 1812. Mus\u00e9e des Augustins.<\/span><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Pour un savant du XVIIIe si\u00e8cle, qui veut exister sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, un fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences de Paris assoit une r\u00e9putation. Mais l\u2019accession est difficile. C\u2019est une histoire de relations, de r\u00e9seaux, d\u2019opportunit\u00e9s, et en cette fin d\u2019Ancien R\u00e9gime avoir un ami introduit \u00e0 la Cour facilite la proc\u00e9dure. Philippe Picot de Lapeyrouse, naturaliste toulousain, qui a obtenu un Brevet (ordre du roi) pour \u00e9crire l\u2019Histoire Naturelle des Pyr\u00e9n\u00e9es, entame les d\u00e9marches \u00e0 partir 1777, et il a, justement, cet ami&nbsp;: il s\u2019appelle Joseph-Fran\u00e7ois Foulquier de Labastide.&nbsp; Il est toulousain, a fait son droit, est issu de la petite noblesse locale, est fils de capitoul. Il s\u2019int\u00e9resse aussi aux sciences&nbsp;: les points communs entre les deux hommes s\u2019arr\u00eatent l\u00e0. Foulquier vit \u00e0 Paris et a ses entr\u00e9es \u00e0 Versailles. Une partie de leur correspondance a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e, et \u00ab&nbsp;l\u2019affaire&nbsp;\u00bb y est \u00e9voqu\u00e9 quelquefois. Il faut demander la permission de pr\u00e9senter deux m\u00e9moires lors d\u2019une s\u00e9ance, et obtenir apr\u00e8s examen par deux commissaires, le droit de publier sous le sceau de l\u2019Acad\u00e9mie. Ensuite, si tout se passe bien, on peut obtenir le premier s\u00e9same&nbsp;: devenir Correspondant.<\/p>\n\n\n\n<p>Lapeyrouse a choisi d\u2019\u00e9crire un m\u00e9moire sur un vautour des Pyr\u00e9n\u00e9es et un m\u00e9moire sur des coquilles que l\u2019on n\u2019appelle pas encore fossiles&nbsp;: orthoc\u00e9ratites et ostracites. Son ami a prodigu\u00e9 quelques conseils&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai trouv\u00e9 tes m\u00e9moires un peu courts et arides. Il faut orner l\u2019Histoire naturelle de quelques fleurs de po\u00e9sie et rien n\u2019en est plus susceptible<\/em>&nbsp;\u00bb. Et puis la date est enfin fix\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis assign\u00e9 \u00e0 mercredi prochain pour aller moi-m\u00eame porter \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences tes m\u00e9moires et les pi\u00e8ces probantes&nbsp;<\/em>\u00bb. C\u2019est donc l\u2019ami qui fera la lecture et la pr\u00e9sentation. Et le jour J, le 12 ao\u00fbt 1778, dans une lettre \u00e9crite le soir m\u00eame, Foulquier raconte la s\u00e9ance&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce grand jour \u00e9tant venu, M de Cassini d\u00eena chez-moi, et nous f\u00fbmes ensemble apr\u00e8s cette c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences.&nbsp;\u00bb.<\/em> De l\u2019importance des relations, toujours&nbsp;: dans la famille Cassini, on est membre de l\u2019Acad\u00e9mie depuis trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, c\u2019est l\u2019heure, et on franchit le seuil du c\u00e9nacle. Premi\u00e8res impressions \u00e0 chaud&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Je fus pr\u00e9sent\u00e9 et parfaitement bien accueilli au milieu de ce peuple de Doctes, il me serait bien difficile de te peindre l\u2019aspect imposant et bien singulier de ce pays scientifique. Dans un carr\u00e9 long d\u2019une tr\u00e8s grande \u00e9tendue dont la d\u00e9coration annonce l\u2019anciennet\u00e9 et dans lequel sont r\u00e9pandus dans des \u00e9loignements sym\u00e9triques les bustes de Winslow, de Descartes, de Newton, de Fontenelle, etc. etc. est une table immense. Sur les murs sont de tr\u00e8s grandes ardoises couvertes de chiffres, de calculs d\u2019alg\u00e8bre ou de d\u00e9monstrations de g\u00e9om\u00e9trie. Chaque heure est assign\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents trait\u00e9s. Quand j\u2019entrais, l\u2019on disputait sur l\u2019astronomie. Tous les \u00e9rudits ou les curieux de cette esp\u00e8ce de science \u00e9taient dans un coin de la salle et s\u2019en donnaient l\u00e0 \u00e0 qui mieux mieux. L\u2019heure sonna, ce f\u00fbt le tour de la Chimie Physique, M. Lavoisier lut un m\u00e9moire sur les inflammables des marais. Comme la salle est immense le grand nombre d\u2019auditeurs se rend ordinairement pr\u00e8s du lecteur, on le critique \u00e0 chaque instant et jamais objet n\u2019a \u00e9t\u00e9 rarement plus discut\u00e9 que quand il a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 cette \u00e9preuve&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et il faut prendre la parole&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Voici mon tour l\u2019heure sonne. Et M. Le Roy me prie honn\u00eatement de faire \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie les demandes ou les propositions que j\u2019ai \u00e0 lui faire. Je prends le sire vautour et avec la majest\u00e9 d\u2019un premier fauconnier, je m\u2019avance l\u2019oiseau sur le poing au milieu de l\u2019assembl\u00e9e dont je fixe les yeux. Je m\u2019\u00e9noncais avec assez de facilit\u00e9 malgr\u00e9 le silence effrayant que l\u2019on m\u2019accordait, je fis en tr\u00e8s peu de mots l\u2019histoire du vautour, et l\u2019on nomma Messieurs Grisson et Daubenton pour rendre compte du m\u00e9moire qui lui est relatif. Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 du vautour, je traitai des orthoceratites. Mais en voici bien d\u2019un autre et s\u2019\u00e9l\u00e8ve un M. Desmarets qui r\u00e9clame la priorit\u00e9 de d\u00e9couverte et qui somme l\u2019Acad\u00e9mie de d\u00e9clarer s\u2019il n\u2019est vrai que lui, Desmarets, a d\u00e9j\u00e0 remis depuis deux ans des m\u00e9moires sur les orthoceratites trouv\u00e9s en Bourgogne et le dit Sieur Desmarets me d\u00e9gaine en m\u00eame temps une suite de planches qu\u2019il a faites graver repr\u00e9sentant les diff\u00e9rents \u00e9tats des dits orthoceratites. Je n\u2019abandonnai pas ma th\u00e8se et me voil\u00e0 disputant comme un diable et soutenant d\u2019une voix de stentor que la d\u00e9couverte de M. Desmarets ne pouvait rien faire \u00e0 un naturaliste observant dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, que la d\u00e9couverte ne peut dater que du moment de la publicit\u00e9. Enfin l\u2019Acad\u00e9mie nomma pour commissaires charg\u00e9s de rendre compte de ton m\u00e9moire Mrs Guetard, Daubenton et Desmarets. C\u2019est moi-m\u00eame qui priais instamment que l\u2019on nomma M. Desmarets lui-m\u00eame. On me faisait beaucoup de compliment apr\u00e8s cette petite sc\u00e8ne mais je leur dis \u00ab&nbsp;Messieurs, je n\u2019ai ici d\u2019autre m\u00e9rite (\u2026) C\u2019est mon ami monsieur le baron de Lapeirouse auteur des m\u00e9moires et digne de votre estime qui a seul le m\u00e9rite et les connaissances dignes de vos \u00e9loges.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Conclusion, tu seras tr\u00e8s vraisemblablement nomm\u00e9 Correspondant de l\u2019Acad\u00e9mie mais cela ne peut pas \u00eatre fait encore parce qu\u2019il y a des r\u00e8glements que l\u2019on observe tr\u00e8s fid\u00e8lement et qui renvoient ta nomination \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, parce qu\u2019il est arr\u00eat\u00e9 que l\u2019on y nomme personne dans le cours de l\u2019ann\u00e9e. D\u2019apr\u00e8s cela que veux-tu que je fasse de ton ouvrage&nbsp;? Donne-moi tes ordres dans les deux cas qu\u2019il soit approuv\u00e9 ou qu\u2019il ne le soit pas. J\u2019ai d\u2019abord \u00e0 t\u2019observer qu\u2019il sera tr\u00e8s difficile de trouver un libraire qui imprime ton ouvrage s\u2019il n\u2019est approuv\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie. Les libraires de Paris impriment beaucoup de romans et peu d\u2019ouvrages scientifiques&nbsp;\u00bb. <\/em>Quelques semaines plus tard en attendant la d\u00e9lib\u00e9ration des commissaires, Foulquier est confiant d\u2019autant que Daubenton qu\u2019il a revu, a confi\u00e9 qu\u2019il trouvait le m\u00e9moire <em>\u00ab&nbsp;tr\u00e8s bien fait&nbsp;\u00bb. <\/em>Finalement la<em> \u00ab&nbsp;Description de plusieurs nouvelles esp\u00e8ces d&rsquo;orthoc\u00e9ratites et d&rsquo;ostracites\u00bb <\/em>est publi\u00e9e en 1781, avec l\u2019aval de l\u2019Acad\u00e9mie ins\u00e9r\u00e9 en pr\u00e9ambule, sign\u00e9 de la main de Condorcet. Entre temps, Picot de Lapeyrouse est devenu Correspondant de Daubenton pour l\u2019Acad\u00e9mie des sciences le 23 ao\u00fbt 1780.&nbsp; Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but&nbsp;: \u00e0 la fin de sa vie il est membre de l\u2019Institut, et correspondant ou membre de plusieurs acad\u00e9mies des sciences en France et en Europe, et de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s savantes. A Toulouse il a \u00e9t\u00e9 maire de 1800 \u00e0 1806, il occupe en 1809 la premi\u00e8re chaire d\u2019Histoire naturelle \u00e0 la (re)cr\u00e9ation de la Facult\u00e9 des sciences dont il est aussi le premier Doyen. Sa collection de min\u00e9ralogie est la plus ancienne des collections naturalistes de l\u2019Universit\u00e9 Toulouse III-Paul Sabatier&nbsp;: l\u2019acte de cession d\u00e9finitif est dat\u00e9 du 8 juillet 1823&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/universitas\/wp-content\/uploads\/sites\/73\/2023\/04\/Pyrite.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2647\" width=\"366\" height=\"245\" \/><figcaption><strong><span class=\"has-inline-color has-white-color\">Pyrite cuivreuse (coll.Lapeyrouse, UPS.MIN.PL.177,UT.III-PS).<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/450000ans.com\/picot-de-lapeyrouse-voyage-au-coeur-des-pierres\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/450000ans.com\/picot-de-lapeyrouse-voyage-au-coeur-des-pierres\">Exposition<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sources&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lettre de Foulquier du 12 ao\u00fbt 1778 et 3 lettres non dat\u00e9es, Biblioth\u00e8que du Mus\u00e9um National d\u2019Histoire Naturelle de Paris, MS 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>A. Lacroix, <em>Notice sur les membres et correspondants de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences ayant travaill\u00e9 dans les colonies fran\u00e7aises de Guyane et des Antilles de la fin du XVIIe si\u00e8cle au d\u00e9but du XIXe<\/em>, lue le 12 d\u00e9cembre 1932, Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1932.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>24 avril 2023.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Corinne Labat &#8211; Charg\u00e9e de projetsService Commun d\u2019\u00c9tude et de Conservation des Collections Patrimoniales de l&rsquo;Universit\u00e9 Paul Sabatier Pour un savant du XVIIIe si\u00e8cle, qui veut exister sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, un fauteuil \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences de Paris assoit une r\u00e9putation. Mais l\u2019accession est difficile. 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