Les commanderies templières dans le Languedoc du XI au XIIIe siècle [2022]

Les templiers sont les membres de l’ordre du temple, un ordre religieux et militaire créé en 1129 suite à l’appel à la croisade en 1095. L’objectif était de reprendre Jérusalem tombée aux mains des turcs en 1078. Les templiers devaient rétablir les routes de pèlerinages. Entre 1095 et 1291 neufs croisades ont lieu en Palestine et permettent aux pèlerins chrétiens d’accéder à Jérusalem. En 1291 les templiers sont vaincus lors du siège de saint Jean d’Acre et doivent quitter la Palestine . Cet évènement conduisit à la dissolution de l’ordre en 1312 par le pape Clément V et à leur arrestation puis condamnation à mort par Philippe IV. Les templiers vivaient dans un lieu de vie appelé commanderie qui servait de monastère et de lieux d’accueil pour les pèlerins. Créées durant l’âge d’or des templiers entre le XIIe et le XIVe siècles lors du règne des Capétiens, ces commanderies étaient financées par des dons. Elles se sont implantées un peu partout en Europe, surtout en France dans la région du Languedoc comme par exemple celle de Le Cambon-du-Temple dans la commune de Fraysse dans le Tarn qui est une commanderie templière en 1179 puis hospitalière 1312 après le Concile de Vienne.

Les commanderies templières fonctionnaient comme des fermes pour fournir des fonds pour les opérations militaires de l’ordre. Ils s’installent près des axes économiques et n’ont pas de vocation militaire. Les commanderies servaient ainsi à loger les templiers et à leur permettre de prier via la chapelle des commanderies. Ces commanderies s’organisaient selon une hiérarchie stricte, elles appartenaient d’abord au grand maître des templiers mais étaient dirigées directement par le commandeur de la commanderie. D’autres templiers pouvaient avoir des rôles précis comme l’intendant, le maréchal ou le chapelain. Les templiers avaient plusieurs moyens d’acquérir ces terres. La plus commune était l’achat comme pour la vente de la seigneurie d’Arné aux templiers de Boudrac en 1260 mais une partie provenait des dons notamment des riches familles de l’époque comme celle du comte de Comminges. Elles pouvaient provenir d’échanges pour regrouper les parcelles dans lesquelles des services furent rendus. Les templiers recevaient aussi des serviteurs pour faire fonctionner ces commanderies. Elles avaient ainsi une place très importante au niveau local.

 Les templiers ont de nombreuses influences dans le monde médiéval, notamment dans le développement des villes mais aussi dans l’unification des campagnes. Tout d’abord ils ont eu une influence très importante au sein des villes du midi, ce fut notamment le cas de la commanderie templière de Toulouse en 1140. Cette dernière devint un lieu de rencontre et un point important du commerce pour les populations locales et du Midi en général. En plus d’avoir drastiquement modifié le fonctionnement des villes en rendant les lieux où les templiers se rendaient beaucoup plus ergonomiques, comme par exemple au sein de la commanderie toulousaine, les marchands toulousains pouvaient venir échanger leurs marchandises au sein même de la cour de la commanderie. Mais ces commanderies furent un ciment qui a lié les populations rurales autour d’une seule et même croyance qu’est le catholicisme, et cela grâce à leurs chapelles.

Les templiers avaient une utilisation de l’eau très importante et ont beaucoup aidé à la création d’infrastructures comme les moulins et les meuneries. On voit dans la région de l’Aude notamment et l’exploitation de l’Aude cette fois ci la rivière par la création de meunerie et de moulins. Près de Carcassonne se trouve la commanderie de Douzens, créée en 1133 après l’implantation en 1132, qui est l’une des plus influentes de la région. Petit à petit l’ordre a créé un véritable réseau autour de cette commanderie. Cela s’est fait avec l’aide de dons de meuneries et de moulins par de familles très riches. Mais aussi par la création de canaux servant aussi pour irriguer de nouvelle parcelles et donc de développer l’agriculture locale pour permettre une meilleure condition de vie des habitants. 

Les commanderies avaient aussi une importance dans le commerce local. Celles qui avaient le plus d’importance étaient implantées proche des ports voir dans les ports. En effet, la commanderie de Saint Gilles, où un grand pèlerinage eut lieu lors du XI-XIIème siècle, avait autour d’elle des marchands levantins. Ces derniers ont donc permis de faire transiter de nombreux produits venus d’Orient, comme l’encens et l’argent fin, et ce, dès le XIIe siècle. Mais le pouvoir de cette commanderie s’essouffle petit à petit pour laisser place à celle d’Aigues Mortes. Elle est située au port de la ville du même nom. C’est de ce port que deux croisades ont pris le large: la septième et la huitième. Cette commanderie a aussi permis à Saint-Louis, à l’époque Louis IX, de partir avec un nombre important de templiers depuis le port de la ville.

Pour aller plus loin :

DEMURGER, Alain, Vie et mort de l’ordre du Temple, 1120-1314, Paris, 1998.

DEMURGER, Alain, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Paris, 2008.

DEMURGER, Alain, Les ordres religieux militaires dans le Midi : XIIe-XIVe siècles, Toulouse, 2006

DUBOURG, Jacques, Les commanderies templières de Midi-Pyrénées, Tours, 2011

Cet article a été écrit par GRAMMATICO Erwan, CASTRO Loucas, POLIZZI Arthur, COUDERC Mallaury, LAPPORTE Yannis, JOANNES Kévin

Louis IX (appelé Saint-Louis):

Né à Poissy le 25 avril 1214, le roi est monté sur le trône sous le nom de Louis IX à l’âge de douze ans. Il a régné près de quarante-quatre ans jusqu’à sa mort devant Tunis, le 25 août 1270. Durant cette longue période, il a porté le royaume capétien à son maximum de prestige.

Entrevue de Saint Louis et du pape Innocent IV, Grandes Chroniques de France de Charles V, BNF,

Les Capétiens:

Les Capétiens tirent leur nom d’Hugues Capet, roi élu en 987. Ils règnent sur le royaume de France de 987 à 1328 (Charles IV le Bel n’ayant pas de fils, le trône passe alors à la branche cadette des Valois). Les Capétiens ont mis en place le système monarchique français.

Meunerie:

La meunerie est une fabrique de farine de blé. La transformation se fait en trois étapes. La première est le nettoyage où l’on enlève les impuretés qui sont sur le blé. Ensuite vient le mouillage où l’on va mettre le blé dans de l’eau afin de séparer l’enveloppe et le blé a proprement parlé. La dernière étape est la mouture où l’on broie le blé afin de le transformer en farine.

Commanderie templière de Toulouse:

Située au cœur de la ville rose, cette commanderie n’existe plus aujourd’hui. Elle est située dans l’actuelle rue Dalbade, non loin du quartier des Carmes. Elle fut un lieu extrêmement important dans le développement commercial de Toulouse car cette commanderie pouvait accueillir de nombreux marchands laïcs et chrétiens. De plus, comme chaque commanderie, cette dernière possédait une chapelle comme lieu de culte de la population et elle a permis de faciliter le transit de biens au sein de la ville. Pour s’installer, les templiers ont dû faire changer les anciens propriétaires de ces terres qu’étaient les membres de l’ordre de l’Hospitalet.  Voici en dessous de ce paragraphe, le plan de cette commanderie toulousaine.

Fouilles réalisées par Th. Arnoux – P. Texier – J. Catalo et complétées par les fouilles de Nelly Pousthomis et alii de 1997-2005 utilisées dans Archéologie des commanderies de l’Hôpital et du Temple en France (1977-2007) – Damien Carraz, Open Edition, 2008

Les différents rôles de la commanderie:

L’intendant : Il a le Suivi administratif et financier des événements : passation, réception et contrôle des commandes suivi des factures. Élaborer et mettre en place des procédures de gestion des flux et des stocks de matériels et de fournitures (vaisselle, épicerie, boissons) et veiller à l’entretien des matériels.

Le maréchal: Il s’agissait de l’autorité militaire suprême de l’ordre. En temps de paix ainsi qu’en temps de guerre, il était responsable de la discipline et de l’entretien des armes et montures. En campagne, le maréchal dirigeait tous les hommes d’armes du Temple et portait lui-même le gonfanon. À la mort du maître de l’Ordre, c’est lui qui faisait annoncer la nouvelle dans toutes les commanderies et réunissait les dignitaires pour l’organisation de l’élection d’un nouveau maître.

Le chapelain : Prêtre chargé d’assurer le service religieux dans une église non paroissiale, une chapelle de communauté religieuse, d’hôpital, etc.

Grand maître templiers:

L’expression « grand maître» pour désigner le chef suprême de l’Ordre des templiers est apparue à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle dans des chartes tardives et dans les actes du procès des Templiers. Puis, elle a été reprise et popularisée par certains historiens des XIXe et XXe siècles. Il résidait obligatoirement à Jérusalem en Terre Sainte car ce lieu était la raison d’être de l’Ordre du Temple et en fut la capitale jusqu’en 1187 (chute de Jérusalem). Son élection est faite par treize frères (8 frères chevaliers, 4 frères sergents et 1 frère chapelain) selon une procédure complexe. Les pouvoirs du maître étaient assez limités ainsi que son rôle qui était principalement « représentatif » lors des manifestations et visites officielles. Les décisions devaient être approuvées par l’ensemble des membres du conseil. Il était le seul à décider de l’engagement de l’Ordre dans une bataille.

Phillipe Le Bel (1268-1314):

Roi de France issu de la dynastie des Capétiens né en 1268, il régna de 1286 à sa mort en 1314, en 1307 il ordonna l’arrestation des membres de l’ordre du temple qu’il accuse d’hérésie et fait brûler au bûcher les grands chefs templiers dont le grand maître de l’ordre : Jacques de Molay en 1312.

Jean du Tillet, Philippe IV le Bel, tiré du Recueil des rois de France, vers 1550 

Croisades :

Guerre sainte, expéditions militaires menées en Palestine par les occidentaux entre 1095 et 1291 avec pour objectif la reconquête de la ville de Jérusalem pour y assurer l’accès au pèlerinage.

Urbain II prêchant la croisade lors du Concile de Clermont, Sébastien Mamerot Les passages d’outremer fait par les françois depuis Charlemagne jusqu’en 1462, manuscrit enluminé sur parchemin 1474-1475