L’abbaye Saint-Pierre de Moissac

Source : Dominique Viet, Office de Tourisme Tarn-et-Garonne.

L’abbaye Saint-Pierre se situe à Moissac dans le Tarn-et-Garonne. À la fin du VIIIe siècle, des moines bénédictins se sont installés dans le Quercy où l’abbaye fut construite. Ce monastère bénédictin abrita au cours du Moyen-Âge une des plus grandes communautés religieuses du monde occidental chrétien. Durant cette même période, l’abbaye connut un important rayonnement culturel, politique et économique. Son apogée se fit au XIIe siècle. Le monument est placé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’histoire de l’abbaye

Les études d’Ernest Rupin  ou encore celles d’Adrien Lagrèze Fossat, situent l’origine de l’abbaye Saint-Pierre au VIIe siècle au temps de l’évêque de Cahors Saint Didier. En 814, Louis le Pieux accorde à l’abbaye un privilège : l’immunité (droit par lequel les clercs et les religieux étaient dispensés de certaines obligations jugées incompatibles avec leur état, comme le service militaire). Tout d’abord, il faut savoir que l’endroit n’est pas désert lorsque le nouvel établissement religieux est édifié car il y avait la présence d’un hypocauste gallo romain. A la suite de la disparition de l’empire carolingien, les prérogatives de l’autorité royale sur le monastère reviennent au comte de Toulouse qui assure  la protection de l’abbaye. Cependant, lorsque le comte de Toulouse Guillaume III a besoin d’argent, il décide de vendre sa charge d’abbé à Gausbert de Gourdon en 1037. Durant l’abbatiat de Gausbert de Gourdon aucuns travaux ne sont réalisés. Ainsi, l’abbaye est presque en ruine. La reconstruction de l’église est entreprise au milieu du XIIe siècle durant le long abbatiat d’Ansquitil (1085-1115) qui correspond à l’apogée de la puissance et du rayonnement de l’abbaye.

                Source : Photo et plan de l’abbaye Saint-Pierre de Jean-François Peiré, La ville de Moissac Tarn et Garonne.

Le rattachement à Cluny

Selon la chronique d’Aymeric de Peyrac, Moissac entre dans l’ordre de Cluny en 1047. Cependant, des historiens comme Jules Marion prétendent que Moissac n’a reçu Cluny qu’en 1052-1053. Comment à été réalisée la remise de Moissac à Cluny ? Plusieurs conditions étaient nécessaires : après la mort de l’abbé Etienne, en 1045, Odilon désigne un nouveau titulaire, l’abbé Durand de Bredons qui commence à restaurer la vie monastique. Le comte de Toulouse et l’abbé séculier donnent leur consentement. Puis il y a une approbation apostolique : elle paraît en 1058 lorsque Etienne IX confirme l’ensemble des biens de Cluny en incluant Moissac. En  1466, l’abbaye obtient la séparation avec l’ordre de Cluny.

Source : Reconstitution de la façade de l’abbaye de Cluny III, OpenEdition Journals. 

L’environnement architectural de l’abbaye

Le cloître de l’abbaye est perçu comme l’un des plus grands projets architecturaux, en particulier grâce aux nombres de chapiteaux et de piliers. De plus, les archéologues et historiens ont pu découvrir que ce sont des sculpteurs et des architectes occitans qui ont conçu le cloître puisque ce sont les mêmes qui sont intervenus auparavant sur le chantier de la basilique Saint-Sernin de Toulouse.

Les chapiteaux 

Les chapiteaux représentent notamment des scènes bibliques, des vies de saints ou encore des sujets contemporains du XIIe siècle comme les Croisés devant Jérusalem notamment. Ces représentations sont d’aspect diverses puisque l’on retrouve parfois des motifs dits « islamisants ». De même, l’ordonnancement des chapiteaux reste un mystère pour les historiens tant il ne respecte aucune logique qu’elle soit narrative ou chronologique. En outre, les chercheurs ont remarqué que certaines scènes, notamment celle du sacrifice d’Isaac, ne respectent pas le récit biblique et qu’elles présentent donc des variantes.

Les piliers

Les piliers du cloître sont tous faits de marbre et majoritairement cylindriques. Mais aux angles ainsi qu’au milieu des ailes est et ouest se trouvent des piliers de formes carrées. Les piliers angulaires représentent sur deux faces chacune une représentation d’apôtres. Cependant, seulement huit apôtres sont représentés et non douze. Là encore, il s’agit d’un mystère pour les chercheurs qui n’arrivent pas à déterminer pourquoi les architectes en ont privilégié certains plus que d’autres. Les piliers angulaires, en revanche, figurent la représentation de deux religieux : Ansquitil (fondateur de l’abbaye) et saint Durand (premier abbé clunisien). 

Source : Photo des piliers prise par Tarn et Garonne Tourisme. 

Le portail 

Le portail est surtout renommé pour son tympan. En effet, il est le plus important témoignage de l’art roman à Moissac. D’une part, son aspect permet d’affirmer la puissance de l’abbaye et d’autre part, le tympan présente un thème répandu au XIIe siècle. En l’occurrence, une représentation d’un Christ glorieux revenant après l’Apocalypse bénissant la foule. Cette scène s’accompagne également de diverses autres représentations bibliques et notamment une de l’enfance du Christ. 

Source : Photo personnelle, prise par Sarah D.

Le rayonnement économique

Les abbayes fonctionnent grâce à une économie de consommation. Elle est divisée en deux besoins : alimentaire (victus) et d’équipement (vesticus), qui se complètent. Le premier consiste à créer ses propres denrées alimentaires via le maraîchage et la viticulture. Ce dernier point diffère selon la lecture des règles de l’ordre de Saint Benoît. Les repas étant ensuite codifiés (rationnement des repas), les surplus sont vendus. Cela permet d’alimenter le second point de l’économie : l’équipement. En vendant ce qui n’est pas consommé, ça leur permet d’acheter des biens meubles ou immeubles pour enrichir les abbayes. Comme à Moissac, ils peuvent aussi acheter des terres pour implanter d’autres églises afin d’élargir leur rayonnement, leur domination. Également, l’abbaye de Moissac possède ses propres terres agricoles à ce miment-là. Le vin qu’ils en tiraient servait à leur consommation, à la messe (lors de la liturgie) mais permettait aussi d’être vendu.

La rayonnement culturel 

Le second rayonnement de l’abbaye est culturel. Placé au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, ce titre lui permet un rayonnement à travers le monde. Ce ne sont plus seulement des pèlerins qui viennent mais également des touristes. Désormais, les personnes viennent visiter le lieu comme ils iraient visiter Notre-Dame-de-Lourdes ou n’importe quel lieu saint important. Également, cela vient influencer les programmes d’Histoire de l’Art américains. En effet, les étudiants travaillent sur les gravures du tympan. Les représentations religieuses, en parfait état, permettent de s’y appuyer dessus afin d’étudier les relations entre l’Église et les habitants de Moissac. En dernier point, nous pouvons citer le film “Le nom de la Rose”, réalisé par Jean-Jacques Annaud où le tympan apparaît. Le fait que cette scène existe a suscité un surcroît de tourisme à Moissac. Mondialement connu, son rayonnement en est renforcé.

Source : Image tirée du film « Le Nom de la Rose », Jean-Jacques ANNAUD, 1986.

Biliographie pour aller plus loin : https://blogs.univ-jfc.fr/vphn/?page_id=11695in

La forteresse de Penne

Merveille d’architecture médiévale située sur un éperon rocheux, la forteresse surplombe le village de Penne qui se situe dans le Tarn, en Occitanie. C’est une forteresse dite imprenable qui date du Moyen Âge et fait son apparition dans les sources au IXème siècle. Cette forteresse a, tout au long de son histoire, eu une place importante. Elle a changé de nombreuses fois de seigneurs et de souveraineté. Elle a été classée monument historique en 1902 et est reconstruit aujourd’hui, grâce à Monsieur Letellier, architecte des bâtiments de France, qui a racheté le château en 2006. Suite à des rénovations, la forteresse est ouverte au public depuis 2010 et actuellement en reconstruction. 

La forteresse, site officiel de la forteresse de Penne.

La construction de la forteresse

Autour de l’an mil, Penne est dirigée par des seigneurs , en 1209, elle s’est retrouvée au cœur de la croisade lancée par Philippe-Auguste. Cette croisade aboutit à un traité de paix entre Philippe-Auguste et Raymond VII. Ce traité de paix débouche sur le mariage de la fille du comte de Toulouse et du frère du roi. Ainsi, quand Raymond VII meurt, le comté de Toulouse, qui contient Penne, revient directement à Alphonse de Jourdain et donc à la couronne. Alphonse de Jourdain fait transformer le château en forteresse et elle est ensuite abandonnée au XVème siècle. Elle est finalement pillée et détruite au XVIème siècle par les habitants du village qui utilisent les matériaux pour reconstruire leurs propres maisons. 

Pour entrer dans la forteresse, il faut passer par l’unique porte d’entrée. Au Moyen Âge, la porte était en bois renforcée par des clous. Celle-ci se trouve entre les deux tours principales. À droite de la porte, une tour ronde à archères et à gauche une tour à éperon. Une fois l’entrée et le sas traversés, nous trouvons de multiples salles. À la suite de la tour à archères, nous trouvons une petite salle qui aurait été destinée aux gardes. Sur le côté gauche de la forteresse, trois salles se suivent. Certaines de ces salles sont des pièces qui appartenaient anciennement au château qui a été remplacé par la forteresse. Elles pouvaient servir de pièces de vie de famille. La forteresse étant agencée en longueur, se trouve par la suite une grande salle avec, on le suppose, un jardin derrière celle-ci. Cette grande salle avait de multiples usages car au Moyen Âge les pièces n’avaient pas qu’une seule utilité et on y importait les meubles en fonction de l’utilisation. Elle pouvait donc servir de salle de réception où des banquets étaient organisés, de salle de nuit si les invités restaient dormir ou encore de salle qui permettait au seigneur de rendre la justice. Au fond de la forteresse se trouve une citerne de 80 m² qui permet la récupération de l’eau de pluie. Une demi-tour circulaire relie la citerne à une chapelle, au fond de la forteresse. Il pourrait s’agir d’une nef, son l’usage aurait donc été ouvert à tous.

Le plan de la forteresse, site officiel de la forteresse de Penne.

Les modifications architecturales

Au XIIIème siècle, le comte de Toulouse décide de détruire totalement le château et d’implanter une forteresse à la place. Alphonse de Poitiers conserve le lieu où se situait le château car c’est un lieu stratégique durant l’époque médiévale. La forteresse domine la rivière Aveyron, la région du Rouergue, la région de l’Albigeois et du Quercy. Afin de construire la forteresse, le comte de Toulouse récupère les pierres du château détruit et conserve l’emplacement de certaines pièces du château. Le comte de Toulouse conserve également la grande chapelle. Pour la construction de la forteresse, le comte de Toulouse fait appel à des architectes du nord de la France, dont il est originaire. C’est ainsi que l’architecture dite capétienne va se développer dans le sud de la France. Les architectes ajoutent notamment une tour à éperon à la forteresse. Alphonse de Poitiers conserve les archives du comté de Toulouse. Une des principales archives est l’acte de mariage qui prouve qu’il est marié avec la comtesse de Toulouse. Il place ces archives importantes à Penne afin d’être sûr qu’elles ne soient jamais détruites. 

La tour à éperon, photographie personnelle.

La forteresse de Penne est connue pour être une forteresse imprenable grâce à son architecture et son emplacement. On ne peut y accéder que d’un seul côté, ce qui  permet aux habitants de la forteresse de voir arriver leurs assaillants. Il y a à peu près dix systèmes de défense avant de pouvoir entrer dans la forteresse. Le château de Penne n’a jamais été pris et n’a même jamais été attaqué. Il ne devra donc pas recevoir de rénovation à cause de siège ou de guerre. À chaque fois que le château changera de souverain, ce sera par traité ou alliance matrimoniale. Le château disparaît en 1586. Les protestants soudoient la garde, entrent et incendient le château qui perd alors une partie de ses toits et de ses murs. Le château étant inoccupé, les villageois en contrebas en profitent pour en récupérer les pierres et augmenter la taille du village illégalement. Quelques années plus tard, le roi rend légal le fait de se servir du château comme carrière de pierre du village.

La forteresse surplombant le village, site officiel de la forteresse de Penne.

Les enjeux de la reconstruction

Axel Letellier, architecte des bâtiments de France, tombe amoureux du château dès 1988 et décide de le racheter en 2006. Le château est ouvert au public depuis 2010. La volonté du propriétaire est de faire de ce château un lieu de passation de mémoire et de savoir-faire. Il y a un chantier médiéval tous les étés ; des tailleurs de pierre professionnels utilisent des techniques et matériaux d’époque. Ils utilisent par exemple une roue à échelons ou des échafaudages en bois, comme il s’en faisait à l’époque médiévale. Pour faire les travaux, les matériaux sont emmenés dans des sacs par héliportage. L’hélicoptère est la seule aide non-médiévale qui est utilisée dans la restauration de la forteresse. Il n’existe aucune archive du Moyen Âge donc, pour reconstruire la forteresse, on s’appuie sur le travail des historiens et archéologues spécialistes des châteaux. Il n’est possible de reconstruire que les parties qui sont connues de manière certaine car la forteresse est monument historique depuis 1902 et ce qu’ils reconstruisent doit être fait à l’identique et documenté. Pour ce qui est du déroulé du chantier de restauration, les étapes sont pensées tranche par tranche, c’est-à-dire que le chantier évolue année après année. Il y a de nombreuses étapes, mais les plus marquantes sont la stabilisation de la chapelle en 2007, la préparation et la mise en sécurité du site pour l’ouverture au public en 2009 ou encore l’aménagement de la chapelle grâce aux fouilles archéologiques depuis 2016. Dans deux ans, un musée devrait voir le jour pour exposer les objets trouvés pendant les fouilles archéologiques. 

La chapelle en chantier, photographie personnelle.

Le tourisme est un atout important pour la forteresse puisqu’il permet de lever des fonds pour les travaux entrepris pour la reconstruction de la structure. Cet atout n’est cependant pas suffisant pour garantir la totalité du financement du chantier, opéré par des entreprises privées. La forteresse fait la réputation du village et attire de nombreux touristes. Pour les guides, ce tourisme permet de transmettre l’histoire de Penne et d’expliquer les divers enjeux auxquels la forteresse a dû se heurter. Le tourisme est valorisé afin de faire participer activement le public, notamment à travers les campagnes de fouilles. Pour les plus jeunes, des activités ludiques sont proposées. Durant la période scolaire, le personnel s’efforce d’attirer des gens en organisant des visites scolaires. L’enjeu est grand puisque le village dépend économiquement de la forteresse. En effet les bars, restaurants et commerçants vivent de ce lieu, ce qui explique cette volonté de sans cesse se réinventer. D’ici le printemps 2023, une nouvelle pièce devrait voir le jour.  

Une visite à la forteresse, site officielle de la forteresse de Penne.

Aux vues du passé tumultueux de la forteresse, nous pouvons nous demander à quoi elle pourra bien ressembler dans 200 ou 300 ans…

Bibliographie indicative

Grandet Anna, Sans Aurore, Paris Léa, Dartigolles Marianne, Francoual Clara, Barbat Maëlys

Définitions et Bibliographie:

Définitions:

I.Les débuts de la ligue

Guerres Médiques: Leś guerres médiques sont deux guerres, de -492 à -486 pour la première et de -481 à -479 pour la seconde, qui opposent les cités grecques à l’empire perse. Ces guerres marquent la première union des cités grecques contre un ennemi commun. Des batailles importantes comme celle de Marathon en -490, les Thermopyles en -480 se jouent et marquent durablement l’imaginaire des grecs.

Sparte: Sparte est une ville du Péloponnèse, principalement connue pour former les meilleurs hoplites du monde grec. Fondée au Xe siècle av JC, elle conquiert progressivement la quasi-totalité de la région du Péloponnèse. A l’inverse d’Athènes, elle s’appuie sur un système très hiérarchisé au sommet duquel on retrouve les citoyens soldats. 

Ligue du Péloponnèse: Fondée par Sparte au VIe S av J.C, elle regroupe la majorité des cités grecques de la région du Péloponnèse. Elle est l’ennemi de la Ligue Délos durant la guerre du Péloponnèse. 

Péloponnèse: Presqu’île au sud de la Grèce, séparé du continent par l’isthme de Corinthe. Plusieurs régions sont présentes dans le Péloponnèse comme la Laconie, région de Sparte ou encore l’Arcadie la région d’Olympie. 

Boétie: Région au nord d’Athènes, dont la plus grande ville est Thèbes. Cette région se regroupe en confédération et est une grande allié de Sparte. 

Panhellénisme: Dans l’Antiquité, sentiment politique qui poussait à proposer à toutes les cités grecques une action commune permettant d’arrêter leurs luttes fratricides. (Larousse).

II.De la démocratie à l’imperalisme:

Tribut: Le tribut est versé par les citées membre de la Ligue de Délos, il est soit d’une valeur pécuniaire ou humaine, chaque citées est libre d’envoyer de l’argent, des hommes, des armes, des denrées… Initialement basé sur l’île de Délos, Périclès va le déplacer à Athènes pour alimenter la politique des grands travaux sur l’Acropole. 

Impérialisme: Phénomène ou doctrine d’expansion et de domination collective ou individuelle (Larousse) 

Périclès: (-495/ -429) est un stratège et homme politique d’Athènes durant l’essentiel du Ve siècle avant notre ère. Il mar

Grands travaux: Sont une politique de plein emploi lancée par Périclès en -447. Elle vise à assurer à tous les athéniens un emploi stable pour l’essentiel dans la construction de grands édifices artistiques (exemple: Odéon de Périclès) et religieux (exemple: Parthénon) sur l’Acropole. Pour cela, les dirigeants d’Athènes et Périclès à leur tête décident de détourner le tribut versé par les cités de la ligue de Délos afin d’assurer le paiement des salaires et des matériaux de construction. 

l’Acropole: Est un plateau rocheux qui se dresse au milieu de la ville d’Athènes. Durant l’époque classique (-480/ -323) ce lieu est le centre religieux et culturel de la cité d’Athènes, le centre politique se trouvant sur la Pnyx avec l’assemblée des citoyens. 

III. La fin de la domination athénienne:

Clérouquies: sont des colonies militaires installées par Athènes en réaction au soulèvement de certaines cités de la ligue de Délos à l’image de Naxos (-468) ou Samos (-440). Elles sont composées de citoyens soldats athéniens que l’on appelle les clérouques, tirés au sort et à qui on attribue des parcelles de terres spoliées aux cités dissidentes. Avec cette présence militaire sur place, Athènes s’assure la fidélité des cités membres de la ligue de Délos susceptible de se révolter contre l’autorité athénienne. Néanmoins, il est clair que les clérouquies constituent l’un des éléments principaux de l’impérialisme athénien vis-à-vis de la ligue de Délos. 

Guerre du Péloponnèse: (-431/-404) guerre qui oppose la ligue de Délos dirigée par Athènes et la ligue du Péloponnèse dirigée par Sparte pour la domination économique, militaire et culturelle de la Grèce. La guerre est rythmée par de nombreuses batailles à l’image de l’expédition de Sicile (-415) ou la bataille d’Aigos Potamos (-404) et se solde par une victoire spartiate qui débouche sur une domination spartiate sur la grèce durant les années suivantes. 

Peste d’Athènes: épidémie qui frappe la cité d’Athènes au début de la guerre du Péloponnèse entre -430 et -426. Encore aujourd’hui, aucunes recherches n’a permis de savoir exactement de quelle maladie il s’agit. Néanmoins, on estime qu’entre un quart et un tiers des athéniens perdent la vie des suites de la maladie. 

Lysandre: est un roi spartiate qui s’illustre particulièrement durant la guerre du Péloponnèse en parvenant à mettre en déroute la marine athénienne, alors considérée comme la meilleure marine du monde, à la bataille d’Aigos Potamos (-405). A la suite de cette bataille, il parvient à entrer dans Athènes et à mettre fin à la guerre du Péloponnèse. 

Bibliographie:

Ouvrage généraux:

AMOURETTI Marie-Claire, RUZET François, JOCKEY Philippe, Le monde Grec antique, Hachette supérieur, Versailles, 2018.

AUSTIN Michel, VIDAL-NAQUET Pierre, Economies et sociétés en Grèce ancienne, Armand Colin, Paris, 2007.

BASLEZ Marie-Françoise, Histoire politique du monde grec, Des temps homériques   à l’intégration dans le monde romain, Armand Colin, Paris, 2001. 

BRUN Patrice, Impérialisme et démocratie à Athènes, inscription de l’époque classique, Armand Colin, Paris, 2005.

CABANES Pierre, Petit Atlas Historique de l’Antiquité grecque, Armand  Colin, 

Paris, 2007.  

GRANDJEAN Catherine(dir.), BOUYSSOU Gerbert S., CHANKOWSKI Véronique, JACQUEMIN Anne, PILLOT William, La Grèce classique, D’Hérodote à Aristote, 510-336 avant notre ère, Belin, Paris, 2022.

MIGEOTTE Léopold, L’économie des cités grecques de l’archaïsme au Haut-empire romain, Ellipses, Paris, 2007.

RICHER Nicolas, Atlas de la Grèce classique, Ve-IVe siècle av. J-C, l’âge d’or d’une civilisation fondatrice, autrement, Paris, 2021.

Ouvrage spécialisés:

BRUNEAU Philippe, BRUNET Michèle, FARNOUX Alexandre, MORETTI   Jean-Charles, Délos, Île sacrée et ville cosmopolite, Paris Méditerranée, CNRS Éditions, Paris, 1996. 

HANSEN Mogens H., La démocratie athénienne. A l’époque de Démosthène,  Texto, Paris, 1991. 

HANSON Victor Davis, La guerre du Péloponnèse, Champs histoire, 2010, Paris.  

MANSOURI Saber, Athènes vue par ses métèques (Ve-VIe siècle av. J.-C.), Tallandier, Paris, 2011.

MOATTI Claudia , KAISER Wolfgang et  PÉBARTHE Christophe(dir.), Le monde de l’itinérance en Méditerranée de l’Antiquité à l’époque moderne, Ausonius éditions , Pessac, 2009.

→ Emigrer d’Athènes. Clérouques et colons au temps de la domination athénienne sur l’Egée au Ve A.C. PÉBARTHE Christophe, p.367.

MOSSE Claude, Périclès, l’inventeur de la démocratie, édition Payot & Rivage, Paris, 2005. 

Articles: 

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www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_2017_act_1392_1_3537

BRUN Patrice, “Les archipels égéens dans l’Antiquité grecque (Ve – IIe siècles av. notre ère)” , Collection de l’institut des Sciences et Techniques de l’Antiquité, 1996, p. 268.

www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_1996_mon_616_1

 BRUNET Michèle, “l’économie d’une cité à l’époque classique: Thasos”, Economie et société en Grèce 478-88 av J.-C, Nantes, Édition du temps, 2007, p.311-331.[en ligne]

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Bibliographie succincte

 Ouvrages généraux:

 • Amouretti Marie-Claire et al., Le Monde Grec Antique, Hachette supérieur, coll. «Histoire Universitaire », 2018 (6e édition), 352 pp.

 • Inglebert Hervé, Histoire de la civilisation romaine, Presses Universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio”, 2005, 516 pp.

Sitographie : 

 •Berthon Chrystelle, “Emporion / Emporiae – Une cité ibérique au croisement des cultures grecque et latine”, Odysseum, 29/05/2022
URL:https://odysseum.eduscol.education.fr/emporion-emporiae-une-cite-iberique-au-croisement-des-cultures-grecque-et-latine

 •Generalitat de Catalunya Departemento de Cultura, “Greek Archaeological ensemble in Empúries, l’Escala, Girona”, Unesco, 20/12/2002
URL : https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/1051/

Empúries, une cité antique au croisement des peuples de la Méditerranée

Image aérienne de la ville grecque d’Empúries et de la Paléopolis, actuel Sant Martí d’Empúries

Empúries est une cité antique, qui se situe en Espagne, et plus précisément en Catalogne. Situé sur les côtes de la Méditerranée, son essor est dû au commerce. Il s’agit de plus d’un des seuls sites archéologiques de la Péninsule ibérique dit comme pluriculturel. En effet, on trouve au même endroit des vestiges de populations distinctes comme celle des indigènes, des grecs et des romains, avec des créations locales dérivées de ces populations, mais aussi provenant de toute la Méditerranée liée à l’activité commerciale de la cité. D’ailleurs, son nom Emporion, pour les Grecs, désigne étymologiquement les comptoirs de commerce grec fondés sur des territoires étrangers.

De nos jours, le site archéologique se visite. On y retrouve d’ailleurs un musée qui répertorie différents objets trouvés grâce aux fouilles. 

: « Les fouilles d’Empúries commencent en 1908 et ne sont toujours pas achevées. Seulement 25% de la surface du site a été découverte ! »

 Comment la cité d’Empúries a-t-elle évolué dans le temps ?

Tout d’abord, l’arrivé des grecs …

La cité grecque a été fondée par des colons grecs de la ville de Phocée, qui après avoir érigé Massalia (aujourd’hui Marseille) en -600 avant notre ère, ont ensuite construit un comptoir de commerce en Péninsule Ibérique. La date de fondation de la ville reste incertaine, mais on suppose que cela se déroule à la fin du VIe siècle avant notre ère.

La cité grecque a été fondée par des colons grecs de la ville de Phocée, qui après avoir érigé Massalia (aujourd’hui Marseille) en -600 avant notre ère, ont ensuite construit un comptoir de commerce en Péninsule Ibérique. La date de fondation de la ville reste incertaine, mais on suppose que cela se déroule à la fin du VIe siècle avant notre ère.

Les grecs fondent dans un premier temps un noyau urbain, ainsi qu’un port sur un ancien habitat indigène. Ce premier noyau urbain est appelé la Paléopolis, et a aujourd’hui complètement disparu, car plusieurs habitations se sont installées sur le site rendant les fouilles impossibles.
Ils créent ensuite un siècle plus tard un deuxième noyau urbain plus concret, appelé la Néopolis (ce qui signifie nouvelle cité). Cet agrandissement est dû à l’augmentation de la population au moment de l’agrandissement des centres coloniaux phocéens, mais également à l’essor du commerce entre les principales cités méditerranéennes qui se déroule pendant la dernière partie du VIe siècle avant notre ère. Cette nouvelle cité a pu être conservée. On y retrouve des bâtiments emblématiques des cités grecs, comme un temple attribué au dieu de la médecine Asclépios ainsi qu’une place centrale (l’agora). 

: « Le visiteur peut profiter de la partie grecque du site archéologique :
– Des temples, dont un est dédié à Asclépios, dieu de la médecine, dont on aperçoit la statue sur les vestiges.
– Des restes d’habitations ou de commerce avec des mosaïques. 
– Des vestiges d’infrastructures, telles que des citernes et des systèmes de filtration de l’eau.
– Des lieux publics comme l’agora. »

… suivit de celle des romains quatre siècles plus tard…

Les romains ont comme projet d’envahir et de conquérir la Péninsule Ibérique. Ils viennent pour la première fois à Empúries en 218 av J-C, ils arrivent principalement à cause de la seconde guerre punique qui oppose Rome à Carthage. Au début, les romains ne fondent pas de colonies et se servent des fondations déjà existantes sur le territoire. Cependant en 195 av J-C les Romains viennent à Empúries une seconde fois, et installent un camp militaire pour lutter contre les révoltes indigènes.

Inscription romaine en bronze dédiée à un personnage illustre de la ville. Musée d’Archéologie de Catalogne, Empúries.
Inscription romaine en bronze dédiée à un personnage illustre de la ville. Musée d’Archéologie de Catalogne, Empúries.

Dès 195 av J-C, une cohabitation est créée entre les différentes cultures présentes à Empúries. Les romains au cours du IIe siècle av J-C commencent à construire une ville basée sur un plan rectiligne romains que l’on appelle un cadastre et qui permet de découper la ville en parcelles égales. Il est occupé par des bâtiments indigènes qui possèdent des techniques romaines. Mais au Ier siècle, ces bâtiments disparaissent pour être remplacés par des villae (le maisons typiquement romaines). C’est au cours de cette période, entre le IIe et le 1er siècle, que les populations indigènes qui vivent sur place ont été romanisées. Et c’est ainsi que la culture romaine va prendre le pas sur l’indigène qui elle va tendre à disparaître. 
De cette ville romaine, les fouilles archéologiques ont à ce jour découvert un forum, des thermes et  des maisons romaines.

: « Le visiteur peut également profiter des vestiges de la ville romaine:
– Les restes de villas et des mosaïques presque intactes pour certaines.
– Les vestiges des thermes, de la muraille. 
– Le forum, dont une partie est reconstituée. »

… ce qui crée une cohabitation entre ces peuples

Exemple de différents objets provenant du commerce méditerranéen. (photo personnelle)

La cité d’Empúries présente la caractéristique d’être une cité multiculturelle, car elle témoigne d’un brassage de population, qui rend ce site unique sur toute la péninsule ibérique. Elle nous offre une vision de la cohabitation entre trois populations différentes, à savoir des indigènes, des grecs et des romains.
Pour ce qui est des indigènes, le site ne possède que très peu de vestiges, alors qu’en revanche pour les grecs et les romains, ils sont beaucoup plus présents, ce qui nous permet de témoigner de ce mélange, mais aussi de voir que ces deux cités n’ont pas toujours étaient unies, et que leur rassemblement c’est effectué que bien plus tard.
On peut retrouver des traces de ce rassemblement au niveau politique, avec l’abandon progressif de l’agora grecque vers un forum romain commun, mais aussi à travers la muraille qui les entourent, et qui autrefois servait à les délimiter.
Une trace importante et certainement la plus représentative de cette cohabitation se produit sous le règne de l’empereur Auguste (1er siècle avant J.C. – début 1er siècle après J.C.), ou la cité prend le nom unique de « Municipium Emporiae ». La monnaie à même été adaptée dès la création de cette union « Municipium romain », pour être la même pour tous, et faciliter les échanges sur le port.

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Reconstitution de la statut de Sarapis, exposé devant son temple. (Photo personnelle).

Un autre élément très présent sur ce port et qui témoigne le plus de cette présence de différentes cultures reste la religion. On retrouve pour les grecs, plusieurs sanctuaires avec des salles de cultes accompagnés de kernoi , ainsi qu’un temple qui se trouve dans la Neapolis, près de la porte d’entrée de la cité, et qui était destiné à Asclépios . On retrouve d’ailleurs une statue à son effigie, qui le représente avec ses attributs à savoir la barbe, son manteau et les restes d’un serpent.
Pour ce qui est des romains, on peut voir des autels d’offrandes situées dans des restes de maisons romaines, ou encore des mosaïques, dont celle du sacrifice d’Iphigénie qui représente une scène de la mythologie grecque, ce qui montre l’importance de l’hellénisation chez les aristocrate romains.
Une dernière caractéristique propre à ce site, est qu’il possède un temple égyptien découvert au début du XXe s, près de celui de Sarapis , dédié à des divinités gréco-égyptiennes ( ou autrement dit divinités isiaque ,qui appartiennent à Isis). Ce temple aurait été construit sur l’initiative d’un riche marchand égyptien nommé « Noumas », que nous connaissons grâce à une inscription bilingue que l’on retrouve sur le site, écrite en grec et en latin, ce qui encore une fois démontré la cohabitation entre les grecs et les romains qui ne partageaient pas la même langue. 

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La ville connaît son apogée entre le Ier siècle et le IIeme siècle de notre ère avant  de décliner. On peut expliquer ce déclin par l’arrivée de nouvelles puissances commerciales aux alentours d’Empúries comme Tarragone et Barcelone. 
La ville d’Empúries est ainsi un exemple de cohabitation entre différentes civilisations de l’Antiquité. La ville permet de mettre en lumière les connexions entre les peuples autour de la Méditerranée et l’importance du commerce dans l’essor des villes côtières.

: « On retrouve des tombes wisigoths sur le site, un des seuls vestiges qu’il reste de leur passage. »

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Lien vers la bibliographie :
http://blogs.univ-jfc.fr/vphn/2023/04/13/bibliographie-empuries/

Lajoinie Lina, Nonorgues Sarah, Terral Emilie, Salvat Elisa, Leblanc Eurydice

Impératrice Joséphine (1763-1814)

Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie née en Martinique où elle passe sa jeunesse. Elle arrive en métropole à la suite de son mariage avec Alexandre de Beauharnais en 1779, avant de devenir veuve en 1794, par la suite elle rencontre l’empereur Napoléon Ier dont elle sera l’épouse de 1796 à 1809. Elle devient donc impératrice des Français et reine d’Italie. En 1809, Napoléon et Joséphine divorce mais celle-ci conserve le titre d’impératrice et reçoit des terres dont le château de Navarre en 1810 elle devient duchesse de Navarre jusqu’à sa mort. Napoléon crée ce titre à la suite de leur divorce.

Jean Bonnassieux (1810-1892)

Jean Bonnassieux est un sculpteur français sous le Second Empire, il réalise
des commandes notamment pour le palais du Louvre, c’est vers 1860 qui se spécialise dans les sculptures religieuses.

Cathares et croisés dans la mémoire collective et l’Historiographie


Le catharisme est une hérésie chrétienne dualiste*. Elle se développe au XIIème siècle de notre ère, elle est en forte contradiction avec les catholiques sur de nombreux points tels que le baptême qui, pour les cathares, ne devrait être célébré qu’avec des adultes quand la conscience de l’individu est pleinement acquise. Sa zone d’influence est assez dispersée mais suffisamment importante pour être une source d’inquiétude.
Les cathares sont incontestablement des chrétiens mais des chrétiens dissidents, avec un dogme différent de celui des chrétiens romains.

Différences théologiques et liturgiques

Doctrine cathareÉglise chrétienne romaine
Dualisme (2 dieux : Dieu et le Diable)Monothéisme
Lecture des évangiles en occitanLecture des évangiles en latin
Pas de lieu de culte, rejet de l’eucharistieLieu de culte dans des églises et pratique de l’eucharistie
Baptême en fin de vieBaptême à la naissance
Rejet du Pape de RomeSoumission à l’autorité du Pape de Rome
Refus de l’incarnation du Christ, de sa réalité charnelle et de sa résurrectionIncarnation du Christ et résurrection de celui-ci
Un seul sacrement : le consolament7 sacrements : le baptême, la confirmation, la confession, la communion ou eucharistie, l’ordination, le mariage et l’onction des malades
Existence du mal : Lucifer est l’incarnation du mal et non Dieu créateur parfaitLes chrétiens disposent de leur libre arbitre pour choisir entre le bien et le mal
Ne vénèrent pas la croixVénération de la croix
Abstinence sexuelleNon abstinence
Organisation de l’église cathare différente de l’église romaine
Régime alimentaire : interdiction de manger des produits animaliers ou issus de l’accouplement animalInterdiction de manger de la viande le vendredi

Ainsi, en 1209, le pape Innocent III (1160-1216) lance une lutte contre les cathares « hérétiques », liée à leurs divergences, de peur qu’ils prennent la place de l’Église catholique romaine.
En effet, ces « Bons hommes »** gagnent de plus en plus d’importance dans les relations religieuses, dans les pratiques du culte et dans les croyances populaires, à tel point qu’ils concurrencent l’Église de Rome.
Commence alors la Croisade des Albigeois qui va durer pendant vingt ans . Que ce soit par les armes ou l’inquisition, de nombreux cathares périssent pendant cette période. 

Pape innocent III Artaud de Montor XIXè siècle

Le pape Innocent III, inquiété par la remise en cause de l’hégémonie catholique romaine, appelle les puissants et le roi Philippe Auguste à lutter contre les hérétiques. D’abord laissé sans réponse, il n’entraîne le roi de France dans sa guerre sainte que difficilement quelques années en 1224. Les capétiens ressortent cependant eux aussi victorieux du conflit notamment par la saisine des vicomtés de Trencavel et du comté de Toulouse. Après le massacre de Béziers (1209) puis la mort de Raimon Roger Trencavel (vicomte d’Albi), la nouvelle excommunication de Raymond VI (comte de Toulouse) expose le comté de Toulouse à la menace des croisés. Les meurtres de chevaliers et la condamnation au bûcher des centaines de parfaits font de Simon de Montfort, croisé anti cathare, le nouveau comte de Toulouse par le concile du Latran. Par la suite, Raimon VII s’engage à pourchasser les hérétiques de son domaine en finançant l’inquisition qui apparaît en 1233. Enfin, il est aussi contraint de donner en héritage le comté au roi, ou aux descendants de l’époux de sa fille unique, le frère du roi. Contrainte qu’il cherchera vainement à solutionner. La fin du XIIème siècle est ainsi marquée par l’organisation de la répression anti cathare, initiée dès 1179, lors du troisième concile du Latran, lorsque les fidèles étaient appelés à prendre les armes.

Carte de l’espace occitano-catalano-aragonais à la veille de la Bataille de Muret en 1213. Dessiné d’après Michel Roquebert, « Histoire des Cathares », 2002, Ed. Perrin 

*en ce sens que les cathares opposent le tangible, le monde matériel dans lequel sont coincées les âmes, le mal, et l’intangible, le bien, royaume des âmes où séjourne Dieu
** ainsi qu’ils se nommaient, revendiquant la pureté de leurs convictions religieuses face aux catholiques qu’ils considéraient comme des imposteurs


Qu’est-ce que l’Histoire et la mémoire collective ?

Après vous avoir conté la croisade albigeoise face aux cathares, nous pouvons nous poser la question de leur place à travers l’Histoire et la mémoire collective. Tout d’abord définissons l’Histoire et la mémoire collective. Ces termes sont-ils synonymes ? D’après le Petit Robert, l’Histoire est “une connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines ; c’est une discipline qui étudie ce passé et cherche à le reconstituer par les sources, les matériaux, les méthodes de l’histoire.” La définition du Petit Robert présente l’Histoire comme une science ayant pour objectif d’étudier le passé à l’aide d’outils et de sources. Pour ce qui est de la définition de la mémoire collective, c’est un peu plus compliqué. En effet, certains hommes politiques ou États voient la mémoire collective comme de l’Histoire. Or, c’est une confusion pour certains et pour d’autres une instrumentalisation à des fins politiques. Pourtant, le Petit Robert définit la mémoire collective comme un “ensemble de faits passés qui restent dans le souvenir des hommes, ou d’un groupe”. La mémoire collective est une accumulation de faits qui se sont produits, ou vécus ou racontés, sans ressources pour appuyer ses dires. Ils sont basés sur la mémoire qui peut donc modifier, omettre ou oublier certains détails. De plus, la mémoire n’est pas objective car nous étudions une infime partie de la période sortie de son contexte. La mémoire collective est donc un moment identique du passé vécu par un groupe de personnes, qui oublie ou qui travestit les ressenties de cet instant. La différence entre la mémoire et l’Histoire est donc l’objectivité du sujet possible grâce à l’utilisation d’une méthodologie. 


Période Médiévale : deux visions opposées

Dès la période médiévale, deux visions du catholicisme se font face. C’est un combat entre les barons du nord et les barons du sud, le christianisme contre le catharisme. Nous avons donc un combat politique et religieux. De ces croisades découlent donc deux visions. Nous allons étudier la vision la plus présente qui est la vision chrétienne puis la vision la moins répandue, la vision des Hommes du sud.

Les sources chrétiennes 

Le catharisme s’implante auprès des élites en région sud-ouest. Dès l’année 1178, Raymond V de Toulouse annonce au roi l’arrivée du catharisme et convoque plusieurs conciles pour enrayer cette hérésie cathare*.
Les chroniqueurs** de l’époque, pour la plupart séjournant dans des abbayes du nord du royaume et donc peu informés de ces événements, affublent cette hérésie de noms d’anciennes dissidences.
Et c’est seulement en 1163, soit quarante ans après la fin des croisades albigeoises, que le chroniqueur Eckbert de Schönau les gratifie du nom “cathare”.
Par leur éloignement, les chroniqueurs inventent et exagèrent certains faits cathares comme par exemple leurs suicides ou leurs relations avec le diable. On trouve, dans les écrits du début des croisades albigeoises ordonnées par le pape Innocent III, deux traitements antinomiques des cathares.
D’un côté, les clercs, proches du pouvoir des barons du nord et du roi, qui sont pour l’éradication des cathares par le feu (comme le chroniqueur Pierre de Vaux). Et de l’autre côté, les clercs proches du pouvoir papal qui eux veulent convertir les cathares au christianisme (comme Guillaume de Puylaurens) .

 
Les frères franciscains assistent à un Consolamentum cathare (Médaillon d’une bible représentant l’orthodoxie , les frères  franciscains , face à l’hérésie ((un Consolamentum cathare)), seconde moitié du XIIIème siècle, Bibliothèque Nationale de France)
Le massacre des Albigeois – Chronique de Saint-Denis –  XIIe au XVe siècle – BNF

*Les chroniqueurs : Celui qui consigne les faits historiques dans l’ordre de leur déroulement au Moyen Age.
**Les hérésies cathares : Doctrine, opinion qui diffère des croyances établies, condamnée par l’Église catholique comme contraire aux dogmes.

L’Histoire est faite par les vainqueurs (la vision cathare)

Le manque de sources sur les cathares a longtemps été un frein pour les historiens, cela pour plusieurs raisons.  En effet, les cathares sont les grands perdants de la croisade et ils ont donc peu de temps pour justifier la sincérité de leur religion et laisser des écrits. La plupart sont morts, enfuis ou cachés dans le royaume. Quelques chanceux ont pu rester en vie, grâce à leur position au sein du royaume, mais l’inquisition les surveille. De plus, les cathares possèdent une tradition plutôt orale qu’écrite. Alors, cette absence de sources a compliqué le travail des chroniqueurs.

Chanson de la croisade des albigeois, début XIIIe, BNF, département des manuscrit – 1224 

Mais, il reste tout de même quelques traces, comme la chanson des croisés qui évoque la perception de la guerre des cathares et des barons du sud. L’auteur de la chanson décrit les barons du nord venant voler les terres aux barons du sud parce que jaloux de leurs terres plus fertiles, jaloux de leur supériorité parce que plus humanistes, jaloux de leur économie parce que plus florissante.

Ce sont des hommes peu vertueux qui dissimulent et excusent leurs forfaits au nom de la religion. De ces barons du nord, Simon de Montfort est le leader et le parangon de la terreur. Mais, les barons du sud, animés par un courage, un savoir humaniste hérité des romains  décident de combattre et de défendre les cathares et leurs territoires. Les comtes de Trencavel, de Toulouse et de Foix, en raison d’enjeux politiques différents, et notamment pour conserver leur autonomie face au domaine royal du roi de France vont combattre et résister longtemps, mais vont perdre face à une armée du nord plus imposante. Certains perdent la vie, leur territoire et leur pouvoir.

Si cette complainte contribue à  la représentation des cathares, elle manque cependant d’objectivité. D’ailleurs, les archives d’inquisition retrouvées dans les villes du sud nous permettent d’y voir plus clair. Pour beaucoup de cathares reconvertis et d’occitans, cette guerre est perçue comme une guerre de territoires et l’anéantissement de la culture occitane.

Château de Quéribus
Restitution en 3D de Montségur période Cathare

Période Moderne : utilisation de l’hérésie cathare pour légitimer leurs actions 

Le sujet du catharisme ressurgit durant la période moderne. Dès la Renaissance, avec l’arrivée du protestantisme, le sujet du catharisme revient alors dans la sphère publique et intellectuelle. En effet, le protestantisme est un mouvement religieux, provenant des milieux intellectuels et cléricaux, qui veut retourner à une Église plus charitable, plus pauvre et n’ayant pas besoin d’intermédiaire pour parler avec Dieu. De ce clivage entre la religion protestante et  la religion catholique va naître un schisme. Rapidement ce mouvement protestant va se propager dans toute l’Europe. Les deux camps vont utiliser l’hérésie cathare pour légitimer leurs actions.

Le camp catholique 

À l’apparition du protestantisme, l’Église catholique affronte une perte de ses fidèles. Pour y faire face, elle exploite la fin dramatique d’hérésies passées, exterminées par l’inquisition catholique. L’Eglise de Rome lutte, depuis longtemps, contre les ennemis de la foi chrétienne et compare les protestants aux cathares. Les prédications des clercs enjoignent les protestants à regagner l’Église chrétienne, et intimident les pays restés chrétiens, en leur rappelant les conséquences de l’inquisition et des croisés de l’hérésie cathare, sur la paix. 

Saint Dominique de Guzman et les Albigeois de Pedro Berruguete – 1493 à 1499 – hauteur : 122 cm ; largeur : 83 cm – Musée du Prado

Ils comparent la désobéissance au Pape de ces deux mouvements, issus tous deux pourtant de l’Eglise chrétienne.  Enfin, un dernier élément commun aux deux mouvements est rapporté par les clercs et qui concerne leur localisation dans le sud de la France. Pour appuyer leur discours, ils utilisent d’anciennes chroniques de clercs virulents comme Pierre de Vaux de Cernay, et espèrent ainsi ramener de nombreux protestants dans le camp catholique.

En 1589, l’Édit de Nantes fait retomber le sujet des cathares dans l’oubli. Le sujet réapparaît  lorsque les Lumières, mouvement intellectuel européen du XVIème siècle, où de nombreux philosophes vont critiquer l’Église sur son incohérence entre ses actes et ses paroles. Pour eux, elle prône la paix mais n’hésite pas pourtant à massacrer les populations qui s’opposent au dogme. Des clercs comme Claude-Adrien Nonnotte consacrent leur vie à la défense de l’Eglise contre les philosophes contemporains. Ils défendent avec érudition et pertinence les vérités essentielles de la foi et publient des controverses pour répondre aux attaques anti-chrétiennes. Pour eux, ce sont les barons laïcs qui sont les responsables et non l’Eglise de Rome. 

Le camp anticlérical  

Maurice Quentin de La Tour, Portrait de Voltaire (c. 1737)

Du côté anticlérical, ce sont les protestants qui défendent en premier les cathares, certains se disent même leurs héritiers. Car en effet, les protestants tout comme les cathares reprochent à l’Eglise ses abus. Le clergé est déconsidéré par le relâchement de sa discipline et de ses mœurs. Les prêtres sont pauvres et peu instruits tandis que le haut clergé vit dans le luxe grâce aux revenus des charges ecclésiastiques.

Les protestants considèrent les cathares comme leurs ancêtres, et veulent revenir comme eux à une église primitive. Pour eux, les cathares ne sont pas des hérétiques, mais des martyrs de la foi chrétienne. Ils ravivent le souvenir de la croisade des Albigeois pour démontrer la barbarie de l’Eglise catholique et son intolérance. Ils veulent revenir à un sud plus libre et plus humaniste. L’Église catholique et le roi représentent les anciens barons du nord. L’édit de Nantes, dit édit de pacification, va apaiser les relations entre catholiques et protestants pendant un temps.

Le sujet des cathares ne réapparaît que sous Voltaire avec son ouvrage Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Voltaire voit  les cathares comme des vaudois et lui servent d’exemple pour dénoncer les faits infâmes de l’Église catholique. Il estime que le massacre cathare est dû au fanatisme religieux. Il combat donc à travers ses exemples l’Église et ses pensées. 


Période Contemporaine : un début d’explication

Comment la mémoire collective a utilisé les Croisades Albigeoises ?

L’épisode cathare a beaucoup été utilisé par les politiques. Du XIIIe au XIXe siècle, les anticléricalistes glorifient l’héroïsme des cathares, tandis que les conservateurs eux présentent ces hommes comme des nuisibles dont l’existence attentait à l’unité du royaume de France et de la foi chrétienne. Toujours du côté de la droite française, le catharisme est décrié. Il s’agirait d’un mouvement du bas peuple* inculte, lié à l’ennemi espagnol. Les historiens comme Maurice Jallut dans Philippe Auguste fondateur de l’unité française reprennent les idées formulées par la droite française. Ils reconnaissent le caractère excessif de l’entreprise menée par les croisés, mais justifient sa violence par le bien commun, la nation, et la relativisent en soulignant la brutalité du monde dans lequel ils vivaient. Dans cette perspective, l’élimination de l’hérésie est présentée comme un moindre mal. 

Au contraire, les partisans de la gauche mettent l’accent sur deux éléments : l’iniquité des jugements dont ont souffert les cathares et la convoitise des croisés. Ce serait la perspective de s’accaparer les ressources de la région qui aurait motivé les croisés à se rendre dans le Languedoc. Le soulèvement de la population occitane est explicitement rattachée à une figure prérévolutionnaire, une sorte d’avant 1789. Olivier de Montégut dans Drame Albigeois : Dénouement tragique de l’Histoire Secrète du Moyen Âge partage la représentation d’un midi humaniste, aux troubadours heureux réceptifs aux valeurs nouvelles (hérésie). En fin de compte, le catharisme était et demeure un sujet prisé par les débats politiques.

Parallèlement, la mémoire du catharisme s’observe à travers le phénomène néocathariste. Parti sur les traces de ce groupe aux tendances mystiques, Maurice Jallut explique que des croyances complotistes aux pratiques religieuses proches des cathares furent portées de génération en génération par des sociétés secrètes, avant de donner naissance au néocatharisme. Les années 60-70 sont marquées par l’essor du mouvement qui porte en lui la mémoire distordue de cathares victimes, “perpétuellement persécutés” ainsi que l’écrit André Nataf dans Le miracle cathare. Dans les années 60, la vulgarisation historique se développe elle aussi. Reprenant l’idée que la lutte contre le cathare a permis la construction du pays, elle s’inscrit tantôt dans la continuité d’historiens de droite tantôt de celle de gauche.

Couverture de l’ouvrage  » Les Grandes Heures Cathares  » de Dominique Paladilhe

C’est celle-ci qui est relatée par Dominique Paladilhe dans Les grandes heures cathares. La représentation magnifiée d’un Midi florissant aux troubadours choyés par une noblesse tolérante pénètre profondément la mémoire et l’imaginaire collectif. Finalement, il faut attendre les années 80 pour que les historiens se réapproprient le sujet et changent cette vision.

Guiraude jetée au puits, gravure XXème siècle vers 1900 inconnus

*ce qui est faux. Nombreux sont les historiens à l’avoir démontré tels que Anne Brenon. Le phénomène cathare se développe d’abord et surtout dans les milieux bourgeois ou de la moyenne noblesse tels que les chevaliers et les aristocrates de la cour du comte de Toulouse. Ce n’est que progressivement qu’il trouve un écho parmi les populations rurales. Il est cependant vrai qu’une fois intégré, le catharisme des paysanneries fut plus difficile à déraciner que chez les élites sociales.
**en opposition aux hérétiques


L’Historiographie 

Si au XIXème siècle le sujet se renforce dans sa dimension régionaliste, c’est l’influence du romantisme* qui nous intéresse. Empreintes de nostalgie, les œuvres affiliées au courant sont résolument tournées vers le passé. L’abondance des représentations médiévales** suscite ainsi un regain d’intérêt pour la question cathare comme c’est le cas de Napoléon Peyrat. Il participe à construire l’image d’une population unie et uniformément cathare luttant en chœur pour des idéaux nobles (tolérance, justice). Ce phénomène se traduit concrètement par l’exaltation du combat pour la liberté. L’épisode cathare devient alors un élément constitutif d’une mémoire à la fois régionale et nationale.

*mouvement artistique qui accorde une grande place aux descriptions poétiques, aux épanchements intimes, aux sujets sentimentaux, religieux, fantastiques, aux décors historiques (notamment médiévaux), exotiques (cnrtl)
** il n’y a qu’à voir Victor Hugo et Notre Dame de Paris, ou encore le poète écossais Walter Scott avec des œuvres comme Le Lai du dernier Ménestrel


Du coté des Historiens

C’est pendant la période contemporaine que le sujet cathare connaît une révision considérable. D’objet littéraire il devient un objet d’étude scientifique. Ainsi, c’est entre le XX et le XXIème siècle que les historiens tempèrent leurs propos en s’efforçant d’éviter les généralisations. Parmi la pléthore d’historiens concernés, nous en avons retenus trois : 

Jean Charles Simonde de Sismondi (1773-1842) par Amélie Munier-Romilly – Musée d’art et d’histoire de la ville de Genève

Jean de Sismondi (1773 – 1843) :
Cet historien suisse s’appuie sur les chroniques médiévales de la période en dressant le tableau d’un midi rayonnant par son commerce, son fonctionnement démocratique* mais aussi tolérant grâce à la diversité de sa population (professeurs juifs, jongleurs sarrasins, troubadours). La région s’apparente alors à une sorte de berceau préhumaniste**. Dans cet ensemble, l’historien dresse un clivage entre les occitans et les ennemis de là-haut, du Nord.

Jules Michelet photographié par Nadar vers 1855-1856.

Jules Michelet (1798 – 1874) :
A l’inverse, il présente une vision antithétique avec un midi infesté par des chrétiens dévoyés, tandis que le roi ramène la paix dans son pays. Il s’inscrit dans la continuité d’un système manichéen au travers duquel les cathares sont les mauvais qui divisent le royaume. Cet élément de déchirement du territoire que condamne Michelet, il le démontre par la fraternisation du comté de Toulouse et du royaume d’Aragon***.

Portrait de Jean-Marie Lafont dans recueil de portraits d’écrivains et hommes de lettres de la seconde moitié du XIXème siècle de Henri Martin à Henri de Pène – BNF

Jean-Bernard Mary-Lafon (1810 – 1884) :
Si l’historien et linguiste confirme la thèse de Sismondi selon laquelle le Midi était parcouru de démocraties qu’il appelle “républiques provençales”, sa neutralité est compromise par ses origines et son attachement à l’histoire occitane.

En somme, ce n’est qu’après une professionnalisation de l’histoire et l’acquisition d’une méthode scientifique**** qui différencie la discipline des productions littéraires et des enjeux mémoriels que se multiplient des études plus rigoureuses sur le sujet. On retient notamment deux éléments marquants : la fin du système binaire opposant nordistes et sudistes, et la vulgarisation*****. 

*les cités élisent leurs gouverneurs
**outre un retour à l’art antique, l’humanisme du XVIème siècle est caractérisé par la valorisation de l’esprit critique, la tolérance, une efflorescence artistique etc.
***c’est ainsi que le roi Pierre II d’Aragon, excommunié par le pape, meurt lors de la Bataille de Muret (1213). Il était alors l’allié du comte de Toulouse dont la tolérance envers les cathares irritait le pape et le roi catholique.
****c’est-à-dire un ensemble de règles qui structure le savoir produit par une science et qui va pouvoir vérifier son discours. Soit en le réfutant, soit en le validant. Par exemple, le croisement de sources en histoire est un élément de la méthode critique qu’appliquent les historiens. Cela consiste à réunir plusieurs documents sur un même fait et confronter les points de vue. Ce processus est antérieur aux années 60 et émerge déjà au XXème siècle comme susmentionné.
*****c’est-à-dire rendre intelligible un ensemble de connaissances plus ou moins hermétiques pour les profanes.


Conclusion

En conclusion, la vision des croisades albigeoises et des cathares a évolué dans le temps. D’abord sujet politique, utilisé par l’Eglise pour combattre les hérésies, elle est plus tard réutilisée à de nouvelles causes. Ainsi, les protestants l’utilisent comme un exemple de martyr. Voltaire l’utilisera, plus tard, contre le cléricalisme, en accusant l’Eglise catholique d’actes violents à travers le temps. Au XIXème siècle, l’histoire comme discipline s’engage vers une pensée scientifique, même si elle n’a pas encore de méthodologie. Cette absence de méthodologie universelle, pour exprimer et étudier les périodes historiques, entraîne les historiens de cette époque à se ranger dans des groupes de pensée. Ces groupes peuvent être défenseurs du sud et des cathares comme défenseurs du nord et des barons. Ces historiens donnent deux visions du sud, d’un coté un sud lettré et humaniste avant l’heure, et de l’autre un sud prisonnier des rois catalans, inférieur et perdu dans l’hérésie cathare. Il faut attendre les années 60 pour avoir une méthodologie rationnelle et organisée et ainsi obtenir des recherches scientifiques des Cathares et des Croisades. Cette période va permettre la vulgarisation auprès du grand public, et briser ainsi, les mythes autour des cathares. De nos jours, les croisades albigeoises et les cathares n’ont toujours pas révélé tous leurs secrets aux Historiens. Du côté du grand public, les cathares et leurs croisades passionnent toujours. Grâce à la vulgarisation et grâce aux nouvelles technologies, le public bénéficie maintenant de connaissances et de savoirs même si l’imaginaire persiste encore dans la mémoire collective de tous.

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Pour aller plus loin !

Bibliographie

  • ROQUEBERT Michel, “Histoire des Cathares. Hérésie, Croisade, Inquisition du XIème au XIVème siècle”, Perrin, Tempus, Paris, 2002, p. 537
  • BRENON Anne, “Les Cathares”, Albin Michel, Paris, 2007, p. 304
  • OLDENBOURG Zoé, “Le Bûcher de Montségur”, Gallimard, Folio Histoire, Paris, 1959, p. 608 
  • BUFFETAUT Yves, “Les cathares et la croisade contre les Albigeois”, Ysec, Paris, 2016, p. 120
  • MARTEL Philippe, « Les cathares et l’histoire : le drame cathare devant ses historiens : 1820-1992« ,  Privat, Paris, 2002, p 203

Marie-Lou Dal Compare, Camille Dias – Licence Histoire – INU Champollion Albi

Les Cisterciens en Occitanie (2023) Réalisé par Rieucau Eugénie, Thomas Jules, Gary Ian

Qui sont les cisterciens ?

            Les Cisterciens ou l’Ordre Cistercien est un ordre monastique qui provient d’un remaniement de l’ordre des bénédictins. Son origine est marquée par la fondation de l’abbaye de Cîteaux par Robert de Molesme en 1098. L’Ordre Cistercien joue un rôle majeur dans l’histoire de la France médiévale (XIIème siècle) et de ce fait, il reçoit l’approbation pontificale au cours de cette période le 23 décembre 1119 par le pape de l’Eglise catholique Calixte II. L’Ordre de Cîteaux (ou Ordre Cistercien) à comme ambition principale de rénover la vie monastique et l’application de la règle de Saint-Benoît.

« Les Cisterciens voulaient mener une vie monastique parfaite, sans compromission avec le siècle »

PRESSOUYRE Léon, Le rêve cistercien, 2011, Découverte Gallimard, 144 pages. 

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Abbayes mères cisterciennes et leurs filiations en Europe

L’économie cistercienne à une importance toute particulière car elle est locale. En effet les aspects économiques de l’ordre se font aux alentours de l’abbaye. Dans le cas de l’Occitanie, nous avons l’exemple de la Grange cistercienne de la Peyrière. Il s’agit d’une grange monastique fondée en 1136 avec une façade « caractéristique de l’art cistercien méridional » (Ministère de la culture). Le système de grange permet à l’abbaye de vendre des productions locales et d’obtenir un chiffre d’affaires pour financer les besoins de l’abbaye en fonction des ressources de la région.

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Cîteaux, la première abbaye cistercienne

                L’abbaye Notre-Dame de Cîteaux est l’abbaye fondatrice de l’ordre cistercien. Elle est fondée en 1098 par Robert de Molesme. Elle devient un centre spirituel majeur qui exerce une grande influence durant plus de 7 siècles sur la vie religieuse et économique de l’Occident chrétien au Moyen-Age.

L’expansion de l’ordre avec Bernard de Clairvaux           

Dès la création de l’abbaye mère de Cîteaux, l’ordre s’agrandit et de nouvelles abbayes cisterciennes prennent vie en France. Ce phénomène était tout d’abord français puis il s’est propagé en Europe à partir de 1120. L’ordre s’implante à l’étranger notamment en Espagne, en Italie ou au Royaume-Uni où elles sont les plus présentes. On dénombre environ 525 abbayes à la fin du XIIe siècle en Europe. L’ordre cistercien se développe considérablement en France notamment avec Bernard de Clairvaux (1090-1153), il est devenu une figure incontournable et le plus célèbre des cisterciens. Son but était d’allier les cisterciens et d’avoir la reconnaissance de la papauté. En 1113, la première abbaye-fille est fondée, La Ferté, suivie par celle de Pontigny en 1114. Puis celle de Clairvaux en 1115 et enfin l’abbaye de Morimond est fondée la même année. C’est sur cette souche des quatre filles de Cîteaux que l’ordre cistercien va se développer et croître durant tout le XIIe siècle.

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Eglise Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon

Organisation de la journée d’un cistercien

                La journée était rythmée par les prières et les offices. Il y avait peu de repas et leur nombre variait selon les saisons, très souvent au nombre d’un sauf pour les novices, jeunes moines ou les abbés qui avaient un travail physiquement épuisant. Ce nombre de repas variait selon la saison bien sûr, en hiver les rations étaient plus consistantes et les repas plus nombreux.

                Différents métiers manuels étaient exercés au sein de l’abbaye, liés notamment à la conservation et la préparation de la nourriture, à l’entretien des lieux et à l’habillement. Au total, les religieux devaient travailler sept heures par jour sans compter la lecture spirituelle ou les travaux d’écriture. Les cisterciennes ont le même quotidien que les cisterciens mais elles vivent dans des couvents de moniales séparées des hommes. Par exemple, l’abbaye de Boulaur dans le Gers, un prieuré fondé au XIIe siècle qui a été restauré au XXe siècle. C’est maintenant un monastère cistercien, des moniales s’y sont installées, encore aujourd’hui, elles sont présentes et vivent des marchés, de l’agriculture et de l’élevage, le travail de la terre est donc très important encore aujourd’hui pour la communauté cistercienne.

L’art Cistercien

L’art se diffuse dans toutes les constructions cisterciennes entreprises, les règles sont respectées et des similitudes entre chaque abbayes sont distinguables. Pour autant, les constructeurs à leur époques ont dus tenir compte du climat, du terrain dans lequel il lançait leur entreprise. 

Pour rappel, Les abbayes cisterciennes se distinguent initialement par la simplicité et la sobriété de l’architecture et des ornements. Les abbayes cisterciennes connaissent l’évolution de l’architecture romane vers le gothique et se caractérisent par un grand dépouillement des lignes et de la décoration. Les oculi ( ouverture ronde) des abbatiales reçoivent des vitres blanches sans croix et sans couleurs. Aux tympans des portails et aux chapiteaux des églises, pas de sculptures car rien ne doit détourner la pensée de l’idée de Dieu. Tout est fait pour mettre en valeur la parole de Dieu et ne pas détourner la spiritualité des moines. Les formes, les proportions elles-mêmes révèlent à la raison les perfections de Dieu. C’est cette présence et ce jeu de la lumière qui permet de dire que cet art est finalement, malgré son dépouillement, un art d’incarnation. Dans l’église ou les autres bâtiments, elle n’est jamais violente, aveuglante, mais toujours mesurée, guidée, par l’architecture. L’ombre intervient aussi et cela signifie encore que la lumière éternelle s’est accommodée à notre vie humaine. Le jeu de la lumière dans l’espace symbolise cette présence de Dieu dans l’intériorité. 

Ces architectures correspondent à une démarche de foi pour laquelle l’ouïe vient d’abord, la vision ensuite, et l’odorat lors des cérémonies où l’encens est utilisé. Tout ici est ordonné à l’ouïe car, pour voir Dieu, selon saint Bernard, il faut d’abord l’écouter. Aussi la dimension la plus importante est sans doute la plus invisible, à savoir l’acoustique.

Bibliographie « La vicomté de Lautrec »

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