La peste à Toulouse (1348-1652) [2022]

L’arrivée de la Covid-19 en Europe a marqué un tournant dans le rapport des populations aux phénomènes épidémiques. En effet, nos sociétés ont redécouvert brusquement qu’elles pouvaient être soumises à ce type d’éléments, malgré les progrès de la médecine contemporaine. Ainsi, des parallèles peuvent être dressés entre l’épidémie de Covid-19 et les vagues de peste successives qui ont touché Toulouse entre le XIVe siècle et le XVIIe siècle.


Les connaissances de la maladie

Les connaissances actuelles sur la peste (Crédit : Ema ROQUES)

En 2019, dès que la Covid, les premières théories sur l’origine de la maladie se sont élaborées. Bien que les scientifiques ne s’accordent pas sur celle-ci, ce virus n’est pas totalement inconnu. Les autorités sanitaires ont rapidement identifié le type de virus dont il s’agissait (un coronavirus), la manière dont il se transmet (par un contact direct ou indirect avec une personne contaminée ou par l’air dans un espace confiné). En 1348, à l’arrivée de la peste en Europe, les connaissances sur la maladie sont très faibles : une colère divine, un alignement des astres ou encore un air vicié sont les principales croyances de l’époque sur les origines du mal qui frappe le continent.

L’arrivée de la maladie

En 2019, comme en 1348, la maladie vient d’Asie. En 1348, elle gagne le royaume de France par la voie maritime. Ensuite, c’est par les routes commerciales de la Garonne que la peste arrive pour la première fois à Toulouse.

4 siècles de peste à Toulouse (Crédit : Quentin TASSO)

Quelles mesures sanitaires sont prises en amont de l’arrivée de la maladie ?

En 2019, il semble que la possibilité que la Covid-19 se diffuse largement dans la population générale n’a pas été toujours bien prise en compte par les autorités compétentes au début de la pandémie. Par ailleurs, la fermeture des frontières, ou un contrôle strict des mouvements de population en provenance de l’étranger, s’est finalement imposée dans nombre de pays comme un moyen de contrôle de la contagion. La même logique était appliquée à Toulouse même si, là aussi, cela ne permettait pas d’empêcher la peste d’entrer dans la ville. Pour cela, les capitouls faisaient fermer plusieurs portes de l’enceinte de la ville. Seuls les voyageurs munis d’un billet de santé délivré par les consuls de leur communauté d’origine étaient autorisés à pénétrer dans la ville. Comme aujourd’hui avec le système de pass sanitaire, il y a des contrevenants. Ainsi, en 1628, un moine amène le virus dans la cité après y être rentré avec un billet de santé contrefait. Comme la peste est présente à Toulouse de manière sporadique durant quatre siècles, la ville apprend progressivement à faire face aux vagues épidémiques, ce qui n’a pas vraiment pu être fait pour la Covid-19. Par exemple, les capitouls mettent en place un bureau de santé à l’hôtel de ville pour prendre des mesures préventives : ils ordonnent la vérification des stocks de médicaments dans les boutiques des apothicaires et désigne des lieux de quarantaine pour les futurs malades.

Carte de la ville de Toulouse. Tavernier, Melchior (1594-1665).

La réaction des Toulousains face à la maladie

Le confinement est devenu la principale mesure mise en place par les autorités sanitaires pour faire face à la pandémie. Nous avons alors assisté à des fuites de citadins vers leur maison secondaire hors des grandes agglomérations. Toute proportion gardée, à Toulouse, quand les premiers cas de peste sont déclarés entre le XIIIe siècle et le XVIIe siècle, nombreux sont les Toulousains qui souhaitent fuir la ville, en particulier ceux qui en ont les moyens – c’est-à-dire ceux qui ont une maison à la campagne. Cependant, la peur de la maladie provoquait aussi des mouvements de fuite du personnel sanitaire et politique. En 1628, le Président du Parlement de Toulouse est par exemple contraint de sommer les médecins ayant fui la ville de revenir sous peine d’être déclarés « déserteurs du bien public ». De même, pour encourager les chirurgiens à rester sur place, les capitouls leur promettent d’obtenir une maîtrise et recrutent des médecins étrangers en échange de l’obtention d’une chaire à la faculté de médecine. La même année, à l’exception de quelques magistrats, le Parlement de Toulouse est transféré à Grenade, petite localité entre Albi et Auch. Le manque de médecins se fait ressentir car ils sont nombreux à essayer de quitter la ville. 

“Le plus souverain remède que l’on sache pour se garantir de la peste est de se retirer bientôt du lieu infect, de s’en aller loin et de revenir tard”

Auger Ferrer, médecin et astrologue toulousain du XVIe siècle

Quels traitements ?

Livre imprimé à Toulouse lors des épidémies de peste répertoriant les remèdes connus pour soigner la peste.

Les premières campagnes de vaccination contre la Covid-19 ont débuté fin 2020, un an après le début de la pandémie. Les patients atteints de Covid-19 bénéficient désormais d’un traitement pour atténuer les symptômes et d’autres traitements sont en cours de test, en vue de guérir la maladie. Rien de tel en ce qui concerne la peste étant donné les faibles connaissances qu’avaient les Toulousains à leur disposition jusqu’au XVIIe siècle : les traitements sont peu efficaces. Des remèdes de type médicamenteux contenant des drogues sont utilisés comme la thériaque ou la mithridate. Des végétaux comme les amers, le gentiane ou les absinthes sont également employés pour tenter de soigner les pestiférés. On utilisait également parfois du mercure, de l’arsenic ou encore du soufre. La purification de l’air était également très répandue, elle se faisait principalement avec de la fumée de chaume brûlée ou avec de l’encens. On tentait aussi faire sortir la maladie en provoquant une forte transpiration à proximité d’un feu très chaud. Enfin, la saignée était très populaire à cette époque pour faire sortir le mauvais sang. On se servait principalement de sangsues placées sur le corps du patient. On pouvait également pratiquer une petite incision ou chauffer une tasse et la poser à l’envers sur les bubons du patient pour imiter une sorte de ventouse.

Quelle mortalité ?

La mortalité de la peste par rapport à l’évolution de la population à Toulouse (Crédit : Quentin TASSO)
(Crédit : Ema ROQUES)
Graphique comparatif entre les nombres de décès liés au Coronavirus et à Yersinia Pestis (les valeurs sont
toutes approximatives).
Monde : coronavirus (valeurs prises depuis 2019), yersinia pestis (de 1347 à 1351)
Europe : coronavirus (valeurs prises depuis 2019), yersinia pestis (de 1347 à 1351)
Toulouse : Coronavirus (correspond aux 1ère et 2nd vagues), Yersinia Pestis (correspond au pic épidémique de 1628 à 1631)

La gestion de la « tension hospitalière »

Plus que la létalité de la maladie, c’est la question de la capacité des établissements hospitaliers à accueillir les malades qui a été au centre des attentions lors de l’épidémie de Covid-19. Il en est de même pour ce qui est de la peste. Toulouse dispose de 14 hôpitaux au moment où la peste arrive pour la première fois dans la ville en 1348. Ensuite, à la fin du Moyen Âge, le nombre d’hôpitaux s’accroît pour atteindre 24 établissements. Cependant, malgré leur nombre, ces hôpitaux sont petits, dépourvus de moyens et sont majoritairement gérés par des confréries religieuses. Ils ne permettent pas de gérer les vagues de peste auxquelles Toulouse est régulièrement confrontée. Conscient de ce constat, le Parlement de Toulouse décide de réformer le système hospitalier de la ville en 1505. Le nombre d’établissements est progressivement réduit et ces derniers sont réunis sous une même administration : le conseil des hôpitaux. Malgré ces réformes qui permettent de concentrer les moyens sur quelques structures, les ressources des hôpitaux restent limitées. En effet, elles proviennent très majoritairement de la charité privée de Toulousains aisés. De fait, ces améliorations ne suffisent pas à prendre en charge l’ensemble des pestiférés. Pour preuve, l’ouverture de camps hors les murs pour les pestiférés lorsque les capacités des hôpitaux sont dépassées. Il s’y s’entassent des centaines de malades et de mourants dans des huttes mal protégées des intempéries dans des conditions difficiles. Cependant, il faut nuancer ce constat. Certes, la ville n’arrive jamais à faire face à l’affût de pestiférés. Par ailleurs, si l’on se replace dans le contexte de l’époque, l’encadrement sanitaire de Toulouse apparaît comme supérieur à celui des principales villes comparables du royaume de France avec un professionnel de santé pour huit cent habitants en moyenne à la fin du XVIIe siècle.