L’ÉCOLE ROYALE MILITAIRE DE SORÈZE (1776-1793) [2020]

Louis XV décide en 1751, de créer une école d’officiers à Paris car il est inquiet face au niveau de ses officiers. En effet, la France vient de se faire battre par la Prusse et l’Angleterre lors de la guerre de succession d’Autriche. Cette école va principalement accueillir des enfants de la noblesse pour assurer un enseignement de base aux officiers jugé insuffisant pour l’époque. Vingt-trois ans plus tard, en 1776, l’école est jugée trop coûteuse et Louis XVI décide alors de la faire fermer. Pour compenser cette fermeture, le comte de Saint-Germain, secrétaire d’Etat français à la guerre, décide de transformer des établissements religieux en écoles royales militaires. Il y crée donc douze écoles qui sont ouvertes en province dont l’école des Bénédictins mauristes de Sorèze qui ouvre en mars 1776.

Photographie de l’entrée des élèves de Sorèze prise par Tom Giraux et Bruno Douls

L’abbaye bénédictine de Sorèze fondée dans le sud du Tarn actuelle, au VIIIème siècle, devient l’une des douze écoles royales militaires du royaume en 1776. L’école de Sorèze est certainement l’école où la noblesse est la moins représentée, en comparaison avec les onze autres écoles. On constate que lors des premières années de l’école, presque tous les élèves sont issus du diocèse de Lavaur et de certaines villes dans un rayon de cinquante à soixante kilomètres (Albi, Castres, Toulouse et Carcassonne).

Photographie d’une maquette représentant (en sombre) l’école royale militaire du reste du village (en clair) par Tom Giraux et Bruno Douls

Entre la fin des années 1770 et les années 1780, c’est l’ensemble du Languedoc qui arrive vers Sorèze puis d’Europe et du reste du monde. Ces étrangers ne sont pas nombreux, mais illustrent cependant bien le prestige et la renommée de l’école de Sorèze à l’international. Les élèves étaient principalement des internes, certains n’avaient que six ans à leur entrée et d’autres pouvaient obtenir des bourses du roi.

 

Photographie d’une représentation de l’uniforme du XVIIIème siècle prise par Tom Giraux et Bruno Douls

Tout d’abord, afin d’être acceptés au sein de l’école, les familles devaient fournir pour leurs enfants quelques éléments comme l’uniforme complet, c’est-à-dire : un habit de drap bleu aux parements rouge et bleu, avec boutons blancs. En contrepartie, les familles avaient la garantie que leurs enfants soient logés dans une chambre individuelle, soient nourris et enfin qu’ils aient des maîtres dans chacune des disciplines. Ces nouveaux élèves issus de tous horizons doivent dès lors suivre un règlement précis. À l’ouverture de l’abbaye, le règlement datant du 28 mars 1776 a été écrit par le comte de Saint-Germain, sur un plan d’éducation militaire basé sur le physique comme par exemple, l’hygiène de vie qui est particulièrement accrue, mais également la « morale » avec l’instruction des lettres et des sciences.

 

La journée type d’un Sorézien se déroule en alternant cours, prière, étude et repas depuis 5 h 30 le matin jusqu’au coucher à 19 h 30 pendant six jours, alors que dans les onze autres écoles royales militaires le déroulement des journées n’est pas exactement le même (journées plus courtes ou journées de repos supplémentaires). En effet le règlement mis en place dans l’école ainsi que le rythme des journées relèvent d’un corps professoral nouveau.

Dans l’établissement, on dénombre vingt-cinq religieux, principalement les Mauristes lors de la création cependant ils n’enseignent pas tous, certains ont pour charge la prière ou encore l’entretien du site. Les responsables des classes supérieures et les professeurs de physique et d’histoire naturelle sont tous des religieux (douze au total). Il y a également cinq maîtres externes qui sont des séculiers et ont la responsabilité des classes de français, de latin, de lecture et de grammaire élémentaire, qui était alors très en pointe pour l’époque. Cependant, les élèves apprenaient à lire en français et non plus en latin. Les maîtres externes ont également la charge de responsable de classe de 7ème, 6ème et 5ème. Les mathématiques, la fortification et la topographie, sont enseignées par trois maîtres laïcs. De plus, sont présents trois maîtres de langues vivantes, huit pour la musique, trois de dessein/peinture, trois d’escrime, trois de danse et un maître d’équitation.

En somme, le corps professoral est composé de quarante-six enseignants provenant dans un premier temps de la région de Sorèze, puis de la France et enfin de l’Europe entière suivant ainsi l’élargissement du recrutement des élèves. De plus, l’enseignement proposé aux élèves est « un enseignement à la carte » et si chaque élève reçoit une base de connaissances générales, il peut, dans son emploi du temps personnel, étudier les matières de son choix. Une base commune, des options et des « groupes de niveaux », voilà l’originalité de Sorèze.

Photographie d’une salle de classe de 20 places maximum prise par Tom Giraux et Bruno Douls

Les élèves ont presque des cours particuliers en ce qui concerne les enseignements supplémentaires : vingt élèves maximum. En ce qui concerne le tronc commun, les classes montent jusqu’à un effectif de soixante-dix. De plus, les élèves avaient accès à un enseignement « professionnel » comprenant la navigation, l’agriculture, l’arpentage et la levée des plans ainsi que l’architecture (construction, décoration, distribution) et le dessin.

L’abbaye-école de Sorèze reste néanmoins la référence en tant qu’école novatrice lorsque l’on parle d’école royale militaire puisqu’elle met en place un enseignement avant-gardiste tout en conservant les codes d’une école royale militaire classique. Elle est novatrice de par son recrutement qui ne s’arrête pas aux frontières de la France. L’école royale militaire de Sorèze met également en place un règlement qui lui est propre grâce aux bénédictins. Le règlement nous démontre à quel point la vie d’un Sorézien est bien différente des onze autres écoles. Enfin, Sorèze se révèle être un pionnier de l’enseignement car celle-ci met en œuvre et dispose d’un corps professoral nouveau. En outre ces nouveaux professeurs pratiquent et apprennent aux élèves un enseignement que l’on pourrait qualifier de “moderniste”.

Cependant, l’école royale militaire de Sorèze ne se situe pas dans un phénomène de continuité, car celle-ci ferme ses portes en 1793 à la suite de la suppression des écoles royales militaires. Néanmoins l’école a marqué les consciences et a fait preuve d’une très grande renommée de 1776 à 1793. Ce qui lui vaudra d’être parmi les meilleurs collèges de France durant le XIXème siècle.

 


 

Compléments d’informations: 

Cabourdin G. Viard G., Lexique historique de la France d’Ancien Régime, 1998,Armand Colin, Domont;

Bely L., Dictionnaire de l’Ancien Régime, 1996, PUF, Paris;

Bluche F., Dictionnaire du Grand Siècle, 1990, Fayard, Ligugé;

Hélie J., Petit Atlas historique des Temps modernes, 2016 ( 3ème ed.),Armand Colin, Paris;

Munier M-O., Sorèze : une abbaye, une école, un joyau du patrimoine  de Midi-Pyrénées, 2011, Presse universitaire de Toulouse;

Munier M-O., L’abbaye-école de Sorèze, 2002, Albi;

Pousthomis-Dalle N., L’abbaye et le collège de Sorèze aux XVIIème et XVIIIème siècle, 1985, Paris, Société française d’Archéologie.


Site web annexe:

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