La ligue de Délos, début d’état fédéral ou instrument de domination athénien ?

De nos jours, les états fédéraux sont monnaie courante et de nombreux pays comme l’Allemagne, la Russie ou les Etats-Unis reposent sur ce système. Pourtant dès l’Antiquité, on retrouve des systèmes qui tendent à mettre au point une forme d’état fédéral, notamment en Grèce avec la fédération Thessalienne (VII-VIIIe av J.-C) qui très tôt met en place un système dans lequel chaque cité membre se réunissent pour décider d’une stratégie commune en particulier sur le plan militaire et économique. Pourtant, la ligue de Délos (-476 / -404), dirigée par Athènes durant l’essentiel du Ve siècle avant notre ère fait office de cas d’école, tant par son histoire que par les transformation subies au cour de son existence.

Avant toute chose, il semble primordial de définir certains termes afin d’éviter tout amalgame. Une fédération est une association d’États qui abandonne une partie de leurs souveraineté au profit d’une autorité centrale. A l’inverse, une confédération est une association d’États qui ne perdent pas leur souveraineté. Enfin, une ligue et une alliance à but strictement militaire.

I. Les débuts de la Ligue 

Dans un premier temps, intéressons-nous à la création de la ligue, afin de savoir quels ont été les éléments déclencheurs de la formation de la ligue de Délos. Entre -490 et -472, les cités grecques sont affaiblies par une série de deux guerres qui les opposent à l’empire perse, ce sont les fameuses guerres médiques. C’est durant ces dernières que des batailles comme Marathon (-490) ou les Thermopyles (-480) se jouent. Les deux guerres médiques vont marquer l’histoire et le fonctionnement des cités elle-même. Ayant subi de lourdes pertes et en étant proches de la reddition, les cités grecques n’ont eu d’autre choix que de s’unir pour arriver à repousser l’envahisseur perse. Deux cités ressortent grandies des guerres médiques: Sparte et Athènes, les plus grande cités grecques de cette période sur le plan politique, économique et, bien sûr, militaire, ce qui leur a permis de se placer au devant des autres grecs pour mener à bien la victoire grecque sur les perses. Ainsi, les deux cités, Sparte et Athènes, vont  tenter de s’imposer comme leader politique des grecs en formant des alliances avec les cités voisines pour garantir une sécurité commune face aux perses. Sparte forme alors la ligue du Péloponnèse qui unit principalement les cités de la région du Péloponnèse et de Boétie. De son côté, Athènes crée la ligue de Délos en -478 qui réunit surtout des cités maritimes tout autour de la mer Egée. Les deux ligues vont s’opposer durant le Ve siècle avant notre ère pour le contrôle économique, militaire et surtout politique du monde grec.

L’Acropole d’Athènes, avec comme plus grand temple le Parthénon.
Source: iStock-Leonid Andronov, guideulysse.fr

Intéressons-nous maintenant au fonctionnement atypique de la ligue de Délos au moment de sa création. Plusieurs facteurs poussent les cités de la ligue à s’allier, évidemment la peur du perse rassemble les grecs à s’unir et ce regroupement est facilitée par la langue commune et la culture panhélléniste plus particulièrement la culture religieuse commune qui est généralement similaire à tous les grecs. Dans son fonctionnement, la ligue semble équitable. En effet, les cités membres se réunissent plusieurs fois par an sur l’île de Délos pour décider des stratégies à adopter. Chaque cité à alors une voie qui pèse autant que celles des autres. Enfin, tous les membres versent un tribut (pécuniaire ou humain) à Athènes de manière à se doter d’une armée puissante et ainsi être près à affronter les perses. A l’origine, le système de la ligue de Délos est celui d’une ligue car elle unies les citées membre dans un but et un objectif purement militaire.

II. De la démocratie à l’impérialisme 

Pourtant l’hégémonie d’Athènes sur la ligue va progressivement se transformer en impérialisme, plus particulièrement sous le mandat de Périclès. Une date symbolise cette prise de pouvoir d’Athènes: -454 date à laquelle Périclès détourne le trésor de la ligue vers Athènes pour alimenter une politique de grands travaux dans la cité et en particulier sur l’Acropole. Cette prise de pouvoir forcée entraîne des contestations de la part des cités membres de la ligue. Face aux contestations, Athènes n’hésite pas à utiliser la violence sur ses alliés pour s’assurer leur fidélité. En effet, quelques-unes des cités les plus importantes de la ligue vont se révolter et tenter de quitter la ligue. On peut alors parler de Naxos (-468) ou encore Samos (-440) qui vont être violemment matter par les hoplites athéniens. Ultime humiliation pour ces cités, Athènes va implanter des clérouquies à proximité des cités insurgées afin de dissuader toutes nouvelles révoltes. Malgré tout, le commerce va fortement se développer dans la mer Egée grâce à la sécurité imposée par la martine athénienne comme en témoignent les sources de certaines cités dont celle de Thasos dont le vin s’exporte dans toute la Grèce.

Carte représentant les clérouquies athéniennes.
Source: Larousse. 

 Néanmoins, la situation se tend au sein de la ligue de Délos et les premiers éléments de distension apparaissent sous le mandat de Périclès. On pourrait voir que la ligue tend à se transformer en fédération car les cités perdent peu à peu leurs autonomies au profit d’Athènes qui s’impose comme la seule maîtresse de la ligue et balaie par la force les contestations de ses alliés. 

III. La fin de la domination athénienne

Les tensions se font également de plus en plus fortes avec les autres cités grecques et plus particulièrement avec la ligue du Péloponnèse. Dans cette volonté d’hégémonie sur toute la Grèce les deux ligues en viennent à lancer une guerre qui les oppose durant près de 30 ans, c’est la guerre du Péloponnèse.  Dans la première phase de la guerre, Athènes est largement malmenée par Sparte qui lance des raids autour de la ville d’Athènes. Dans le même temps Athènes est durement frappée par la peste (-430/-426) qui va tuer près d’un quart de sa population et emporter son leader: Périclès.

 L’expédition de Sicile en -415 est au départ lancée par Athènes dans le but de sortir la tête de l’eau dans ce conflit qu’elle est en train de perdre. Pourtant, elle se solde par un vrai désastre ce qui marque le début de la fin pour la cité qui va perdre la quasi-totalité de son armée. Elle ne peut alors plus assurer la sécurité dans son empire. En -404, Lysandre, roi de Sparte entre dans la cité d’Athènes et impose le démantèlement de la ligue de Délos. En signe d’humiliation, la cité d’Athènes doit détruire les murs de la cité et voit sa marine, fer de lance de sa puissance réduite. 

Carte de la Ligue de Délos dans la mer Egée en -431,.
Source: Wikipédia.

La ligue de Délos occupe une place particulière dans l’histoire du monde grec antique du fait de ses transformations. Au départ une ligue, car fondée dans un caractère purement militaire et pour faire face aux perses, elle prend néanmoins la forme d’une confédération dans laquelle chaque membre à une place une voie pour décider des stratégies à adopter. Mais, progressivement, Athènes transforme la ligue en un instrument de domination en détournant le trésor de la ligue et en intervenant face aux cités dissidentes. De ce fait, les cités alliées perdent leur souveraineté, transformant ainsi la ligue en fédération. Néanmoins, les ambitions hégémoniques de la cité vont la conduire à sa perte en -404 par la capitulation de la ville d’Athènes face à Sparte.