{"id":2459,"date":"2019-02-26T21:56:21","date_gmt":"2019-02-26T20:56:21","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?page_id=2459"},"modified":"2019-03-08T17:40:30","modified_gmt":"2019-03-08T16:40:30","slug":"la-depeche-du-midi-2018","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/histoire-locale\/la-depeche-du-midi-2018\/","title":{"rendered":"La D\u00e9p\u00eache du Midi [2018]"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Elle s&rsquo;est int\u00e9gr\u00e9e dans le quotidien des campagnes du Midi et est devenue un marqueur important de r\u00e9gionalisme. Tellement bien fondue dans le paysage m\u00e9diatique local qu\u2019on en oublierait presque sa longue \u00e9pop\u00e9e. Elle est un des plus anciens quotidiens fran\u00e7ais, un des plus importants journaux de province et une pr\u00e9curseure dans le tirage des \u00e9ditions d\u00e9partementales. Son histoire est riche de combats, de militantismes, d&rsquo;engagements, avec sempiternellement la r\u00e9publique et la la\u00efcit\u00e9 chevill\u00e9e au corps. Jaur\u00e8s, Clemenceau, Poincar\u00e9, Herriot, Heinrich Mann ou encore Einstein, tant de grands noms qui ont un jour couch\u00e9 leurs id\u00e9es sur son papier. R\u00e9solument gauchiste, ses colonnes n\u2019ont jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre le porte-voix de la ville rose, Toulouse. Forte d\u2019un si\u00e8cle et demi d\u2019existence, elle est celle, qui encore aujourd\u2019hui, informe, traduit, d\u00e9crypte. Nos anciens feuillettent encore ses pages, tandis que nous surfons maintenant sur son site internet. Car oui, malgr\u00e9 ses 148 ans, la D\u00e9p\u00eache du Midi vit avec son temps. <span style=\"font-weight: 400\">Vivre avec leur temps en prenant part au d\u00e9bat politique national actuel, tel \u00e9tait le souhait des ouvriers de l\u2019imprimerie Sirven lors des premi\u00e8res publications de la D\u00e9p\u00eache en Octobre 1870. Au lendemain de la d\u00e9faite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Sedan contre l\u2019arm\u00e9e prussienne, la troisi\u00e8me r\u00e9publique est proclam\u00e9e \u00e0 Paris. Une r\u00e9publique fragile, que \u00able journal de Toulouse\u00bb va tr\u00e8s largement promouvoir et fa\u00e7onner, notamment dans le Midi. Un engagement politique qui a atteint son apog\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960 lors de son opposition ferme \u00e0 la politique du G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle qu\u2019elle qualifiait d\u2019autoritaire et d\u2019anti-d\u00e9mocrate.\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400\">On pourra alors se demander comment, de 1870 \u00e0 1969, la D\u00e9p\u00eache a contribu\u00e9 \u00e0 promouvoir des valeurs r\u00e9publicaines.<\/span><\/p>\n<p><strong style=\"font-size: 1rem\">1. Un journal avant tout populaire<\/strong><\/p>\n<p><em>a) Les premi\u00e8res heures du quotidien<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_3966\" aria-describedby=\"caption-attachment-3966\" style=\"width: 247px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3966\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/27663f829478cab883704a0e4d345486-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"247\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/27663f829478cab883704a0e4d345486-212x300.jpg 212w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/27663f829478cab883704a0e4d345486-768x1087.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/27663f829478cab883704a0e4d345486-723x1024.jpg 723w\" sizes=\"(max-width: 247px) 100vw, 247px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3966\" class=\"wp-caption-text\">R\u00e9\u00e9dition de la premi\u00e8re Une du Journal de Toulouse du 02\/10\/1870 publi\u00e9e par La D\u00e9p\u00eache 02\/10\/1970.<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"justify\">Le 2 Octobre 1870, un mois apr\u00e8s la d\u00e9faite de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Sedan contre la Prusse et la proclamation de la IIIe R\u00e9publique par L\u00e9on Gambetta \u00e0 Paris, a lieu la premi\u00e8re impression du journal, appel\u00e9 alors le \u201cJournal de Toulouse\u201d.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il persiste encore aujourd\u2019hui deux versions sur l\u2019origine de la cr\u00e9ation du journal. La premi\u00e8re est la cr\u00e9ation du journal par les ouvriers typographes de l\u2019imprimerie Sirven, pour sauver leur emploi alors en p\u00e9ril. Dans cette premi\u00e8re version, le journal serait issu du monde ouvrier. La seconde hypoth\u00e8se est la cr\u00e9ation du \u201cJournal de Toulouse\u201d par Joseph Sirven, directeur de l\u2019imprimerie Sirven, pour relancer l\u2019activit\u00e9 de son imprimerie et \u00e9viter la faillite. Le journal \u00e9manerait donc d\u2019un chef d\u2019entreprise. Dans les premiers num\u00e9ros, le journal est un papier de quelques pages (4 exactement) vendu par les ouvriers un sou (ce qui \u00e9quivaut aujourd\u2019hui \u00e0 5 centimes d\u2019euro). Il est donc accessible, populaire et a pour but premier de donner des nouvelles du front de la guerre franco-prussienne aux populations locales.<\/p>\n<p><em>b) L&rsquo;\u00e2ge d\u2019or de la presse \u00e9crite<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">A l\u2019\u00e9poque, la presse \u00e9crite correspondait \u00e0 un mentor de tous les instants. Pour certains, elle s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme un directeur de conscience. De fil en aiguille, la presse s\u2019est impos\u00e9e dans les m\u0153urs et est devenue bien plus qu\u2019une simple distraction, parfois aussi indispensable que le pain quotidien. Au fond, elle correspond \u00e0 un outil de socialisation id\u00e9al.\u00a0<span style=\"font-weight: 400\">La loi de 1881 a d\u2019autre part fortement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor de la presse, qui s\u2019adapte \u00e0 son nouveau public et se diversifie. Celle-ci d\u00e9limite un cadre l\u00e9gal \u00e0 chaque publication et est consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 raison comme le texte fondateur de la libert\u00e9 d\u2019expression en France.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3969\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47576342_2090122157714767_6657615229137977344_n-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47576342_2090122157714767_6657615229137977344_n-300x169.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47576342_2090122157714767_6657615229137977344_n-768x433.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47576342_2090122157714767_6657615229137977344_n-1024x578.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47576342_2090122157714767_6657615229137977344_n.jpg 1707w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3968\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47361003_338668043391696_4084096608063455232_n-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"190\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47361003_338668043391696_4084096608063455232_n-300x190.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47361003_338668043391696_4084096608063455232_n-768x485.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47361003_338668043391696_4084096608063455232_n-1024x647.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47361003_338668043391696_4084096608063455232_n.jpg 1852w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><em>Graphiques tir\u00e9s de l\u2019ouvrage de F\u00e9lix Torres, La D\u00e9p\u00eache du Midi : Histoire d\u2019un journal en R\u00e9publique \u2013 1870-2000.<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">De 1882 \u00e0 1898, il y e\u00fbt un incroyable bond en avant des ventes pour La D\u00e9p\u00eache avec pr\u00e8s de 100000 exemplaires vendus en plus gr\u00e2ce aux investissements de 916000 francs dans les locaux du journal au 57 rue Bayard. Au-del\u00e0 des chiffres de vente impressionnants, c\u2019est surtout le lien de proximit\u00e9 avec le lecteur qui para\u00eet primordial pour l\u2019\u00e9quipe \u00e9ditoriale.\u00a0<span style=\"font-weight: 400\">De la fin du XIXe si\u00e8cle jusqu\u2019au d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale, c\u2019est l\u2019av\u00e8nement des quotidiens de masse, vendus pour un sou. L\u2019\u00e2ge d\u2019or de la presse \u00e9crite se situe donc v\u00e9ritablement dans cette p\u00e9riode, o\u00f9 les ventes des quotidiens r\u00e9gionaux et nationaux atteindront leur apog\u00e9e. En effet, la presse fran\u00e7aise \u00e9tait la premi\u00e8re presse d\u2019Europe en 1914 avec environ 10 millions d\u2019exemplaires parus quotidiennement. Le format du roman-feuilleton d\u00e9frayait la chronique.\u00a0Nonobstant, la Premi\u00e8re Guerre Mondiale a constitu\u00e9 un point d\u2019arr\u00eat dans cette p\u00e9riode dor\u00e9e. Le prix du papier a quintupl\u00e9 en raison des conflits, ce qui a conduit les directions a doubl\u00e9 le tarif des journaux. Les ventes ont quelque peu baiss\u00e9 mais cet \u00e9pisode n\u2019\u00e9tait que passager, les ventes repartant de plus belle une fois la guerre termin\u00e9e.\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400\">En ce qui concerne La D\u00e9p\u00eache, le pic historique sera atteint en 1934 avec pas moins de 280000 exemplaires parus de mani\u00e8re quotidienne. A titre de comparaison, Le Monde a vendu durant l\u2019ann\u00e9e 2016 un total de 272000 exemplaires par jour en moyenne.<\/span><\/p>\n<p><strong>2.Une histoire de conviction<\/strong><\/p>\n<p><em><span style=\"font-weight: 400\">a) Porter les id\u00e9es de la III\u00e8me R\u00e9publique<\/span><\/em><\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e8s les premiers num\u00e9ros, Jules Favre, un des r\u00e9dacteurs, tenait la rubrique appel\u00e9e \u201cNos c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s\u201d. Il y peignait le portrait d\u2019hommes importants \u00e0 ses yeux. On pouvait y retrouver des grandes figures de la R\u00e9publique comme Giuseppe Garibaldi et Victor Hugo notamment. Le journal affiche \u00e9galement rapidement son soutien \u00e0 Adolphe Thiers, premier pr\u00e9sident de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et chef de file des r\u00e9publicains. Elle le m\u00e8nera jusqu\u2019\u00e0 sa r\u00e9\u00e9lection en 1876. La D\u00e9p\u00eache revendique aussi d\u00e8s 1877 leur d\u00e9sir de la\u00efcit\u00e9 et leur ligne anticl\u00e9ricale en supprimant la mention des saints chr\u00e9tiens sur la manchette du journal. L\u2019ann\u00e9e 1879 marque une radicalisation de la ligne \u00e9ditoriale de La D\u00e9p\u00eache. En effet, la famille Sirven vend cette m\u00eame ann\u00e9e ses parts du journal qui seront rachet\u00e9s par les r\u00e9publicains ari\u00e9geois R\u00e9my Couzinet, Alcide Gout et R\u00e9my Sans. Le r\u00e9publicain anticl\u00e9rical Louis Blairet devient, lui, directeur et r\u00e9dacteur en chef de La D\u00e9p\u00eache. Ce changement marque alors l\u2019engagement de La D\u00e9p\u00eache vers une gauche plus affirm\u00e9e. Peu de temps apr\u00e8s sa prise de pouvoir, Louis Blairet se pr\u00e9sente \u00e0 ses lecteurs en dressant son programme tel un politique : \u201cnous voulons la libert\u00e9 de r\u00e9union, d\u2019association, la libert\u00e9 de la presse\u201d.<\/p>\n<p><em><span style=\"font-size: 1rem\">\u00a0 \u00a0 \u00a0b) <\/span><span style=\"font-size: 1rem\">Non \u00e0 de Gaulle<\/span><\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_3970\" aria-describedby=\"caption-attachment-3970\" style=\"width: 215px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3970 size-medium\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/511-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"215\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/511-215x300.jpg 215w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/511.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 215px) 100vw, 215px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3970\" class=\"wp-caption-text\">Portrait de Jean Baylet issu du site Internet Geneanet.<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"justify\">Jean Baylet, surnomm\u00e9 le \u201cpape du radicalisme\u201d, \u00e9tait un des plus farouches opposants au G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Ce journaliste fran\u00e7ais commen\u00e7a sa carri\u00e8re par une licence de droit, et deviendra r\u00e9dacteur en chef de La D\u00e9p\u00eache en 1937. Ce personnage va se r\u00e9v\u00e9ler d\u00e9terminant dans l\u2019Histoire du quotidien r\u00e9gional de par son influence et ses prises de positions politiques. Dans un article paru le 16 mai 1958, celui-ci \u00e9crit :\u201dIl faudrait remonter aux agissements du boulangisme pour retrouver le souvenir d\u2019une \u00e9poque aussi grave pour la R\u00e9publique\u201d. Cela a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre clair. En effet, le boulangisme est un mouvement datant de la fin du XIXe si\u00e8cle qui a constitu\u00e9 une forte menace pour la IIIe R\u00e9publique. Baylet compare donc le projet du G\u00e9n\u00e9ral qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e0 concevoir les pr\u00e9mices de la Ve R\u00e9publique avec l\u2019aide de Michel Debr\u00e9 au boulangisme, ce qui peut \u00eatre per\u00e7u comme excessif.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avec cette prise de position publique et assum\u00e9e, Jean Baylet s\u2019isole au sein m\u00eame de sa propre r\u00e9daction. Les journalistes d\u00e9sapprouvent leur patron et le climat se tend extr\u00eamement. Son avis tranch\u00e9 aura aussi comme impact l\u2019\u00e9rosion d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 des lecteurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9e par deux hausses de prix successives. L\u2019opposition politique et doctrinale de Jean Baylet au r\u00e9f\u00e9rendum de septembre 1958 d\u00e9marque plus que jamais La D\u00e9p\u00eache de ses concurrents, elle qui est le seul quotidien non-communiste \u00e0 pr\u00f4ner le \u201cnon\u201d. Le r\u00e9sultat est sans appel : le \u201coui\u201d l\u2019emporte \u00e0 plus de 80 % et Baylet vit cela comme une cuisante d\u00e9faite. Le f\u00e9roce homme politique se retrouve donc dans une situation inconfortable car il est par ailleurs battu au second tour des l\u00e9gislatives au sein de la deuxi\u00e8me circonscription de Tarn-et-Garonne qu\u2019il avait sous sa main depuis 1945, soit 5 mandats. Baylet pense alors que le gaullisme ne s\u2019inscrira pas dans la dur\u00e9e. Force est de constater que son intuition ne f\u00fbt pas la bonne<span style=\"font-weight: 400\">.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>3.Un positionnement ambivalent vis-\u00e0-vis de la R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p><em>a) Les heures sombres de la guerre<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_4017\" aria-describedby=\"caption-attachment-4017\" style=\"width: 185px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4017 size-medium\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/MauriciSarraut-185x300.jpg\" alt=\"\" width=\"185\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/MauriciSarraut-185x300.jpg 185w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/MauriciSarraut.jpg 324w\" sizes=\"(max-width: 185px) 100vw, 185px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4017\" class=\"wp-caption-text\">Portrait de Maurice Sarraut issu du site Internet Wikip\u00e9dia.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_3972\" aria-describedby=\"caption-attachment-3972\" style=\"width: 137px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3972\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/Bundesarchiv_Bild_101I-027-1475-38_Marseille_deutsch-franz\u00f6sische_Besprechung_cropped.jpg\" alt=\"\" width=\"137\" height=\"179\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3972\" class=\"wp-caption-text\">Portrait de Ren\u00e9 Bousquet issu du site Wikip\u00e9dia, le 23 janvier 1943, pendant la rafle de Marseille.<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"justify\">Il persiste encore aujourd\u2019hui un d\u00e9bat sur le r\u00f4le qu\u2019a tenu La D\u00e9p\u00eache du Midi lors de la seconde Guerre Mondiale. Certains l\u2019accusent de collaborationnisme en avan\u00e7ant la relation entre le collaborateur Ren\u00e9 Bousquet et Maurice Sarraut. La position du journal est \u00e9galement ambigu\u00eb. Pour incontestable qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9, la r\u00e9sistance de Maurice Sarraut et de La D\u00e9p\u00eache a eu des effets comparables \u00e0 une collaboration, voil\u00e0 l\u2019argument avanc\u00e9 par de nombreux r\u00e9sistants. Elle ne soutient pas le r\u00e9gime de Vichy mais ne montre pas non plus une opposition frontale. Cet attentisme et cette absence de prise de position sont de grands reproches que beaucoup font \u00e0 la D\u00e9p\u00eache. De plus, la r\u00e9daction a \u00e9t\u00e9 gangren\u00e9 par de nombreux collaborateurs. Le journal de Toulouse n\u2019a donc pas particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9sistance alors qu\u2019elle affichait encore sa devise : \u201cle Journal de la d\u00e9mocratie\u201d. Le dernier argument avanc\u00e9 par ses accusateurs est le chiffre d\u2019affaires du journal qui a doubl\u00e9 pendant la Seconde Guerre mondiale, donnant l\u2019impression que La D\u00e9p\u00eache a profit\u00e9 de la situation pour s\u2019enrichir. En 1944, elle est donc censur\u00e9e pour collaborationnisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais le journal se d\u00e9fend de toute collaboration en justifiant cette passivit\u00e9 par la position historique du journal qui \u00e9tait inconfortable. Leur seul objectif, disaient-ils, \u00e9tait de r\u00e9tablir la IIIe R\u00e9publique qui avait disparu en 1940. Cependant, Maurice Sarraut a peur de la censure: \u201cC\u2019est une lutte constante de tous les jours contre les consignes de la censure, [&#8230;] Nous avons des cha\u00eenes que nous ne pouvons pas montrer\u201d. La D\u00e9p\u00eache \u00e9tait finalement dans une forme d\u2019attente, en esp\u00e9rant des jours meilleurs. N\u00e9anmoins, le journal d\u00e9range le r\u00e9gime nazi et en d\u00e9cembre 1943, le propri\u00e9taire du journal Maurice Sarraut est assassin\u00e9 par les collaborateurs, par mesure pr\u00e9ventive. Tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s, les arrestations de son fr\u00e8re, Albert Sarraut et de Jean Baylet, le directeur en chef du journal, surviennent. Une preuve ind\u00e9niable que la D\u00e9p\u00eache d\u00e9rangeait ses opposants historiques, l&rsquo;extr\u00eame droite qui collabore alors avec l\u2019Allemagne nazie.<\/p>\n<p><em>b) De la censure \u00e0 la renaissance<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_3975\" aria-describedby=\"caption-attachment-3975\" style=\"width: 322px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3975\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47680601_532762767204342_6765199753266331648_n-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"322\" height=\"464\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47680601_532762767204342_6765199753266331648_n-208x300.jpg 208w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47680601_532762767204342_6765199753266331648_n-768x1108.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47680601_532762767204342_6765199753266331648_n-710x1024.jpg 710w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/47680601_532762767204342_6765199753266331648_n.jpg 1909w\" sizes=\"(max-width: 322px) 100vw, 322px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3975\" class=\"wp-caption-text\">Une de la D\u00e9p\u00eache du Midi du 1er d\u00e9cembre 1947 tir\u00e9e de l\u2019ouvrage de F\u00e9lix Torres, <em>La D\u00e9p\u00eache du Midi : Histoire d\u2019un journal en<\/em> R\u00e9publique<em> \u2013 1870-2000.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"justify\">Le 22 novembre 1947, La D\u00e9p\u00eache rena\u00eet de ses cendres. Tout de suite, elle rencontra un succ\u00e8s \u00e9clatant. Sur l\u2019\u00e9dito en Une de cette reparution, il \u00e9tait \u00e9crit solennellement \u00a0: \u201c\u00c0 nos lecteurs. La D\u00e9p\u00eache du Midi reprend aujourd\u2019hui, apr\u00e8s un long et lourd silence de plus de sept ans, la noble et fi\u00e8re tradition de La D\u00e9p\u00eache, du journal de la d\u00e9mocratie. Elle renoue avec le pass\u00e9, avec un pass\u00e9 dont elle peut \u00e0 juste titre s&rsquo;enorgueillir car ils sont nombreux ceux qui, dans notre r\u00e9gion, \u00e9voquent encore avec \u00e9motion les 70 ann\u00e9es de lutte pour le progr\u00e8s d\u00e9mocratique, pour la d\u00e9fense de la R\u00e9publique et pour la France\u201d. Ainsi, le journal de Toulouse reprend sa ligne radicale. Cependant, on pourrait croire que sa renaissance s\u2019effectue \u00e0 travers de nouveaux visages. Or, Ren\u00e9 Bousquet, proche de Mitterrand, fit partie du conseil d\u2019administration du journal entre 1959 et 1971, ce qui peut para\u00eetre vraiment \u00e9trange lorsque l\u2019on sait que Bousquet a collabor\u00e9 par opportunisme durant la Seconde Guerre mondiale. Ce personnage de Bousquet reste donc tr\u00e8s ambigu, il poss\u00e8de un lourd pass\u00e9 qui pourrait de nouveau compromettre le journal.<\/p>\n<p><strong>CONCLUSION :<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">A travers ces 149 ans d\u2019Histoire, La D\u00e9p\u00eache a tr\u00e8s largement contribu\u00e9 \u00e0 promouvoir une certaine vision de la R\u00e9publique. Une R\u00e9publique d\u00e9mocratique et la\u00efque. Un temps gangren\u00e9 par le collaborationnisme lors de la Seconde Guerre mondiale, elle a v\u00e9cu un moment plus que difficile qui a mis en p\u00e9ril son institution, ses valeurs et sa l\u00e9gitimit\u00e9. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence plus qu\u2019ambigu\u00eb de Ren\u00e9 Bousquet, elle a su se renouveler pour continuer \u00e0 revendiquer ses valeurs r\u00e9publicaines. Mais son immense passage \u00e0 vide de sept ann\u00e9es a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019affaiblissement de ses prises de position politiques a posteriori. <span style=\"font-weight: 400\">Sa riche Histoire n\u2019est pas pr\u00e8s de s\u2019\u00e9teindre m\u00eame si peu \u00e0 peu, son engagement s&rsquo;essouffle au profit de la neutralit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2019\/02\/Bibliographie1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Bibliographie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle s&rsquo;est int\u00e9gr\u00e9e dans le quotidien des campagnes du Midi et est devenue un marqueur important de r\u00e9gionalisme. Tellement bien fondue dans le paysage m\u00e9diatique local qu\u2019on en oublierait presque sa longue \u00e9pop\u00e9e. Elle est un des plus anciens quotidiens fran\u00e7ais, un des plus importants journaux de province et une pr\u00e9curseure dans le tirage des &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/histoire-locale\/la-depeche-du-midi-2018\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La D\u00e9p\u00eache du Midi [2018]&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":591,"featured_media":3964,"parent":1173,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2459"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/591"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2459"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2459\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5037,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2459\/revisions\/5037"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1173"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3964"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}