{"id":11622,"date":"2023-05-08T23:54:52","date_gmt":"2023-05-08T21:54:52","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?p=11622"},"modified":"2023-05-08T23:54:52","modified_gmt":"2023-05-08T21:54:52","slug":"cartographie-et-besoins-militaires-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2023\/05\/08\/cartographie-et-besoins-militaires-2023\/","title":{"rendered":"Cartographie et besoins militaires [2023]"},"content":{"rendered":"\n<h4><span style=\"text-decoration: underline\">I. Exemple du <em>Kitab-\u0131 Bahriye<\/em> de Piri Reis <\/span><\/h4>\n\n\n\n<p>Lors de l\u2019\u00e9tude des rapports entre art militaire et art cartographique, il nous a sembl\u00e9 pertinent de pr\u00e9senter le <em>Kitab-\u0131 Bahriye <\/em>ou <em>Livre de Navigation<\/em>, compl\u00e9t\u00e9 en 1526 par l\u2019amiral ottoman <a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/biographie-piri-reis\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/biographie-piri-reis\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Piri Reis<\/a>, qui l\u2019offrit au sultan de l\u2019\u00e9poque, <a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/soliman-1er\/\">Soliman 1<sup>er<\/sup><\/a> dit le Magnifique*.<br>Le manuel se compose de 434 pages, contenant une premi\u00e8re partie, descriptive, \u00e0 propos de l\u2019utilisation des instruments de navigation, du langage propre \u00e0 celle-ci, \u00e0 propos aussi des vents, des courants etc.&nbsp;; puis une seconde partie, o\u00f9 figurent quelque 250 cartes illustrant principalement les pourtours de la M\u00e9diterran\u00e9e, d\u00e9peignant les \u00eeles, les villes, leurs habitants, et les coutumes de ces derniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le XVe si\u00e8cle, l\u2019Empire ottoman jouit d\u2019une intense expansion maritime (<em>fig 1<\/em>), qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 son apog\u00e9e militaire, mais aussi culturelle et artistique, sous Soliman 1<sup>er<\/sup>, situation qui devait se maintenir sous son successeur, Selim II.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-4-1024x495.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11641\" width=\"674\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-4-1024x495.png 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-4-300x145.png 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-4-768x371.png 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-4.png 1271w\" sizes=\"(max-width: 674px) 100vw, 674px\" \/><figcaption>Fig 1 : <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;EXPANSION DE L&rsquo;EMPIRE OTTOMAN AU XVIE SI\u00c8CLE\u00a0\u00bb<\/em>, revue \u00ab\u00a0L&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, portfolio, <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les conqu\u00eates ottomanes \u00e9tant un sujet \u00e0 part enti\u00e8re, nous laissons \u00e0 d\u2019autres le soin de le traiter. Ici, nous nous concentrerons sur l\u2019analyse du <em>Kitab-\u0131 Bahriye<\/em>, et son lien avec la situation g\u00e9opolitique et militaire de l\u2019Empire ottoman du XVIe si\u00e8cle, situation qu\u2019il convient simplement d\u2019\u00e9tablir comme l\u2019apog\u00e9e de ce vaste empire multinational. Il s\u2019\u00e9tend \u00e0 cette \u00e9poque du Proche-Orient, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Afrique du Nord, en passant par une large partie de l\u2019Europe Centrale, avec pour limite Vienne, dont le si\u00e8ge (1529-1532) devait se heurter \u00e0 la r\u00e9sistance de Charles Quint.<\/p>\n\n\n\n<p>Le succ\u00e8s de cette expansion s\u2019explique en partie par la cr\u00e9ation d\u2019une flotte militaire imposante, qui a notamment permis \u00e0 Soliman de rivaliser, voire de s\u2019imposer, avec les cit\u00e9s Italiennes, en particulier Venise, dont les amiraux (<em>reis<\/em>) comme Oru\u00e7 Reis, puis son fils Khizir Khayr ad-D\u00een, dit Barberousse, Piri Reis et son oncle, Kemal Reis, ou encore Seydi Ali Reis, particip\u00e8rent \u00e0 \u00e9tablir la renomm\u00e9e. En plus de leurs grandes conqu\u00eates militaires, certains de ces amiraux se caract\u00e9risent par d\u2019importantes activit\u00e9s culturelles&nbsp;: de retour de longues exp\u00e9ditions \u00e0 la t\u00eate de la flotte de l\u2019Oc\u00e9an Indien, contre l\u2019Empire portugais qui y r\u00e9gnait alors, Seydi Ali Reis consigne son p\u00e9riple dans le <em>Miroir des pays<\/em>,<em> <\/em>publi\u00e9 en 1557, un ouvrage consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme un des premiers r\u00e9cits de voyage de la litt\u00e9rature turque.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019exemple-type de l\u2019amiral dont les activit\u00e9s intellectuelles valent ses r\u00e9alisations militaires, il convient d\u00e9sormais d\u2019aborder Piri Reis, dans son cas peut-\u00eatre m\u00eame ses productions surpassent-elles ses conqu\u00eates, quand on consid\u00e8re l\u2019\u0153uvre innovante pour l\u2019\u00e9poque que repr\u00e9sente le<em> <\/em><em>Livre de Navigation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Piri introduit son manuel de la mani\u00e8re suivante&nbsp;: il doit r\u00e9aliser, dans ce dernier, le tour de la M\u00e9diterran\u00e9e&nbsp;; le point de d\u00e9part, et d\u2019arriv\u00e9e, de ce tour descriptif se situe aux forteresses de Kilitbahir et Sultaniye (<em>fig 2<\/em>). Ces cit\u00e9s imposantes sont deux places fortes de l\u2019Empire ottoman&nbsp;: \u00e9rig\u00e9es en 1463 par Mehmed II, puis agrandies par Soliman 1<sup>er<\/sup>, elles permettent le contr\u00f4le du d\u00e9troit de la p\u00e9ninsule de Gallipoli, Kilitbahir signifie d\u2019ailleurs \u00ab&nbsp;la clef de la mer&nbsp;\u00bb. Ce choix n\u2019est pas anodin, et r\u00e9sulte d\u2019une volont\u00e9 d\u2019incarner le pouvoir du sultan dans des objets mat\u00e9riels&nbsp;; ici, par la cartographie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_103-694x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11636\" width=\"540\" height=\"796\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_103-694x1024.jpeg 694w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_103-203x300.jpeg 203w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_103-768x1133.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_103.jpeg 1024w\" sizes=\"(max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><figcaption>Fig 2 : Repr\u00e9sentation des forteresses de Sultaniye (gauche) et Kilitbahir (droite) (source : gallica.bnf.fr, Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement des manuscrits)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le lien avec l\u2019exaltation de la grandeur du sultan est \u00e9galement palpable dans la forme m\u00eame du livre&nbsp;: les cartes sont richement d\u00e9cor\u00e9es et colori\u00e9es, la premi\u00e8re partie descriptive est r\u00e9dig\u00e9e en po\u00e9sie&nbsp;; l\u2019ouvrage a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9 sp\u00e9cialement pour le sultan, et se fait le reflet du r\u00e8gne de Soliman, grand m\u00e9c\u00e8ne et homme de culture. \u00c0 l\u2019instar de Seydi Ali, cit\u00e9 plus haut, Piri Reis est tout autant un chef de guerre qu\u2019il est un po\u00e8te, un cartographe et un dessinateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, il n\u2019en perd pas son r\u00f4le d\u2019amiral, car il trouve la mati\u00e8re qui compose le <em>Kitab-\u0131 Bahriye <\/em>au sein de ses exp\u00e9ditions qui demeurent militaires avant tout&nbsp;; au contraire, Piri, comme d\u2019autres avant et apr\u00e8s lui, utilise les informations collect\u00e9es \u00e0 des fins militaires. Toujours dans son introduction, l\u2019auteur pr\u00e9cise que son ouvrage \u00ab&nbsp;comprend toutes les c\u00f4tes, les \u00eeles peupl\u00e9es ou d\u00e9sertes, les rivi\u00e8res, les roches \u00e0 fleur d&rsquo;eau ou sous l&rsquo;eau, les bancs de sables&nbsp;; j&rsquo;y ai marqu\u00e9 exactement la situation de tous les ports [&#8230;] et les lieux propres \u00e0 faire des descentes sur les c\u00f4tes des chr\u00e9tiens&nbsp;\u00bb (<a href=\"http:\/\/expositions.bnf.fr\/marine\/grand\/por_325.htm\">BnF &#8211; L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;or des cartes marines<\/a><em> <\/em>). En effet, comme visible sur le d\u00e9tail ci-dessous (<em>fig 3<\/em>), une place chr\u00e9tienne est signal\u00e9e par une croix. Figurent \u00e9galement les fleuves et les c\u00f4tes gard\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_603-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11645\" width=\"627\" height=\"431\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_603-1.jpg 786w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_603-1-300x206.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_603-1-768x529.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 627px) 100vw, 627px\" \/><figcaption>Fig 3 : D\u00e9tail du Livre de navigation, (source : gallica.bnf.fr, Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement des manuscrits)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Piri d\u00e9crit donc plusieurs villes, \u00eeles, les activit\u00e9s commerciales qui y prennent place, comme ce qui se cultive, se vend, la composition ethnique des populations et leurs croyances religieuses&nbsp;; on apprend aussi la taille de ces villes, leur histoire, le climat, la v\u00e9g\u00e9tation etc. N\u00e9anmoins, l\u2019auteur ne se borne pas au descriptif et fournit aussi des \u00e9l\u00e9ments pratiques&nbsp;: les endroits propices \u00e0 accoster les navires ou \u00e9tablir un camp, la profondeur des littoraux (<em>fig 4) <\/em>et les \u00e9ventuels dangers, les biens pr\u00e9sents (ch\u00e2teaux, \u00e9glises), les ressources disponibles etc. Toutes ces informations feraient m\u00eame de l\u2019ouvrage davantage un pionnier de l\u2019atlas, selon Ibrahim YILMAZ (<em>The Kitab-\u0131 Bahriye \u201cBook of Navigation\u201d of Piri Reis, <\/em>dans<em> The Cartographic Journal<\/em>, volume 47, num\u00e9ro 3)&nbsp;; toujours d\u2019apr\u00e8s lui, le livre pourrait contribuer \u00e0 la recherche universitaire dans des champs vari\u00e9s comme l\u2019histoire, les sciences militaires, la g\u00e9ographie et les sciences nautiques. Piri offre aussi \u00e0 ses lecteurs de l\u2019\u00e9poque des informations qui ne figurent usuellement pas sur les cartes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_599-698x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11648\" width=\"532\" height=\"780\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_599-698x1024.jpeg 698w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_599-204x300.jpeg 204w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_599-768x1127.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_599.jpeg 1023w\" sizes=\"(max-width: 532px) 100vw, 532px\" \/><figcaption>Fig 4 : Figuration des fonds marins (source : gallica.bnf.fr, Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement des manuscrits)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Venise jouit aussi d\u2019une repr\u00e9sentation et d\u2019une longue description dans le livre, qui-plus-est sur deux pages (<em>fig 5<\/em>)&nbsp;; par-l\u00e0 Piri Reis s\u2019inscrit dans la longue tradition conflictuelle, nourrie entre autres par l\u2019envie de s\u2019approprier les techniques de navigation, entre la R\u00e9publique de Venise et l\u2019Empire ottoman&nbsp;: ce sont tout de m\u00eame quatre guerres v\u00e9n\u00e9to-ottomanes qui prennent place entre 1463 et 1573 (SOLNON Jean-Fran\u00e7ois, <em>VIII. La marine occidentale pour mod\u00e8le<\/em>, dans <em>L&rsquo;Empire ottoman et l&rsquo;Europe<\/em>, Perrin, 2017, p. 227-257).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"792\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_442-1024x792.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11646\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_442-1024x792.jpeg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_442-300x232.jpeg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_442-768x594.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Piri_Reis_Kitab-i_bahriyye_Piri_Reis_btv1b6000438h_442.jpeg 1362w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption>Fig 5 : La cit\u00e9 de Venise (source : gallica.bnf.fr, Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement des manuscrits)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de ses exp\u00e9ditions men\u00e9es dans l\u2019Oc\u00e9an Indien, \u00e0 l\u2019encontre des Portugais qui y ont \u00e9tabli une pr\u00e9\u00e9minence commerciale et militaire, avec notamment la prise d\u2019Ormuz en 1515, Piri use de ses cartes afin de pr\u00e9venir le sultan du danger que repr\u00e9sente la domination portugaise, et lui montrer les zones strat\u00e9giques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&nbsp;Sache qu&rsquo;Ormuz est une \u00eele. Beaucoup de marchands la visitent&#8230;Mais maintenant, \u00f4 ami, les Portugais sont venus l\u00e0 et ont construit une forteresse sur son cap. Ils contr\u00f4lent la place et collectent les taxes &#8211; vois-tu dans quelle d\u00e9ch\u00e9ance cette province est tomb\u00e9e&nbsp;! Les Portugais ont vaincu les locaux, et leurs propres marchands emplissent l\u00e0 bas les entrep\u00f4ts. Quelle que soit la saison, le commerce ne peut d\u00e9sormais s&rsquo;effectuer sans les Portugais.&nbsp;\u00bb (SOUCEK Svat, Studies in ottoman naval history and maritime geography, Istanbul, The Isis press, coll. <em>Analecta isisiana n\u00b0102<\/em>, 2008, p. 58-59).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le titre <em>reis <\/em>accord\u00e9 aux amiraux de la flotte indienne t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9r\u00eat moindre du sultan vis-\u00e0-vis de ces consid\u00e9rations, qui restent secondaires face \u00e0 des conqu\u00eates men\u00e9es par les <em>kapudan<\/em> <em>pacha<\/em>, ou Grand amiral, de la flotte r\u00e9guli\u00e8re.<br>Piri devait toutefois prendre quelques ann\u00e9es plus tard (1547-1552) la t\u00eate de la campagne ottomane contre Ormuz, apr\u00e8s laquelle il tombe en disgr\u00e2ce.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019indissociabilit\u00e9 de la production cartographique avec les besoins politiques, et tout particuli\u00e8rement militaires dans le cadre de l\u2019expansion maritime ottomane du XVIe si\u00e8cle, est palpable dans le <em>Kitab-\u0131 Bahriye.<\/em> En effet, l\u2019amiral d\u00e9die son ouvrage au sultan, dans lequel il consigne les pourtours m\u00e9diterran\u00e9ens, par la m\u00eame occasion les positions ennemies, et les informations utiles \u00e0 la navigation, au commerce, et aux conqu\u00eates&nbsp;; parfois, comme dans le cas de la campagne d\u2019Ormuz, il tente m\u00eame de convaincre son souverain d\u2019intervenir dans le d\u00e9troit.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cet \u00e2ge d\u2019or, l\u2019Empire ottoman s\u2019essouffle petit \u00e0 petit, et commence \u00e0 subir successivement des d\u00e9faites militaires, et le pouvoir effectif du sultan s\u2019amoindrit, en faveur des vizirs, les gouverneurs locaux. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Europe est en plein essor technique et militaire, avec la r\u00e9volution scientifique qui s\u2019y est engag\u00e9e&nbsp;; ce n\u2019est qu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle que les Ottomans devaient r\u00e9aliser leur \u00ab&nbsp;retard&nbsp;\u00bb technologique par rapport aux Europ\u00e9ens, et entreprennent une mise \u00e0 niveau des techniques militaires et cartographiques. Le sultan fait notamment appel \u00e0 des officiers fran\u00e7ais afin de d\u00e9velopper les connaissances turques dans ce domaine, la France, \u00e0 l\u2019instar du Royaume-Uni, \u00e9tant \u00e0 cette \u00e9poque inqui\u00e9t\u00e9e des pr\u00e9tentions russes sur la Crim\u00e9e. Les tensions d\u00e9boucheront sur une guerre (1853-1856) opposant Russes et Turcs. Les Fran\u00e7ais et Britanniques pr\u00eateront leur protection \u00e0 l\u2019Empire ottoman pour les raisons susnomm\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite de cette collaboration, deux instituts de formation militaire, l\u2019\u00e9cole de l\u2019arm\u00e9e de terre et l\u2019\u00e9cole de la marine, voient le jour \u00e0 Constantinople, qui d\u00e9boucheront sur la cr\u00e9ation de lieux d\u2019enseignements civils au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019emprunt et d\u2019adaptation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 visible au XVIe si\u00e8cle, avec en particulier l\u2019int\u00e9gration des techniques des V\u00e9nitiens, de grands marins, dans la marine ottomane. On voit que le retard militaire a \u00e9t\u00e9 stimulant et un moteur d\u2019am\u00e9lioration des sciences, ici cartographiques et militaires (Yerasimos St\u00e9phane, <em>Les ing\u00e9nieurs ottomans<\/em>, dans<em> B\u00e2tisseurs et bureaucrates. Ing\u00e9nieurs et soci\u00e9t\u00e9 au Maghreb et au Moyen-Orient<\/em>, MOM \u00c9ditions, 1990).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II. La cartographie militaire en France, du r\u00e8gne de Louis XIV \u00e0 celui de Louis XVI (1638-1792)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La strat\u00e9gie est l\u2019art de faire la guerre sur une carte&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Antoine de Jomini dans son ouvrage <em>Pr\u00e9cis de l\u2019art de la guerre<\/em> (1838). Le cartographe militaire fran\u00e7ais souligne lui aussi le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de la cartographie dans la strat\u00e9gie militaire. Nous avons \u00e9tudi\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment ce qu\u2019il en \u00e9tait dans l\u2019empire ottoman&nbsp;; d\u00e9taillons maintenant ce qu\u2019il en est dans le cas de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Nous choisissons de nous concentrer sur la p\u00e9riode allant de 1638 et le d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis XIV \u00e0 1789 et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, afin \u00e0 la fois d\u2019avoir une diversit\u00e9 historique dans nos exemples, et de d\u00e9tailler une p\u00e9riode particuli\u00e8rement riche de l\u2019histoire de la cartographie militaire en France. Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019expliquer l\u2019organisation de la cartographie militaire dans le royaume de France, puis d\u2019analyser les avanc\u00e9es techniques dans la production des cartes militaires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A) L&rsquo;organisation de la cartographie militaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019\u00e9vidence, pour comprendre les \u00e9volutions de la cartographie militaire en France, il faut d\u2019abord d\u00e9terminer qui est charg\u00e9 de concevoir ces cartes. Sous Louis XIV, c\u2019est une cinquantaine d\u2019ing\u00e9nieurs qui en est charg\u00e9e, dont par exemple Christophe Tassin. Les travaux cartographiques de ces ing\u00e9nieurs sont rassembl\u00e9s dans des atlas, dont le contenu conna\u00eet une certaine diversit\u00e9&nbsp;: cartographie d\u2019une province, d\u2019une fortification\u2026 En tout cas, la constitution de ces atlas proc\u00e8de d\u2019une volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat royal d\u2019avoir une vision d\u2019ensemble et du territoire&nbsp;; elle est \u00e9galement \u00e0 placer dans une strat\u00e9gie militaire d\u2019ensemble, de concert avec l\u2019\u00e9dification de fortifications, dont celles de Vauban sont un parfait exemple. Toujours sous le r\u00e8gne de Louis XIV, le d\u00e9p\u00f4t de la Guerre est fond\u00e9 en 1688. L\u2019id\u00e9e est centraliser et d\u2019enregistrer efficacement les documents du minist\u00e8re de la Guerre, afin de fournir au commandement militaire des cartes pouvant mieux le guider dans un contexte de guerres longues et co\u00fbteuses humainement et financi\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/d\/d6\/DeSCription_des_costes_de_France_16889.jpg\/679px-DeSCription_des_costes_de_France_16889.jpg?20170621073504\" alt=\"File:DeSCription des costes de France 16889.jpg\" width=\"394\" height=\"347\" \/><figcaption>Christophe Tassin, <em>Descriptions des costes de France<\/em>, 1688, biblioth\u00e8que Carnegie, Reims<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation de la cartographie militaire continue d\u2019\u00e9voluer au XVIIIe si\u00e8cle&nbsp;: une \u00e9cole du G\u00e9nie est fond\u00e9e \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res en 1748, avec pour but de former des ing\u00e9nieurs des fortifications.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>B) Les avanc\u00e9es techniques dans la production de cartes militaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019organisation de la cartographie, les techniques employ\u00e9es pour produire des cartes militaires \u00e9voluent. Sous le r\u00e8gne de Louis XIV, le roi est suivi dans ses campagnes militaires par des artistes (tels que Adam Frans Van der Meulen) qui le suivent et croquent, dessinent ou peignent les batailles, avec des d\u00e9tails sur les mouvements et les positions des troupes dans la mesure du possible. Le r\u00e8gne de Louis XIV voit aussi une nette am\u00e9lioration dans la production de ces cartes, qui deviennent bien plus pr\u00e9cises, par la mesure des angles par exemple. Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, les cartographes travaillent avec des astronomes (par exemple Philippe de La Hire) et complexifient la cartographie&nbsp;; ce faisant, la carte de Cassini, premi\u00e8re carte \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la France enti\u00e8re et qui s\u2019appuie sur une triangulation g\u00e9od\u00e9sique, para\u00eet en 1815.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/c\/c1\/Versailles_0_Carte_Cassini.jpg\/1024px-Versailles_0_Carte_Cassini.jpg\" alt=\"Versailles 0 Carte Cassini.jpg\" width=\"493\" height=\"319\" \/><figcaption>Famille Cassini, <em>Carte de l&rsquo;Acad\u00e9mie<\/em>, extrait, 1815, Biblioth\u00e8que nationale de France<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Notons que des avanc\u00e9es techniques au niveau du support mat\u00e9riel des cartes se produisent en parall\u00e8le&nbsp;: avant m\u00eame le r\u00e8gne de Louis XIV, des sculpteurs produisent des cartes et plans grav\u00e9s&nbsp;; les ing\u00e9nieurs militaires du roi poursuivent cette pratique pendant et apr\u00e8s le r\u00e8gne de Louis XIV, en en faisant une pratique relativement r\u00e9pandue. L\u2019id\u00e9e derri\u00e8re ces gravures est davantage de c\u00e9l\u00e9brer certaines batailles et victoires plut\u00f4t que de s\u2019en servir pour de la strat\u00e9gie militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous comprenons maintenant mieux la phrase d\u2019Antoine de Jomini et ce qu\u2019elle implique concr\u00e8tement. Du r\u00e8gne de Louis XIV \u00e0 celui de Louis XVI, la cartographie a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 en fonction des besoins militaires de la monarchie, jusqu\u2019\u00e0 voir l\u2019av\u00e8nement de la cartographie militaire comme discipline \u00e0 part enti\u00e8re, avec ses sp\u00e9cialistes et son organisation institutionnelle. Cette \u00e9volution a enfin \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e par des avanc\u00e9es techniques&nbsp;: le travail commun<\/p>\n\n\n\n<p><strong>III. La cartographie militaire durant le Consulat et l\u2019Empire fran\u00e7ais(1799-1815)<\/strong><br><strong>A)Une cartographie militaire h\u00e9riti\u00e8re de l\u2019Ancien r\u00e9gime et de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout d&rsquo;abord, la cartographie militaire dans la p\u00e9riode qui nous concerne est incarn\u00e9e par une institution fondamentale : le d\u00e9p\u00f4t g\u00e9n\u00e9ral de la guerre (qui est cr\u00e9\u00e9 en 1688) notamment ceux du 18\u1d49 et 19\u1d49 si\u00e8cle. Ce dernier est une institution centrale de la cartographie militaire fran\u00e7aise du Consulat et de l\u2019Empire qui abrite une collection impressionnante de cartes, plans, mais aussi de m\u00e9moires historiques, des statistiques, mais \u00e9galement un centre de distribution de la documentation cartographique, tout cela est g\u00e9r\u00e9 par des ing\u00e9nieurs g\u00e9ographes&nbsp; qui produisent ces documentations en temps de guerre et de paix.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"800\" height=\"347\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-14.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11866\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-14.png 800w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-14-300x130.png 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-14-768x333.png 768w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption>P<em>hotographie du service historique de la d\u00e9fense (On trouve ici justement les archives du d\u00e9p\u00f4t de la guerre) , 2006<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De plus, il y a aussi une autre institution qui n&rsquo;a jamais pu voir le jour dans la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire : l\u2019Agence des cartes et qui avait pour but de rassembler tout le mat\u00e9riel cartographique de toute la France au service de la nation. Finalement, le d\u00e9p\u00f4t de la Guerre fut la seule institution d&rsquo;Ancien R\u00e9gime qui soit habilit\u00e9 \u00e0 conserver les collections cartographiques dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la conduite de la guerre. En effet, \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle, l\u2019art de la guerre se transforme, l\u2019art de la cartographie des places se d\u00e9veloppe et celui des alentours deviennent des services permanents dans les arm\u00e9es europ\u00e9ennes, et ce, avec la cr\u00e9ation de l\u2019art de la fortification. De fait, comme nous le dit <a href=\"https:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/antoine-henri-jomini\/\">Antoine de Jomini <\/a>(1779-1869) \u201cLa strat\u00e9gie est l\u2019art de faire la guerre sur une carte\u201d. De plus, l&rsquo;historien Bertrand Fonck nous rappelle que depuis la fin du XVII\u1d49 si\u00e8cle, la carte est utilis\u00e9e massivement dans la strat\u00e9gie militaire dans toutes les arm\u00e9es europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>B)La carte militaire au c\u0153ur d\u2019une administration organis\u00e9e et efficace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant si on revient sur la p\u00e9riode du consulat et l\u2019empire, une commission de topographie est cr\u00e9\u00e9e en 1802 et g\u00e9r\u00e9e par<a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/nicolas-antoine-sanson-1756-1824\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/nicolas-antoine-sanson-1756-1824\/\"> le g\u00e9n\u00e9ral Sanson<\/a> et a un r\u00f4le de codifier les signes et conventions en usage pour la fabrication de plans et de cartes \u00e9tablis dans les diff\u00e9rentes administrations, \u00e9galement elle cr\u00e9e la carte d\u2019\u00e9tat-major dit en \u201c\u00e9clairage z\u00e9nithal\u201d (lumi\u00e8re naturelle)&nbsp; qui prend son origine sous le consulat et l\u2019empire. Ainsi cette commission va prendre des d\u00e9cisions importantes comme l\u2019adoption du syst\u00e8me m\u00e9trique et d&rsquo;\u00e9chelles d\u00e9cimale, l\u2019utilisation effective des cotes d\u2019altitude par rapport au niveau de la mer et enfin l\u2019adoption des hachures perpendiculaires poss\u00e9dant des courbes de niveaux pour la bonne repr\u00e9sentation du relief.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"214\" height=\"235\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/image-13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11865\" \/><figcaption>Lithographie<em> du g\u00e9n\u00e9ral Sanson par Forestier en 1818<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Aussi le d\u00e9p\u00f4t de la guerre adopte<a href=\"https:\/\/pro.arcgis.com\/fr\/pro-app\/latest\/help\/mapping\/properties\/bonne.htm\"> la projection de Bonne<\/a> qui permet de conserver les surfaces dans les cartes vers 1800. Conjointement entre 1802 et 1803, des bureaux topographiques r\u00e9gionaux sont \u00e9tablis pour prolonger l\u2019h\u00e9ritage de la carte des Cassini dans les pays qui ont \u00e9t\u00e9 conquis r\u00e9cemment par les troupes fran\u00e7aises, ces derniers sont compos\u00e9s d\u2019ing\u00e9nieurs g\u00e9ographes militaires. On peut citer quelques exemples de cartes r\u00e9alis\u00e9es par les bureaux topographiques de l\u2019empire : La carte de Souabe r\u00e9alis\u00e9 en 1805 par le d\u00e9p\u00f4t de la Guerre (contexte de<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/le-consulat-et-l-empire--9782200630652-page-61.htm\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.cairn.info\/le-consulat-et-l-empire--9782200630652-page-61.htm\"> la campagne de Prusse en 1806<\/a>), la carte des 130 d\u00e9partements r\u00e9unis de l\u2019empire fran\u00e7ais r\u00e9alis\u00e9 en 1811 par le cartographe et ing\u00e9nieur g\u00e9ographe Eustache H\u00e9risson (1759-1832), ou encore la carte g\u00e9n\u00e9rale de Bavi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"764\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/LAllemagne_divisee_par_cercles___...Rizzi-Zannoni_Giovanni-Antonio_btv1b53040463s_1-1024x764.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11864\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/LAllemagne_divisee_par_cercles___...Rizzi-Zannoni_Giovanni-Antonio_btv1b53040463s_1-1024x764.jpeg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/LAllemagne_divisee_par_cercles___...Rizzi-Zannoni_Giovanni-Antonio_btv1b53040463s_1-300x224.jpeg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/LAllemagne_divisee_par_cercles___...Rizzi-Zannoni_Giovanni-Antonio_btv1b53040463s_1-768x573.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/LAllemagne_divisee_par_cercles___...Rizzi-Zannoni_Giovanni-Antonio_btv1b53040463s_1.jpeg 1413w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption>C<em>arte de l\u2019Allemagne r\u00e9put\u00e9e comme fiable par Giovanni-Antonio Rizzi-Zannoni, et Pierre-Philippe Choffard en 1782 utilis\u00e9e notamment pour la campagne napol\u00e9onienne de Prusse et de Pologne en 1806 (Source: Biblioth\u00e8que nationale de France<\/em>)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, au cr\u00e9puscule du Consulat, les ing\u00e9nieurs g\u00e9ographes sous l\u2019autorit\u00e9 du D\u00e9p\u00f4t de la guerre comptent 100 ing\u00e9nieurs, peu \u00e0 peu les m\u00e9thodes de travail sont standardis\u00e9es, et de plus les r\u00e8gles qu\u2019avait d\u00e9cid\u00e9es la commission de 1802 effectuent une normalisation des cartes lors des territoires conquis par les arm\u00e9es fran\u00e7aises. Pour finir sous l\u2019empire la production de cartes notamment lors des conqu\u00eates de l\u2019empereur \u00e9taient florissantes gr\u00e2ce aux bureaux topographiques, cependant de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la production cartographique se basait sur des cartes anciennes qui \u00e9taient r\u00e9put\u00e9es comme fiable (<em>Carte du Tyrol dite des paysans <\/em>de 1774, <em>la carte des Pays-Bas autrichiens <\/em>fait entre 1770 et 1778<em>, <\/em>ou encore <em>La Suisse romande comprenant le pays de Vaud et les bailliages appartenant au canton de Fribourg <\/em>de 1781)<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>C) L\u2019importance centrale des cartes militaires lors des campagnes napol\u00e9oniennes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette sous-partie qu\u2019on a trait\u00e9e juste avant nous permettait d\u2019expliquer l&rsquo;administration autour de la production de cartes et maintenant nous allons nous concentrer dans cette derni\u00e8re sous-partie de l\u2019utilisation des cartes durant les guerres entre Napol\u00e9on et les puissances europ\u00e9ennes. Tout d&rsquo;abord depuis la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, les cartes \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme un tr\u00e9sor national et obligatoire pour la d\u00e9fense du territoire, si on se concentre sur la p\u00e9riode du consulat et de l\u2019empire, on sait que le premier consul et ensuite l\u2019empereur Napol\u00e9on as un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la g\u00e9ographie et les cartes qu\u2019il consulte et qu\u2019il \u00e9tudie avant chaque campagne militaire avec l\u2019aide de son chef du cabinet topographique du Premier Consul et de l\u2019empereur (Bacler d\u2019Albe).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Carte_de_lEmpire_francais_divise_...Herisson_Eustache_btv1b53093889d_1-1024x862.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11908\" width=\"673\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Carte_de_lEmpire_francais_divise_...Herisson_Eustache_btv1b53093889d_1-1024x862.jpeg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Carte_de_lEmpire_francais_divise_...Herisson_Eustache_btv1b53093889d_1-300x253.jpeg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Carte_de_lEmpire_francais_divise_...Herisson_Eustache_btv1b53093889d_1-768x647.jpeg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/03\/Carte_de_lEmpire_francais_divise_...Herisson_Eustache_btv1b53093889d_1.jpeg 1252w\" sizes=\"(max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><figcaption>Carte de l&#8217;empire Fran\u00e7ais \u00e0 son apog\u00e9e en 1811 fait par Eustache H\u00e9risson   qui comprend les 130 d\u00e9partements (Source : Biblioth\u00e8que Nationale de France)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De plus, lors de la pr\u00e9paration des campagnes militaires, il d\u00e9termine les marches et la concentration des troupes gr\u00e2ce \u00e0 de grandes cartes (Carte de Zanni pour la campagne de Prusse et de Pologne de 1806 qui date de 1782) dans son cabinet \u00e9galement les ing\u00e9nieurs g\u00e9ographes vont sur le terrain de la bataille (Ex : Bataille d\u2019Eylau en 1807) pour avoir une meilleure id\u00e9e du terrain et transmettre leur rapport au d\u00e9p\u00f4t de la guerre. En fait, Napol\u00e9on Bonaparte a donc \u00e0 disposition un cabinet topographique attach\u00e9 \u00e0 sa personne. Lorsque l\u2019empire est install\u00e9, en 1809, <a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/bacler-dalbe\/\">Bacler d\u2019Albe<\/a> pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019empereur une grande carte d\u2019Allemagne qui lui permet par la suite, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9pingles \u00e0 t\u00eate de couleur rouge et noir, d\u2019indiquer les emplacements occup\u00e9s par les troupes fran\u00e7aise et par l\u2019ennemi et fait ressortir les rivi\u00e8res, les montagnes et les fronti\u00e8res de l\u2019empire fran\u00e7ais et aussi, il pr\u00e9pare les calculs de distance afin d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble pr\u00e9cis de la bataille \u00e0 venir et cela lui permet d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble de l\u2019Allemagne apr\u00e8s la paix de Tilsit en 1807.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/bibliographie-et-sitographie-pour-aller-plus-loin\/\">Bibliographie et Sitographie pour aller plus loin<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tudiants L2 :  Thomas Vives  et Walid El M&rsquo;Ghari<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tudiant L1 : Ninon Medin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Exemple du Kitab-\u0131 Bahriye de Piri Reis Lors de l\u2019\u00e9tude des rapports entre art militaire et art cartographique, il nous a sembl\u00e9 pertinent de pr\u00e9senter le Kitab-\u0131 Bahriye ou Livre de Navigation, compl\u00e9t\u00e9 en 1526 par l\u2019amiral ottoman Piri Reis, qui l\u2019offrit au sultan de l\u2019\u00e9poque, Soliman 1er dit le Magnifique*.Le manuel se compose &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2023\/05\/08\/cartographie-et-besoins-militaires-2023\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Cartographie et besoins militaires [2023]&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1182,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11622"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1182"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11622"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11622\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13047,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11622\/revisions\/13047"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}