{"id":12533,"date":"2023-04-13T12:05:39","date_gmt":"2023-04-13T10:05:39","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?p=12533"},"modified":"2023-04-26T12:20:23","modified_gmt":"2023-04-26T10:20:23","slug":"les-aveyronnais-de-paris-1830-1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2023\/04\/13\/les-aveyronnais-de-paris-1830-1960\/","title":{"rendered":"Les Aveyronnais de Paris ( 1830 &#8211; 1960 )"},"content":{"rendered":"\n<DIV STYLE=\"text-align:justify\"><p class=\"has-drop-cap has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-drop-cap has-small-font-size\"><br>Comme le disait Louis Bonnet \u00e0 propos de l&rsquo;ascension des Aveyronnais \u00e0 Paris, leur but \u00e9tait de \u201c tondre l\u2019univers et ramener la laine au pays\u201d. Cette m\u00e9taphore illustre parfaitement la volont\u00e9 des Aveyronnais de monter faire affaire dans la capitale.<br>Nous avons choisi d\u2019aborder une p\u00e9riode allant de 1830 \u00e0 1960 afin de traiter \u00e0 la fois des d\u00e9buts de la migration, de son apog\u00e9e et de sa continuit\u00e9 \u00e0 la suite des deux guerres mondiales. Cette p\u00e9riode de 130 ans est donc riche en histoire et en changements politiques qui ont influenc\u00e9 la migration des Aveyronnais vers Paris.<\/p><\/div><\/p><\/DIV>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><br><em>Vie dans les campagnes et attraction de Paris<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/La-vie-dans-les-campagnes-1.jpg\" alt=\"carte po\" class=\"wp-image-12555\" width=\"296\" height=\"185\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/La-vie-dans-les-campagnes-1.jpg 499w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/La-vie-dans-les-campagnes-1-300x187.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 296px) 100vw, 296px\" \/><figcaption><em>Carte postale repr\u00e9sentant un march\u00e9 aux bestiaux en Aveyron<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\">Le monde des campagnes est tr\u00e8s touch\u00e9 par la r\u00e9volution industrielle qui s\u2019op\u00e8re tout au long du XIXe si\u00e8cle. En effet on observe une m\u00e9canisation progressive de ce dernier amen\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement du moteur \u00e0 explosion. Les machines permettent d\u2019augmenter les rendements tout en diminuant le nombre d\u2019Hommes n\u00e9cessaire pour produire. On constate donc un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019exode rural, les gens partent vers la ville pour travailler dans un nouveau secteur : l\u2019industrie. Autre facteur qui explique cet exode rural : les conditions de vie. En effet le monde agricole reste recul\u00e9 et ne profite pas des am\u00e9liorations que l\u2019on peut constater en ville, d\u2019autant plus que les familles sont nombreuses, certains tentent donc leurs chance \u00e0 la capitale non seulement pour trouver un travail plus r\u00e9mun\u00e9rateur mais aussi pour profiter d\u2019avanc\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019hygi\u00e8ne que l\u2019on retrouve uniquement en ville. Enfin notons que l\u2019av\u00e8nement du chemin de fer au m\u00eame moment \u00e0 permis de faciliter les d\u00e9placements entre villes et campagnes, ce qui explique aussi pourquoi les Aveyronnais sont partis si nombreux tenter leur chance \u00e0 Paris.<br>Paris est une ville au statut particulier car en plus d\u2019attirer les classes riches de la population et les \u00e9tranger gr\u00e2ce \u00e0 son image de \u00ab ville lumi\u00e8re \u00bb ( notamment avec les expositions universelles de 1889 et 1900 ), la capitale attire aussi des populations plus modestes qui veulent trouver un emploi. Or Paris fourmille de petits m\u00e9tiers en tout genre et assure \u00e0 tous les ruraux qui veulent travailler la possibilit\u00e9 de le faire dans les plus<br>brefs d\u00e9lais . En revanche, les conditions de vie et de travail sont tout aussi difficiles que dans les campagnes bien qu\u2019elles soient totalement diff\u00e9rentes.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><strong><em>Les premiers m\u00e9tiers<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\"><br>A leur arriv\u00e9e, les bougnats commencent par effectuer des petits m\u00e9tiers, les trois principaux \u00e9tant porteurs d\u2019eau, charbonnier et tenanciers de petit commerce.<br>Le porteur d\u2019eau \u00e9tait un m\u00e9tier ancien, qui remonte au XVIe si\u00e8cle. Comme son nom l&rsquo;indique, le m\u00e9tier de porteur d\u2019eau consistait \u00e0 transporter des seaux d\u2019eau potable venant des dix fontaines d\u2019eau potable de Paris jusqu\u2019au immeubles et habitations. Au fil du temps le m\u00e9tier \u00e0 \u00e9volu\u00e9 notamment avec l\u2019arriv\u00e9e du tonneaux ( qui facilite le transport ) avant de dispara\u00eetre progressivement de la capitale au fur et \u00e0 mesure du temps et de l\u2019adduction \u00e0 l\u2019eau des b\u00e2timents. Les premiers aveyronnais mont\u00e9s \u00e0 Paris travaillaient \u00e9galement dans le milieu du charbon, d\u2019o\u00f9 leurs surnoms \u00ab bougnats \u00bb venant du mot occitan \u00ab charbougnat \u00bb traduisait charbonnier. Leur m\u00e9tier consistait \u00e0 commercialiser et livrer le charbon.<br>Petit \u00e0 petit ( fin du XIXe, d\u00e9but du XXe si\u00e8cle ) on note une certaine transition dans la forme que prennent les m\u00e9tiers des bougnats. On note souvent le m\u00eame sch\u00e9ma social qui se reproduit, le bougnat monte \u00e0 Paris, gagne de l\u2019argent, \u00e9pargne cet argent et acquiert avec ce dernier un local dans lequel ils montent un petit commerce et\/ou un d\u00e9bit de boisson. Les femmes jouent alors un r\u00f4le important dans l&rsquo;ascension des bougnats \u00e0 Paris car ce sont elles qui tiennent le petit commerce quand le mari continue \u00e0 travailler comme<br>porteur d\u2019eau ou charbonnier. Quand le d\u00e9bit prend de l\u2019ampleur on voit les hommes devenir des g\u00e9rants et le d\u00e9bit de boisson devenir une brasserie ou un caf\u00e9. Les Aveyronnais en particulier font fortune dans le monde des caf\u00e9s, dont certains sont devenus des grands caf\u00e9s parisiens que l\u2019on conna\u00eet toujours aujourd\u2019hui.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/televerser-2-1024x664.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12560\" width=\"485\" height=\"315\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/televerser-2-1024x664.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/televerser-2-300x195.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/televerser-2-768x498.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/televerser-2.jpg 1277w\" sizes=\"(max-width: 485px) 100vw, 485px\" \/><figcaption>Photographie d&rsquo;une famille de bougnat devant un caf\u00e9-charbon parisien, d\u00e9but XXe si\u00e8cle  <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Portrait type d\u2019un bougnat<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\"><br>De par leur pr\u00e9sence importante dans le Paris du XIXe si\u00e8cle, les bougnats sont devenus un groupe social \u00e0 part enti\u00e8re de la capitale, qui font partie des classes les moins riches de la soci\u00e9t\u00e9. Ils sont souvent caricatur\u00e9s par les auteurs de l\u2019\u00e9poque comme des bourreaux de travail, peu instruits qui vivent en communaut\u00e9 ( g\u00e9n\u00e9ralement dans les XIe et XVIIIe arrondissements de Paris ) qui ne se m\u00e9langent pas, ce qui leur vaut de nombreuses caricatures par la presse de l\u2019\u00e9poque. On peut cependant dresser un portrait type du bougnat \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle :<br>\u2022 Il vient de l\u2019Auvergne<br>\u2022 Il effectue des travaux manuels dans les secteurs du charbon, ou de l\u2019eau<br>\u2022 Il ach\u00e8te un local dans lequel il monte un petit commerce avec sa femme<br>\u2022 Certains font fortune dans le monde de la boisson ( caf\u00e9s \/ brasserie )<br>\u2022 Il reste grandement attach\u00e9 \u00e0 sa terre natale<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><strong>1<em>880 &#8211; 1914 : Au plus fort de l\u2019immigration<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\"><br>Entre 1880 et 1914 les Aveyronnais connaissent l\u2019apog\u00e9e de leurs ascension vers Paris. Ils ont r\u00e9ussi \u00e0 se constituer en une v\u00e9ritable communaut\u00e9 dans la capitale. On peut identifier trois facteurs qui expliquent la r\u00e9ussite de ces derniers.<br>Premi\u00e8rement, leur force de travail. R\u00e9put\u00e9s pour \u00eatre des travailleurs acharn\u00e9s quels que soit le m\u00e9tier, les Aveyronnais ont su faire fructifier leurs efforts pour acqu\u00e9rir peu \u00e0 peu du capital et le r\u00e9investir. Autre facteur de r\u00e9ussite, la centralisation des m\u00e9tiers dans trois domaines : l\u2019alimentation, le charbon et l\u2019h\u00f4tellerie. Le fait de se concentrer uniquement sur ces trois axes \u00e0 permis aux Aveyronnais d\u2019exceller dans ces m\u00e9tiers, de se d\u00e9velopper, de prosp\u00e9rer au point o\u00f9 vers les ann\u00e9es 1900 il est presque oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre Aveyronnais pour tenir un caf\u00e9 \u00e0 Paris. Dernier facteur de r\u00e9ussite, la cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9seau d\u2019entraide unique entre terre natale et la capitale. Comme le dit Fran\u00e7oise Raison-Jourde dans son ouvrage La colonie auvergnate de Paris au XIXe si\u00e8cle : \u00ab c\u2019est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l\u2019amicale, transposition de l\u2019unit\u00e9 villageoise, que s\u2019\u00e9quilibre ces rapports entre l\u2019aventure personnelle et l\u2019appui de la communaut\u00e9. \u00bb En effet \u00e0 partir des ann\u00e9es 1880 ce n\u2019est plus la structure de march\u00e9 du travail parisien qui permet de comprendre cette ascension des Aveyronnais mais bel et bien le r\u00e9seau qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 entre eux.<br>On note \u00e9galement que d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes de migrations ont eu lieu dans d\u2019autres r\u00e9gions de France sur le mod\u00e8les des Aveyronnais \u00e0 Paris, c\u2019est les cas de la Bretagne ou de la Savoie par exemple mais ces derniers entament leurs ascension vers la capitale seulement vers 1880, quand les Aveyronnais l\u2019on entam\u00e9 plus t\u00f4t, vers 1830. Cela leur \u00e0 donc permis d\u2019\u00e9tablir un fort r\u00e9seau d\u2019entraide dans la capitale, pour faire venir et<br>installer rapidement les nouveaux arrivants. Entre 1880 et 1914 ce r\u00e9seau \u00e9tait particuli\u00e8rement efficace et appara\u00eet comme \u00e9tant un facteur tr\u00e8s net de la r\u00e9ussite des Aveyronnais \u00e0 Paris. Ce r\u00e9seau d&rsquo;entraide s&rsquo;accompagne d\u2019un syst\u00e8me financier solide. Avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, on retrouve \u00e0 \u00e9chelle r\u00e9duite ( villages ou amicales ) de nombreuses transactions financi\u00e8res entre aveyronnais rest\u00e9s au pays et aveyronnais de Paris. Dans les faits les plus riches, g\u00e9rants de grands caf\u00e9s, aident financi\u00e8rement les nouveaux arrivants et se positionnent comme de grands pr\u00eateurs d&rsquo;argent. On peut aussi citer deux grandes familles aveyronnaises qui sont devenues de grands acteurs dans le monde des caf\u00e9s : la famille Richard et la famille Tafanel. Ces derniers ont fait fortune dans le commerce de la boisson en gros et en plus de fournir \u00e0 eux deux l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de la capitale en boissons, ils se positionnent aussi en temps que pr\u00e9teur d&rsquo;argent pour les nouveaux arrivants. Via un r\u00e9seau d\u2019entraide fort qui se concr\u00e9tise par un syst\u00e8me financier solide lui aussi il semble donc que Paris r\u00e9ussissent aux Aveyronnais. Ayant fait fortune ils se positionnent aussi comme des pr\u00e9teurs importants. Paris semble donc r\u00e9ussir aux Aveyronnais.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><strong><em>Colonie Auvergnate et Ligue Auvergnate<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns\">\n<div class=\"wp-block-column\" style=\"flex-basis:100%\">\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/Louis-Bonnet-3-772x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12890\" width=\"147\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/Louis-Bonnet-3-772x1024.jpg 772w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/Louis-Bonnet-3-226x300.jpg 226w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/Louis-Bonnet-3-768x1019.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/Louis-Bonnet-3.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 147px) 100vw, 147px\" \/><figcaption>Portrait de Louis Bonnet <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\">Cependant l\u2019ancrage des Aveyronnais dans la capitale est \u00e0 lire en parall\u00e8le avec l\u2019implantation des Auvergnats au m\u00eame moment \u00e0 Paris. Le terme Auvergnats renvoie ici, non pas \u00e0 tous les habitants de l\u2019Auvergne comme on la conna\u00eet aujourd\u2019hui, mais aux habitants de l\u2019Aubrac auxquels on ajoute la Corr\u00e8ze, la Haute-Loire, le Lot, l\u2019Aveyron, le Cantal et la Loz\u00e8re. L\u2019Auvergne est donc une r\u00e9gion plus \u00e9tendue ce qui permet aux Auvergnats de se constituer en une vaste colonie sur Paris, le tout en ayant un certains poids politique car on retrouve de nombreux auvergnats aux plus hautes fonctions de l\u2019Etat mais aussi engag\u00e9 dans la politique de la ville de Paris ( conseil municipal, conseil g\u00e9n\u00e9ral de la seine, tribunaux de commerce ). En 1882 Louis Bonnet lance le journal L\u2019Auvergnat de Paris, un journal consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Auvergne qui fait le lien entre terre natale et Paris, ce dernier est un lien fort pour structurer la colonie. Mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment v\u00e9ritablement r\u00e9v\u00e9lateur de la grande influence des Auvergnats aux sein de la capitale est la cr\u00e9ation, par Louis Bonnet, en 1887 de la Ligue Auvergnate. Cette derni\u00e8re est une organisation apolitique dont le but est de s\u2019offrir une protection mutuelle ( plus plus forts aident les plus faibles ), de faire des actions de bienfaisance entre compatriotes et surtout de \u00ab d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du pays natal et de la colonie \u00bb.<br>Les Auvergnats adh\u00e9rant \u00e0 la ligue b\u00e9n\u00e9ficient de nombreux avantages tels que : des consultations m\u00e9dicales et judiciaires gratuites dispens\u00e9es par des m\u00e9decins ou des avocats auvergnats pour des auvergnats ; une r\u00e9duction sur les prix des m\u00e9dicaments pour tous les soci\u00e9taires dans les officines tenues par des Auvergnats, la distribution chaque ann\u00e9e de l\u2019annuaire de la ligue, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre log\u00e9 et de trouver un travail au sein de la colonie, le pr\u00eat d\u2019argent entre Auvergnats. La ligue Auvergnate appara\u00eet donc comme une v\u00e9ritable instance dans Paris et a permis \u00e0 de nombreux auvergnats de monter s\u2019installer \u00e0 la capitale. Cependant les Aveyronnais ont toujours eu une place \u00e0 part dans cette ligue car bien qu\u2019ils y adh\u00e8rent ils gardent tout de m\u00eame des liens tr\u00e8s forts entre eux et font fortune dans leur domaine de pr\u00e9dilection, les caf\u00e9s de Paris.<\/p><\/div><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Les deux Aubrac<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\"><br>On estime qu\u2019il y a environ la moiti\u00e9 de la population de l\u2019Aubrac qui est mont\u00e9e \u00e0 Paris au tournant du XXe si\u00e8cle, dans son Enqu\u00eate ethnologique sur les Aveyronnais de Paris, Georges Henri Rivi\u00e8re va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 employer l\u2019expression des \u00ab deux Aubrac \u00bb, l\u2019un \u00e9tant situ\u00e9 dans le Massif Central, l\u2019autre \u00e9tant un Aubrac reconstitu\u00e9 dans la capitale fran\u00e7aise. Ces deux zones pourtant \u00e9loign\u00e9es g\u00e9ographiquement sont en r\u00e9alit\u00e9<br>tr\u00e8s proches socialement, car les liens sont forts entre la capitale et la terre natale.<br>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on constate un m\u00eame sch\u00e9ma migratoire des Aveyronnais vers Paris. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019ils ne souhaitent pas rester toute leur vie \u00e0 Paris, la migration est temporaire. Ainsi, chaque g\u00e9n\u00e9ration est marqu\u00e9e par un flux continu d\u2019Aveyronnais entre leur terre natale et la capitale. G\u00e9n\u00e9ralement, le sch\u00e9ma est le suivant :<br>\u2022 Les jeunes parents donnent naissance \u00e0 un enfant \u00e0 Paris apr\u00e8s \u00eatre venus travailler une fois mari\u00e9s.<br>\u2022 Les enfants sont alors envoy\u00e9s en Aubrac pour y \u00eatre \u00e9lev\u00e9s par les autres membres de la famille, souvent les grands-parents.<br>\u2022 Une fois que les enfants ont atteint l\u2019\u00e2ge adulte, soit environ 18\/20 ans, ils reviennent \u00e0 Paris afin, \u00e0 leur tour, d\u2019aider leurs parents dans leur affaire, puis de la reprendre une fois ces derniers \u00e2g\u00e9s.<br>\u2022 Enfin, quand vient l\u2019\u00e2ge de la retraite, ils retournent en Aubrac et ainsi de suite.<br>Cela explique qu\u2019on ne qualifie pas les Aveyronnais de Paris comme \u00e9tant Parisiens car ils passent une bonne partie de leur vie loin de la capitale. En gardant ce lien avec la terre, on observe \u00e9galement un d\u00e9veloppement \u00e9conomique en Aubrac. Les travailleurs \u00e0 Paris envoient r\u00e9guli\u00e8rement des fonds \u00e0 leurs proches. De ce fait, une am\u00e9lioration des infrastructures \u00e9conomiques, \u00e9ducatives et sociales a lieu en Aubrac. <\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>L\u2019hyperpuissance des Amicales<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\"><br>Le v\u00e9ritable lien entre ville et campagne se fait au moyen de nombreuses amicales. Les amicales sont des associations regroupant des membres d\u2019un m\u00eame village qui s\u2019associent sur Paris pour l\u2019entraide et la convivialit\u00e9.<br>C\u2019est en 1900 que la premi\u00e8re Amicale d\u2019Aveyronnais voit le jour \u00e0 Paris, sous le nom de \u201cSoci\u00e9t\u00e9 amicale et philanthropique des originaires du Canton de Sainte-Genevi\u00e8ve\u201d. \u00c0 peine quatorze ann\u00e9es plus tard, ce sont une centaine d\u2019Amicales qui existent. C\u2019est \u00e0 partir de 1901 avec la loi portant sur la libert\u00e9 d\u2019association que la cr\u00e9ation d\u2019Amicales va \u00eatre en constante augmentation. Les liens \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 existants bien avant la mise en place de ces Amicales, leur succ\u00e8s ne fut pas \u00e9tonnant. Chaque Amicale disposait ainsi de lieux de<br>r\u00e9union propres, d\u2019assembl\u00e9es, et d\u2019un banquet annuel. Le r\u00f4le des Amicales est \u00e9galement renforc\u00e9 par leurs contacts avec diverses organisations, dont la plus connue : La Ligue Auvergnate.<br>La vocation conviviale des Amicales des Aveyronnais de Paris se traduit par un moment fort : le banquet. Le patois \u00e9tait de mise, leur permettant ainsi de se sentir comme chez eux, dans une ville ou parler patois aux clients donnait l\u2019impression de se moquer d\u2019eux. Les premiers bals furent organis\u00e9s par Louis Bonnet, cr\u00e9ateur de la Ligue auvergnate. D\u2019apr\u00e8s ses mots, ces bals \u00e9taient le lieu ou pouvait \u00eatre exalt\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019orgueil<br>d\u2019\u00eatre Auvergnat\u00a0\u00bb. D\u00e8s le premier bal, le succ\u00e8s fut important notamment gr\u00e2ce au parrainage de L\u2019Auvergnat de Paris, tr\u00e8s populaire aupr\u00e8s des Aveyronnais install\u00e9s \u00e0 Paris.<br>La Premi\u00e8re Guerre mondiale marque une p\u00e9riode d\u2019inactivit\u00e9 des Amicales et certaines d\u2019entre elles dispara\u00eetront. Cependant, une fois la guerre finie, le regain d\u2019activit\u00e9 fut tel que de nouvelles Amicales sont apparues. Une des nouvelles missions des Amicales \u00e9tait alors d\u2019organiser des qu\u00eates pour construire des monuments aux morts dans l\u2019ensemble de l\u2019Aubrac.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><strong><em>Des caf\u00e9s connus et reconnus<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2023\/04\/discussion-des-trois-loulous-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12893\" width=\"298\" height=\"281\" \/><figcaption>Discussion entre les g\u00e9rants de la brasserie Lipp, du caf\u00e9 de Flore et du caf\u00e9 des Deux-Magots, <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\">Pour citer quelques exemples d\u2019affaires qui sont aujourd\u2019hui des symboles du caf\u00e9 parisien ouvert par des Aveyronnais : les caf\u00e9s de Flore et des Deux Magots et la brasserie Lipp. Dont on retient le t\u00e9moignage de Marcellin Cazes qui commen\u00e7a comme porteur d\u2019eau puis gar\u00e7on de caf\u00e9 avant de reprendre la brasserie Alsacienne et en faire une institution dans le monde des bistrots parisiens ( encore aujourd\u2019hui ). La recette du succ\u00e8s des Aveyronnais, comme Mr Cazes, c\u2019est non seulement des patrons exigeants, tr\u00e8s peu compatissant avec leurs salari\u00e9s et leur facult\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une ambiance dans leurs affaires. Les gens viennent manger mais aussi profiter d\u2019une atmosph\u00e8re chez Lipp mais aussi au caf\u00e9 de Flore et aux Deux- Magots .<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\">Pour conclure, les Aveyronnais de Paris ont su profiter des dynamiques migratoires du XIXe si\u00e8cle pour mener \u00e0 bien un exode rural et s\u2019immiscer dans une branche sp\u00e9cifique du secteur du travail parisien, le monde des Caf\u00e9s. Cependant ils ont gard\u00e9 des liens forts avec la terre natale et l\u2019on retrouve malgr\u00e9 la succession des g\u00e9n\u00e9rations un attachement au village natal. A l\u2019heure actuelle l\u2019ascension vers la capitale n\u2019est plus le fait seulement des Aveyronnais mais l\u2019on retrouve toujours un fort r\u00e9seau d\u2019entraide des Aveyronnais \u00e0 Paris.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em><br>\u201c A Paris il est Aveyronnais, en Aveyron il cherche \u00e0 monter \u00e0 Pari<\/em>s\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><br><strong><em>Bibliographie :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><div style=\"text-align:justify\"><p class=\"has-small-font-size\">Ouvrages<br>RAISON-JOURDE Fran\u00e7oise, La colonie Auvergnate de Paris au XIXe si\u00e8cle, Paris, Ville de Paris commission des travaux historiques, 1976, 400 p.<br>CHODKIEWICZ Jean-Luc, L\u2019Aubrac \u00e0 Paris, une enqu\u00eate d\u2019ethnologie urbaine, Paris, CTHS,<br>2014, 230 p.<br>BAROU Jacques, \u00ab L&rsquo;alimentation. Une ressource \u00e9conomique et identitaire pour les immigr\u00e9s \u00bb, Hommes &amp; Migrations, n\u00b0 1283, 2010, p. 12-23.<\/p><\/div><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">\u00c9mission Radio<br>MAYAUD Jean-Luc, \u201c Une histoire de nostalgie &#8211; les aveyronnais et le mal du pays\u201d, La fabrique de l\u2019histoire, Paris, France Culture, 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">ENGELEN Oc\u00e9ane  L2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">VERLAGUET Clara  L2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">STAINTON Rudy   L1<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme le disait Louis Bonnet \u00e0 propos de l&rsquo;ascension des Aveyronnais \u00e0 Paris, leur but \u00e9tait de \u201c tondre l\u2019univers et ramener la laine au pays\u201d. Cette m\u00e9taphore illustre parfaitement la volont\u00e9 des Aveyronnais de monter faire affaire dans la capitale.Nous avons choisi d\u2019aborder une p\u00e9riode allant de 1830 \u00e0 1960 afin de traiter \u00e0 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2023\/04\/13\/les-aveyronnais-de-paris-1830-1960\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les Aveyronnais de Paris ( 1830 &#8211; 1960 )&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1224,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12533"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1224"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12533"}],"version-history":[{"count":65,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12898,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12533\/revisions\/12898"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}