{"id":13275,"date":"2024-03-21T14:42:39","date_gmt":"2024-03-21T13:42:39","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?p=13275"},"modified":"2024-05-03T23:48:52","modified_gmt":"2024-05-03T21:48:52","slug":"les-animaux-dans-lart-en-occitanie-du-xie-au-xive-siecle-2023-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2024\/03\/21\/les-animaux-dans-lart-en-occitanie-du-xie-au-xive-siecle-2023-2024\/","title":{"rendered":"Les animaux et leurs repr\u00e9sentations dans l\u2019art en Occitanie du XIe au XIVe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;animal est un sujet privil\u00e9gi\u00e9 dans l&rsquo;art : sa repr\u00e9sentation traverse le temps et les soci\u00e9t\u00e9s, depuis l\u2019<strong>art<\/strong> <strong>rupestre pr\u00e9historique<\/strong> \u00e0 nos jours. Au Moyen Age, les <strong>dr\u00f4leries<\/strong> mettent en sc\u00e8ne des animaux et le <strong>bestiaire roman<\/strong> propose un r\u00e9pertoire animalier diversifi\u00e9. La religion a aussi interrog\u00e9 notre place par rapport \u00e0 l\u2019animal. S&rsquo;agissant du christianisme, le c\u00e9l\u00e8bre passage de la  <strong>nomination des animaux<\/strong> par Adam dans la Gen\u00e8se est un <strong>acte de domination<\/strong> qui insiste sur le r\u00f4le particulier dont est investi l\u2019Homme dans la cr\u00e9ation divine (Gen\u00e8se 1:28). Mais c\u2019est aussi un <strong>acte de reconnaissance<\/strong> et de connaissance. Par l\u2019acte de nommer, et l\u2019usage de la parole, Adam se distingue du reste des cr\u00e9atures.&nbsp;Une distinction cognitive et technique qui suscite encore au XXIe si\u00e8cle des d\u00e9bats philosophiques et scientifiques&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle place pour l\u2019animal dans l\u2019historiographie ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jusque dans les ann\u00e9es 70, les v\u00e9t\u00e9rinaires \u00e9taient essentiellement les seuls \u00e0 s&rsquo;int\u00e9r\u00e9sser \u00e0 l\u2019animal dans leurs th\u00e8ses, \u00e0 la fois comme objet biologique et culturel. Avec l&rsquo;essor de l&rsquo;histoire culturelle, l\u2019enjeu de la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 et la prise de conscience grandissante de l\u2019impact des activit\u00e9s humaines sur une faune et une flore fragilis\u00e9es* ont nourri la recherche historique. Ces r\u00e9flexions nouvelles ont trouv\u00e9 leur expression dans le <strong>champ historiographique<\/strong> mais ont plus largement touch\u00e9 la vie politique des Fran\u00e7ais**. Aujourd&rsquo;hui, le sujet de l&rsquo;animal ne rel\u00e8ve plus de la \u00ab\u00a0<em>petite histoire<\/em>\u00ab\u00a0(Pastoureau) et est \u00e9tudi\u00e9 sous diff\u00e9rents angles qui ont facilit\u00e9 le <strong>croisement disciplinaire<\/strong> entre la science historique, l&rsquo;arch\u00e9zoologie, la zoologie, l&rsquo;\u00e9thologie et la g\u00e9n\u00e9tique \u00e9volutive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"line-height:1.5\">*Le loup gris par exemple a compl\u00e8tement disparu en France m\u00e9tropolitaine dans les ann\u00e9es 40 jusqu\u2019\u00e0 sa r\u00e9introduction dans les ann\u00e9es 90 depuis l&rsquo;Italie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">** \u00c7a passe concr\u00e8tement en 1970 par la cr\u00e9ation d\u2019un minist\u00e8re de l\u2019environnement<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>Repr\u00e9sentations g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019animal<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le quotidien des populations m\u00e9di\u00e9vales, les animaux sont omnipr\u00e9sents. C&rsquo;est donc tout naturellement qu&rsquo;elles se sont pos\u00e9es la question de la <strong>responsabilit\u00e9 morale<\/strong> de ces \u00eatres en cas de vols de nourritures ou d&rsquo;accidents. Dans l&rsquo;art, la repr\u00e9sentation de l\u2019animal est charg\u00e9e des peurs, des concepts et de la recherche de&nbsp; la perfection par l\u2019Homme. Elle porte des d\u00e9fauts et des qualit\u00e9s qui nous renvoient \u00e0 notre propre humanit\u00e9 et aux r\u00e9f\u00e9rents moraux de l\u2019\u00e9poque. Dans le bestiaire m\u00e9di\u00e9val, les animaux repr\u00e9sentent le bien ou le mal et symbolisent souvent ce que l&rsquo;on trouve dans l&rsquo;Ancien ou dans le Nouveau Testament. Cependant, l&rsquo;interpr\u00e9tation peut \u00eatre d\u00e9form\u00e9e car il faut prendre en compte tout le contexte dans lequel on retrouve l&rsquo;animal. C\u2019est en ce sens que la repr\u00e9sentation de l&rsquo;animal occupe une <strong>fonction didactique<\/strong> : en servant de mod\u00e8le moral il montre \u00e0 l\u2019humain ce qu\u2019il doit \u00eatre et ne pas \u00eatre. Dans ce processus d\u2019assimilation, l\u2019animal est l\u2019extension de la nature humaine. Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas rare de voir un animal repr\u00e9sent\u00e9 en train d\u2019effectuer une activit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>L\u2019animal produit de l\u2019homme : le cas du chien<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nos anc\u00eatres ont jou\u00e9 un r\u00f4le significatif dans l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9tique des chiens par les croisements intentionnels et la s\u00e9lection des races selon des crit\u00e8res physiques et des aptitudes sp\u00e9cifiques. A l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, cet animal b\u00e9n\u00e9ficiait d\u00e9j\u00e0 chez certains auteurs d\u2019une image relativement positive. C\u2019est le cas de l&rsquo;\u00e9rudit romain <strong>Isidore de S\u00e9ville<\/strong> (\u2020636) et dont les <strong><em>\u00c9tymologies<\/em><\/strong> constituaient une source importante de savoir pour les contemporains. L\u2019auteur \u00e9crit au sujet du chien que sa nature le rend incapable de vivre en dehors de la soci\u00e9t\u00e9. Naturellement, cette vision positive se retrouve dans les <strong>ouvrages cyn\u00e9g\u00e9tiques<\/strong>* comme le <em>Livre du roi Moldus<\/em>, ou, plus pr\u00e8s de chez nous, le <strong><em>Livre de la Chasse<\/em> <\/strong>(1387-89) de Gaston Ph\u00e9bus (1331-1391)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*Ouvrage qui porte sur l&rsquo;art et les pratiques de la chasse<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet ouvrage riche de pas moins de quatre-vingt-sept enluminures, Ph\u00e9bus d\u00e9nombre  cinq diff\u00e9rentes races de chien : l\u2019alant, le l\u00e9vrier, le courant, le m\u00e2tin et le chien d\u2019oiseau, chacune repr\u00e9sent\u00e9e et valoris\u00e9e pour leur beaut\u00e9. Gaston Ph\u00e9bus pr\u00e9cise \u00e9galement les capacit\u00e9s physiques et les caract\u00e8res associ\u00e9s \u00e0 une race et une couleur du pelage. Ainsi suivant la description qu&rsquo;il en apporte, les chiens courants noirs seraient plus rapides et les chiens d\u2019oiseaux blancs tachet\u00e9s (\u00e9pagneuls), plus doux et intelligents. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la meute de chien est valoris\u00e9e  en tant qu\u2019<strong>instrument de travail<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines associations dans le trait\u00e9 de chasse nous renvoient \u00e0 tout un tas d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de folklore et de traditions. Les <strong>valeurs symboliques<\/strong> projet\u00e9es sur le comportement des animaux ne sont pas sans faire \u00e9cho aux bestiaires et aux croyances m\u00e9di\u00e9vales chr\u00e9tiennes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/p.monumentum.fr\/galerie\/maxi\/00059\/59717-francais-maison-des-loups.jpg\" alt=\"Maison du 13e si\u00e8cle dite Maison des Loups\" width=\"162\" height=\"216\" \/><figcaption>Maison des Loups et ses statues lupines \u00e0 Caylus, datant du XIIIe si\u00e8cle (photo de Th\u00e9r\u00e8se Gaig\u00e9, monumentum)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse du chien : le loup. Dans le <em>Livre de la Chasse<\/em>, les artistes ont insist\u00e9 plus qu\u2019avec les autres <strong>b\u00eates noires* <\/strong>sur le caract\u00e8re violent de cet animal. Ses traits p\u00e9joratifs sont sugg\u00e9r\u00e9s par le sang de ses proies nombreuses, les crocs et son regard exorbit\u00e9. De m\u00eame, on le voit quasi syst\u00e9matiquement en train de manger ou en pr\u00e9sence de sang. A la diff\u00e9rence de beaucoup d\u2019animaux, l\u2019image du loup est toujours n\u00e9gative. Redout\u00e9, bien qu&rsquo;il s\u2019attaque rarement aux hommes, le loup est un pr\u00e9dateur pour le b\u00e9tail. La menace qu\u2019il repr\u00e9sente a justifi\u00e9 la chasse qui a drastiquement r\u00e9duit sa population, de la <strong>louverie<\/strong> de Charlemagne et Louis XIV \u00e0 sa destruction au XIXe si\u00e8cle. En plus d&rsquo;avoir  marqu\u00e9 la toponymie de certains lieux, le loup est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans les sc\u00e8nes de <strong>chasse au loup<\/strong> comme celle plus tardive (XVIIe si\u00e8cle) sur le plafond du ch\u00e2teau des Fiches \u00e0 Verniolle, en Ari\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*Dans l&rsquo;ouvrage, Ph\u00e9bus distingue les <strong>b\u00eates rouges<\/strong> herbivores qui concernent les proies nobles par excellence telles que le cerf, aux <strong>b\u00eates noires<\/strong> aussi dites <strong>puantes<\/strong>. Ce sont  les carnivores et nuisibles comme le sanglier, le loup et le renard.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>Les sp\u00e9cificit\u00e9s de la repr\u00e9sentation animale<\/strong> <strong>en Occitanie<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/books.openedition.org\/pup\/docannexe\/image\/55625\/img-2.jpg\" alt=\"2.\u00a0\u00c9glise du Plan d\u2019Aragnouet (Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es)\" width=\"208\" height=\"450\" \/><figcaption>Plan d\u2019Aragnouet, XIVe (photo de \u00c9.&nbsp;Bielle)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Concernant les sp\u00e9cificit\u00e9s de la repr\u00e9sentation animale en Occitanie, les productions artistiques de la zone sont tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9es de la <strong>faune locale<\/strong>. C\u2019est ainsi qu\u2019au XIVe si\u00e8cle, apr\u00e8s l\u2019essor de l&rsquo;<strong>aristot\u00e9lisme<\/strong>*, l\u2019isard et le bouquetin deviennent des sujets de choix dans le r\u00e9pertoire des artistes de la p\u00e9riode. On retrouve ces figures dans des plafonds peints dont celui de Lagrasse, ou dans des peintures comme celle d\u00e9corant la chapelle du ch\u00e2teau de Castillon-en-Couserans. Un autre exemple notable est la fresque de la chapelle fun\u00e9raire de Dominique Grima au couvent des Jacobins de Toulouse, o\u00f9 un quadrup\u00e8de arbore des cornes d&rsquo;isard.&nbsp; Cette tendance pour les artistes \u00e0 peindre des esp\u00e8ces de leur environnement proche est illustr\u00e9e par le Plan d\u2019Aragnouet. Dans <em>Le<\/em> <em>bouquetin dans les Pyr\u00e9n\u00e9es du Moyen Age au XXe si\u00e8cle<\/em>, Claudine Pailh\u00e8s parle de repr\u00e9sentation <\/p>\n\n\n\n<p>\u201c<strong><em>pyr\u00e9n\u00e9is\u00e9e<\/em><\/strong>\u201d des animaux. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*Avec cet<strong> <\/strong>aristot\u00e9lisme permis par la r\u00e9decouverte des textes d&rsquo;Aristote, on se tourne vers le monde r\u00e9el. La connaissance des choses ne vient plus du divin (Platon) mais du contact avec notre monde ext\u00e9rieur. Ce r\u00e9alisme qui exalte <strong>l\u2019empirisme<\/strong> (les sens et l\u2019exp\u00e9rience per\u00e7ue) permet \u00e0 la culture m\u00e9di\u00e9vale de s&rsquo;int\u00e9r\u00e9sser autrement \u00e0 la nature. Certains, comme Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise (\u20201226), consid\u00e8rent les animaux et les Hommes comme <strong>parents<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-5.png\" alt=\"Plan d\u2019Aragnouet\n\" class=\"wp-image-13285\" width=\"214\" height=\"103\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-5.png 914w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-5-300x145.png 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-5-768x371.png 768w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><figcaption>Peintures du XIIIe de deux bouquetins sur l&rsquo;abside du ch\u00e2teau de Castillon-en-Couserans (Ari\u00e8ge), (photo de J-F.&nbsp;Peir\u00e9, Drac Occitanie)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019autre caract\u00e9ristique distinctive r\u00e9side dans <strong>l\u2019apport ib\u00e9rique<\/strong>, en particulier dans la zone languedocienne. Cette influence se manifeste dans la <strong>typologie des repr\u00e9sentations<\/strong> des animaux.  Dans les plafonds peints et closoirs du XIII et XIVe si\u00e8cle du palais archi\u00e9piscopal de Narbonne c&rsquo;est surtout vrai pour cerfs et les oiseaux : les plumes de l\u2019alule suivent une ligne spiral\u00e9e, un choix stylistique qui nous renvoie aux enluminures des <strong>Beatus<\/strong>* espagnols du VIII et XIIe si\u00e8cle. Cet apport s\u2019explique par la circulation de copies catalanes de Beatus dans le dioc\u00e8se de Narbonne d\u00e8s le XIIe si\u00e8cle. Le dioc\u00e8se ayant, \u00e0 cette \u00e9poque, des droits sur des \u00e9v\u00each\u00e9s catalans comme l&rsquo;Elne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*Il s&rsquo;agit de manuscrits espagnols qui comprennent des commentaires et des enluminures sur l&rsquo;Apocalypse de Saint Jean<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-13281\" width=\"450\" height=\"316\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-3.png 455w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2024\/03\/image-3-300x211.png 300w\" sizes=\"(max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><figcaption>Narbonne, Palais Vieux,  closoir, monuments historiques et objets d\u2019art du Languedoc-Roussillon-Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es<br><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3><strong>L\u2019animal dans la po\u00e9sie occitane<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s naturelles, ou symboliques, attribu\u00e9es \u00e0 l\u2019animal dans la tradition litt\u00e9raire et des bestiaires ont inspir\u00e9 l\u2019expression artistique des troubadours occitans de la <strong>fin\u2019amor<\/strong>* du XIIe. Ainsi, dans la chanson <em>Altressi com l\u2019orifans<\/em>, <strong>Rigaut de Barbezieux<\/strong> (1120-1163) raconte comment il trahit et perd sa dame, manipul\u00e9 par une autre. Frapp\u00e9 de douleur, il s\u2019enferme  dans une maison isol\u00e9e dans les bois pendant deux ans et refuse de partir sans avoir obtenu son pardon. Dans ce passage, il utilise l\u2019image de l\u2019\u00e9l\u00e9phant : \u201c<em>Comme l\u2019\u00e9l\u00e9phant qui, lorsqu\u2019il tombe, ne peut se relever jusqu\u2019au moment ou les autres, au bruit de leurs cris, le redressent gr\u00e2ce \u00e0 leur voix (&#8230;)\u201d. <\/em>Les auteurs de bestiaires pensaient en effet que l\u2019\u00e9l\u00e9phant \u00e9tait d\u00e9pourvu d\u2019articulations au niveau des jambes. Il lui \u00e9tait donc impossible de se relever seul de sa chute. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 est expliqu\u00e9e par <strong>Pierre de Beauvais<\/strong> par le fait que le mammif\u00e8re met bas dans l\u2019eau et qu&rsquo;il s&rsquo;adosse contre un arbre dans son sommeil.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le loup a aussi une place significative dans la litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale. Le troubadour Peire Vidal (1175-1205) chante la <em>Louve de Pennautier<\/em>. Entre 1190 et 1194, il \u00e9crit quatre chansons qui mettent en sc\u00e8ne son amour pour la <strong>Loba<\/strong>, nom qui lui sert \u00e0 dissimuler l\u2019identit\u00e9 de sa dame. Dans <em>De chantar m\u2019era laissatz<\/em>, la passion d\u00e9vorante de ses sentiments glisse vers la folie. Il se met \u00e0 porter la fourrure du loup et est chass\u00e9 par les bergers. La Loba quant \u00e0 elle rit et prend plaisir dans le spetacle de la souffrance du po\u00e8te. Cette insensibilit\u00e9 manifeste renvoie \u00e0 la cruaut\u00e9 traditionnellement associ\u00e9e \u00e0 la figure lupine. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*litt\u00e9rature courtoise m\u00e9ridionale du XIIe si\u00e8cle en langue vernaculaire. Aussi dit amour courtois, cette fin&rsquo;amor porte sur un amour id\u00e9alis\u00e9 et raffin\u00e9, mettant l&rsquo;accent sur la courtoisie, la loyaut\u00e9, le respect envers la dame aim\u00e9e et que la d\u00e9votion. Elle met souvent en sc\u00e8ne un amour adult\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019animal est une <strong>figure pluridimensionnelle<\/strong> : il est \u00e0 la fois compagnon et nuisible, force et instrument de travail, ressource vitale et vecteur symbolique. L\u2019utilisation pratique et symbolique de l\u2019animal r\u00e9v\u00e8le la complexit\u00e9 de nos interactions avec notre environnement et la connexion particuli\u00e8re que l\u2019Homme entretient depuis toujours avec le monde animal. Encore aujourd\u2019hui, l&rsquo;animal est omnipr\u00e9sent dans notre culture populaire. Personnage de contes, de cin\u00e9ma ou encore de jeu vid\u00e9o, il continue de nous divertir dans des memes et sert de logo pour de grandes marques (Tony the Tiger, renard de Firefox). Qui n&rsquo;a pas vu passer cet adorable <strong>Shiba Shokupan<\/strong> ? <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-rounded\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/freepngimg.com\/save\/98020-shiba-inu-doge-meme-free-hq-image\/500x410\" alt=\"Japanese Dog Shiba Inu Memes Auctioned For Crore, Breaks, 57% OFF\" width=\"153\" height=\"125\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>POUR APPROFONDIR&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ACHERMANN Alain-Jean-Paul, <em>Les animaux de la sculpture m\u00e9di\u00e9vale en France<\/em>, Presses Universitaires de Toulouse, Toulouse, 1970, p.107<\/p>\n\n\n\n<p>BARATAY Eric (dir.), <em>Aux sources de l\u2019histoire animale<\/em>, \u00c9ditions de la Sorbonne, Paris, 2019, p.282<\/p>\n\n\n\n<p>CAZES Quitterie, <em>Une nouvelle lecture du clo\u00eetre de Moissac (Tarn-et-Garonne)<\/em>, Bulletin monumental, tome 170, n\u00b01, Paris, 2012, p.5<\/p>\n\n\n\n<p>PAILH\u00c8S Claudine, <em>L&rsquo;homme et l&rsquo;animal sauvage dans les Pyr\u00e9n\u00e9es ari\u00e9geoises,<\/em> Conseil g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Ari\u00e8ge-Archives d\u00e9partementale, Foix, 2013, p.321<\/p>\n\n\n\n<p>PASTOUREAU Michel, <em>L&rsquo;Ours : Histoire d&rsquo;un roi d\u00e9chu<\/em>, Seuil, Paris, 2007, p.419<\/p>\n\n\n\n<p>REGOND Annie, <em>Peintures murales m\u00e9di\u00e9vales : images pour un message<\/em>, Rempart, Paris, 2004, p.127<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:11px\">L2 : Camille Dias, Cl\u00e9mence Laborie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;animal est un sujet privil\u00e9gi\u00e9 dans l&rsquo;art : sa repr\u00e9sentation traverse le temps et les soci\u00e9t\u00e9s, depuis l\u2019art rupestre pr\u00e9historique \u00e0 nos jours. Au Moyen Age, les dr\u00f4leries mettent en sc\u00e8ne des animaux et le bestiaire roman propose un r\u00e9pertoire animalier diversifi\u00e9. La religion a aussi interrog\u00e9 notre place par rapport \u00e0 l\u2019animal. S&rsquo;agissant du &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2024\/03\/21\/les-animaux-dans-lart-en-occitanie-du-xie-au-xive-siecle-2023-2024\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les animaux et leurs repr\u00e9sentations dans l\u2019art en Occitanie du XIe au XIVe si\u00e8cle&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1175,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[18],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13275"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1175"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13275"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13275\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14128,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13275\/revisions\/14128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13275"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13275"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13275"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}