{"id":14447,"date":"2025-03-21T15:32:15","date_gmt":"2025-03-21T14:32:15","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?p=14447"},"modified":"2025-03-21T15:58:23","modified_gmt":"2025-03-21T14:58:23","slug":"la-place-de-lart-en-urss-de-1917-a-1953","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2025\/03\/21\/la-place-de-lart-en-urss-de-1917-a-1953\/","title":{"rendered":"La place de l&rsquo;art en URSS de 1917 \u00e0 1953"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1917 est charni\u00e8re pour la Russie car elle annonce des bouleversements significatifs dont la chute du r\u00e9gime du <a href=\"https:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/nicolas-ii-alexandrovitch\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/nicolas-ii-alexandrovitch\/\">tsar Nicolas II<\/a> et la mise en place d\u2019une R\u00e9publique communiste. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ving.135.0002\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ving.135.0002\">La r\u00e9volution d\u2019octobre 1917<\/a>, entra\u00eene une grande transformation sociale et politique du pays qui se refl\u00e8te dans les \u0153uvres produites \u00e0 cette \u00e9poque. L\u2019art devient alors un outil essentiel au r\u00e9gime pour v\u00e9hiculer des id\u00e9es aux masses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau r\u00e9gime cherche \u00e0 red\u00e9finir la culture et \u00e0 en faire un moyen d\u2019\u00e9ducation et de propagande. De nombreux artistes s\u2019engagent dans ce projet, mettant leur cr\u00e9ativit\u00e9 au service d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment l\u2019art s\u2019inscrit-il dans le projet politique de l\u2019URSS entre 1917 et 1953 ?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14451\" width=\"450\" height=\"257\" \/><figcaption>Esquisse pour une affiche &#8211; <em>Dressez la banni\u00e8re de Marx, Engels, L\u00e9nine et Staline !Dressez la banni\u00e8re de Marx, Engels, L\u00e9nine et Staline !<\/em> de Gustave Klucis, Collection du Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Lettonie<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2>L&rsquo;art au service de la R\u00e9volution (1917-1924)<\/h2>\n\n\n\n<h3>L&rsquo;expansion du mouvement avant-gardiste sovi\u00e9tique<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/A-Lotchenko.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14453\" width=\"212\" height=\"252\" \/><figcaption><br>Composition circulo-lin\u00e9aire, Rodchenko, 1915<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Apr\u00e8s la r\u00e9volution d\u2019octobre 1917, l\u2019art russe prend un tournant significatif. En effet, <a href=\"https:\/\/www.grandpalais.fr\/fr\/article\/decouvre-rouge-art-et-utopie-au-pays-des-soviets\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.grandpalais.fr\/fr\/article\/decouvre-rouge-art-et-utopie-au-pays-des-soviets\">l&rsquo;avant-garde sovi\u00e9tique<\/a> favorise l\u2019essor de nouveaux courants artistiques tels que: le constructivisme, le supr\u00e9matisme et le futurisme russe. Avec ces mouvements les normes artistiques se trouvent repouss\u00e9es et les r\u00e8gles de l\u2019Ancien R\u00e9gime aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cadre, l&rsquo;art se transforme en un outil de modernisation et en une mani\u00e8re de rompre de fa\u00e7on radicale avec l&rsquo;ordre pr\u00e9\u00e9tabli. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;une simple expression personnelle, mais plut\u00f4t d&rsquo;un effort collectif destin\u00e9 \u00e0 red\u00e9finir les formes et l&rsquo;utilisation artistiques. Ainsi, les artistes utilisent leur cr\u00e9ativit\u00e9 pour servir une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, cherchant une esth\u00e9tique qui refl\u00e8te les id\u00e9aux du socialisme.<\/p>\n\n\n\n<h3>Une forme d&rsquo;art au centre de la m\u00e9tamorphose sociale<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Propagande-socialiste.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14454\" width=\"194\" height=\"277\" \/><figcaption>Affiche de propagande russe &#8211; \u00ab\u00a0Vous \u00eates-vous port\u00e9 volontaire ?\u00a0\u00bbde <em>Dimitry Moor<\/em>, 1920<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les bolcheviks, reconnaissant l&rsquo;influence de l&rsquo;art en tant qu&rsquo;outil id\u00e9ologique, soutiennent des d\u00e9marches destin\u00e9es \u00e0 populariser la culture. L&rsquo;augmentation des mus\u00e9es et des expositions publiques offre au public un acc\u00e8s \u00e0 une cr\u00e9ation artistique r\u00e9vis\u00e9e pour tous. L&rsquo;art devient aussi un instrument cl\u00e9 de la propagande r\u00e9volutionnaire. <\/p>\n\n\n\n<p>Des posters frappants, des performances en plein air et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre militantes diffusent les principes communistes, tels que l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, l&rsquo;internationalisme prol\u00e9tarien ou encore la centralisation de l\u2019\u00e9conomie sur l&rsquo;ensemble du territoire. Des artistes comme Vladimir Ma\u00efakovski s&rsquo;engagent vigoureusement dans la conception d&rsquo;un \u00ab art prol\u00e9tarien \u00bb, con\u00e7u pour stimuler et mobiliser les travailleurs et les paysans.<\/p>\n\n\n\n<h3>La mise en place des premi\u00e8res institutions culturelles<\/h3>\n\n\n\n<p>Au cours des premiers mois du r\u00e9gime bolchevique, des organisations ont \u00e9t\u00e9 mises en place pour superviser et guider la cr\u00e9ation artistique. <em>Le Narkompros,<\/em> ou le Commissariat du peuple pour l&rsquo;\u00e9ducation, est mis en place pour superviser les activit\u00e9s dans les domaines de la culture et de l&rsquo;\u00e9ducation. Sous la conduite de l\u2019homme politique et de lettres Anatoli Lounatcharski, il appuie les d\u00e9marches innovantes tout en garantissant une coh\u00e9rence id\u00e9ologique des \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Prolekult-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14456\" width=\"426\" height=\"241\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Prolekult-1.png 303w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Prolekult-1-300x169.png 300w\" sizes=\"(max-width: 426px) 100vw, 426px\" \/><figcaption>Si\u00e8ge du Proletkult \u00e0 Moscou dans l&rsquo;ancien h\u00f4tel particulier de Savva Morozov<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>De m\u00eame,<em> le Proletkult<\/em>, qui signifie        \u00ab culture prol\u00e9tarienne \u00bb, occupe une position cl\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une culture sp\u00e9cifiquement socialiste. Cette structure favorise l&rsquo;expression artistique effectu\u00e9e par et pour les ouvriers, dans le but d&rsquo;\u00e9tablir un art authentiquement prol\u00e9tarien, lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019influence bourgeoise.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container\">\n<p>Donc, de 1917 \u00e0 1924, l&rsquo;art sovi\u00e9tique traverse une p\u00e9riode d&rsquo;effervescence sans pr\u00e9c\u00e9dent. Outil de propagande et lieu d&rsquo;exp\u00e9rimentation et de rupture, il suit la transformation radicale de la soci\u00e9t\u00e9 russe et pave le chemin pour l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles formes de cr\u00e9ation en harmonie avec les id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator aligncenter\" \/>\n\n\n\n<h2>La mont\u00e9e du r\u00e9alisme socialiste et la standardisation  de l\u2019art sous Staline (1924-1941)<\/h2>\n\n\n\n<h3>La fin de l\u2019Avant-garde et le d\u00e9but de l\u2019imposition du r\u00e9alisme socialiste<\/h3>\n\n\n\n<p>Les avant-gardes, tout particuli\u00e8rement les constructivistes initi\u00e9s par Vladimir Tatline, rejettent apr\u00e8s la R\u00e9volution d\u2019Octobre 1917 la vision bourgeoise et individuelle de l\u2019art. En s\u2019extrayant des codes artistiques classiques s&rsquo;inspirant uniquement du r\u00e9el, les avant-gardes explorent des concepts novateurs, tels que la g\u00e9om\u00e9trie et l\u2019abstrait. Cette nouvelle fa\u00e7on de penser et produire l\u2019art s\u2019adapte \u00e0 l\u2019\u00e8re industrielle et la pens\u00e9e socialiste dont elle s&rsquo;impr\u00e8gne. L\u2019art est alors au service de la construction d\u2019un nouveau monde.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Ounovis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14458\" width=\"222\" height=\"302\" \/><figcaption>UNOVIS en 1920. Malevitch au centre. Vitebsk.<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019arriv\u00e9e de Staline au pouvoir en 1924, ces exp\u00e9rimentations furent consid\u00e9r\u00e9es comme trop \u00e9litistes et n\u2019\u00e9tant pas accessibles aux masses. C\u2019est dans ce contexte que le 23 avril 1932, un d\u00e9cret du Comit\u00e9 central du Parti communiste dissout les groupes d\u2019artistes ind\u00e9pendants, comme <em>l\u2019Unovis <\/em>de Malevitch, marquant la fin de l\u2019effervescence artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans plus tard, en 1934, le r\u00e9alisme socialiste est proclam\u00e9 style artistique officiel lors du premier congr\u00e8s de l\u2019Union des \u00e9crivains sovi\u00e9tiques. L\u2019art est ainsi utilitaire et est vecteur d\u2019un message clair : cr\u00e9er une imagerie positive et mobilisatrice du r\u00e9gime, destin\u00e9e \u00e0 inspirer le peuple et \u00e0 cimenter son adh\u00e9sion au projet communiste. La peinture, la sculpture, la litt\u00e9rature, l\u2019architecture et m\u00eame le cin\u00e9ma sont mis au service de cette id\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<h3>L\u2019art comme instrument de propagande<\/h3>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9alisme socialiste repr\u00e9sente une transformation esth\u00e9tique par l\u2019imposition institutionnelle de normes artistiques, mais aussi une soumission totale de l\u2019art aux besoins id\u00e9ologiques et politiques du r\u00e9gime. De cette fa\u00e7on, la libert\u00e9 de cr\u00e9ation est limit\u00e9e \u00e0 la glorification de l\u2019Etat sovi\u00e9tique, notamment en l\u2019appuyant lors de grandes campagnes \u00e9conomiques et sociales de Staline. Mais aussi \u00e0 l&rsquo;exaltation de ses dirigeants et des travailleurs. La collectivisation et l\u2019industrialisation sont deux piliers du programme stalinien, et qui furent de fait au c\u0153ur des productions artistiques.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14460\" width=\"240\" height=\"185\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture.png 339w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture-300x233.png 300w\" sizes=\"(max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><figcaption>Peinture &#8211; \u00ab\u00a0<em>Joseph Staline et Kliment Vorochilov au Kremelin<\/em>\u00ab\u00a0, Moscou, de Guerassimov Alexandre, 1938 <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/2-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14462\" width=\"172\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/2-683x1024.jpg 683w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/2-200x300.jpg 200w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/2-768x1152.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/2.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 172px) 100vw, 172px\" \/><figcaption>Sculpture monumentale &#8211; \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;ouvrier et la kolkhozienne<\/em>\u00a0\u00bb de Vera Moukhina, 1937<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le tableau \u00ab <em>Staline et Vorochilov dans le Kremlin <\/em>\u00bb, peint en 1938 par Alexandre Guerassimov, met en sc\u00e8ne le pouvoir d\u2019un leader charismatique, sage et tourn\u00e9 vers l\u2019avenir. De la m\u00eame mani\u00e8re, la sculpture \u201c<em>L&rsquo;Ouvrier et la Kolkhozienne<\/em>\u201d, r\u00e9alis\u00e9e par Vera Moukhina en 1937 en vue de l\u2019Exposition universelle de Paris. Les deux figures repr\u00e9sent\u00e9es c\u00e9l\u00e8brent l\u2019unit\u00e9 du prol\u00e9tariat et de la paysannerie sous le communisme. Ainsi la propagande est destin\u00e9e \u00e0 impressionner et \u00e0 convaincre, tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays qu\u2019\u00e0 l\u2019international.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois les arts mobilis\u00e9s par le r\u00e9gime sovi\u00e9tique ne se limitaient pas \u00e0 des productions sculpturales ou picturales. Parmi les auteurs notoires de l\u2019\u00e9poque, Maxime Gorki se d\u00e9marque dans ses romans, comme <em>La M\u00e8re<\/em> en 1906, au fondement du r\u00e9alisme socialiste. Tandis que des films comme <em>Alexandre Nevski <\/em>diffus\u00e9 en 1938 de Sergue\u00ef Eisenstein, exultent le pass\u00e9 h\u00e9ro\u00efque dans l\u2019intention de cultiver l\u2019esprit patriotique de l\u2019\u00e9poque. Cependant, tout comme <em>Le Cuirass\u00e9 Potemkine<\/em> diffus\u00e9 en 1926, il d\u00e9passe le simple cadre de la propagande pour devenir une \u0153uvre cin\u00e9matographique majeure, tant sur le plan esth\u00e9tique que narratif.<\/p>\n\n\n\n<h3>Le contr\u00f4le des productions artistiques et une censure stricte<\/h3>\n\n\n\n<p>Entre 1924 et 1941, la censure en Union sovi\u00e9tique \u00e9tait un instrument cl\u00e9 du contr\u00f4le \u00e9tatique sur l&rsquo;information, la culture et les id\u00e9es. Ainsi le r\u00e9alisme socialiste reposait sur une uniformit\u00e9 id\u00e9ologique de toutes les formes d\u2019art et d\u2019expression. Ce contr\u00f4le s&rsquo;accompagne d\u2019une censure implacable, institu\u00e9e par des organisations \u00e9tatiques, telles que l\u2019Union des \u00e9crivains fond\u00e9e en 1932 et l\u2019Union des artistes sovi\u00e9tiques cr\u00e9\u00e9e l\u2019ann\u00e9e qui suit.<\/p>\n\n\n\n<p>La censure \u00e9tait dirig\u00e9e par plusieurs grandes instances et de nombreux d\u00e9partements intimement li\u00e9s au Parti communiste et \u00e0 Staline lui-m\u00eame. Parmi les structures les plus importantes on compte le <em>Politburo<\/em>, qui en d\u00e9finissant les lignes id\u00e9ologiques veillait \u00e0 \u201cl\u2019agitation et la propagande\u201d. Tandis que d\u2019autres organes surveillaient les parutions et op\u00e9raient un code de censure strict tels que le <em>Glavit<\/em> ou la police secr\u00e8te, le <em>NKVD<\/em>. Ce syst\u00e8me centralis\u00e9 initi\u00e9 par l\u2019Etat sovi\u00e9tique \u00e9tait garant d\u2019une prise totale de l\u2019information et des productions artistiques, traquant toutes formes de pens\u00e9es divergentes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur Alexandre Soljenitsyne annonce dans son premier roman <em>Une journ\u00e9e d\u2019Ivan Denissovitch<\/em>, paru en 1962 : \u201c[&#8230;] la seule libert\u00e9 vraiment respect\u00e9e en U.R.S.S \u00e9tant celle d\u2019interdire [&#8230;]\u201d. Cette citation met en \u00e9vidence le caract\u00e8re restrictif et totalitaire du r\u00e9gime qui avait un contr\u00f4le absolu sur la soci\u00e9t\u00e9 et dans lequel toute initiative non conforme \u00e0 la pens\u00e9e exig\u00e9e pouvait \u00eatre s\u00e9v\u00e8rement punie. L&rsquo;\u0153uvre de Soljenitsyne est la premi\u00e8re t\u00e9moignant de l&rsquo;existence de camps de travail en U.R.S.S, tir\u00e9e de sa propre exp\u00e9rience concentrationnaire dans un goulag. Face \u00e0 la censure et \u00e0 la r\u00e9pression, de nombreux artistes ont d\u00e9velopp\u00e9 des strat\u00e9gies de contournement des contraintes impos\u00e9es par le r\u00e9gime, tel que Boris Pasternak, po\u00e8te qui refusa de se conformer au r\u00e9alisme socialiste et fut contraint de s\u2019exiler. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Alexandre.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14467\" width=\"373\" height=\"249\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Alexandre.png 624w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Alexandre-300x200.png 300w\" sizes=\"(max-width: 373px) 100vw, 373px\" \/><figcaption>Alexandre Soljenitsyne en 1953, envoy\u00e9 en rel\u00e9gation perp\u00e9tuelle \u00e0 Kok-Terek, au Kazakhstan<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2>L&rsquo;art pendant et apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale (1941-1953)<\/h2>\n\n\n\n<h3>Mobilisation des artistes pour soutenir l\u2019Arm\u00e9e rouge et r\u00e9sister \u00e0 l\u2019invasion nazie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture-decran-2025-02-26-151942.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14469\" width=\"224\" height=\"336\" \/><figcaption><br>W. A. Nikolajew,  \u00ab\u00a0En avant, d\u00e9truisons l&rsquo;occupant allemand et chassons-le aux fronti\u00e8res de notre patrie\u00a0\u00bb. Affiche, URSS 1944<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En juin 1941, l\u2019Allemagne nazie envahit l\u2019URSS. D\u00e8s lors, le cin\u00e9ma sovi\u00e9tique devient un v\u00e9ritable moyen de propagande de guerre dans la prise de position et l\u2019implication de la population en soutien de l\u2019Arm\u00e9e rouge. L\u2019industrie cin\u00e9matographique sovi\u00e9tique se fait propagatrice des valeurs patriotiques via la production intense de films de fiction, d\u2019animation (destin\u00e9 aux plus jeunes) et de documentaires. Toutes ces productions servaient \u00e0 sensibiliser tant les adultes que les enfants, tant le public sovi\u00e9tique qu\u2019\u00e9tranger aux crimes ennemis dans les territoires occup\u00e9s et encourager l\u2019effort de guerre \u00e0 la cause nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les institutions d&rsquo;\u00c9tat, qu&rsquo;elles r\u00e9agissent ouvertement ou discr\u00e8tement, furent des commanditaires majeurs de ces productions, orientant ainsi la vari\u00e9t\u00e9 des strat\u00e9gies de persuasion. Cette diversit\u00e9 permet d&rsquo;adapter les messages en fonction des publics, tant en URSS qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, renfor\u00e7ant l&rsquo;image d&rsquo;une nation sovi\u00e9tique d\u00e9termin\u00e9e et solidaire face \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3>\u0152uvres exaltant le courage des soldats et la d\u00e9fense de la patrie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Capture-decran-2025-02-26-152157.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14471\" width=\"288\" height=\"197\" \/><figcaption><br>Le drapeau sovi\u00e9tique sur le Reichstag, Berlin, 1945 de Evgueni Khalde\u00ef. Photographie \/ Universal History Archive<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019art visuel joue \u00e9galement un r\u00f4le crucial dans la mobilisation des esprits. Une photographie embl\u00e9matique, \u00ab\u00a0Le Drapeau rouge sur le Reichstag\u00a0\u00bb, illustre parfaitement cette dynamique. Prise par le photographe Evgueni Khaldei en mai 1945, elle repr\u00e9sente un soldat de l\u2019Arm\u00e9e rouge, hissant le drapeau sovi\u00e9tique au sommet du Reichstag. Les couleurs, les jeux de diagonales et la composition de ces \u0153uvres visuelles ont \u00e9t\u00e9 soigneusement pens\u00e9es par le r\u00e9gime sovi\u00e9tique \u00e0 des fins de propagande, illustrant la puissance de l\u2019URSS et sa contribution d\u00e9cisive \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne nazie.<\/p>\n\n\n\n<h3>La continuit\u00e9 du r\u00e9alisme socialiste et le renforcement de la censure apr\u00e8s la guerre<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e dans la guerre froide place le r\u00e9alisme socialiste, d\u00e9j\u00e0 dominant, comme instrument central du pouvoir sovi\u00e9tique. Par son imposition, le r\u00e9gime voulait parvenir \u00e0 renforcer la coh\u00e9sion et l\u2019uniformisation id\u00e9ologique ainsi que transformer la population en acteur impliqu\u00e9 au projet socialiste. D\u2019autre part, l\u2019application de cette doctrine artistique \u00e9tait pens\u00e9e dans l\u2019objectif d\u2019\u00e9duquer les masses aux valeurs socialistes et glorifier la croyance au marxisme-l\u00e9ninisme  qui promettait un avenir radieux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Eisenstein-Ivan-le-terrible-affiche-1-751x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14475\" width=\"225\" height=\"306\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Eisenstein-Ivan-le-terrible-affiche-1-751x1024.jpg 751w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Eisenstein-Ivan-le-terrible-affiche-1-220x300.jpg 220w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Eisenstein-Ivan-le-terrible-affiche-1-768x1047.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/03\/Eisenstein-Ivan-le-terrible-affiche-1.jpg 1000w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><figcaption><br>\u201cIvan The Terrible\u201d de Serge\u00ef Eisenstein,1945<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Toute influence occidentale fut alors vivement combattue. Les artistes accus\u00e9s de cosmopolitisme ou de d\u00e9cadence furent censur\u00e9s. Le r\u00e9alisateur Sergue\u00ef Eisenstein en fit l\u2019exp\u00e9rience avec son film <em>Ivan le Terrible<\/em> (1945). Si la premi\u00e8re partie fut bien accueillie pour son exaltation du pouvoir fort, la seconde, d\u00e9non\u00e7ant les d\u00e9rives despotiques d\u2019Ivan IV, fut interdite, car per\u00e7ue comme une critique du r\u00e9gime stalinien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine pictural, le rejet de l\u2019h\u00e9ritage occidental fut \u00e9galement manifeste. Alexandre De\u00efneka, chef de file de la peinture r\u00e9aliste socialiste, illustre cette tendance en mettant en sc\u00e8ne des figures embl\u00e9matiques du r\u00e9gime, comme Ma\u00efakovski peignant une affiche de propagande.<\/p>\n\n\n\n<h3>Un art fig\u00e9 mais omnipr\u00e9sent dans la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique<\/h3>\n\n\n\n<p>La production massive d\u2019\u0153uvres glorifiant Staline et les h\u00e9ros sovi\u00e9tiques permit de diffuser un art standardis\u00e9, accessible \u00e0 tous. Ce syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation culturelle centralis\u00e9e uniformise la pens\u00e9e et fa\u00e7onne une perception biais\u00e9e de l\u2019art. Dans l\u2019URSS des ann\u00e9es 1930 et 1940, les citoyens ne connaissaient que l\u2019art valid\u00e9 par l\u2019\u00c9tat, renfor\u00e7ant ainsi la croyance en la sup\u00e9riorit\u00e9 de la culture sovi\u00e9tique sur celle de l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impact de cette politique fut profond : l\u2019art devint un outil de contr\u00f4le id\u00e9ologique, modelant l\u2019imaginaire collectif et consolidant le pouvoir en place. Si cette omnipr\u00e9sence permit une diffusion efficace des valeurs du r\u00e9gime, elle eut pour cons\u00e9quence de figer la cr\u00e9ation artistique, limitant ainsi toute forme d\u2019innovation et d\u2019expression individuelle.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/bibliographie-indicative-2\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/bibliographie-indicative-2\/\">Bibliographie indicative <\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Etudiants : AZAM Roxane (L2), BESSIERE-COUSINIE Juliette (L2), LALANDE Ilan (L1)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1917 est charni\u00e8re pour la Russie car elle annonce des bouleversements significatifs dont la chute du r\u00e9gime du tsar Nicolas II et la mise en place d\u2019une R\u00e9publique communiste. La r\u00e9volution d\u2019octobre 1917, entra\u00eene une grande transformation sociale et politique du pays qui se refl\u00e8te dans les \u0153uvres produites \u00e0 cette \u00e9poque. L\u2019art devient &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2025\/03\/21\/la-place-de-lart-en-urss-de-1917-a-1953\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La place de l&rsquo;art en URSS de 1917 \u00e0 1953&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1275,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[28],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14447"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1275"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14447"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14447\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14491,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14447\/revisions\/14491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}