{"id":14734,"date":"2025-04-28T18:00:55","date_gmt":"2025-04-28T16:00:55","guid":{"rendered":"http:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/?p=14734"},"modified":"2025-05-06T16:45:30","modified_gmt":"2025-05-06T14:45:30","slug":"la-prostitution-dans-le-languedoc-entre-le-xive-et-xve-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2025\/04\/28\/la-prostitution-dans-le-languedoc-entre-le-xive-et-xve-siecle\/","title":{"rendered":"La Prostitution dans le Languedoc entre le XIVe et XVe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<p>Souvent qualifi\u00e9 de plus vieux m\u00e9tier du monde, la prostitution occupait une place ambivalente dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, oscillant entre tol\u00e9rance et marginalisation. Dans le Languedoc, comme ailleurs en Europe aux XIV<sup>e <\/sup>et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, elle faisait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9glementation par plusieurs instances visant \u00e0 la contr\u00f4ler sans pour autant l\u2019\u00e9radiquer. Nous avons principalement nous nous sommes principalement appuy\u00e9es sur l\u2019ouvrage :<em> La prostitution au Moyen \u00c2ge : le commerce charnel du midi toulousain du XIIIe-XVIe s.<\/em>d\u2019Agathe Roby. Agathe Roby explore la r\u00e9gulation et l\u2019\u00e9volution de la prostitution \u00e0 Toulouse. Elle explore l\u2019institutionnalisation des bordels, les dynamiques urbaines, les portraits des prostitu\u00e9es et leurs impacts socioculturels. Nous pouvons donc nous demander : quelle est la place de la prostitution dans le Languedoc au XIV\u1d49 et XV\u1d49 si\u00e8cle ?<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>I- Les Prostitu\u00e9es Dans La Soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les prostitu\u00e9es \u00e9taient qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0femmes de mauvaise vie\u00a0\u00bb et \u00e9taient souvent d\u00e9sign\u00e9es par un surnom ou un nom faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un lieu ou \u00e0 une caract\u00e9ristique physique. Par exemple, \u00ab\u00a0la Borgne\u00a0\u00bb. Toutefois, ces surnoms \u00e9voquaient avant tout leur statut de prostitu\u00e9es. Par ailleurs, les autorit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque les consid\u00e9raient comme c\u00e9libataires, bien qu\u2019elles puissent aussi \u00eatre mari\u00e9es. Cependant, cette situation ne plaisait pas aux autorit\u00e9s, qui leur demandaient alors de retourner \u00e0 leur vie conjugale. En ce qui concerne les tarifs, ceux-ci \u00e9taient fix\u00e9s en fonction de leur renomm\u00e9e et de la demande des clients. Enfin, bien que les grossesses soient rares, elles restaient possibles. Ainsi, des rem\u00e8des abortifs existaient sous forme de trait\u00e9s m\u00e9dicaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les prostitu\u00e9es sont intergr\u00e9es en tant que t\u00e9moins et reconnues comme victime de viol par la justice. On peut le voir notamment quand les prostitu\u00e9es du bordel public de Toulouse engagent une proc\u00e9dure judiciaire contre les capitouls en 1463. Elles se plaignent d&rsquo;un mauvais traitement de la part de leur tenancier. Elles perdent, cependant, il est important de noter qu\u2019il \u00e9tait donc possible pour elles d\u2019engager des proc\u00e8s m\u00eame contre les autorit\u00e9s municipales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Le cas d\u2019une femme : Catherine de Mas Dieu<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s le registre d\u2019audience du parlement toulousain de 1453, Catherine de Mas Dieu vivait pr\u00e8s de Rodez, \u00e0 Mas Dieu. Elle fut accus\u00e9e de prostitution apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le domicile conjugal, son mari \u00e9tant violent. Selon ce dernier, elle aurait fui de son plein gr\u00e9 pour rejoindre un groupe de l\u2019arm\u00e9e du roi. Cependant, d\u2019apr\u00e8s Catherine, son mari et ses complices l\u2019auraient abandonn\u00e9e dans une rivi\u00e8re, la croyant morte. Lors de sa d\u00e9fense, son avocat resta volontairement vague sur son r\u00f4le au sein du groupe arm\u00e9. Par la suite, elle s\u2019installa \u00e0 Rodez, o\u00f9 elle exer\u00e7a d\u2019abord comme blanchisseuse avant de devenir vendeuse de cuir. N\u00e9anmoins, le procureur du roi exigea donc son expulsion de la ville. Lorsqu\u2019elle a l\u2019appris, Catherine se r\u00e9fugia dans une \u00e9glise et, en signe de contestation, sonna la cloche toute la nuit. Elle tenta alors de faire annuler son expulsion et r\u00e9ussit \u00e0 convaincre un procureur de Villefranche de la d\u00e9fendre. Cependant, les sources ne permettent pas de conna\u00eetre l\u2019issue de son histoire. Ainsi, son cas montre comment une seule femme peut passer par diff\u00e9rentes sortes de prostitutions (forc\u00e9e, itin\u00e9rante, encadr\u00e9e) au cours de sa vie et comment il \u00e9tait facile d\u2019accuser une femme de prostitution sans avoir r\u00e9ellement de preuve.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Une Repr\u00e9sentation dans l\u2019art<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXcYHFL1zKW69Yt3vdJNezinWDID2iqD9pNN7Z1v45UtXOZD29itsjp1a1thyGE-X6G6mIcuwTq8rN-RT6cwL5g1aDtyTv2YsNZtGqBJeDS2QPEqv7lafqB32JUGs8sz2ZSVeg8x?key=0gsIgVqym0fHWNX2AYw4Qw\" width=\"602\" height=\"367\"><\/p>\n\n\n\n<p>La photo au dessus, repr\u00e9sente une femme tenant un miroir et un peigne, face \u00e0 un homme qui lui adresse un geste obsc\u00e8ne. Le miroir et le peigne sont des symboles traditionnellement associ\u00e9s \u00e0 la sir\u00e8ne ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019all\u00e9gorie de la luxure. Quant au geste de l\u2019homme, il place son pouce entre l\u2019index et le majeur, un signe connu sous le nom de \u00ab\u00a0geste de la figue\u00a0\u00bb, un geste m\u00e9prisant faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la sexualit\u00e9.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-1024x650.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14735\" width=\"348\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-1024x650.jpg 1024w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-300x190.jpg 300w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-768x487.jpg 768w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-1536x974.jpg 1536w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/IMG_20241128_114125-1-2048x1299.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 348px) 100vw, 348px\" \/><figcaption>Photos prises du livre d\u2019Agathe Roby du presbyt\u00e8re de Lagrasse<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sur la photo de gauche, on peut voir une sc\u00e8ne d\u2019\u00e9tuve o\u00f9 un homme nu se baigne en compagnie d\u2019une femme. L\u2019homme est un clerc, et un autre clerc, plac\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9, adopte une attitude voyeuriste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes sont v\u00eatues de rouge, portent les cheveux longs ou sont coiff\u00e9es d\u2019un voile, \u00e9l\u00e9ments qui soulignent leur statut et leur r\u00f4le dans la sc\u00e8ne repr\u00e9sent\u00e9e. L\u2019emplacement de ces repr\u00e9sentations pose question parce qu\u2019elles sont plac\u00e9es dans un presbyt\u00e8re, la r\u00e9sidence du cur\u00e9. On pourrait croire qu\u2019elles visent \u00e0 d\u00e9noncer ce type de comportement, mais leur pr\u00e9sence dans une chambre, \u00e0 proximit\u00e9 de plusieurs sc\u00e8nes de carnaval, sugg\u00e8re plut\u00f4t une intention d\u00e9corative qu\u2019un message critique.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>II-Le contr\u00f4le par les institutions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h4><strong>Le Contr\u00f4le de la prostitution: l&rsquo;\u00c9glise<\/strong>&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p>Au XIII\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise choisit d\u2019adopter un discours pragmatique sur la prostitution. Elle est influenc\u00e9e par les \u00e9crits de saint Augustin (IV\u1d49-V\u1d49 si\u00e8cle), qui la qualifiait de mal n\u00e9cessaire. L\u2019\u00c9glise met aussi l\u2019accent sur la r\u00e9habilitation des prostitu\u00e9es, cette vision est influenc\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adapter la morale chr\u00e9tienne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale de l\u2019\u00e9poque. Pour ce faire, les clercs utilisent la figure de Marie-Madeleine appel\u00e9e aussi Marie la Magdal\u00e9nienne&nbsp; dans les \u00c9vangiles, elle est un disciple de J\u00e9sus de Nazareth qui le suit jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers jours. C&rsquo;est une prostitu\u00e9e repentie, elle devient donc gr\u00e2ce \u00e0 cela un mod\u00e8le pour l&rsquo;\u00c9glise de repentance dont elle se sert pour amener les femmes dit d\u00e9viantes \u00e0 se soumettre aux valeurs chr\u00e9tiennes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"502\" height=\"583\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-183558.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14736\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-183558.jpg 502w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-183558-258x300.jpg 258w\" sizes=\"(max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><figcaption>T<em>riptyque de la Vierge au Ma\u00eetre de Fl\u00e9malle <\/em>de Robert Campin ,r\u00e9alis\u00e9 entre 1425 et 1430, dans le contexte des d\u00e9buts de la Renaissance en Flandres.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019image refl\u00e8te le r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise dans la moralisation des femmes marginalis\u00e9es, notamment les prostitu\u00e9es. En pr\u00e9sentant Marie Madeleine comme une p\u00e9cheresse repentie devenue sainte, L&rsquo;\u00c9glise utilise l\u2019image de cette sainte pour maintenir un contr\u00f4le symbolique sur les femmes, leur sexualit\u00e9 et leur r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9. Pour ce faire, elle donne comme seul chemin de r\u00e9habilitation, la soumission aux dogmes de l\u2019\u00c9glise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Le contr\u00f4le de la prostitution: le pouvoir royal<\/strong>&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8ment, plusieurs initiatives sont mises en place&nbsp; par la royaut\u00e9 pour tenter de contr\u00f4ler la prostitution. Comme par exemple les ordonnances de Louis IX de 1254 et 1256. En 1254, Louis IX interdit la prostitution, oordonne l\u2019expulsion des prostitu\u00e9es et sanctionne ceux qui les h\u00e9bergent. Ces mesures, difficilement applicables, rencontrent des r\u00e9sistances. Quand a celle de 1256, elle opte pour un encadrement de la prostitution, elle est plus tol\u00e9r\u00e9e mais strictement r\u00e9gul\u00e9e, avec des zones sp\u00e9cifiques pour l\u2019exercer.Ici, nous pouvons nous rendre compte des efforts de la monarchie pour moraliser la soci\u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre ces r\u00e9formes dans l\u2019ensemble du royaume.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXfZOV_LtyYpgktUVBrads2xx05qe3NNJgsacE64bs7h3ijk3cTCF5kOf-TK69rlhAs02axzAlXX4W8iNPBho43oFgzAww51XREonH7T2Gpyyhb-FYLWCVXclwFUvjMS6pbUEnijIw?key=0gsIgVqym0fHWNX2AYw4Qw\" width=\"296\" height=\"148\">une miniature m\u00e9di\u00e9vale, des enluminures r\u00e9alis\u00e9es dans des manuscrits tels que \u00ab\u00a0<em>Le Livre des \u00e9checs amoureux moralis\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crit au XIVe ou XVe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p>Cette miniature repr\u00e9sente l\u2019all\u00e9gorie des rapports de pouvoir, de la strat\u00e9gie et de l&rsquo;organisation sociale \u00e0 travers le jeu d\u2019\u00e9checs. On y voit aussi la mani\u00e8re dont la monarchie tentait de r\u00e9guler des questions morales complexes comme la prostitution. Nous pouvons prendre l\u2019exemple d\u2019Albi en 1366, o\u00f9 un conflit sur le cantonnement des prostitu\u00e9es oppose l\u2019\u00e9v\u00eaque aux consuls, le duc d\u2019Anjou, tranche au nom du roi en faveur des autorit\u00e9s urbaines, illustrant l\u2019affirmation croissante de la monarchie dans la r\u00e9gulation des m\u0153urs m\u00eame si elle reste limit\u00e9e face aux r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Le contr\u00f4le de la prostitution: la municipalit\u00e9&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Afin de prot\u00e9ger les espaces publics et religieux et de pr\u00e9server la r\u00e9putation de la ville, la prostitution est \u00e0 partir du XIVe si\u00e8cle peu \u00e0 peu cantonn\u00e9e en des lieux sp\u00e9cifiques. G\u00e9n\u00e9ralement plac\u00e9s \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes, ces lieux appel\u00e9s bordels ou castels font l\u2019objet d\u2019une r\u00e9glementation et d\u2019une taxation de la part des autorit\u00e9s urbaines, qui supervisent leur implantation et leur fonctionnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXfFtrY2h4vvRk6JEmd8DJI_FmSydLN2yVQV_jba46jlz00M-Yt-t4Fd2JJyDfmtUcK5QBcbBLxCDbXqFo0O6fSA-z5N4RlGCxAEvKAQsu-e0nuTLns84q1Je7Cjio67LVC3-ND_?key=0gsIgVqym0fHWNX2AYw4Qw\" width=\"281\" height=\"197\">Le bordel de Foix, rue de la Ferratge, carte tir\u00e9e de la th\u00e8se d\u2019Agathe Roby&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>III- Les Bordels publics<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h4><strong>Le fonctionnement d\u2019un \u00e9tablissement<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Bien que ces \u00e9tablissements soient la propri\u00e9t\u00e9 des villes, leur gestion est confi\u00e9e \u00e0 des particuliers selon un syst\u00e8me de fermage. Chaque ann\u00e9e, l\u2019exploitation du bordel est mise aux ench\u00e8res et attribu\u00e9e au plus offrant, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un notable ou d\u2019un simple artisan. De plus, les femmes ou des couples pouvaient eux aussi obtenir ce titre. Ainsi, \u00e0 Toulouse, la Grande Abbaye, l\u2019un des plus vastes \u00e9tablissements de ce type, comprend un prix du fermage, selon les archives municipales, oscillant entre 100 et 200 livres par an au XIV\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019exploitation quotidienne est confi\u00e9e \u00e0 un tenancier ou une tenanci\u00e8re, d\u00e9sign\u00e9(e) sous le titre d\u2019\u00a0\u00bbabb\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0abbesse du public\u00a0\u00bb. Son r\u00f4le ne se limite pas \u00e0 la gestion des finances : il ou elle est aussi responsable de la s\u00e9curit\u00e9, du logement et de l\u2019alimentation des prostitu\u00e9es. De leur c\u00f4t\u00e9, les autorit\u00e9s municipales conservent un droit de regard : elles financent l\u2019entretien des b\u00e2timents et imposent des r\u00e8glements stricts. \u00c0 Pamiers, par exemple, un texte du XVe si\u00e8cle sanctionne toute forme de blasph\u00e8me par une amende, voire une peine de prison, interdit aux prostitu\u00e9es de partager leurs gains avec des \u00ab\u00a0ruffians\u00a0\u00bb (prox\u00e9n\u00e8tes). Un prox\u00e9n\u00e8te, \u00e0 cette \u00e9poque, est g\u00e9n\u00e9ralement une personne servant d\u2019interm\u00e9diaire entre les clients et les prostitu\u00e9es clandestines, op\u00e9rant en dehors du cadre l\u00e9gal des bordels. Souvent associ\u00e9e \u00e0 des pratiques violentes, son activit\u00e9 est s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les clients, eux aussi, sont soumis \u00e0 des r\u00e8gles : p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019\u00e9tablissement en \u00e9tant arm\u00e9 ou forcer une porte est passible de sanctions. Ces clients, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser, ne sont pas des marginaux, mais des citoyens ordinaires (gens d\u2019armes, artisans, \u00e9tudiants\u2026) souvent jeunes et c\u00e9libataires, attir\u00e9s par les prix bas des passes. La fr\u00e9quentation des bordels est en effet socialement accept\u00e9e et seuls certains groupes comme les l\u00e9preux ou les clercs y sont formellement interdits, bien que les sanctions ne soient pas toujours appliqu\u00e9es. De plus, la client\u00e8le ais\u00e9e est \u00e9galement peu pr\u00e9sente dans ces \u00e9tablissements pr\u00e9f\u00e9rant des courtisanes ou des maisons priv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/lh7-rt.googleusercontent.com\/docsz\/AD_4nXdjYmEkx0IcNLS-yKVdQOrwv19xCuEx6MwRG7h5NZstk1oFz_B6uMrHz-0Ojs25CTciwNslcoi3CUBs7VY6dJ5eeW_3Ot2aFac_EOQPzkzKOI1TKVQ0owKGS1N3zAosOEfg1j_aVw?key=0gsIgVqym0fHWNX2AYw4Qw\" width=\"261\" height=\"193\">Bordel, Joachim Beuckelaer, 1502, Mus\u00e9e d&rsquo;Art Walters Belgique<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Quitter la prostitution: entre r\u00e9habilitation et marginalisation<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Si les bordels publics offrent un cadre plus s\u00e9curis\u00e9 aux prostitu\u00e9es, leur carri\u00e8re reste limit\u00e9e dans le temps. En g\u00e9n\u00e9ral, elles cessent leur activit\u00e9 entre 30 et 40 ans et doivent alors trouver une autre voie. Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 elles : le mariage ou l\u2019entr\u00e9e au couvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mariage est particuli\u00e8rement valoris\u00e9, notamment depuis le concile de Latran IV en 1215, qui en fait un sacrement essentiel. D\u00e8s 1198, le pape Innocent III encourage cette voie en affirmant que tout homme \u00e9pousant une ancienne prostitu\u00e9e accomplit un acte pieux permettant d\u2019expier ses propres p\u00e9ch\u00e9s. Si cette vision charitable existe dans les discours religieux, il reste cependant difficile d\u2019en mesurer l\u2019impact concret dans le Midi toulousain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre solution repose sur les couvents destin\u00e9s aux femmes \u00ab\u00a0repenties\u00a0\u00bb, dont le d\u00e9veloppement s\u2019appuie sur la figure de Marie-Madeleine, rappelons le, un symbole de r\u00e9demption.Un exemple marquant est celui de 1516, lorsqu\u2019un pr\u00e9dicateur, Matthieu Menou, r\u00e9ussit \u00e0 convertir un groupe de prostitu\u00e9es de la Grande Abbaye et les conduit au couvent de la Madeleine. Cet \u00e9v\u00e9nement est relat\u00e9 dans les Annales de la ville de Toulouse (1516-1517) et illustr\u00e9 par une enluminure o\u00f9 l\u2019on voit les femmes assister aux sermons de Menou avant d\u2019entrer au couvent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-184127.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14737\" width=\"355\" height=\"348\" srcset=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-184127.jpg 493w, https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-content\/uploads\/sites\/65\/2025\/04\/Capture-decran-2025-04-24-184127-300x294.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><figcaption>Enluminure, Annale de la ville de toulouse (1516-1517)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Cependant, toutes ne choisissent pas ces voies. Certaines deviennent elles-m\u00eames \u00ab\u00a0abbesses\u00a0\u00bb en prenant la t\u00eate d\u2019un bordel public, une pratique relativement courante avant les ann\u00e9es 1470, comme en t\u00e9moignent les parcours de Gelaetat de Sardois (1420-1421) et Marguerita Dargenta (1432-1433) d\u2019anciennes prostitu\u00e9es. Mais au-del\u00e0 de 1470 on ne retrouve plus de tenanci\u00e8re femmes et cela peut s\u2019expliquer par une hausse du prix aux ench\u00e8res. D\u2019autres, en revanche, sombrent dans la mendicit\u00e9 ou deviennent maquerelles, activit\u00e9 ill\u00e9gale et r\u00e9prim\u00e9e par la loi.<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Une tol\u00e9rance encadr\u00e9e mais une image d\u00e9valoris\u00e9e<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Nous pouvons conclure cet article en disant que bien que la prostitution est admise comme un \u00ab\u00a0mal n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, elle n\u2019en reste pas moins stigmatis\u00e9e. Les bordels, bien que plac\u00e9s sous protection municipale et parfois royale, sont maintenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la vie urbaine, et les prostitu\u00e9es sont rarement cit\u00e9es dans les sources autrement que de mani\u00e8re n\u00e9gative.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contradiction illustre bien l\u2019ambivalence de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale face \u00e0 la prostitution : tol\u00e9r\u00e9e, mais surveill\u00e9e ; int\u00e9gr\u00e9e, mais marginalis\u00e9e ; encadr\u00e9e, mais toujours per\u00e7ue comme une faute morale n\u00e9cessitant, \u00e0 terme, une r\u00e9habilitation ou une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n<p>Fait par Carla Denis, Elo\u00efse Monsalli\u00e9, Lucie Etchandy-Mollard et Marie-Gabrielle Jachoux. <\/p>\n\n\n\n<p>Bibliographie indicative : <\/p>\n\n\n\n<p>CATALO, Jean, et Quitterie CAZES. <em>Toulouse au Moyen \u00c2ge : 1000 ans d\u2019histoire urbaine, 400-1480<\/em>. Portet-sur-Garonne : Loubati\u00e8re, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>LETT, Didier. <em>Hommes et femmes du Moyen \u00c2ge &#8211; 2e \u00e9d. : Histoire du genre XIIe-XVe si\u00e8cle<\/em>. Paris : Armand Colin, \u00ab Cursus \u00bb, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>ROBY, Agathe. <em>La prostitution au Moyen \u00c2ge : Le commerce charnel en Midi toulousain du XIIIe au XVIe si\u00e8cle<\/em>. Toulouse : Loubati\u00e8re, 2021.ROSSIAUD, Jacques. <em>L\u2019amour v\u00e9nal : La prostitution en Occident, XIIe-XVIe si\u00e8cle<\/em>. Paris : Aubier-Flammarion, 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvent qualifi\u00e9 de plus vieux m\u00e9tier du monde, la prostitution occupait une place ambivalente dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, oscillant entre tol\u00e9rance et marginalisation. Dans le Languedoc, comme ailleurs en Europe aux XIVe et XVe si\u00e8cles, elle faisait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9glementation par plusieurs instances visant \u00e0 la contr\u00f4ler sans pour autant l\u2019\u00e9radiquer. Nous avons principalement nous &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/2025\/04\/28\/la-prostitution-dans-le-languedoc-entre-le-xive-et-xve-siecle\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La Prostitution dans le Languedoc entre le XIVe et XVe si\u00e8cle&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1447,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[19],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14734"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1447"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14734"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14734\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14829,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14734\/revisions\/14829"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.univ-jfc.fr\/vphn\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}