Simon IV de Montfort [2017]

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Au début du XIIIe siècle, la dissidence dite « cathare » se développe fortement dans le Languedoc. Dès lors, le pape Innocent III appelle les chrétiens restés fidèles à venir combattre cette hérésie. Parmi eux se trouve un seigneur des Yvelines,  Simon IV de Montfort. Né vers 1160, ce jeune seigneur va, par une succession d’événements, prendre la tête de l’armée croisée censée venir combattre l’hérésie cathare. Tentons ici de rapporter ces événements, afin de comprendre la construction de l’héritage de Simon IV de Montfort, depuis sa nomination à la tête de la croisade en 1209 jusqu’à sa mort en 1218.

Simon de Montfort, XVIIe siècle, dessin, coll. François Roger de Gaignières, Paris, BnF

Premièrement, il est nécessaire de rappeler que nous connaissons peu de chose de l’enfance de Simon IV, si ce n’est qu’il reçut une éducation religieuse dispensée par l’abbé Guy de Vaux-de-Cernay. Devenu seigneur, sa décision la plus importante est d’entamer une politique de rapprochement avec le roi de France. Grâce à cela, il est invité au tournoi des grands féodaux du royaume à Evry-sur-Seine. C’est au cours de ce tournoi que Simon IV décide de s’engager dans la quatrième croisade.

Suite à cet engagement, Simon IV rejoint les croisés à Venise en 1198. Mais en s’opposant à plusieurs reprises aux décisions prises par les dirigeants de l’armée, il se retrouve rapidement isolé et finit par quitter celle-ci. Le fait important de ces événements reste la nouvelle amitié entre Simon IV et le comte Eudes III de Bourgogne : c’est en effet sur l’invitation de comte qu’en 1209 Simon IV décide de se joindre à une seconde croisade, dans le Languedoc.

De ce fait, il retrouve les croisés dans le sud de la France. Il faut attendre la prise de Carcassonne en août 1209 pour voir Simon IV prendre une importance accrue au sein de l’armée. Il est, suite à un vote, nommé chef de celle-ci. Il dirige par la suite une expédition punitive contre les cathares sur les territoires des Trencavel, conquête qui s’accompagne des bûchers les plus importants de la croisade (Termes, Minerve, Lavaur).

Néanmoins, à partir de 1211, Simon IV entre dans une nouvelle phase, où l’objectif est de s’accaparer des territoires. Son expansion rapide face au comte de Toulouse et son refus de céder aux demandes du Pape de rendre les territoires conquis illégalement contraignent Pierre II d’Aragon à intervenir. Mais celui-ci est battu et tué à Muret en 1213.

Désormais libre d’asseoir sa domination sur le reste des territoires du Languedoc, Simon IV est reconnu comme comte de Toulouse et vassal du roi de France. Pour ces raisons, l’ancien comte de Toulouse Raymond VI et son fils entrent en résistance contre Simon IV. Cette révolte conduit au deuxième siège de Toulouse en 1218, au cours duquel Simon IV est tué.

Mais intéressons-nous maintenant au cadre géopolitique du Languedoc afin de mieux comprendre la réussite de ce seigneur des Yvelines. En effet, c’est d’abord le manque de cohésion des seigneurs méridionaux qui a facilité les conquêtes de Simon IV. Ce manque de cohésion est caractérisé par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’absence d’une seule autorité sur le territoire a accru l’autonomie régionale, qui a conduit les seigneurs à mener des politiques indépendantes au gré de leurs objectifs. Par ailleurs, ces objectifs divergents empêchent une cohésion régionale et donc une réponse efficace face à la menace que fait peser l’armée croisée.

Enfin, le remplacement des seigneurs méridionaux par certains hommes de confiance de Simon IV démontre que ce dernier a compris la nécessité de rétablir une cohésion seigneuriale au sein des territoires conquis afin de pérenniser ses conquêtes. Malgré tout, le terme de « colonisation » du nord sur le sud reste à nuancer car beaucoup de ces seigneurs du nord rentrent à la mort de Simon IV.

En conclusion, la construction de l’héritage de Simon IV de Montfort est indissociablement liée à sa nomination comme chef des croisés. En outre, sa grande piété et son amitié avec Eudes III de Bourgogne ont vraisemblablement compté dans cette nomination. Par ailleurs, l’incapacité du Pape à contrôler Simon IV ainsi que le manque de cohésion des seigneurs du Midi ont accéléré la construction de cet héritage complexe et important. Complexe, car celui-ci s’est construit lors d’une croisade qui avait pour but de rétablir un dogme religieux. Important, puisque ce petit seigneur des Yvelines lègue à son fils les titres de comte de Toulouse et vicomte de Béziers et de Carcassonne.