Robespierre : entre mythe et réalité [2023]

Maximilien de Robespierre est né le 6 mai 1758 à Arras et est mort guillotiné à Paris le 28 Juillet 1794. Il est l’une des principales figures des nombreux bouleversements politiques et institutionnels que connaît la France lors de la révolution de 1789. 

Ce personnage est une figure clivante et qui à de nombreuses reprises fut instrumentalisée à des fins politiques et idéologiques si bien que l’historien Marc Bloch, lui même, à la page 124 de sa thèse Apologie pour l’histoire ou métier d’historien demander : “Robespierristes, anti-robespierristes, nous vous crions grâce : par pitié, dites nous simplement, quel fut Robespierre”.  

Entre mythes et réalité nous tenterons ainsi dans cet article de comprendre : Comment la figure de Robespierre a-t-elle évolué de son vivant à nos jours ?

Musée Carnavalet, Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794), homme politique, Auteur anonyme, portrait, 1790

I) La Carrière de Robespierre avant la révolution Française

A) Un avocat du peuple

Enfant étant issu d’une famille bourgeoise, Robespierre est admis au prestigieux Collège Louis-le-Grand de Paris. Par la suite, il se lance dans des études de droit et devient à seulement 22 ans, avocat dans le comté de l’Artois. Le futur révolutionnaire est très impliqué dans la vie de la province et s’aide du réseau très étendu de sa famille pour acquérir de la notoriété. Le 9 mars 1782 il obtient le poste d’homme de fief gradué, lui permettant d’avoir la capacité de juger les affaires en matière criminelle et civile pour la cité d’Arras. En tant qu’avocat, il est très apprécié par ses pairs ainsi que par le second président du Conseil. En tout, il plaidera entre 12 et 24 affaires devant le Conseil d’Artois, intervenant dans une vingtaine d’audiences par an entre 1782 et 1789. 

Robespierre devient célèbre avec l’affaire du “Paratonnerre de Saint-Omer”, dans laquelle il défend Vissery de Bois- Valé, un scientifique accusé par les habitants de Saint-Omer d’attirer la foudre avec son paratonnerre et de mettre en danger la vie des riverains. Il parvient grâce à ses talents d’orateur à ridiculiser des juges audomarois quant à leur ignorance des aspects scientifiques que représente le paratonnerre. 

C’est alors que la presse nationale et internationale se passionne pour cette affaire et met en avant Robespierre comme nous l’indique un article du journal  Le Mercure de France du 21 juin 1783  dans lequel il sera notamment écrit : “ M. de Robespierre, jeune avocat d’un mérite rare, a déployé dans cette affaire, qui était la cause des sciences et des arts, une éloquence et une sagacité qui donnent la plus haute idée de ses connaissances.”

B) Les concours les littéraires: un poids important pour l’avenir 

Outre son activité d’avocat, Robespierre se consacre à la littérature. Cette activité est monnaie courante chez les élites. Il participe à plusieurs concours comme celui de 1784 réalisé par l’académie de Metz dans lequel il envoie ses écrits intitulé Éloge de Gresset. Dans ces derniers il critique le luxe et l’irréligions des thématiques qui annoncent les prises de positions qu’il défendra lors de la Révolution et qui seront partagées avec d’autres futurs révolutionnaires tel que Danton. Il est cependant à noter qu’il critiquait la religion catholique et souhaitait la réformer. 

Il défend plusieurs causes comme la protection de la société avec une volonté d’avoir une justice plus égalitaire pour le peuple, des droits égaux pour tous les enfants (légitime/illégitime) qui seront entre autres accordés par le code civil en 1794. Autant d’idées et d’écrits qui se traduiront dans ses combats politiques. 

Robespierre, Éloge de Gresset, Paris, 1785

II) Rôle de Robespierre dans la révolution Française

A) Construction de son image politique  

La carrière politique de Robespierre commence en 1789 avec la convocation des états généraux par le roi Louis XVI. Robespierre occupe alors la fonction de député représentant le tiers état du Comté de l’Artois. Malgré des débuts discrets, ce dernier en profite pour se constituer un réseau politique. Suite au serment du jeu de paume du 17 et 20 juin, Robespierre entre activement dans la vie politique en s’affirmant en tant que défenseur du peuple comme on a pu le voir précédemment lors de ses écrits ou de ses plaidoiries. Par ailleurs, le 21 octobre 1789, Il prend position contre la loi martiale la jugeant dangereuse.

Musée Carnavalet, Le Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789, Jacques-Louis David, huile sur toile, Paris

Par la suite, en 1789, Robespierre devient député de l’assemblée constituante. Il ne fait cependant pas l’unanimité puisqu’il est souvent caricaturé à cause de sa faible voix et de ses longs discours. 

B) Implication dans la terreur

Lors de la fuite du roi et sa famille à Varenne en 1791, la position politique de Robespierre change. Lui qui avait tenu le rôle de défenseur du peuple passe à celui de dénonciateur de complot en accusant entre autres les membres du gouvernement de vouloir rétablir l’absolutisme monarchique. A la chute de la monarchie, il est élu à la convention, ses discours deviennent de plus en plus virulents à l’encontre des contre-révolutionnaires comme, par exemple,  les royalistes vendéens qui souhaitent le retour du roi. Il va avec l’aide du député Saint-Just lentement glisser dans ce qui le rendra célèbre : la terreur, un régime qui va durer 12 mois. 

A la tête du comité de salut public le 27 juillet, il met en place un comité de surveillance pour contrôler et espionner les opposants politiques.Il met également en place une loi permettant l’arrestation des potentiels opposants à la république. Cette politique déclenche une vague de dénonciations et d’exécutions. On estime entre 35 000 à 40 000 victimes. De plus, Robespierre, président de la convention nationale la 4 juin 1794, décide également d’éliminer ses opposants politiques au sein des Montagnards.« Les indulgents » comme Danton et Desmoulins ainsi que les  « les hébertistes » et « les enragés » sont tour à tour arrêtés puis exécutés. La peur d’être tués est de plus en plus présente dans la tête des membres de la convention nationale  qui vont alors conspirer contre Robespierre et ses alliés. En quelques jours, ils obtiennent sa condamnation. Robespierre est guillotiné le 28 juillet 1794 à l’âge de 36 ans avec ses alliés politiques Couthon et Saint-Just.

Bibliothèque Nationale de France, Exécution de Robespierre et de ses complices conspirateurs contre la Liberté et l’Égalité, graveur anonyme, Gravure, Paris, 1794

III) La mémoire de Robespierre post-révolution française

A) La construction et la diffusion de l’image d’un tyran 

L’implication de Robespierre dans la terreur va amener ses opposants politiques (thermidoriens, dantonistes, hébertistes, girondin etc..) à façonner son image de tyran encore présente dans la mémoire collective de nos jours.

Ainsi à sa mort en 1794, des députés tels que Barras, Fouché et Tallien pour faire oublier leurs propres exactions lors de cette période vont conspuer Robespierre, l’accablant alors de tous les maux de la France. En outre les journalistes et écrivains à la même époque se spécialisent parfois dans la dénonciation de Robespierre comme, Jean Joseph Dussault qui dans son pamphlet : « Portraits exécrables du traître Robespierre et ses complices tenus par la Furie, avec leurs crimes et forfaits que l’on découvre tous les jours » publiée en 1794 décrit un tyran assoiffé de sang, un scélérat ou encore un Cromwell moderne.

Jean Joseph Dussault, Portraits exécrables du traître Robespierre, Paris, 1794

Au XIXème siècle, la France connaît une longue période d’instabilité politique. Les royalistes et les républicains vont à tour de rôle utiliser la figure de Robespierre dans diverses œuvres pour attester ou non de la légitimité de leur système politique. Nous pouvons notamment citer des pièces de théâtre comme « Robespierre ou les drames de la Révolution » de Louis Combet, écrits en 1879 ou des œuvres littéraires tel que « Louis XVI et la révolution, le drame de 93 » d’Alexandre Dumas. 

B) Vers une réhabilitation de l’image de Robespierre ? 

Dénigrer Robespierre a été en somme une manœuvre politique qui va finalement avoir un impact fort jusqu’à nos jours. Il est cependant à noter que des personnalités politiques comme, le socialiste, Jean Jaurès vont tenter de réhabiliter la mémoire du révolutionnaire. Dans son ouvrage « Histoire Socialiste De La Révolution Française » Jean Jaurès dit aux pages 64-65 : 

« Ce qui fait la grandeur impérissable de Robespierre, c’est qu’en même temps qu’il avait des vues très vastes, il a eu une attention prodigieuse à tout le détail de l’action publique, aux plus menus ressorts des partis, au moindre tressaillement de la foule ; il surveillait, pour gouverner vers le but, vers l’étoile, tous les accidents de la route, toutes les nuances changeantes de la mer orageuse et trouble. Son effort de détail, quand on le suit dans la minutie des heures, est incomparable, et il avait dans l’esprit infiniment plus de réalité que son critique Taine, qui l’a dénoncé puérilement comme un ignorant et comme un idéologue, et qui croyait savoir beaucoup de faits parce qu’il avait pris beaucoup de notes ».

Dans cette citation l’auteur décrit Robespierre presque comme un visionnaire incompris. Un homme dont le seul objectif était de guider et d’amener la France et les français vers “le but, l’étoile”. De plus, nous comprenons dans cet extrait que le révolutionnaire à dû faire face à des trahisons d’autres révolutionnaires. Il est cependant à noter que Robespierre lui-même à trahi certains de ses anciens compagnons révolutionnaires comme Danton qu’il fera envoyer à la guillotine. 

L’image de Robespierre sera également récupérée à l’étranger, en particulier dans des pays communistes comme en URSS, Yougoslavie ou encore à Cuba, faisant de lui la figure révolutionnaire par excellence. 

Le Monument Robespierre dévoilé le 3 novembre 1918 en ex-URSS,  Statue de Béatrice Yuryevna Sandomierz

Nous l’avons donc vu ici Robespierre de sa mort à nos jours est une personnalité politique clivante qui est rarement racontée avec nuance et retenue. D’une part il est soit monstre assoiffé de sang et de l’autre un révolutionnaire socialiste qui se bat pour le peuple comme nous laisse à penser Jean Jaurès. 

Pour conclure, Robespierre est une personnalité politique qui a été instrumentalisée à des fins politiques et idéologiques. D’avocat proche du peuple, il est devenu au fil des siècles et des caricatures un révolutionnaire assoiffé de sang et de pouvoir. L’historien spécialiste de la révolution française, Jean-Clément Martin nous explique notamment dans son livre “Robespierre : la fabrication d’un monstre” que ce dernier à surtout servi de bouc émissaire pour expliquer la période trouble de la terreur. 

Ferdinand Foch (1851-1929)

Ferdinand Foch naît en 1851 en France. Il est admis à l’école supérieure de guerre en 1885. Au début de la Première Guerre mondiale, il contribue à la victoire de la Marne. En octobre 1914, il devient l’adjoint du maréchal Joffre puis meurt en 1929.

Joseph Gallieni (1849-1916)

Joseph Gallieni naît en 1849 en France. Il fait ses études à l’école militaire de Saint Cyr en 1868. A partir de 1877, il participe à des expéditions coloniales comme au Sénégal ou au Soudan pour affirmer la puissance française dans les colonies. Gallieni rentre en France en 1905. En août 1914, Joseph Gallieni prend sa retraite mais il est rappelé pour devenir gouverneur militaire de Paris c’est-à-dire qu’il organise la défense de la capitale face à l’offensive allemande. Gallieni est nommé ministre de la Guerre en 1915 mais pour des raisons de santé il démissionne. L’année suivante, Joseph Gallieni meurt. 

La mémoire d’Emmanuel de Las Cases dans le Tarn

Collection Jean de Bonnot Le mémorial de Saint Hélène par Emmanuel de Las Cases 1969.

Emmanuel-Auguste-Dieudonné, comte de Las Cases né le 21 juin 1766 dans le Tarn et décédé le 15 mai 1842 à Passy. Dans le contexte des guerres napoléoniennes, il soutient Napoléon I et lui reste fidèle après la défaite de Waterloo en 1815. Il est notamment reconnu pour avoir suivi l’Empereur lors de son exil à Sainte-Hélène et rédigé ses mémoires.
Après la mort de Las Cases, son département natal a fait perdurer sa mémoire à travers divers monuments comme des statues, des stèles ou encore des écoles à son nom.


I. Un personnage extérieur au département
A. Présentation

Emmanuel-Augustin-Dieudonné-Joseph, comte de Las Cases est un historien français. Il a suivi une école militaire à Vendôme par la suite il rentre dans la marine royale en 1782.


B. Vie politique

Napoléon dictant au comte Las Cases le récit de ses campagnes, par William Quiller en 1892, Grande-Bretagne.

Las Cases partageait les opinions royalistes de tout le corps de la marine refusant d’adhérer à la Révolution. Il essaye à plusieurs reprises avec des officiers de sauver Louis XVI. Mais il est contraint d’émigrer pendant l’été 1791. Durant plusieurs années il alterne entre émigré, soldat, professeur et en 1801 profitant des mesures de pacification prises par Bonaparte pour allier les émigrés au nouveau régime, il rentre en France. Il fut pris d’une admiration sans borne pour le premier consul et ensuite l’Empereur en qui il voyait le véritable restaurateur de l’ordre et de la grandeur de la France au point même de renier son soutien à la monarchie des Bourbons. Il offrit ses services à Napoléon qui le nomma Chambellan de l’empereur en 1808, durant les années suivantes il sera chargé de nombreux projets pour l’Empire jusqu’au dernier combat livré à Clichy avant la capitulation de l’empereur. Après la défaite de Waterloo, Las Cases supplia Napoléon de l’emmener et le 8 Juillet 1815, il dormait avec Napoléon à bord du bateau qui les amena sur l’île de Sainte-Hélène.

C. L’exil de Sainte Hélène

La période la plus marquante de sa vie restera sans aucun doute son passage sur l’île de
Sainte-Hélène durant l’exil de Napoléon Bonaparte en 1815. Las Cases fait partie des derniers fidèles de l’empereur qui embarquèrent à ses côtés dans le Northumberland, bateau anglais qui les transporta à Sainte-Hélène. Au-delà des qualités du comte, Napoléon lui accordait une grande confiance et appréciait réellement sa compagnie, il ne manqua pas de le lui faire savoir à de nombreuses reprises notamment lorsqu’il lui donna une de ses propres décorations ou encore lorsqu’il l’autorisa à amener son fils sur l’île. C’est également durant ce voyage que les deux hommes parlèrent pour la première fois de profiter de l’exil afin de rédiger les mémoires de l’empereur. Une fois arrivé sur l’île Las Cases fît cette fois office de secrétaire pour Napoléon qui lui faisait la dictée tous les jours. Le comte retranscrit alors les grands événements passés de la légende napoléonienne décrite et analysée par Napoléon lui-même. Il accumule donc au fil du temps bon nombre de renseignements sur la vie, la politique ou encore les batailles de Napoléon qui lui permettront plus tard de rédiger le Mémorial de Sainte-Hélène encore reconnu aujourd’hui comme l’une des sources les plus détaillées sur Napoléon. Cependant, Hudon Lowe le gouverneur en charge de garder napoléon, voit d’un mauvais œil ces écrits dans lesquels Napoléon ne manque pas de faire savoir les conditions de sa captivité qui sont selon lui indigne de son rang. Le gouverneur, voulant se débarrasser de Las Cases, lui tend donc un piège afin d’intercepter un courrier destiné à Lucien Bonaparte, le frère de Napoléon, et en profite donc pour l’arrêter. Il sera ensuite retenu prisonnier pendant 8 mois au Cap de Bonne-Espérance puis ramené en Europe toujours avec le statut de prisonnier.
Durant cette période il reçut tout de même une dernière lettre de l’empereur, qui fut très
touché par ce départ forcé, dans laquelle il résume le passage de Las Cases à Sainte-Hélène avec une phrase : « Votre conduite à Sainte-Hélène a été, ainsi que votre vie, sans reproche ».

II. La mémoire d’Emmanuel de Las Cases dans le Tarn
A. Une mémoire à l’initiative du département

Statue du comte Emmanuel de Las Cases par Jean Bonnassieux, 1865, Lavaur.

La mémoire d’Emmanuel de Las Cases est toujours présente dans le département, notamment à Lavaur où se trouve une statue du mémorialiste de Napoléon. Cette statue est à l’initiative du département et de la ville afin de sauvegarder la mémoire du comte. Cependant sa construction fut longtemps sujet à controverse en raison du lieu choisi pour porter le projet, deux députés s’entretiennent d’ailleurs avec Napoléon III pour lui en parler, suite à cela un accord est convenu ainsi qu’un choix préalable de sculpteurs parmi lesquels Jean Bonnassieux. La statue représente le comte de Las Cases debout en pleine réflexion. Dans sa main gauche il tient le Mémorial de Sainte-Hélène son œuvre. Dans sa main droite, on retrouve une lettre que l’empereur lui aurait adressée. Sur le socle on retrouve le texte qui y est inscrit, il s’agit de la dernière lettre que l’empereur lui aurait envoyée. Dans cette lettre l’empereur le remercie. Il s’agit en quelque sorte d’une lettre d’adieu. Sur le socle on retrouve aussi des représentations et une chronologie des éléments marquants de la vie du comte. On voit ainsi une volonté de perpétuer la mémoire de cet homme à travers la postérité de la statue dans la ville puisque désormais on peut connaître ce comte et les éléments marquants de sa vie. Cela s’inscrit dans une volonté de créer une mémoire collective, la population peut chercher à le connaître davantage, on a donc une histoire, une mémoire à l’échelle locale. De même, lors de l’inauguration de la statue en 1865 c’est tout un programme qui est proposé par le maire de la ville, autour de la mémoire du comte avec un banquet, un feu d’artifice ou encore une promenade. On peut lier ce programme mené par la ville autour du comte avec le contexte politique qui règne, lors de l’inauguration le régime politique qui prévaut en France est celui du Second Empire. En effet, une expédition pour récupérer les cendres de Napoléon 1er est organisé en 1840, 25 ans plus tôt, il peut donc paraître étonnant qu’une mémoire de l’Empire surgisse à ce moment là, or en 1865 le Second Empire cherche à s’ancrer, il s’agit d’un modèle politique assez récent. De plus, les fils du comte perpétuent le lien qui uni leur famille à l’Empire, tous deux hommes politiques qui accumulent des fonctions. Le second fils du comte Barthélémy de Las Cases est même nommé chambellan honoraire de l’empereur Napoléon III en 1859. Il est aussi le filleul de l’Impératrice Joséphine. Par ces nombreux éléments la famille De las Cases est très liée à l’Empire ce qui peut légitimer la construction de la statue afin d’appuyer sur le lien qui uni le département et l’Empire à travers cette famille. Cette statue représente donc une forme de propagande et de diffusion du modèle politique de l’Empire.


B. Utilisation dans les institutions

Stèle : Nostre de Las Cases, inaugurée le 30 septembre 1995, Blan.

L’origine d’Emmanuel de Las Cases dans le Tarn, se retrouve dans le paysage du département, surtout aux alentours de Lavaur et de Revel. D’autres institutions publiques participent aussi à conserver cette mémoire. En 1996 le lycée public de Lavaur revêt le nom du comte Emmanuel de Las Cases, suivi en 2013 par l’école primaire publique de Blan suite à une demande de Martine Languillon ancienne maire adressée au conseil municipal en 2004, c’est finalement son successeur Jean Claude de Bortoli qui réalise celle-ci. Mais, certaines zones plus proches du lieu de vie d’Emmanuel de Las Cases sont plus marquées par cette mémoire. Le 30 septembre 1995 est une journée consacrée au comte en raison d’un colloque tenu à Revel mais c’est aussi la date de l’inauguration d’un monument appelé le Nostre de Las Cases situé à Blan au pied de la Montagne Noire près de la maison d’enfance du comte. Celui-ci est à l’initiative du maire de Lescout et président de la délégation du Tarn des vieilles maisons françaises : Francis Carrade. On voit donc que dans la région la mémoire de ce comte est présente par les nombreuses actions qui y sont menées ce qui peut attirer des touristes et ainsi diffuser la mémoire du comte à une plus grande échelle.


C. Comment cette mémoire perdure dans le Tarn.

M. Ghestin dépose une gerbe au pied du monument,
au nom du Souvenir Napoléonien
À l’arrière-plan, Mme Lacombe, propriétaire de la maison natale d’Emmanuel de Las Cases.

Au cours des différentes années, la mémoire de Las Cases s’est développée dans le Tarn. Suite à l’inauguration du Nostre de las Cases, un colloque se tient le 30 septembre à Revel à l’initiative du Bernard Carayon, suivi d’une exposition à Sorèze de mai à septembre 1996, organisée par Yves Blaquière. En 2015, trois manifestations ont été organisées pour honorer «l’enfant du pays tarnais », une appellation que les sociétés tarnaises utilisent. Le 8 mars 2015 à Sorèze se tient une conférence du récit de Pierre-Emilie Renard, président d’une association d’histoire de Chambourcy (Yvelines) qui, en février 2014, avait visité l’île de Sainte-Hélène où il avait mis ses pas dans ceux du compagnon de Napoléon Ier. Dans sa conférence intitulée « Sainte-Hélène, sur les traces de Las Cases », il a mis en évidence quelques similitudes entre la vie de Napoléon Bonaparte et celle d’Emmanuel de Las Cases. Le 11 octobre à Blan, M. Bertrand de Viviès, président de la Société des Sciences Arts et Belles-Lettres du Tarn, a organisé leur sortie annuelle afin de rendre hommage à Las Cases. 10 jours plus tard, le 21 octobre à l’occasion du 150e anniversaire de l’inauguration de la statue, l’association Emmanuel de Las Cases avait programmé un colloque suivi d’un hommage en déposant une gerbe en hommage au Mémorialiste de l’Empereur. En 2016, pour le 250e anniversaire de la naissance de Las Cases, le 26 juin un comité d’organisation se met en place pour organiser cet événement, mais aussi le 200e anniversaire de sa présence à Sainte-Hélène avec son fils et le 20e anniversaire de l’érection du monument de Blan. C’est en 2017 que la mémoire de Las Cases a touché le plus de monde car une exposition au Musée Jean Jaurès de Castres voit le jour sur ce personnage, à la demande Jean-Pierre Gaubert, auteur de Las Cases, l’abeille de Napoléon.

Bibliographie :

DE LAS CASES, Emmanuel, Le mémorial de saint Hélène, Paris, Ed. Du Seuil, 1815, p.
353.
DE LAS CASES, Emmanuel, Las Cases: le mémorialiste de Napoléon, Paris, Ed. Fayard,
1959, p. 412.
LEROY, Gérard, « Emmanuel de Las Cases (1766-1842) », Revue du Tarn, 1995, pp. 489-
493.
BARON, Félix, « Inauguration de la statue de Las Cases », Revue du Tarn, 1995, n° 160, pp.
684-687.

L2 : Pagès Amélie, Vialade Emilie
L1 : Coste Mattéo

La figure du Maréchal Joseph Joffre

Portrait du Maréchal Joffre en 1915 par Henri Jacquier, Wikipédia.

En 2004, l’auteur belge, Roger Fraenkel, publie “L’âne qui commandait les lions” au sujet du Maréchal. Ce titre illustre parfaitement la figure controversée de Joseph Joffre. Celui-ci naît dans une famille aisée le 12 janvier 1852 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Joseph Joffre intègre par la suite la prestigieuse Ecole Polytechnique en 1869. Alors âgé de seulement 17 ans, il se destine à une carrière militaire. Au cours de la Grande Guerre, avec toute l’expérience acquise au cours de sa carrière, Joffre est perçu comme le « héros » de la Marne. Mais plus tard, il est frappé d’une controverse : Joffre est critiqué par une partie de l’armée. En effet, sa stratégie de combat d’offensive à outrance lui vaut des critiques par une partie de l’armée et de la population.

Ainsi, comment la figure du Maréchal Joseph Joffre s’est-elle construite et de quelle manière a-t-elle évolué ?

I. La figure du militaire

Carte issue du site internet Französisch-Indochina. 

Le capitaine Joffre reçoit sa mutation pour l’Extrême Orient (Asie orientale) en 1884. C’est le début de son ascension militaire. Cette mutation s’inscrit dans un contexte où la France cherche à s’affirmer par sa puissance coloniale. Il est également chargé de gagner le Tonkin (Viêt Nam) dans la guerre franco-chinoise (1881-1885). Joseph Joffre a un objectif, celui d’améliorer et d’aménager des hôpitaux et des bureaux pour l’armée française. Le Colonel Mensier en 1885 déclare à propos de Joffre que c’est un « Officier très intelligent et instruit. Capable, zélé, tout dévoué à son service. A déjà eu l’occasion de faire de grands travaux de fortification […]. Par son mérite, par sa manière de servir, cet officier est digne d’arriver aux grades élevés de l’armée du génie. » (Joffre, Arthur Conte, p. 54). Le 7 septembre, l’officier du génie reçoit la plus haute distinction qui est la Légion d’honneur. Le génie militaire désigne l’art de la construction des ouvrages militaires mais également la technique de maintien de l’infrastructure de communication. Par la suite, il y a la conquête de Tombouctou (Mali) de 1894 qu’il mène avec ses hommes. Depuis 1895, une campagne de colonisation est organisée sur l’île de Madagascar. A ce moment-là, Joffre est sous les ordres du général Gallieni et doit fortifier le port de Diego-Suarez tout en luttant contre les résistants malgaches. Ses expéditions coloniales témoignent du succès de Joseph Joffre dans sa carrière professionnelle.

 Carte issue du site internet Britannica.

Joseph Joffre reste au sommet de la hiérarchie militaire de juillet 1911 à décembre 1916. Il s’investit beaucoup dans l’élaboration des plans de mobilisation. En août 1911, éclate le coup d’Agadir qui est un incident militaire et diplomatique entre la France et l’Allemagne à cause de l’envoi d’une canonnière allemande dans la baie d’Agadir au Maroc. Ceci témoigne d’une forte tension et montre les rivalités impérialistes européennes. L’Allemagne estimait avoir un retard dans la colonisation de l’Afrique et convoitait le Maroc qui était sous protectorat français. La situation est tendue. Joffre prend plusieurs décisions face à cet incident avec l’Allemagne. Il réorganise l’armée en obtenant plus de financements, il met en place la logistique et mise sur de nouvelles unités comme l’artillerie lourde et l’aviation. De plus, en 1913, le généralissime renforce les liens entre l’Empire Russe et le Royaume-Uni. Les tensions avec l’Allemagne sont annonciatrices du conflit armé mondial qui éclate le 28 juillet 1914. 

II. Les controverses sur le Maréchal Joffre

Joseph Joffre est souvent qualifié de « héros » de la Marne. Quand la Première Guerre mondiale éclate, les Allemands mettent en place le plan Schlieffen. Ce plan a été réalisé par le général von Schlieffen, chef de l’Etat-Major général de l’Armée allemande. Il a pour but de positionner la majeure partie de l’armée allemande le long des frontières occidentales et d’attaquer la Belgique ainsi que le Luxembourg par le nord pour contourner la France et son armée. L’Allemagne entre en France en août 1914, à 40 kilomètres de Paris. Le 24 août, Joffre fait reculer ses troupes vers Paris pour protéger la capitale mais aussi pour induire en erreur l’ennemi et faire croire à un repli. Sa stratégie fonctionne puisque l’ennemi, trop sûr de sa victoire, retire 2 troupes du front français. Le général Joseph Gallieni, subordonné de Joffre, est informé de ce changement et le convainc de lancer une contre-offensive. La bataille se déroule entre le 5 septembre et le 12 septembre 1914, de part et d’autre de la rivière de la Marne entre Paris et Verdun. La bataille de la Marne est une guerre de mouvement c’est-à-dire que d’importants mouvements de troupes se réalisent. En quelques jours seulement le militaire parvient à faire reculer les Allemands. Il sauve Paris et met en échec le plan Schlieffen. Joseph Joffre est décrit comme un homme qui réagit vite et fermement par sa hiérarchie en 1914. Le général Foch le complimente dans une citation à son sujet : « Ce qu’il a fait à la Marne, aucun n’eût été capable, à ce moment-là, de le faire » (Joffre, Rémy Porte, p. 88). À la fin de la bataille, une partie de la population considère Joseph Joffre comme le « héros » de la Marne.

Mais d’un autre côté certains détracteurs le surnomment le mauvais stratège de la Somme. Joffre pense l’offensive de la Somme pour alléger la pression sur le front de Verdun. Ces offensives ont aussi pour but de sortir des guerres de positions pour se réorienter vers des guerres de mouvement. La guerre de position est une phase défensive durant laquelle les troupes se cachent dans les tranchées et tentent de conserver leurs positions. Mais la bataille s’enlise. Pendant 5 mois les armées vont s’affronter lors d’attaques et de contre-attaques autant inefficaces que meurtrières. L’offensive se termine le 18 novembre 1916. Le bilan humain est terrible, on estime qu’il y a environ 1 million de soldats tués, blessés ou disparus (français et allemands) et la ligne de front n’a presque pas bougé. On accuse Joseph Joffre responsable de ce massacre. Joseph Joffre avait proclamé : « Une troupe qui ne pourra plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. » (La bataille de la Somme : l’hécatombe oubliée, 1 juillet-18 novembre 1916, Marjolain Boutet et de Philippe Nivet, p. 23). Ses adversaires lui reprochent son obstination et sa stratégie d’offensive à outrance. Suite au désastre de la bataille de la Somme, Joffre est remplacé par Robert Nivelle, général de l’armée française, en 1916.

Malgré tout, il est réducteur de ne résumer Joffre qu’au héros de la Marne déchu par la bataille de la Somme. On lui reproche son autoritarisme et sa façon de préparer la guerre. Dans son ouvrage intitulé Joffre, l’historien Rémy Porte essaie de nuancer et de réfuter ces critiques. La bataille de la Marne a tout de même causé la mort de 500 000 soldats. De plus, il est important de rappeler qu’il n’est pas seul à commander l’armée. Joseph Gallieni, gouverneur de Paris et commandant, a contribué à la réussite de la Marne. Joseph Joffre n’est pas un individualiste comme ses adversaires tendent à le faire croire. La bataille de la Somme est le résultat de 6 mois de discussion. Joffre, joue un peu le rôle de chef de la coalition en une conférence interalliée en 1915 à Chantilly. La bataille de la Somme comptabilise énormément de morts car c’est l’une des premières batailles industrielles. Elle se caractérise par la brutalité des combats, par l’expansion du champ de bataille sans oublier que le secteur industriel comme l’armement tourne à plein régime. 

III. La postérité de Joseph Joffre

Photographie de la place de la Concorde lors des obsèques nationales le 7 janvier 1931, tiré du site BNF Gallica.

Dès la fin de la guerre en 1918, le maréchal est nommé à l’Académie française et ce sans même avoir à cette date publié d’ouvrage. Cette nomination reste prestigieuse et c’est en remerciement à ses services rendus pour la victoire de la France lors de la Première Guerre mondiale, qu’ il est élu à l’Académie française. Preuve de son succès, sont invités à sa cérémonie d’accueil les présidents français et américain Raymond Poincaré et Woodrow Wilson. De même le 14 juillet 1919 à Paris, il est plébiscité par la foule afin qu’il défile à cheval aux côtés du général Foch et que tous deux soient acclamés : non pas pour leur victoire mais pour le statut qu’ils incarnent de la gloire française. Le 3 janvier 1931, sept mois après sa dernière apparition à Chantilly, le maréchal meurt. Quatre jours plus tard, lors de ses obsèques nationales, la France pleure le héros de la Marne. C’est ainsi que dans la même année le parlement vote une loi afin d’apposer des plaques sur les édifices publics des communes déclarant :  » Joseph Joffre maréchal de France, a bien mérité de la patrie ».

Carte de l’île de Madagascar montrant Joffreville issue du site Google Earth.

Désormais, bien que son nom apparaisse dans les programmes d’histoire contemporaine et surtout dans de nombreuses villes françaises comme Dijon avec son boulevard Maréchal Joffre ou Rivesaltes avec une rue qui lui est dédiée. Il est souvent éclipsé par la figure du Général Foch ayant œuvré à ses côtés. Le Maréchal depuis le début du conflit et encore aujourd’hui tout de même reconnu par ses pairs pour ses expéditions coloniales qui font rayonner le pays. Comme la conquête de l’île de Madagascar que la France compte toujours dans ses départements et pour laquelle il laisse aujourd’hui au nord de l’île la ville très touristique de Joffreville.

Conclusion : 

Le maréchal Joffre est un militaire hautement respecté par sa hiérarchie. Détenteur d’un grand nombre de distinctions militaires. En 1916, sa carrière militaire est à son apogée lorsqu’il est nommé maréchal. En parallèle, on lui reproche sa stratégie « d’offensive à outrance » lors de la bataille de la Somme. Une fois la Grande Guerre terminée et malgré les reproches, il incarne avec les généraux Foch et Pétain la gloire française. De plus, il aura le droit à des obsèques nationales, souvenir du « héros » de la bataille de la Marne. Aujourd’hui, le maréchal reste un personnage connu pour ses victoires coloniales et des villes arborent des rues à son nom. Rémy Porte exprime dans son livre « Il serait artificiel (…) de séparer l’officier qu’il fut auparavant du chef du temps de paix, puis du commandant des armées en campagne du temps de guerre. Il s’agit du même homme » (Joffre, Rémy Porte, p. 116). 

Bibliographie : 

  • COCHET François, La Grande Guerre, Paris, Perrin, « Tempus », 2018, 648 p.
  • CONTE Arthur, Joffre, Paris, Perrin, 1998, 502 p. 
  • PORTE Rémy, Joffre, Paris, Perrin, « Tempus »,  2016, 416 p.

Delmas Prescillia, Combes Clara (L2), Tragné Emma, Castres Séverin (L1)

La mémoire de Georges Pompidou dans le Tarn

Du lycéen albigeois au professeur de lettres jusqu’à la présidence de la République, Georges Pompidou a construit sa propre histoire. Originaire du Cantal, il entame ses études dans la ville d’Albi. Le lycée Lapérouse sera le lieu de ses études qui le conduiront à l’École Normale Supérieure.

Georges Pompidou lors de la cérémonie d’investiture le 20 Juin 1969


Engagé pendant la seconde guerre mondiale, il est décoré de la Croix de guerre et séduit par le gaullisme ; Professeur de lettres classiques en hypokhâgne au lycée Henri IV , il est chargé de mission auprès du Ministère de l’Education nationale .

Sa carrière politique est lancée: Conseil d’Etat Conseil Constitutionnel , Premier Ministre, Président de la République . Il mènera simultanément ses deux passions : la politique et l’art.

Il incarne pleinement les Trente Glorieuses : cette parenthèse marquée par la croissance et le progrès tous azimuts ( technologie , culture … ). Homme de culture , roué aux instances politiques, sociales, économiques et financières, il va marquer de son empreinte toute la France de la fin du 20ème siècle : un héritage important . 

Les études de Georges Pompidou:

Lycée Lapérouse, Albi.

Pour commencer, il étudie d’abord ici à Albi au lycée Lapérouse où il obtient son bac.
Élève brillant, il obtient le premier prix de version grecque au concours général en 1927.

Il entre par la suite au lycée Pierre de Fermat à Toulouse et fait une classe préparatoire littéraire, Puis à Paris au lycée Louis le Grand où il étudie notamment avec un autre grand homme, Aimé Césaire

Il milite lors de cette époque à la LAURS (ligue d’action universitaire républicaine et socialiste), mais aussi au SFIO (section française internationale ouvrière )  sous l’impulsion de son père. 

Il se passionne avant tout pour la littérature et la politique à ce moment là de sa vie 

Georges Pompidou est admis à l’école normale supérieure à Paris et obtient l’agrégation de lettres en 1934.  Il obtient également le diplôme de l’école libre des Sciences politiques.

A la fin de ses études, il hésite entre une carrière littéraire et une carrière dans le secteur de la haute fonction publique. Finalement il  choisit la politique pour l’aspect financier mais aussi pour sa volonté de faire bouger les choses et faire part de sa vision. Néanmoins il gardera sa passion première pour la littérature et écrira des livres durant sa vie. 

Son rôle durant la guerre et son ascension politique:

En 1940 au début de la seconde guerre mondiale Pompidou intègre le 141ème régiment d’infanterie alpine qui opère en Allemagne, Alsace, Bretagne et lors des combats dans la Somme. Il est nommé officier de renseignement pour sa maîtrise de la langue germanique.

Il est même décoré de la croix de guerre avec son régiment.
Il est ensuite démobilisé après la bataille de France à la fin du mois de juin 1940 et retourne enseigner au lycée Henri IV en classe préparatoire littéraire. La guerre a été pour lui un véritable tournant.

Pompidou se sent alors investi d’une nouvelle envie : aider à la reconstruction du pays. Grâce à son ami résistant René Brouillet, il entre dans l’équipe du chef du Gouvernement provisoire de la République Française. Étant donné son passé de professeur, il est chargé du secteur de l’éducation et devient un proche collaborateur du Général de Gaulle. Au départ de ce dernier en Janvier 1946, Pompidou devient directeur du commissariat au tourisme jusqu’en 1949, avant d’entrer en 1953 à la banque de Rothschild.  

Georges Pompidou revient sur la scène politique en 1962 suite au retour au pouvoir du général De Gaulle. Le 14 Avril 1962, il devient le deuxième Premier Ministre de la Ve République. Alors inconnu des français, il a dû faire face à de nombreux défis jusqu’en 1968. Il est vu comme le successeur de De Gaulle, de par sa qualité de gaulliste et par la nouvelle impulsion qu’il souhaite donner à la France . Mais la crise de mai 68 fragilise la relation entre le Président et son Premier ministre.

Georges Pompidou en 1965, il est alors Premier Ministre.

Il abandonne son poste de premier ministre et l’année suivante, le général De Gaulle démissionne de la Présidence de la République le 28 avril 1969.

L’apogée d’une carrière

C’est le 30 Avril 1969, suite à la démission de De Gaulle que Georges Pompidou se déclare candidat à la présidence. Il bénéficie du soutien de l’UDR et est nommé Président de la République à 58,3 % contre Alain Poher. Il fait de Jacques Chaban-Delmas son premier ministre.

Le septennat de Pompidou est placé sous le signe de la continuité de De Gaulle. Le tout en s’ouvrant sur des réformes économiques et sociales encore en vigueur de nos jours comme le SMIC et les salaires mensualisés.

Portrait officiel de Georges Pompidou en tant que président de la république.

Bien qu’étant considéré comme conservateur il était aussi assez moderne sur le plan industriel en encourageant notamment les investissements dans les entreprises. 
C’est sous sa présidence que le Royaume-Uni fut enfin accepté dans la CEE.
En 1973, Pierre Messmer devient son Premier ministre tandis que des rumeurs autour de l’état de santé défaillant du Président commencent à émerger.

C’est après des mois de bataille pour cacher sa maladie, sans jamais penser à démissionner, que finalement le 2 Avril 1974  le président de la Ve République s’éteint à l’âge de 62 ans. 

Pompidou un héritage riche

A l’échelle nationale…

La Présidence de Georges Pompidou fait office de référence nostalgique. En effet, Pompidou laisse un héritage riche. Tout d’abord au niveau politique avec le Gaullisme, mais aussi avec l’aménagement du territoire et la création de la DATAR notamment. 

Le centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, Paris.

Son héritage reste aussi sur le plan culturel , avec le Centre Beaubourg prenant son nom à sa mort.

Il marque également de son empreinte la culture populaire, avec de nombreuses chansons sur son compte  comme “Il était un petit ministre d’André Pacher en 1998 ou encore “Pompidou “de François Morel en 2006. Un film fait aussi référence au président Pompidou : Mort d’un Président de Pierre Aknine en 2011.

On compte aussi de nombreux ouvrages, celui d’Eric Roussel: Georges Pompidou, ainsi que des articles dans les encyclopédies sur les présidents. Enfin on le retrouve aussi dans les manuels d’histoire scolaires.
 Plus de 424 lieux portent son nom en France comme des avenues et des places ou même des bâtiments comme l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris. 

…dans notre région ?

Les deux  grandes étapes majeures de son éducation se déroulent à Albi et Toulouse avant son départ pour la capitale.

Concernant Albi, on retrouve une plaque commémorative, encore présente aujourd’hui,  installée en 2019 à l’ancien domicile de ses parents . 
Nous retrouvons également une rue très importante pour la ville, en effet l’axe reliant le Pont Neuf à la place Jean Jaurès, appelé auparavant « les Lices » accueille désormais un boulevard passant devant le lycée où à étudié l’ex Premier Ministre, et est ainsi nommé Lices Pompidou. 

Lices Georges Pompidou, Albi.

Des projets à son initiative sont toujours présents dans le paysage Albigeois, c’est le cas de l’ancienne centrale thermique Pélissier ou encore la carte scolaire des trois lycées du centre ville comprenant son ancien lycée Lapérouse mais aussi les lycées Rascol et Bellevue.

Concernant Toulouse, une des allées les plus connues de la ville rose porte le nom de l’ancien président. En effet à la mort de ce dernier, le maire de Toulouse à cette époque Pierre Baudis décide de donner le nom de Pompidou à l’allée Marengo, choisie géographiquement car se situant dans le prolongement des avenues Jean-Jaurès et Léon Blum, eux aussi des personnages historiques importants.

Pour le reste de notre région, Pompidou n’est pas omniprésent mais laisse sa trace dans plusieurs autres villes à Castres notamment ou encore à Montauban où respectivement un pont et un stade portent son nom.

BREBAN Romain, BALDIT Léo, BILLARD Camille, TREILLES Thibaut.

EUDES D’AQUITAINE. Son déclin face à Charles Martel en deux affrontements : les batailles de Toulouse en 721 et de Poitiers en 732 [2022]


De nos jours, la bataille de Poitiers est perçue à tort par certains comme un affrontement décisif entre un envahisseur musulman qui viendrait anéantir la chrétienté occidentale et le peuple franc qui en serait le protecteur. Il faut cependant nuancer cette version de l’Histoire et déconstruire le mythe historiographique qui s’est construit au fil des siècles autour de la bataille de Poitiers et de la figure de Charles Martel, ainsi qu’autour d’un événement précédent, la bataille de Toulouse. Les historiens William Blanc et Christophe Naudin s’y sont attelés dans un ouvrage publié en 2015, Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l’Histoire au mythe identitaire. Ils s’interrogent sur les raisons qui mènent à ces affrontements – en remettant notamment en cause l’aspect religieux bien trop souvent mis en avant – mais aussi sur l’impact postérieur des conflits sur la géopolitique des royaumes francs.

Au début du VIIIe siècle, le Califat omeyyade qui gouverne la civilisation islamique possède un territoire très étendu, obtenu par le biais de nombreuses conquêtes. Il comprend l’Orient, l’ouest de l’Asie centrale, l’Afrique du Nord et une grande partie de la péninsule Ibérique. Après avoir finalement envahi la Septimanie et fait tomber Narbonne en 719, le gouverneur d’Al-Andalous, Al-Samh ibn Malik al-Khawlani, décide de partir à la conquête du monde franc dès 720.

Au même moment, la dynastie mérovingienne à la tête des Francs n’est plus aussi puissante que par le passé. Les rois ont vu leur pouvoir diminuer à mesure que les maires du palais – avant de simples intendants – prenaient place dans les affaires de l’État, jusqu’à diriger à la place du souverain. C’est le cas pour Charles Martel qui dès 717 prend la fonction de maire du palais du royaume de Neustrie et l’année suivante du royaume d’Austrasie. En tant que dirigeant de la Francie, il a pour ambition de réunir le territoire franc qui est morcelé en différentes entités afin de rétablir son unité d’antan. Cela le pousse à agir afin de récupérer, parmi d’autres, le duché d’Aquitaine qui avait pris son indépendance en 720. Cette année-là, le duc Eudes d’Aquitaine avait obtenu sa reconnaissance comme princeps, lui permettant de gouverner de manière autonome et légitime.

LA BATAILLE DE TOULOUSE, UNE VICTOIRE SANS PRÉCÉDENTE POUR EUDES D’AQUITAINE


Eudes d’Aquitaine, qui assiste au pillage de son duché depuis quelques années par des troupes omeyyades, voit en 721 Toulouse se faire assiéger. Il décide alors de mobiliser une armée afin de lever le siège de la ville et de contrer les conquêtes islamiques. Ces dernières ne sont pas simplement faites pour un motif religieux, ainsi, on ne parle pas de conquêtes musulmanes, mais bien de conquêtes islamiques. Les causes de ces invasions sont aussi économiques, politiques et sociales. Les forces d’Eudes n’étant pas suffisantes pour repousser les avancées, ce dernier demande de l’aide à son rival Charles Martel pensant que cette menace omeyyade serait suffisante pour envisager une alliance. Cependant, Charles de son côté ne souhaite pas prendre part au conflit, il préfère voir les troupes islamiques affaiblir le duché d’Aquitaine afin qu’il puisse par la suite s’en emparer avec moins de difficultés.

Eudes d’Aquitaine, simplement accompagné des grands seigneurs aquitains et de leurs troupes, fait ainsi face aux assaillants de Toulouse malgré l’infériorité numérique de leur armée. Après avoir subit une première défaite, les troupes aquitaines lancent un second assaut. Les Omeyyades grisés par leur victoire sont pris au dépourvu et cette charge des Aquitains met fin au siège de Toulouse. Cet événement marque un coup d’arrêt aux conquêtes islamiques qui menaçaient le duché et plus généralement le monde franc. Néanmoins, cela n’arrête pas les Omeyyades dans leur volonté d’envahir le territoire et de piller la Septimanie et certaines régions du duché d’Aquitaine.

La bataille de Toulouse a un écho jusqu’à Rome où elle s’inscrit dans le Liber Pontificalis, la chronique officielle des papes. Le pontife Saint-Grégoire II place Eudes d’Aquitaine comme « le véritable défenseur de la chrétienté » d’après les mots de Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux. Cependant, c’est un affrontement qui se retrouve effacé par Charles Martel qui souhaite mettre en avant sa propre victoire lors de la bataille de Poitiers, et prendre sa place de sauveur de l’Église. Par la suite, les Carolingiens vont aussi avoir à cœur de mettre au second plan l’affrontement de Toulouse, afin d’appuyer le prestige de leur dynastie avec la figure de Charles Martel et ses supposés exploits.

Carte des raids islamiques du début du VIIIe siècle issue de l’ouvrage de Bührer-Thierry G., Mériaux C., La France avant la France, 481-888, Belin, p.307

LA BATAILLE DE POITIERS, L’AFFIRMATION DE CHARLES MARTEL


Un peu moins de dix années après leur défaite à Toulouse, les Omeyyades – qui pendant tout ce temps avaient continué leurs conquêtes et leurs razzias – auraient décidé en 730 de faire un raid pour amasser des butins en direction de Tours avec pour objectif d’atteindre la basilique de Saint-Martin afin de piller ses trésors et ses reliques. Les troupes islamiques envahissent alors l’Aquitaine et la Gascogne en 731. Ils prennent d’assaut Bordeaux qu’ils pillent et saccagent. Eudes d’Aquitaine tente de stopper l’avancée en vain. Il n’a pas d’autre solution que de passer un accord avec Charles Martel pour que ce dernier vienne en aide aux Aquitains. En échange, Eudes soumet son territoire à l’autorité franque.

La bataille de Poitiers, que l’on peut aussi appeler bataille de Tours en raison de la direction que prenaient les Omeyyades, se serait déroulée aux alentours de 732 ou 733, dans un lieu qui reste encore indéterminé. Charles Martel intercepte les troupes omeyyades avec l’armée franque qu’il s’est constituée dès les années 720 en prévision de nouvelles invasions. L’affrontement donne les Francs vainqueurs. Les musulmans qui après une première journée s’étaient repliés face aux lourdes pertes qu’ils subissaient, s’enfuient vers les Pyrénées afin de conserver les butins amassés jusqu’alors.

C’est une bataille qui se veut comme une riposte défensive à un raid plutôt qu’à un arrêt des invasions islamiques en Gaule. C’est toutefois la fin des incursions par la voie d’Aquitaine puisque par la suite, les raids se tournent vers le Rhin. Ce n’est donc pas un départ définitif des musulmans, mais plutôt la mise en place d’une opposition franque systématique. Comme évoquée précédemment, la bataille de Poitiers est placée par certains comme un conflit religieux entre Chrétiens et Musulmans. Elle serait vue comme l’affrontement qui vit triompher la civilisation chrétienne face à l’invasion musulmane alors que ce n’est pas le cas. C’est une bataille qui pour les contemporains n’est pas aussi importante que ce que certains, adeptes du roman national – l’Histoire de France avec une lecture biaisée des événements qui sert à émuler le peuple français – semblent vouloir faire croire. Il faut attendre quelques siècles pour que soient retranscrits ces événements et ce n’est que bien plus tard que cette bataille de Poitiers fut utilisée afin d’inciter à la cohésion nationale face à un passé orienté.

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Charles de Steuban, Bataille de Poitiers, huile sur toile, 1837, musée de l’Histoire de France, Versailles.

Ce tableau est commandé par Louis-Philippe, roi de France (1830-1848) dans le but de mettre en avant une idée de conflit entre deux mondes, deux civilisations, les chrétiens contre les musulmans. La réalité y est déformée, les Francs arborent de nombreux insignes chrétiens et combattent sous une croix comme s’ils se sacrifiaient pour la Chrétienté face aux hordes musulmanes désordonnées. Au cours de l’Histoire, cette bataille n’a pas toujours eu un écho aussi important que de nos jours. Cette peinture est ainsi l’une des seules œuvres représentant cet affrontement.

LE DÉCLIN D’EUDES D’AQUITAINE FACE À CHARLES MARTEL


Alors qu’à première vue nous pouvons penser que ce sont les Omeyyades qui ont le plus perdu à la suite de ces affrontements, c’est en fait Eudes d’Aquitaine qui se retrouve en difficulté. Son duché qui se faisait piller depuis les années 720, voit l’augmentation de la violence et de l’ampleur des razzias islamiques. C’est ce qui l’oblige à demander de l’aide à son rival Charles Martel en échange de la soumission de son territoire face à la Francie. Il perd ainsi le plein pouvoir et l’indépendance de son duché d’Aquitaine. 

Après la bataille de Poitiers de 732 qui voit Charles Martel triompher, les tentatives de conquêtes omeyyades se transforment en razzias qui sont systématiquement repoussées par les Francs. Cela facilite l’affirmation et la légitimité de la dynastie carolingienne dans la prise du pouvoir, puisqu’elle se placent comme la protectrice du peuple chrétien face à la menace omeyyade.

Il faut nuancer la vision que nous pouvons avoir de la figure de Charles Martel. Ce dernier n’est pas le sauveur de la Chrétienté comme il l’est mentionné de nombreuses fois dans des ouvrages appuyant le roman national. La figure de Charles Martel est de nos jours très populaire alors que certains de ses contemporains le percevaient comme un pilleur d’Église et un usurpateur. C’est un personnage qui, à de nombreuses reprises, a pris les richesses de l’Église afin de financer ses troupes et peut-être aussi pour soudoyer financièrement des puissants – toujours dans le but d’affirmer sa puissance. Sa victoire face aux musulmans à la bataille de Poitiers lui à tout de même permis l’affirmation de son pouvoir sur les royaumes francs tout en se plaçant comme le défenseur de l’Église et de la foi chrétienne. Pour ce qui est de l’étiquette d’usurpateur, c’est en raison du rôle qu’il a eu – avec ses prédécesseurs – dans la prise du pouvoir des maires du palais sur les souverains mérovingiens. En outre, l’iconographie qui s’est constituée autour de la figure de Charles Martel à travers les âges est assez faible, preuve en est que son importance n’était pas aussi significative que sur les derniers siècles.

Carte du royaume de Francie à la fin du règne de Charles Martel issue de l’ouvrage de Bührer-Thierry G., Mériaux C., La France avant la France, 481-888, 2019, p.313

POUR ALLER PLUS LOIN


Les conquêtes arabo-musulmanes : une émission France Culture réalisée par Aude-Émilie Judaïque en 2015.

Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l’histoire au mythe identitaire : une conférence de William Blanc et Christophe Naudin sur France Culture datant de 2018. Elle reprend les grands axes qui sont développés dans le livre éponyme écrit par les deux historiens.

Le pape face à l’Islam au VIII siècle : un article de Michel Rouche, dans la revue Mélanges de la Casa de Velàzquez, publié en 1996.

BIBLIOGRAPHIE


BLADE J.F., Eudes, duc d’Aquitaine, Toulouse, 1886-1896

BLANC W., NAUDIN C., Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l’histoire au mythe identitaire, Paris, 2015

BÜHRER-THIERRY G., MERIAUX C., La France avant la France 481-888, Paris, 2019

GUICHARD P., Al-Andalus, Paris, 2011

ROUCHE M., L’Aquitaine des Wisigoths aux Arabes, 418-781 : naissance d’une région, Édition de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales : Édition J. Touzot, Paris, 1979

AUTEURS DE L’ARTICLE


DESCOMBES Tristan, HOUSSIERE Gatihopuariki, MISONNE Louis, MOUTIER Chloé, SMAILI Nasro, VOIZEUX Antoine


2022

Benoît XII et la papauté d’Avignon [2022]

Qui est Benoît XII ?

Photographie du gisant de Benoît XII, Cathédrale de Notre-Dame-des-Doms, Avignon

Benoît XII est avant tout Jacques Fournier. Né vers 1285 et mort en 1342, il est originaire de la ville de Saverdun et a grandi au sein d’une modeste famille. Il est notamment influencé par son oncle, Arnaud Novel, un moine cistercien. Jacques Fournier devient abbé de Sainte-Marie de Fontfroide puis évêque de Pamiers. Sa réputation d’homme rigoureux attire les faveurs du pape ; ainsi, Jean XXII le nomme cardinal. En raison de sa qualité de membre de l’ordre des cisterciens, il est surnommé le « cardinal blanc », notamment en référence à l’habit blanc porté au sein de l’organisation religieuse. Il est élu 197e pape par le Collège des cardinaux en 1334. Le nom de Benoît XII est choisi en hommage à Benoît de Nursie, patron de l’ordre cistercien.

Pourquoi à Avignon ?

Photographie du Palais des Papes, Avignon – Crédits : Avignon Tourisme

La papauté romaine s’installe à Avignon à partir de 1309 avec Clément V. En outre, six papes résident à Avignon entre 1309 et 1378. Benoît XII est le troisième pape d’Avignon. Une rivalité s’installe entre la papauté romaine et Philippe le Bel, roi de France, au sujet de la crise des Templiers. Il s’agit donc au départ d’une solution temporaire pour rapprocher la papauté de la royauté française. Benoît XII a exercé une influence significative dans la région occitane par ses volontés de réformes religieuses, mais aussi quand il n’est encore que l’évêque Jacques Fournier, à travers l’inquisition qu’il organise partout dans la région occitane afin de se débarrasser des vestiges de la foi cathare, alors encore très présente.

Influence locale, de « Jacques Fournier » à « Benoît XII (1334-1342) »

Enluminure inquisitoire représentant deux templiers subissant le châtiment du feu – Chroniques de France ou de Saint-Denis, XII – XVe siècles

En tant qu’évêque, soit avant son mandat pontifical, Jacques Fournier passe le plus clair de son temps à chasser la foi cathare, alors considérée comme une hérésie et ayant subi une croisade à son encontre un siècle plus tôt. Il participe à l’inquisition cathare dans la région occitane, ce qui lui vaut le surnom « d’inquisiteur ». Il est en général plutôt indulgent et tend à pardonner les cathares pour leurs « péchés hérétiques ». Étant originaire de la région, il connait la langue d’oc, ce qui le rapproche des fidèles locaux qui ont plus tendance à avouer leur profession cathare à une personnalité ecclésiastique à la culture locale.

Lorsque Jacques Fournier devient le pape d’Avignon en 1334, il choisit de se faire appeler Benoît, le douzième du nom. Benoît XII a une réelle ambition de réformer la papauté selon les préceptes de l’ordre cistercien. Il impose notamment une instruction des abbés plus stricte en matière de théologie. Dans sa bulle pontificale, publiée en juillet 1335 et dénommée Fulgens sicut stella matutina, soit « Brillant comme l’étoile du matin, » il expose son envie de se rapprocher de la mendicité, de la modestie et surtout de donner un rôle plus important aux clercs sur le rapport entre eux et leurs fidèles.

Influence de la papauté d’Avignon en Europe

Enluminure sur la bataille de Crécy (26 août 1346) opposant Français et Anglais pendant la guerre de Cent Ans – Chroniques de Jean Froissart

Benoit XII joue également un rôle significatif dans le début de la Guerre de cent ans, un des conflits les plus célèbres du Moyen Âge opposant les royaumes de France et d’Angleterre. Dans une volonté de préserver la paix entre les deux royaumes chrétiens, Benoît XII envoie plusieurs légats pontificaux aux rois. Ces derniers parviennent à obtenir un accord pour une trêve fragile qui devient effective en début d’année 1338 et qui est relativement respectée par les deux parties jusqu’à la mort de Benoît XII en 1342.

La papauté d’Avignon, sous Benoît XII, démontre aussi son aura dans le domaine judiciaire, notamment dans le cadre du conflit entre le royaume de Pologne et l’ordre teutonique, éternels rivaux géopolitiques. Lors du procès pontifical de Varsovie en 1339, Benoît XII parvient à mettre suffisamment de pression à l’ordre religieux pour que ces derniers réparent leurs exactions commises en terres polonaises, sous peine d’excommunication. Cet événement reflète l’influence que pouvait exercer la papauté d’Avignon sous Benoît XII, et ce, même à l’autre bout du monde chrétien.

Badoc Benoît, Boulanger Lily, Esteves Carlos, Garcia Alexandre.

Bibliographie

I. Un rayonnement affirmé dans le comtat Venaissin

  • Ouvrages généraux
    • MOLLAT Guillaume, 1965, Les Papes d’Avignon (1305-1378), Paris : Edition de Letouzey et Ané, 623 pages.
    • TANASE Thomas, 2019, Histoire de la papauté en Occident, Paris, Edition de Gallimard, 587 pages.
    • PALADILHE Dominique, 2008, Les papes en Avignon, Paris : Edition de Perrin, 349 pages.
    • CHAVE Isabelle, 2018, Avignon et Comtat Venaissin : empreinte et influence de la papauté : XIXe – XVIIIe siècle, Paris, Edition de la Société française d’archéologie, 336 pages.
  • Ouvrages spécialisés
    • COLOMBE Gabriel, 1939, Le palais des papes d’Avignon, Paris, Edition de Henri Laurens, 120 pages.
    • TROTTMANN Christian, 1995, La vision béatifique : des disputes scolastiques à sa définition par Benoît XII, Rome, Edition de l’Ecole française de Rome, 899 pages.
    • BONIFACE Xavier & BETHOUART Bruno, 2012, Les chrétiens, la guerre et la paix : de la paix de Dieu à l’esprit d’Assise, Rennes : Edition des Presses universitaires de Rennes, 372 pages.

II. Une influence qui s’étend à la région occitane…

  • Ouvrages généraux
    • TANASE Thomas, 2019, Histoire de la papauté en Occident, Paris, Edition de Gallimard, 587 pages.
    • VAN DE MEER Frédéric, 1965, Atlas de l’ordre cistercien, Paris : Bruxelles, Edition de Sequoia, 308 pages.
    • PALADILHE Dominique, 2008, Les papes en Avignon, Paris : Edition de Perrin, 349 pages.
    • BONIFACE Xavier & BETHOUART Bruno, 2012, Les chrétiens, la guerre et la paix de la paix de Dieu à l’esprit d’Assise, Rennes : Edition des Presses universitaires de Rennes, 372 pages.
    • MOLLAT Guillaume, 1965, Les Papes d’Avignon (1305-1378), Paris : Edition de Letouzey et Ané, 623 pages.
  • Ouvrages spécialisés
    • DUVERNOY Jean & LE ROY LADURIE Emmanuel, 2004, Le registre d’inquisition de Jacques Fournier (évêque de Pamiers), 1318-1325, Paris, Edition de Claude Tchou, 1346 pages.
    • BUENO Irene, 2015, Defining heresy: inquisition, theology, and papal policy in the time of Jacques Fournier, Leiden, Boston (Massachusetts), Edition de Brill, 371 pages.
  • Articles
    • LAURENDEAU Danielle, 2010, « Le village et l’inquisiteur : Faire parler et savoir taire au tribunal d’Inquisition de Pamiers (1320-1325) », Histoire & sociétés rurales, Volume 34, pages 13 à 52.
    • PIRON Sylvain, 2008, « Un avis retrouvé de Jacques Fournier », Médiévales, Volume 54, pages 113 à 134.

III. …voire dans toute l’Europe chrétienne

  • Ouvrages généraux
    • TANASE Thomas, 2019, Histoire de la papauté en Occident, Paris, Edition de Gallimard, 587 pages.
    • LEMAS Nicolas, 2017, La Guerre de Cent Ans, Malakoff, Edition d’Armand Colin, 231 pages.
    • PALADILHE Dominique, 2008, Les papes en Avignon, Paris : Edition de Perrin, 349 pages.
    • BONIFACE Xavier & BETHOUART Bruno, 2012, Les chrétiens, la guerre et la paix de la paix de Dieu à l’esprit d’Assise, Rennes : Edition des Presses universitaires de Rennes, 372 pages.
    • MOLLAT Guillaume, 1965, Les Papes d’Avignon (1305-1378), Paris : Edition de Letouzey et Ané, 623 pages.
    • GALLAND Bruno, 1998, Les Papes d’Avignon et la maison de Savoie : 1309-1409, Edition de Rome : Ecole française de Rome, 512 pages.
  • Ouvrages spécialisés
    • GUILLEMAIN Bernard, 1966, La cour pontificale d’Avignon : 1309-1376, étude d’une société, Paris, Edition de Boccard, 809 pages.
    • MAHN Jean-Berthold, 1949, Le pape Benoît XII et les cisterciens, Paris, Edition de H. Campion, 150 pages.
  • Article
    • GOUGUENHEIM Sylvain, 2008, « Le procès pontifical de 1339 contre l’Ordre Teutonique », Revue historique, Volume 647, pages 567 à 603.