Les Cagots

Benoît CURSENTE, Les Cagots : histoire d’une ségrégation, 2018

Les Cagots ont été un peuple persécuté durant le Moyen Âge jusqu’au début du XIXème siècle. La figure fantasmée des cagots se construit au fil des siècles, traversant les périodes médiévale, moderne et contemporaine. Souvent liés à des images et concepts à connotation péjorative, les cagots sont considérés comme responsables des maux que subissent les populations en contact avec eux. Ce phénomène entraîne une mise à l’écart de cette population ainsi qu’une élaboration de nombreux éléments discriminants servant à alimenter le mythe les entourant. Le terme de cagot lui-même n’apparaît qu’en 1552 et ne fait partie que d’une multitude d’appellations désignant ces individus répartis sur les territoires du Sud-Ouest de la France (Gascogne) et du Nord-Est de l’Espagne (Navarre). Bien qu’ils n’existent plus aujourd’hui, l’étude des cagots permet de discerner les hommes et femmes victimes d’une ségrégation sur le temps long.

Origines et première séparation

La première trace écrite de cette population date de la fin du Xe siècle, le cartulaire d’un abbé du Béarn faisant référence à un christianum du nom de Auriol Donat, un propriétaire de terre issu d’une famille de milites. Au début du XIIe siècle, le Romancero du Cid raconte l’histoire de la rencontre entre son protagoniste, un pèlerin, et un gafo qu’il aide en lui offrant son propre lit. Aucun de ces textes ne montrent une forme de mépris ou de rejet envers les cagots, pourtant ces derniers sont rapidement assimilés à des lépreux notamment suite au troisième Concile de Latran en 1179 où l’on distingue « vrais lépreux » et « lépreux libres », les cagots entrant dans la seconde catégorie. Ces mesures peuvent s’expliquer par l’épidémie de lèpre ayant lieu à la fin du XIIe siècle.

Une existence difficile

Bénitier dit des cagots de l’Abbaye de Saint-Savin, XVe siècle

Les Cagots sont exclus des célébrations religieuses, ils entrent par une autre porte se situant sur le côté de l’église et utilisent un bénitier qui leur est réservé. De plus, ils sont séparés des autres fidèles et se placent au fond de la nef, sous les cloches. Leurs sacrements sont également très différents de ceux des autres fidèles : la communion est faite au bout d’un bâton ; le baptême se déroule durant la nuit sans carillon ; le baiser de paix offert au bas de l’étole du prêtre, à genoux, et non en embrassant la croix ; les enterrements ont lieu dans un cimetière commun mais dans un angle que le curé ne bénit jamais ou parfois dans la fosse où se mêlent criminels, suicidés et filles de joie.

En outre, les cagots sont mis à l’écart de la société; ils sont séparés du reste de la population et vivent dans des cagoteries. Ces lieux sont des hameaux présents à la sortie des villes et villages et comptent moins de cinq familles en moyenne. Cette séparation forcée mène au développement d’une endogamie, obligeant les membres d’un même groupe social de choisir leur conjoint au sein de ce groupe. Ce phénomène entraîne à son tour un problème de consanguinité et finit donc par causer les malformations et handicaps visibles sur les photos prises à l’époque contemporaine. Il est possible que les cagots possédaient des attributs physiques les détachant du reste de la population dès le Moyen Âge mais il est certain que leur exclusion ait joué un grand rôle dans la détérioration de leur santé au fils des siècles.

La vie en communauté forcée des cagots est accompagnée d’une application de restrictions différente d’une région à l’autre. Selon des règlements de police datant de 1396 en Marmande dans le Lot-et-Garonne, les cagots sont soumis à :

  • un accès limité aux marchés
  • l’interdiction de fréquenter les moulins, lavoirs et fontaines publiques (si bien bien que les cagoteries possédaient leur propre puis pour le plus souvent)
  • l’obligation de porter une marque de la patte d’oie rouge et de marcher sur les chemins uniquement pieds chaussés

Le non-respect de ces règles peut être puni par la flagellation publique au Moyen Âge. Une situation similaire est observable dans la commune de Moumour dans les Pyrénées-Atlantique, Ces restrictions qui découlent de l’édit de Charles VI datant du 7 mars 1407 interdisent les cagots de mener une activité autre que celle de charpentier pour les hommes. Ces derniers sont d’ailleurs reconnus pour leur talent dans ce domaine et sont sollicités pour la construction du château de Montaner (fin XIVe siècle) ou bien la charpente de l’église Saint-Girons de Monein (1464-1530). En outre, d’autres métiers leur sont confiés dans diverses régions comme celui de menuisier ou de cordier. Les femmes occupent fréquemment le rôle de sages-femmes parce qu’elles sont assimilées à des sorcières par le reste de la population.

Les implications scientifiques et religieuses

Les sciences médiévales et modernes se mêlent au religieux et servent à construire un mythe autour de l’origine des cagots changeant au fil des siècles. Dans son traité de Grande Chirurgie publié en 1363, Guy de Chauliac établit un ensemble de critères servant à identifier les cassots avec une prédominance d’attributs physiques liés à la laideur ou bien un manque d’hygiène. Au XVIe siècle, un enseignant à l’université prestigieuse de Montpellier nommé Laurent Joubert met en avant la théorie d’une lèpre blanche héréditaire. Ce nom possède une forte connotation religieuse et fait référence au récit de Guéhazi présent dans l’Ancien Testament. Pour sa trahison du prophète Élisée, lui et sa descendance sont condamnés à souffrir de la lèpre éternellement. Dans le même prolongement, le célèbre chirurgien Ambroise Paré , père de la chirurgie moderne, au service du roi Henri II, étudie le cas des cagots. Il étudie plusieurs individus et rapporte la capacité prodigieuse de l’un d’entre eux à pratiquer la momification par magnétisme :

« l’un d’eux tenant en sa main une pomme fraîche, celle-ci apparaît aussi aride et ridée que si elle fut restée huit jours au soleil » (Ambroise Paré, Traité de la Peste, 1568).

Il explique cela par la chaleur anormalement élevée dégagée par le corps du cagot. Cette forte chaleur serait également la source d’une capacité à flétrir les aliments. Il est aussi dit qu’un sang vert et bleu bouillonnant a pu être observé lors d’une saignée. Ces théories influent sur l’application de mesures discriminantes notamment dans les espaces religieux et la liturgie.

La représentation des Cagots

Statue représentant un cagot (église Saint-Girons de Monein, fin XVe – début XVIe siècle)

Les cagots étaient représentés de diverses façons sur divers supports tout d’abord dans des poèmes et chansons comme nous le montre les chansons béarnaises recueillies par l’historien Francisque Michel au XIXe siècle. Dans ces textes, les cagots sont perçus comme malveillants et mauvais, des êtres dont il ne faut surtout pas s’approcher de peur d’être comme eux. De plus, les cagots étaient représentés en statue, comme dans les églises où sur les bénitiers qui leur étaient destinés. Ces sculptures représentent les cagots portant un visage déformé par la maladie (lèpre).

Période contemporaine et disparition

La perpétuation de la mise à l’écart des cagots mène à l’endogamie et développe ainsi des handicaps physiques au sein de la communauté. Le mépris des cagots est ancré dans les couches populaires et mène une sévère discrimination. Cependant, avec la Révolution Française les cagots se voient offrir un patronyme souvent lié à leur métier tel que charpentier. Mais c’est durant la première industrialisation et les mouvements de population dû à la Première Guerre mondiale et à l’exode rural que les cagots et leur supposée malédiction sont peu à peu oubliés.

Pour aller plus loin

  • Benoît CURSENTE, Les Cagots : Histoire d’une ségrégation, Cairn, Paris, 2018
  • GUERREAU A., GUY Y., Les cagots du Béarn : Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen, Minerve, Paris, 1996
  • Paola ANTOLINI, Los agotes : Historia de una exclusión, Istmo, Madrid, 1989
  • Geneviève JOLLY, Les cagots des Pyrénées : Une ségrégation attestée, une mobilité mal connue. Le Monde alpin et rhodanien, Revue régionale d’ethnologie, 2000, 28 (1), p.197–222.
  • Benoît CURSENTE, La question des « cagots » du Béarn. Proposition d’une nouvelle piste de recherche, Les Cahiers du Centre de recherches historiques, 1998, (21)

Déportation et internement en Occitanie pendant la Seconde guerre mondiale.

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Le 24 octobre 1940, quatre mois après l’armistice, le maréchal Pétain rencontre Adolf Hitler en zone occupée, à Montoire-sur-le-Loir . Au centre, le colonel Schmidt, qui leur sert d’interprète. Cette poignée de main est emblématique de la collaboration du régime de Vichy avec l’Allemagne nazie.

Les troupes allemandes envahissent la Pologne le 1er septembre 1939, déclenchant ce qui deviendra ensuite la Seconde Guerre mondiale. Le 6 octobre, la Pologne capitule et les premiers massacres et répressions commencent, entraînant de grandes vagues d’immigration vers d’autres pays tels que le France. C’est ainsi que les premiers camps, alors camps de réfugiés sont mis en place. En mai 1940 débute l’offensive allemande contre la France. Le 22 juin 1940, le maréchal Pétain demande l’armistice et la France, séparée en deux zones, l’une occupée, l’autre « libre », entre alors en collaboration avec l’Allemagne.

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Panneau interdisant l’accès de certains lieux aux juifs. Yad Vashem.

A partir d’octobre 1940, Pétain promulgue un décret de loi, le « premier statut des Juifs » qui définit une « race juive ». Les Juifs sont ainsi exclus de la société. A cette période sont aménagés des camps d’internement pour les Juifs étrangers. En janvier 1942, la « solution finale » est mise en place par Hitler lors de la Conférence de Wannsee où est organisée l’extermination des Juifs d’Europe. A partir de 1942 les Juifs sont donc envoyés dans des camps de concentration et de mise à mort. L’Occitanie est une région qui se situe en zone libre et qui suit donc les réglementations qui concernent cette zone. Comment se déroulent l’internement et la déportation en Occitanie pendant la Seconde Guerre mondiale? Dans une première partie nous nous intéresserons à la mise en place du phénomène d’internement en Occitanie puis à son application et enfin nous aborderons la question de la déportation des internés.

I- Arrestation et emprisonnement

1) Statut et utilisation de la zone libre par Vichy

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La France coupée en plusieurs parties en 1940 : zone libre, zone d’occupation italienne, zone occupée, avec à l’intérieur de celle-ci : la zone annexée Alsace-Moselle, la zone placée sous l’administration militaire allemande de Bruxelles (nord de la France), et deux territoires classés zone interdite. Wikipédia


Fin 1940 et début 1941 deux types de populations juives se trouvent concentrés dans la zone libre dite zone non occupée, à l’issue de l’armistice. D’autre part, il y avait les Juifs français échappés de la zone occupée. Bien que recensés et surveillés, ils étaient libres de leurs mouvements et ne portaient pas l’étoile jaune, à l’inverse de la zone occupée. En 1941, on recensait environ 110 000 Juifs en zone libre. Au fur et à mesure de la multiplication des rafles en zone occupée, et surtout après le début des déportations, en mars 1942, «Franchir la ligne de démarcation» représente l’ultime espoir. Dans cette zone dite libre, 10 000 hommes, femmes et enfants juifs, qui se croyaient à l’abri au-delà de la zone de démarcation, sont raflés par des gendarmes et des policiers français. Certes, les Juifs se sentent moins menacés qu’en zone occupée. En zone libre, il n’y a pas de Gestapo, et certaines mesures antijuives entrent en vigueur un peu plus tard. La zone libre est sous la seule souveraineté du gouvernement de Vichy. Dès lors, cette zone libre devient immédiatement un havre de paix et un canal de survie pour les réfugiés juifs affluant de toutes parts.

2) Mise en place technique des camps

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Camp de Brens, mars 1942, site APSICBR.

Sur le point technique, les camps se sont construits entièrement sur des champs complètement vides. Cependant. Un deuxième type de construction est en vigueur : la construction des camps sur ses bâtiments déjà existants. Par exemple les camps de Rieucros et de Brens. Du côté du camp de Rieucros il a été créé par décret datant du 21 janvier 1939. Le terrain était une priorité de l’hôpital de la ville de Mende qui le loue à la préfecture. Pour le camp de Brens, le terrain appartenait à deux frères qui servaient de base aux ouvriers d’avant-guerre qui réhabilitent le pont le plus proche. 

3) Premiers internements

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Archives départementales, Documents et sources pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, Vol.2, répertoire numérique

En septembre 1939, les ressortissants des « pays ennemis » réfugiés en France font, en raison de leurs nationalités, l’objet de mesures d’internement : le statut de réfugié politique ne prévoit alors nullement sur le critère d’appartenance à un pays ennemi. Parmi ces internés se trouvent de nombreux intellectuels antinazis et des Juifs qui ont fui les persécutions. L’internement administratif vise des personnes non pour ce qu’elles ont fait (ou sont présumées avoir fait) mais pour le danger potentiel qu’elles représentent aux yeux du pouvoir. La première loi autorisant l’internement administratif remonte au 12 novembre 1938. Il visait ce qu’on appelait alors les « étrangers indésirables ». Symboliquement puissant, car c’est pour cette catégorie que le premier camp a été ouvert à Rieucros, en Lozère.

Dès lors, le camp de Rieucros passe de « centre de rassemblement d’étrangères » à  « camp de concentration » en janvier 1941, il accueille au départ des hommes étrangers considérés comme suspects de troubles à l’ordre public, en octobre 1939 ils sont déplacés au camp disciplinaire du Vernet d’Ariège : la place est ainsi libre pour les femmes étrangères indésirables, parfois enfermées avec leurs enfants. Avec le gouvernement de Vichy, la population du camp s’élargit à des Françaises suspectes pour raisons politiques ou pour « mœurs douteuses ». Au printemps 1942, les camps français d’internement prirent leur place dans la nouvelle logique allemande : la mise en œuvre de la solution finale en France. Ce sont les réfugiés espagnols fuyant les armées franquistes qui représentaient, et de loin, la catégorie d’internés la plus nombreuse entre 1938 et 1940. Cela ne veut pas dire qu’il n’y eut plus d’internés politiques dans les camps, de nomades, de droits communs.

II- Les camps d’Occitanie

1) L’internement en Occitanie

Archives départementales, Documents et sources pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, Vol.2, répertoire numérique

Dès la déclaration de la guerre, en septembre 1939, les ressortissants des « pays ennemis » réfugiés en France font, en raison de leurs nationalités font l’objet de mesures d’internement. Parmi ces internés se trouvent de nombreux intellectuels antinazis et des Juifs qui ont fui les persécutions.

Il existe plusieurs types de camps, les centre d’accueil pour réfugiés espagnols en place entre octobre 1939 et novembre 1940 et les centre d’hébergement pour réfugiés juifs étrangers effectifs entre novembre 1940 et mars 1941. Les autorités espèrent pouvoir mieux réguler le flux de réfugié·e·s à l’aide d’une loi qui autorise l’internement des « indésirables étrangers ».

Un premier camp est construit à Rieucros, dans le sud de la France. D’autres ne sont constitués au départ que de tentes, puis de baraques en bois ou de bâtiments en dur. Le déclenchement de la guerre avec l’Allemagne se traduit par l’édification de douzaines de camps dans la zone non occupée de la France. Il s’agit d’y emprisonner les « ressortissants de puissances ennemies » et les « individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». En 1939-1940, l’internement demeure une mesure d’exception. Puis il devient un pilier des politiques répressives du régime de Vichy à l’égard des « indésirables », en premier lieu des Juives et Juifs étrangers venus se réfugier en France. Fin 1940, près de 50 000 personnes, en majorité juives, sont détenues dans les camps de la zone libre.

2) La vie dans les camps : l’exemple du camp de Rieucros

Le camp de Rieucros est effectif de 1939 à 1942, il comprend sur cette période une population maximum de 800 personnes. Il s’agit de femmes, en majorité politiquement engagée.

Dessin de Flora Süssmann, Dans la baraque, extrait de Camps de femmes de Mechthild Gilzmer

A Rieucros chaque journée se ressemblent, avec les mêmes horaires, les mêmes corvées . Seule la correspondance fait varier le quotidien et marque un lien avec le monde extérieur. L’espace de vie principale est la baraque, où chacune sur sa couchette peut tenter de se recréer un semblant d’intimité. Cela reste complexe, une baraque contenant à peu près 80 femmes, ce qui induis une grande promiscuité.

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Dessin de Flora Süssmann, Dans la baraque, extrait de Camps de femmes de Mechthild Gilzmer

La direction du camp a constamment cherché à procurer du travail aux femmes internées. Il s’agit généralement de confection de vêtements pour l’armée française censé être rémunéré mais dont le contrat n’est pas toujours respecté. Elles fabriquent également des objets en quantités considérables tel que des vêtements, des bijoux, des jeux… Par exemple, la fabrication de bouton finit par se transformer en une réelle entreprise de vente de boutons avec un commerçant de Mandes. Cet argent récolté par les internées dans le but de pouvoir acheter de la nourriture à la cantine.

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Au travail. Mechthild Gilzmer, Camps de femmes.

Au début l’approvisionnement est suffisant, mais les choses se dégradent en même temps que l’avancée de la guerre. Les deux repas ont lieu à midi et le soir et se composent essentiellement de soupe de légumes (haricots, rutabaga…) à laquelle on ajoute quelques rare fois un peu de viande. Avec ceci elles ont droit à 200g de pain. Au début elles ont droit à du poisson tous les lundis. Celles qui avaient de l’argent n’eurent pas à souffrir de la faim en tout cas au début, pouvant se procurer divers produits en payant. En effet le camp stock pour 14126 francs de nourriture parmi lesquels du chocolat, du saucisson du fromage et même du vin ou de la bière.

Le manque de nourriture a eu des effets néfastes sur leur santé. Lors de l’arrivée au camp les internés doivent se soumettre à une visite médicale. Par la suite les seuls malades peuvent accéder à l’infirmerie, seul endroit du camp dans lequel on trouve de vrais lits. Règlement du camp stipule qu’est prévue une visite médicale quotidienne. La réalité est autre, en effet le rapport du camp du mois de décembre 1941 mentionne deux visites médicales hebdomadaires. Outre les grippes, maux d’estomac et de têtes subviennent la tuberculose, des maladies vénériennes, la dysenterie et les fausses couches. De nombreuses femmes furent soignées dans des hôpitaux à l’extérieur du camp. (Mandes, Montpellier..) De plus la plupart des femmes connaissent un arrêt de leurs règles. Le seul nouveau-né qui vit le jour mourut quelques jours plus tard, ce fut la seule répertoriée dans le camp. En général les conditions d’hygiène sont meilleures à Rieucros que dans les autres camps français mais le manque de nourriture et de soin accentué tout au long de la guerre affaiblit fortement les femmes et les rendent vulnérable à tous types de maladies.

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Dora Schaul. Les femmes ramenant la soupe au camp tiré de Camps de Femmes de Mechthild Gilzmer

Contrairement aux camps d’extermination allemands, les camps français n’étaient pas destinés à la diminution ou à l’élimination physique des êtres humains par le travail, la maladie ou l’exécution. Les internées organisaient des conférences ou des cours de langues proposés par les femmes spécialisées grâce à leurs formations respectives. Elles mirent même en place des cours de gymnastique mais très vite n’en eurent plus la force à cause du manque de nourriture. L’art est pour les internées une manière de garder et entretenir leur humanité dans un contexte inhumain. Les femmes peignent beaucoup Rieucros de manière plus ou moins réaliste : Dans son œuvre Tanguy , Michel Del Castillo évoque le cas de Rachel, une internée qui peint le camp de manière irréaliste, « comme une maison de poupée ». Lorsqu’on lui en fait la remarque, celle-ci répond « Pour moi voyez vous, c’est presque une chance d’être ici. J’ai réussi à échapper aux camps nazis. Ceux-là sont moins drôles, je crois » Les internées ont d’autres activités telles que la création et la mise en scène de pièces de théâtre, ainsi que l’organisation d’expositions et qu’elles inaugureront. Elles fêteront également la journée internationale des femmes.

III. Vers la déportation


1- Les différentes destinations de déportation

Ces camps de réfugiés vont très vite devenir au fil des mois des camps d’internement puis des camps de concentration. Certes, ces camps n’ont pas connu l’horreur absolue des lieux d’extermination, mais Vichy a su en faire des antichambres de la Solution finale. Des convois entiers en sont partis, dès août 1942, acheminant de nombreuses familles juives vers Auschwitz via Drancy..

Le camp d’extermination fut aussi l’ultime voyage pour quatre convois de familles juives parties en 1942 des camps de Noé et du Récébedou, près de Toulouse. Cette année-là, Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse, évoquait les scènes d’épouvante à l’intérieur des deux camps, tout en rappelant que les Juifs «sont nos frères comme tant d’autres».

Aucun département d’Occitanie n’a échappé aux rafles qui vont se multiplier avec l’invasion de la zone libre La rafle débute le 26 août 1942 à l’aube, dans toute la zone sud. Les forces de police et de gendarmerie, les gardes mobiles, les militaires et même les pompiers sont mobilisés. On utilise les fiches de recensement des Juifs établies du temps du gouvernement Darlan. Les Juifs sont ramassés dans les camps d’internement, les bataillons de travail, les résidences surveillées, les pensionnats catholiques et protestants, et on procède à des traques en forêt. À la mi-journée, le nombre d’arrestations ne dépassant pas 3 500 personnes, chiffre très inférieur aux prévisions, il est rappelé aux préfets par les services de Bousquet que, si leurs parents sont livrables aux Allemands, on doit procéder à la déportation des enfants de 2 à 16 ans. Des camions et des bus loués à des entreprises privées effectuent le transport des déportés des lieux de regroupement aux camps d’internement, puis jusqu’aux gares..

Début 1942, les internées de Rieucros sont transférées à Brens, près de Gaillac, dans le Tarn.

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Camp de Brens, mars 1942, site APSICBR.

Les régions organisent des «centres de criblage» pour regrouper les prisonniers et examiner leurs éventuelles exemptions. Au moins 45 autres femmes, « précédemment internées à Rieucros », dont 32 depuis le camp de Brens, ont été déportées par la police française et la Gestapo à l’été 1942  

Pour en savoir plus sur le camp de Brens

2- L’enfermement des suspectés de collaboration et l’occupation nazi en attente de jugement

Si la Libération du territoire se fait dans la liesse populaire, elle est aussi une période durant laquelle vont s’exprimer les rancœurs accumulées durant ces quatre années d’Occupation. L’épuration permet d’évacuer et de juger les collaborateurs (et fidèles) du régime de Vichy dans les secteurs administratifs et économiques notamment. A Rivesalt par exemple les derniers internés sont dispersés vers d’autres camps, tels Gurs ou Saliers, ou transférés dans des Groupements de Travailleurs Étrangers. À la Libération, le camp de Rivesaltes devient un centre de séjour surveillé pour les personnes suspectées de collaboration (1944-1945),et un Dépôt de prisonniers de guerre de l’Axe (1944-1948). Il pouvait s’agir du vrai collaborateur comme misérable dénoncé par un voisin. On y trouve des Allemands, des Autrichiens, des Italiens et des Hongrois, mais aussi des Espagnols et des Soviétiques. De nombreux détenus sont alors employés à divers travaux dans la région, jusqu’à leur libération.

3-Les camps conservation ou démantèlement

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La camp de Rivesaltes aujourd’hui. Mémorial du camp de Rivesaltes

Suite à la libération certains camps sont devenus des mémorial pour ne jamais oublier et permettre d’avoir des lieux de commémorations et de recueillement comme le mémorial de Rivesaltes, inauguré en octobre 2015, le Mémorial est construit au milieu des vestiges des baraquements, témoins du destin de plus de 60 000 personnes. Cette marque dans l’espace en fait un lieu unique, qui rend compte des traumatismes du second vingtième siècle. Néanmoins le cas du camps de Rivesaltes n’est pas une généralité . A la fin de l’occupation la majorité des camps sont démantelé comme le camp de Rieucros qui a fermé en 1942 . Et dont aujourd’hui il ne reste plus rien à part une stèle ou le camps de Brens qui a était restitué à ses propriétaires après la libération . Dans ce camps il reste quelque baraquement qui servent de garages et le mirador .

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Camp de Brens aujourd’hui. Photo de Matthieu Palat.

Ce camps a pue servir pour des camps de vacances , il est aujourd’hui laissé à l’abandon néanmoins des projets de rachat du camps subsistent . Aujourd’hui, une association se bat pour la mémoire du site et de toutes les femmes qui y ont été internées.

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Camp de Brens aujourd’hui. Photo de Matthieu Palat.

Voici la bibliographie non exhaustive qui nous à permis de traiter ce sujet :

Le traité des Pyrénées 1659, une paix avec de grands enjeux pour le contrôle de l’Europe de L’Ouest

Le traité des Pyrénées conclu une guerre de 34 ans entre la France et l’Espagne. C’est Richelieu qui déclara la guerre à l’Espagne en 1635 durant la guerre de Cent qui se terminera par le traité de Westphalie

Cette guerre est un enjeu pour les deux puissances de l’Europe de l’Ouest, chacune cherche la prédominance sur l’autre dans ce coin de l’Europe. Chacune souhaite faire en sorte que l’autre ne puisse plus du tout s’opposer à l’autre.

Les premières grandes batailles sont à l’avantage des Espagnoles. L’Espagne et son souverain Philippe IV, tente de profiter de la contestation que subit le régime monarchique français avec l’épisode historique de la fronde et la menace de la monarchie parlementaire britannique sur la scène internationale qui conteste la puissance extérieure française pour tenter de ravir à la France des portions de territoires qu’elle considère comme siennes.

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Sources : peinture de Juste d’Egmont (1602–1674)
Titre : Portrait Louis II Grand Condé

La France elle est dans une situation qui l’oblige à garder contact avec l’Espagne en permanence et à toujours tenter durant 34 ans de faire la paix. Cependant la condition de l’Espagne de la réhabilitation du prince de Condé Louis II de Bourbon est quelque chose que le cardinal Mazarin n’acceptera que très tard.

Petit à petit la situation qui était à l’avantage de l’Espagne ce retourne et devient à l’avantage de la France. Plusieurs raisons pour cela, d’une part les caisses de la couronne d’Espagne ce vide petit à petit, la situation politique entre le souverain Philippe IV et les autres puissants d’Espagne est tendue, le souverain sait qu’il doit terminer d’une façon ou d’une autre cette guerre qui coute beaucoup d’argent. Que ce soit en la gagnant ou alors en sauvant la face. De plus l’Espagne est sur trois fronts, contre le Portugal, la France et enfin l’Angleterre qui s’engage au côté de la France.

En France, la situation intérieure va petit à petit se stabiliser avec le cardinal Mazarin, la fin de la Fronde et l’affirmation du pouvoir de Louis XIV. L’alliance de la France et de l’Angleterre permet de renverser grandement la situation militaire entre l’Espagne et le France.

Cependant la situation financière du royaume de France est compliquée et la couronne n’arrive pas à payer l’armée ce qui mène à des exactions de la part de l’armée à même du territoire français comme à Laon.

Le premier évènement qui va mener à la paix va être l’élection d’un nouveau roi du Saint Empire Germanique. Les deux branches de la famille des Habsbourg se divisent et des tensions se mettent en place, ce qui donne une non-intervention de la part des Habsbourg d’Autriche dans le conflit avec la France. Une situation gênante pour l’Espagne qui aimerait recevoir de l’aide. Cependant en 1662 pour l’élection de Maximilien II, quand la France réussit à inscrire dans la charte d’élection l’obligation de non-intervention dans le conflit franco-Espagnol c’est une défaite Espagnole.

Le deuxième va être la victoire française écrasante à la bataille des Dunes qui est une bataille que l’Espagne va perdre contre la France et l’Angleterre le 14 Juin 1658.

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Sources : gravure du XVIIème siècle de A. Boudan,
Titre : Les Heureux commencements du règne de Louis XIIII, sous la généreuse conduite du duc d’Enguien

Après les négociations entre les deux royaumes qui se concluent le 7 novembre 1659. Luis de Haro et Mazarin signent le traité le 7 novembre. Philippe IV le signe le 10 décembre 1659. Le traité est signé, dès lors il faut organiser la rencontre entre les deux parties pour exécuter l’article le plus important qui est le mariage entre Louis XIV et l’infante d’Espagne. Les deux parties se rencontrent sur l’ile du faisan à la frontière Franco-Espagnol.

Le 6 juin eut lieu la rencontre entre les deux souverains qui se jurèrent amitié. Le lendemain, l’infante quitta la partie espagnole de l’île et fut accueillie en France. Le 9 juin 1660, le mariage religieux fut célébré en l’église de Saint-Jean-de-Luz. Louis XIV refusa les témoins qui, selon la coutume, devaient assister à la nuit de noces.

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Sources : Peinture de Jacques Laumosnier
Titre : Entrevue des deux rois sur l’île des Faisans

Le traité des Pyrénées fut donc signé par les deux parties, l’application du traité des Pyrénées prendra du temps et aura des conséquences que ce soit politique ou territoriale sur le court et le long terme.

Au niveau international, les effets du traité des Pyrénées se font immédiatement sentir. L’Espagne se retire de la scène internationale laissant le champ libre à la France de contrôler l’Europe continentale de l’Est et de se concentrer uniquement sur le Saint Empire Germanique et de la lutte contre les Halbourgs.

La paix avec l’Espagne va amener à un manque de considération de la part de la royauté sur les cités du sud. Par exemple la cité médiévale de Carcassonne va être petit à petit abandonnée. Car ne représentant plus aucun intérêt stratégique militaire. De ce fait la cité médiévale va être abandonné au fur et à mesure que la cité-base se développe.

Les territoires acquis par la couronne de France vont recevoir des transformations administratives, leur intégration culturelle est dure et lente. Dans les territoires proches de la frontière Espagnol sans relief naturel comme le duché de Loraine ou la Cerdagne, ils vont voir l’arrivé de caserne militaire ainsi que des garnisons avec 1 soldats pour 24 habitants.

De plus les frontières économiques comme la frontière partagée entre le Roussillon et le Languedoc porte plusieurs problèmes à régler rapidement.

De plus par exemple, l’introduction par la gabelle dans les nouveaux territoires va amener des révoltes et une contrebande dans le commerce.

Le traité des Pyrénées permet donc à la France d’assurer sa prédominance sur le territoire de l’Europe de L’Ouest face à l’Espagne. La France gagne des territoires, une légitimité à la couronne d’Espagne ainsi qu’un retour au calme dans la situation intérieure pour le pouvoir royale Français. Et une stabilisation de la situation pour la population avec la fin de la guerre.

Enfin en Espagne, Philippe IV assure sa position en tant que roi, cependant il perd la prédominance que la branche des Habsbourg d’Espagne avait sur l’Europe. Plus tard la branche des Habsbourg d’Espagne s’éteindra avec son petit-fils.

Enfin concernant la frontière uniquement, il faudra finalement attendre le Traité de Bayonne du 26 mai 1866 signé entre Isabelle II Reine d’Espagne et Napoléon III Empereur des Français pour fixer définitivement le tracé de la frontière.

Bibliographie

-Alain Hugon,12/03/2014, Philippe IV – Le siècle de Vélasquez, bibliographie Payot

-Albesa Louis, Le traité des Pyrénées, Monhelios Editions, Paris, 2014

-Ayats Alain, La défense des Pyrénées-catalanes françaises (1659-1681) : frontière politique et frontières militaires, Thèse, Montpellier, 1990.

-Bely Lucien, Haan Berttrand, Jettot Stéphane, La Paix des Pyrénées (1659) ou le triomphe de la raison politique, Classiques Garnier, Paris, 2015.

-Bougain Michel et Annie Bougain, Le partage de la Catalogne histoire rocambolesque du traité des Pyrénées 1658-1660, Trabucaire, Paris, 2019.

– Jean-Yves Puyo, Jacobo García Álvarez, Une frontière pour les Pyrénées : l’épisode trop méconnu de la commission topographique franco-espagnole Caro-Ornano, Thèse, Pessac, 2016.

– Peter solkins, Frontières et identités nationales ; La France et l’Espagne dans les Pyrénées depuis le XVIIème siècle, Belin, Paris, 1996.

-Serre Daniel, Honcré Chamion, La Paix des Pyrénées 24 ans de négociations entre la France et l’Espagne, Honore Champion, Paris, 2007

-Sophie Gonzalez Ruggeri, La Catalogne de 1640 à 1659 : l’administration française d’une province placée sous la protection des rois de France, Thèse, Perpignan, 2006.

-Erbin Rayan, « Carcassonne : un joyau du patrimoine français à l’histoire mouvementée », l’écho du Languedoc, 2022.

Etudiants : Erbin Rayan, Elboutahiri Bilal, Hamroune Yanis

Le 15e régiment d’infanterie

« Sans peur et sans reproche » ceci était la devise du 15e régiment d’infanterie, un régiment de l’armée de terre française créé en 1559. Le 15e RI loge dans différentes casernes au cours des siècles pour réaliser ses missions, mais à partir de 1907 et jusqu’à sa dissolution, il loge dans la ville d’Albi en France pour être à proximité de sa division (32e DI) en garnison à Toulouse, et celui-ci y laisse fortement sa marque en entraînant les albigeois dans les deux guerres mondiales. Ce qui nous amène à nous demander :
Quel rôle le 15e RI a-t-il eu dans la société, de son encasernement à Albi en 1907 jusqu’à sa dissolution en 1940 ?

I- De l’encasernement à l’armistice de 1918

  1. Albi et le 15e RI, un régiment dans la ville 

A partir de 1907, le 15ème régiment d’infanterie s’installe dans la ville d’Albi, dans la caserne Lapérouse. Désormais, le régiment loge au centre de la ville, ce qui est assez inhabituel et change la vie des albigeois, car le service militaire étant obligatoire à l’époque, les appelés albigeois sont engagés dans le 15e RI qui remplace le 117e RI. Le service militaire dure deux ans, puis à partir de 1913, trois ans pour préparer à une éventuelle guerre avec l’Allemagne. Le régiment logeait dans la caserne et exécutait ses entraînements dans la commune de Le séquestre au sud d’Albi. Les habitants s’habituent à la présence du régiment, des parades militaires sont organisées lors de chaque déplacement et sont très prisées par le public. Seulement, ce quotidien se voit être bouleversé le 31 juillet 1914, car Jean Jaurès (1859-1914), député du Tarn se fait assassiner provoquant une grande émotion, mais celle-ci ne dure pas et s’ensuit d’un élan patriotique lorsque la guerre est déclarée contre l’Allemagne le 3 août suite à l’explosion des tensions franco-allemandes et le jeu des alliances. Les soldats sont acclamés par la population lors de leur départ pour le front.  Les Albigeois soutiennent avec joie la mobilisation générale et la déclaration de guerre contre l’Allemagne, l’excitation est telle que la cabane d’un allemand qui vendait des bonbons est pillée et brûlée. Le 7 août, le 15e régiment prend le train pour la Lorraine.  

  1. Au front de 1914 à 1918

Une fois la mobilisation lancée, le 15e RI s’illustre au combat et vit les atrocités de la première guerre mondiale. Le 9 août, le régiment arrive dans les Vosges, durant toute l’année 1914 le 15e RI combat en Lorraine et participe à différentes batailles sur ce lieu, tels que Rozelieures. A partir de 1915, le régiment change plusieurs fois de front suite aux souhaits de l’état major de mener de grandes offensives. En janvier, le 15e séjourne à Poperinge en Belgique, en février il arrive dans le département de la Somme. De mars à novembre, le régiment est en Champagne et participe à ses offensives, le 25 septembre ils investissent le mont Têtu et font 150 prisonniers. En 1916 le 15e RI participe à la bataille de Verdun. Le régiment a perdu beaucoup d’hommes, pour renforcer son régiment, ce dernier recrute alors 15 000 volontaires venus de tout le Tarn. Lors de la bataille, il s’illustre en participant à la reprise des forts de Vaux et de Douaumont. En 1917, ils ressortent victorieux lors de l’offensive de Mort-homme dans la Meuse, enfin, en 1918, ils s’illustrent une dernière fois lors de la bataille de l’Ailette en libérant plusieurs villages. Leur progression s’arrête le 11 novembre 1918 avec la signature de l’armistice, au total, 636 albigeois qui sont morts durant la première guerre mondiale. Après cela, le 15e RI se voit attribuer de nouvelles missions.

II. Entre Deux Guerres et Seconde Guerre mondiale

  1. Déploiements dans l’entre-deux-guerres 

A la fin de la Première Guerre mondiale, les régiments impliqués retournent dans leur caserne. Or, le déclenchement de la Guerre d’Espagne en juillet 1936 opposant les républicains et les nationalistes, menés par le Général Franco , marque un tournant. En effet, les républicains étant petit à petit battus, ceux-ci se dirigent vers la France. Ainsi, le gouvernement de Léon Blum, devant faire face à des vagues d’exilés, met d’abord en place une politique d’accueil. Or, la montée progressive de la xénophobie, les mécontentements des populations françaises aux frontières et les conséquences économiques mettent fin à ces politiques. Ainsi, le gouvernement français de Blum change de politique et décide de faire barrage aux exilés espagnols pour ne pas qu’ils entrent dans le territoire. Cela va être la mission principale du 15e régiment d’infanterie durant l’entre-deux-guerres : les hommes sont envoyés à la frontière franco-espagnole pour empêcher le passage des exilés républicains. Cette situation marque un contraste avec leur déploiement en 1914 qui était à des fins patriotiques, pour protéger le territoire. Cependant, l’enclenchement de la Seconde Guerre mondiale met fin à cette mission de blocage à la frontière des exilés républicains puisque le 15e régiment d’infanterie va être mobilisé à l’effort de guerre, notamment lors de la bataille de France.

  1. Bataille de France et dissolution du régiment

En septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate, l’Allemagne envahit la Pologne et en retour la France et l’Angleterre déclarent la guerre aux Allemands. Le 15eme régiment d’infanterie est alors transformé en régiment d’infanterie alpine et devient ainsi spécialisé dans la défense d’infrastructure en montagne et va stationner un temps près de la frontière suisse dans les Alpes en cas où l’Allemagne tenterait de passer par la Suisse, voire d’une possible entrée en guerre de l’Italie contre la France. Il est ensuite redéployé en Lorraine et va participer à la bataille d’Abbeville en juin 1940 pour tenter de rétablir une ligne de défense et de sécuriser les ports encore libres qui permettent le déploiement des troupes anglaises, alors allié des français et combattant avec eux sur le front. Le régiment intervient en renfort au groupe du centre lors du dernier jour de la bataille, le 4 juin. Si le régiment parvient à prendre ses objectifs initiaux, parvenant à établir une tête de pont près de Moyenneville rapidement avec l’aide des chars alliés, il va finalement être stoppé à la suite de l’embuscade subie par la cavalerie blindée alliée par l’artillerie ennemie qui ne peut plus le soutenir. Le régiment va alors tomber sous le feu de l’artillerie allemande et va devoir se replier, laissant derrière plus de 250 hommes hors d’état de combattre dont son commandant. La bataille se termine par une victoire allemande qui parvient à empêcher l’établissement de la ligne de défense. Le régiment va devoir se replier sur Saint-Valéry-en-Caux et sera ensuite capturé par l’armée allemande. Il est ensuite dissous après près de 400 ans de services et des participations aux plus grandes batailles de l’Histoire de France.

III. Influence économique et héritage contemporain

  1. Développement de l’économie albigeoise

La Première Guerre mondiale a fortement touché Albi, et ce surtout d’un point de vue économique et social, car il n’y pas eu de batailles sur le sol albigeois. On pourrait croire qu’il n’y a eu que des effets négatifs, cependant on remarque du positif suite au conflit. L’arrivée d’immigrés belges, polonais et italiens suite à la guerre a permis aux entreprises de la région de trouver de la main d’œuvre. Mais ce n’est pas tout, la présence du 15ème régiment d’infanterie, regroupant plusieurs centaines de soldats, dans la ville a aussi multiplié la demande pour les commerçants, et ce notamment pour les produits de première nécessité ainsi que du divertissement avec par exemple les différents bars. Les métiers ouvriers furent donc très sollicités, de par la demande créée par la guerre (avec des armes et des munitions par exemple). L’industrie se développant grâce à la guerre, c’est toute la région d’Albi qui connaît un regain. Les mines d’Albi et la Verrerie Ouvrière furent parmi les entreprises les plus prolifiques de la région. Le Génie militaire nécessitait aussi l’aide de l’industrie albigeoise. Toute cette demande engendra une forte création d’emploi. Après des événements comme la crise de 1929 ou l’essor du capitalisme, c’est toute l’économie d’Albi qui va être impactée par la Seconde Guerre mondiale, et notamment avec la présence d’un régiment dans la ville de 1907 à 1940, qui va impulser cette évolution.

  1. Après la dissolution, l’héritage

En juin 1940 a lieu la bataille d’Abbeville, qui voit la fin du 15e régiment d’infanterie après la défaite française. Après le conflit, les habitants d’Albi ressentent un sentiment de fierté vis -à -vis des combattants du 15e, né avec la dévotion du régiment pour son pays. Les albigeois ressentent l’obligation de rendre hommage aux soldats qui se sont battus pour eux. On constate donc certains changements, notamment à partir des années 1990-2000, comme l’ajout d’une rue au nom du régiment à l’Est de la ville. Mais cet hommage ne se limite pas à une simple ruelle. Ce respect pour les soldats du 15e régiment d’infanterie va pousser la ville à installer une stèle à l’ancienne caserne du régiment, transformée en faculté.

Photo personnelle réalisée par Nino Fievez à la faculté Champollion d’Albi

De multiples actions sont menées pour honorer le régiment et conserver sa mémoire, comme par exemple des associations. Celle des Diables Bruns est un exemple. En effet, cette association basée en Occitanie met en place de nombreuses reconstitutions, comme des camps ou des tranchées d’époque. Ils prennent aussi part à des commémorations sur la demande de certains maires. L’héritage du régiment est transmis aux jeunes générations via la culture, comme avec des cérémonies commémoratives, des reconstitutions ou même des expositions d’objets d’époque. Ces reconstitutions ont pour objectif de montrer au grand public la vie qui était celle du régiment, durant son existence sur la période 1907-1940.

Photo réalisée par l’association des Diables Bruns, représentant le 15ème régiment d’infanterie

Conclusion :

En conclusion, le 15e RI de son encasernement à Albi en 1907 jusqu’à sa dissolution en 1940 s’est grandement illustré durant les évènements de son époque, il restait un élément majeur de la vie des albigeois au début du XXe siècle notamment celle des appelés. Celui-ci entraîne les Albigeois en 1914 et en 1940 dans les deux guerres mondiales à se battre et s’illustre sur le champ de bataille à de nombreuses reprises. Durant l’entre-deux guerres, il participe à l’internement des réfugiés espagnols et appliquant ainsi la politique du gouvernement Léon Blum de 1936 à 1939. Son aventure prit fin lors de la Seconde Guerre mondiale où après une ultime défaite, il se rendit le 12 juin 1940 et fut dissous, mettant un terme à l’histoire du 15e régiment d’infanterie.

Étudiants : 

Fievez Nino – Joannes Kevin – Laporte Yannis – Peyre Célia

La Das Reich dans le Tarn et Garonne.

Le texte qui suit est un récit fictif traitant des aspects lié à la présence de la division Allemande « Das Reich » dans le Tarn et Garonne en 1944.

Rapport du commandant de la 13eme Compagnie de l’armée secrète Alexandre Chatelin à la FFI de Londres le 08 Juin 1944 sur la présence de la Das Reich dans le Tarn-et-Garonne

À l’intention du général Koenig commandant en chef des forces françaises de l'intérieur. Les Allemands se préparent à contre-attaquer. Le débarquement tant attendu en France est devenu une réalité. Il est urgent de retarder et ralentir l’ennemi dans ce secteur.

Après des mois d’observations, cette fois-ci un changement d’une importance capitale vient de se produire. Il semblerait que les hommes de la division se prépare à plier bagage pour partir pour la Normandie ou le débarquement vient d’avoir lieu il y a 2 jours. C’est ainsi toute la division presque au complet qui doit partir pour le front. Cela représente des milliers d’hommes, des centaines de chars, et de pièces d’artillerie, de quoi infliger de lourdes pertes aux Anglais et aux Américains, avec la possibilité de les arrêter dans une zone où ils se trouvent.

Photographie d’une manœuvre de Panzer IV de la Das Reich près du Caylus, 1944. extraite de SS-Panzer-Regiment 2 Das Reich dans le Tarn-et-Garonne.

Par conséquent j’ai ordonné à tous les groupes affiliés de quelconque façon à la résistance sous ma juridiction de ce tenir prêt à toute éventualité. Dans le même temps, le général De Gaulle a demandé aux partisans du sud de la France, de nettoyer les zones où l’occupant se trouve. Comme notamment la Corrèze, et le Limousin. Sur le département nous avons entrepris le sabotage des lignes de chemins de fer, nous avons infligé aux Allemands la perte de 29 locomotives.

Photographie d’un groupe de maquisards près de Verlhac-Tescou, fin Avril 1944, conservée au Fonds de la Résistance en Tarn-et-Garonne.

Pendant ces deux mois d’espionnage et de prise de renseignement moi et les autres camarades commandant les autres groupes de francs-tireurs, avons fait un état des lieux sur le matériel et l'instruction des soldats et des cadres. Afin de nous rendre compte ce que valait la division sur le terrain contre des forces insurrectionnelles. Voici ce qu’il est réellement de l’effectif du matériel d’après nos renseignements capturés à l‘ennemi :

  • 12 obusiers de 150 mm.
  • 24 canons de 105 mm.
  • 18 canons de 75 mm.
  • 38 obusiers de 75 mm.
  • 14 canons anti-tank de 75 mm autotractés.
  • 9 canons anti-tank de 75 mm tractés.
  • 9 canons antiaériens de 37 mm autotractés.
  • 24 mortiers de 120 mm.
  • 42 mortiers de 81 mm.
  • 12 lance-flammes.
  • 6 504 fusils.
  • 1 536 pistolets.
  • 2 064 pistolets mitrailleurs.
  • 369 mitrailleuses légères.
  • 54 mitrailleuses lourdes.
  • 216 lance-roquettes.

La division est arrivée dans le Tarn-et-Garonne le 06 Avril 1944. Leur objectif était de se reconstituer à la suite des pertes sur le front de l’est. Afin de compenser les pertes, d'entraîner les troupes et de prévenir l’opération Overlord. La division à été renforcé par le contingent alsacien, qui aujourd’hui représente ⅓ de l’effectif de la division afin de combler le manque de 7972 soldats. Les Allemands ont mis en place des réquisitions matérielles sur le département notamment pour leur quartier général qu’ils ont installé à l’institut Jean Calvin de Montauban.

Au cours de leur présence, la division a commis d'infâmes répressions contre les populations civiles, comme lors du massacre de Montpezat-de-Quercy causant la mort de 16 compatriotes français. Afin de traquer notre réseau, la division Das Reich a joint ses efforts avec la Gestapo et la Milice Française.

La division avec à sa tête le Brigadeführer Lammerding à sous son commandement 3 régiments: le “Germania”, le “Deutschland”, et le “Der Führer" qui composent la division Das Reich.

Organigramme de la Division Das Reich, réalisé par Chatelin Aurèle à partir des informations contenues dans l’ouvrage :
PENAUD Guy., La Das Reich : 2e SS Panzer-Division, Paris, Ed. Périgueux : la Lauze, 2005. p. 558. 

Nos observations nous portent à croire, que la division constitue un élément redoutable dans l’ossature de l’armée allemande et que si nous n’agissons pas immédiatement cette unité d’élite pourrait détruire notre potentiel d'insurrection. Il est donc urgent de frapper un grand coup ou de faire ralentir l’unité en question.

Nous sommes prêts à agir selon vos ordres.

Pour aller plus loin :

Auteurs de l’article : 

Aurèle Chatelin et Alexandre Andreoli.

Le village de Montans à l’époque gallo-romaine (IIIe siècle av. J.-C. / IIIe siècle ap. J.-C.) (2022)

Montans : entre racines gauloises et modernité romaine

Avant la conquête de la Gaule, en -52 av. J.-C., par les Romains et plus précisément Jules César, la Gaule reste un espace sans unité communautaire. En effet, ce territoire morcelé dispose de nombreuses communautés en son sein et décomposées en autant de chefferies. Cette organisation du monde gaulois implique ainsi de nombreuses tensions et de fait, plusieurs rivalités, tant au plan territoriale que culturel. Même si certaines communautés sont plus connues que d’autres (l’on peut ainsi penser aux Helvètes ou aux Arvernes de Vercingétorix), celles des Rutènes reste en marge, en particulier à cause d’un manque cruel de sources, notamment d’un point de vue textuel et épigraphique. Cependant, même si les informations livrées par les Rutènes restent minces, nous en savons un peu sur eux que ce soit par le biais de sources écrites romaines (juridiques avec Cicéron, ou encore des registres commerciaux) ou de sources archéologiques.

Les Rutènes disposent d’un contact avec Rome qui remonte au temps de la conquête de la Gaule Narbonnaise, en 121 av. J.-C. Ce contact renforcé encore dans les années – 80 à – 70, nous permet de nous rendre compte de la teneur des échanges entre Rutènes et Romains. En plus de pratiquer des échanges commerciaux, les Rutènes entretiennent déjà de bons rapports avec Rome d’un point de vue politique. Cette « alliance » des Rutènes envers Rome se ressent ainsi au cours de la Guerre des Gaules, si bien que nous savons que tous les Rutènes ne participent pas tous à la lutte contre la conquête romaine. De fait, après la victoire de Rome en -52 av. J.-C., les Rutènes s’intègrent bien dans ce nouveau cadre romain. Cela s’illustre notamment avec le village de Montans. Village commercial de premier plan lors de la période gauloise, son influence commerciale sur ses voisins et régions environnantes ne fait que s’accroître au cours de la période gallo-romaine.

Les spécificités d’un village gauloise :

Même si les caractéristiques du monde gaulois sont connues avec nombre de précision dans plusieurs domaines, ses connaissances restent parfois impossible à approfondir lorsque l’on cherche à expliciter des cas particuliers. De fait, bien que nous sachions comment fonctionnait le monde social gaulois (village dirigé par un chef et guidé par un druide, tous les villageois participaient à la chasse et aux rites funéraires, etc), il nous est, à l’heure actuelle du moins, impossible de déterminer avec exactitude la constitution du village de Montans durant la période gauloise. Les seules connaissances qui nous soient parvenues sur ce sujet nous viennent de recherches archéologiques effectuées sur le site du Rougé, au cours des années 1980 et dirigées par Thierry Martin. Par ce biais, nous avons pu prendre connaissance d’un oppidum construit sur les hauteurs du village et se servant du Tarn et du Rieutord comme suppléments de barrières contre les menaces extérieures.

Les apports de Rome :

Après la conquête des Gaules, Rome entreprend d’apporter certaines de ses connaissances mais également techniques au territoire gaulois nouvellement conquis. Cela se traduit alors par une généralisation de la monnaie romaine sous l’empereur Auguste en 27 av. J.-C. Ainsi, des domaines comme la langue (généralisation du latin comme langue officielle), les tenues ou encore les rapports sociaux voient des mutations apparaîtrent en leur sein. En parallèle de cela, la religion celtique telle que les gaulois la pratiquaient est interdite et remplacé par les croyances romaines (polytheïsme romain puis christianisme). Arrivent également les aqueducs, l’extension des routes romaines , les temples et les amphithéâtres. Cependant, pour le village gaulois comme pour le village romain, la question de savoir comment était structuré Montans reste posée car ni les sources épigraphiques, ni les sources écrites qui ont pu être découvertes ne mentionnent expressément ce village. Toutefois l’archéologie nous donne quelques éléments de réponse ; les maisons des habitants de Montans après l’installation de Rome répondent aux caractéristiques romaines : murs en terre et bois sur des soubassements de briques, sols faits à partir de chaux, décors peints de même que les toitures qui sont désormais en tuiles (contre un système de pailles et ressources naturelles brutes à la période romaine). Dans le cas des édifices publics, nous ne savons que peu de choses si ce n’est que des traces de maçonnerie puissante en opus vittatum (agencement en assises régulières de petits moellons taillés) ont été découvertes mais également des traces d’un sol très épais en mortier de tuileaux (béton romain), qui à eux deux pourraient suggérer la présence d’un bâtiment public, peut-être un sanctuaire ou un édifice administratif

Le commerce gaulois puis romain :

Avant la conquête gauloise, nous savons que le commerce de Montans se faisait surtout par voie terrestre (transports par caravane) qui ne sont que de simples routes en terre (dont un axe principal reliait Tolosa à Segodunum, en passant par Montans). C’est avec l’avènement de la période gallo-romaine que les routes romaines deviennent praticables et avec elle, la sécurité des transports et convois de marchandises. En parallèle de ces routes romaines se développe un nouveau type de voie commerciale : les voies maritimes. La navigation à voile étant inspiré des Romains qui eux-mêmes la tenaient des Grecs, les bénéfices commerciaux pour Montans décuplent avec l’utilisation de ses voies maritimes. Néanmoins, le commerce, en particulier de céramique sigillée, ne se limite pas au continent. En effet, avec le comptoir de Bordeaux et plus largement de Vendée, l’exportation de marchandises se fait jusque dans la péninsule ibérique et sur les côtes bretonnes. Les marchandises étaient installées sur des bateaux qui remontaient le Tarn, pour retrouver la Garonne afin de rallier Bordeaux. De là, elles étaient acheminées tout le long de la côte anglo-saxonne.

Carte de diffusion des céramiques sigillées entre les Ier et IIe siècles ap. J.-C. Par R. di Giorgio et T. Martin. Source : Céramiques sigillées et potiers gallo romains de Montans, 1996

L’artisan gaulois … puis romain :

Des sources à notre disposition, nous savons que l’orfèvrerie et plus largement l’artisanat est développé à Montans depuis, au moins, le VIIe siècle av. J.-C. En effet, dans le cadre du développement de la céramique (qui n’est pas un art propre à l’apport de Rome), les Montanais concentrent sur la création de céramiques dites communes: cela inclus les céramiques à parois fines, en passant par les céramiques en éponge, jusqu’aux céramiques en engobe blanc. Mais avec Rome, cette diversification de l’artisanat ne fait que se renforcer avec des nouveaux objets développés tels que la lampe à huile ou encore la verrerie. La lampe à huile , développée à partir du Ie siècle apr. J.-C. à deux fonctions : votives et décoratives. La technique de la lampe reprend en principe, les mêmes étapes que la céramique sigillée, à ceci près que les lampes n’ont pas nécessairement besoin d’être cuites dans un four mais simplement de sécher naturellement. En parallèle de cet artisanat, la verrerie voit également le jour dans le commerce montanais où, également découverte à partir du Ier siècle apr. J.-C., l’on distingue deux types de verreries excavés : le kantharos et le kyathos. En dernier lieu, Montans se distingue par son orfèvrerie, très travaillée et présente dès la période gauloise. Un torque montanais est ainsi exposé au musée d’archéologie nationale de St-Germain-en-Laye et retrouvé en 1843 à Montans, témoignant ainsi du degré de travail atteint par les orfèvres gaulois. Ce savoir-faire se retrouve renforcé par les habilités des orfèvres romains dès leur arrivée au Ier siècle apr. J.-C.

Exemple de céramique sigillée produite durant la période du Haut-Empire romain (Ier-IIIe siècle ap. J.-C.). Source : musée de la Cour d’Or, Metz-Nancy

… couplé à la production romaine :

Cependant, comme nous l’avons vu, l’artisanat de la lampe à huile ou encore de la vaisselle de verre ne sont pas des connaissances acquises par les artisans montanais originaires du monde gaulois. En effet, ce sont les premiers artisans venus de Rome et arrivés à Montans dès 10 av. J.-C. qui introduisent ses techniques auprès des artisans gaulois. Dans des domaines comme la poterie, les artisans romains ne font que transmettre une part de leur savoir, ainsi la poterie évolue-t-elle en céramique et notamment en céramique sigillée (caractérisée par des décorations en relief et sa couleur rouge si particulière). L’orfèvrerie évolue également car au savoir-faire gaulois s’ajoute les techniques de productions et de travail du métal. En parallèle de cela, et ce qui apporte une vraie nouveauté d’un point de vue de production, c’est l’apport du four romain. Plusieurs centaines de ses fours (environ 400) sont crées à Montans et permettent de démultiplier la production de céramique sigillée amenant à une notion de « proto-industrialisation ». Au meilleur de sa production, les fours montanais pouvaient ainsi produire pas moins de 9000 céramiques par jour.

Conclusion :

De fait, même si les traces écrites ne nous permettent pas de dresser un portrait exact du village de Montans durant la période gallo-romaine, c’est grâce à l’archéologie que nous savons quelle fût la place commerciale de Montans au cours des IIIe siècle av. J.-C. au IIe siècle apr. J.-C. Déjà un carrefour incontournable de la période gauloise, notamment par sa situation géographique particulièrement avantageuse mais également ses relations avec Rome, Montans s’épanouit plus encore sous les premiers siècles qui suivent la conquête romaine (Ier av. J.-C. Jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C.). Spécialiste de l’artisanat, réputée pour ses poteries puis céramiques, aussi bien reconnue pour ses vaisselles en verre que ses bijoux travaillés, elle développe une grande richesse qui la place au premier plan de l’économie de la région Narbonnaise. Cependant, il est bon de rappeler que Montans dispose de solides connaissances et autant d’artisans compétents avant l’arrivée de Rome et que cette dernière n’a fait que perfectionner des techniques déjà bien acquises, dans la plupart des cas (elle reste malgré tout à l’origine de certaines avancées telles que la navigation à voile ou encore la technique de la verrerie). Si Montans est un village artisanal travaillant surtout sur un travail de qualité au cours de la période gauloise, l’arrivée de Rome permet un renforcement de la quantité, amenant ainsi à parler de « proto-industrialisation ».

Réalisé par Solen Cayeul-Véteau et Simon Boutry (L2) et Alexandre Moisy et Océane Da Silva (L1)

Bibliographie :

GRUAT, P. PALLIER, J.-M. DANIEL, S. (2007). Les Rutènes ; Du peuple à la cité, Éd. Suppl.
Aquitania, Pessac

MARTIN, T. (1996). Céramiques sigillées et potiers gallo-romains de Montans, Éd. SDEF
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PECH, J. (2017). Atlas archéologique de Montans, Éd. Archéosite de Montans, Montans

COULON, G. (2019). Les Voies romaines en Gaule, Éd. Errances (4e éd.), Arles

MONTEIL, M. TRANOY, L. (2008). La France gallo-romaine, Éd. La Découverte, Paris

La vicomté de Lautrec [2022]

Au Moyen-Âge, de profonds changements politiques, culturels ou religieux ont lieu dans le Languedoc. Une cité du nom de Lautrec s’affirme et se retrouve au premier plan dans la géopolitique du Midi. La vicomté de Lautrec de par sa position stratégique dans la région mais aussi de par des stratégies matrimoniales ou religieuses, occupe une place importante dans la diplomatie languedocienne. A la tête de la vicomté, la famille des de Lautrec parvient à s’imposer au milieu de deux familles puissantes, les Raimondins de Toulouse et les Trencavel de Carcassonne. La vicomté pendant plus de quatre siècles, de sa création en 989 jusqu’à son rattachement au domaine royal en 1338, se retrouve au cœur des changements qui ont lieu dans le Languedoc de la période féodale. 

Il est possible de se demander si la famille vicomtale des de Lautrec arrive à s’ancrer dans un territoire leur  permettant d’émerger comme puissance politique régionale dans le contexte féodal particulier du Languedoc.


L’origine de la famille des De Lautrec 

A l’origine, la vicomté de Lautrec était administrée par une viguerie carolingienne, c’est-à-dire une juridiction administrative exercée par un représentant local du pouvoir royal. Ces représentants du pouvoir royal étaient appelés des missi dominici. Au cours du Xème siècle un système féodal se met en place progressivement dans le territoire. En effet, le pouvoir se recentre autour de familles.

La famille des Lautrec s’installe dans la vicomté dans la première moitié du Xème siècle lorsque Bernard Ier devient missi dominici du territoire. Il est vicaire et avoué du comte de Toulouse à partir de 918. A sa mort, il partage ses états entre ses deux fils : Aton I et Sicard I. Aton Ier est la souche de la famille Trencavel ; il obtient la partie septentrionale, ce qui va former la vicomté d’Albi. Son frère, Sicard Ier, obtient la partie méridionale qui fût désignée comme vicomté de Lautrec. C’est donc à partir de Sicard Ier que la vicomté est administrée par la famille de Lautrec


L’influence des de Lautrec dans la géopolitique du Languedoc (1080-1209)

La famille des de Lautrec parvient à se lier avec de puissantes familles voisines à la manière du mariage entre Sicard V et Adélaïde Trencavel ou le supposé mariage d’un membre de la famille de Lautrec, à Alix, l’une des filles du comte de Toulouse. Ainsi, la vicomté de Lautrec prend largement en puissance au cours du XII siècle. 

Elle prend de l’importance sur deux plans bien distincts: son rôle dans la géopolitique du Languedoc et son importance sur le pouvoir spirituel. Elle a désormais un poids important dans la géopolitique régionale. En effet, elle contracte des alliances avec de puissants nobles (Trencavel, Raimondins), a la capacité d’intervenir dans des conflits armés et même d’en être les médiateurs. En effet, Sicard IV affronte les Trencavel dès 1141, pourtant la vicomté tente d’apaiser la situation entre les Raimondins et les Trencavel seulement trois ans plus tard. Autre élément marquant de la puissance des vicomtes au XII siècle, les de Lautrec joue un rôle important dans la convention d’Albi de 1191, pour établir une paix entre les seigneurs albigeois  dans une atmosphère de fortes tensions. 

Sur le plan religieux, la vicomté développe une grande influence. En effet, les vicomtes construisent des abbayes à la manière de celle de Vielmur, à la tête desquelles, ils placent des membres de leur famille. Mais le pouvoir spirituel de la vicomté ne s’étend pas seulement à un niveau local, mais aussi régional avec le placement de certains fils de vicomte, au poste d’évêque, tel Frotard II, évêque d’Albi de 1062 à 1083. Signe de leur pouvoir spirituel, leur invitation au concile de Lombers en 1165 pour tenter de mettre fin à l’hérésie qui se développe dans le Languedoc: le catharisme. 

L’institution ecclésiastique est alors primordiale pour la famille, elle utilise ces investitures pour accroître son influence. En effet, les postes religieux  possédés par les De Lautrec ont également un aspect politique qui permet à la vicomté de consolider leur  pouvoir et leur  influence dans la région.


La croisade contre les cathares (1209-1229) 

La croisade Albigeoise (1209-1229) marque un véritable tournant dans la géopolitique du Languedoc. L’hérésie cathare qui s’est développée dans le Languedoc est fortement condamnée par la papauté qui lance alors la croisade albigeoise. Une guerre éclate entre les seigneurs septentrionaux qui combattent cette hérésie et certains des grands seigneurs languedociens  qui prennent les armes pour défendre leur territoire et les populations cathares. 

La vicomté de Lautrec adopte une politique différente durant cette croisade. En effet les deux frères, Sicard VI et Bertrand Ier, alors à la tête de la vicomté, ne défendent pas le même camp. Sicard VI, épouse Agnès Mauvoisin, parente de Bouchard Marly, un  lieutenant de Simon de Montfort (chef de file des croisés). Il soutient dans un premier temps la croisade. Bertrand Ier lui se rallie aux côtés des grands seigneurs languedociens considérant la croisade comme une agression à ses prérogatives seigneuriales. Ainsi les vicomtes de Lautrec jouent un rôle politique différencié se trouvant  dans les deux camps rivaux lors de la croisade. 

Après les victoires du comte de Toulouse sur l’armée croisée (1224), Sicard VI décide de changer de camp et soutient lui aussi les seigneurs languedociens. Il continue de les soutenir même lorsque le roi Louis VIII prend part à la croisade en 1226. Le traité de Meaux en 1229 marque la fin de la croisade, les seigneurs du Languedoc sont défaits. Sicard VI grâce à ses relations avec les croisés parvient à garder ses terres, alors que son frère Bertrand Ier a dû attendre 1235, pour pouvoir retrouver sa part de la vicomté. Ainsi le redimensionnement politique du Languedoc après la croisade albigeoise a peu d’effet sur la vicomté de Lautrec. Ainsi la souplesse politique des vicomtes permet à la maison de ne pas être dépossédée, comparée à d’autres maisons comme les Trencavel ou les de Minerve, qui suite à la croisade perdent la totalité de leur fief. Néanmoins progressivement la vicomté est entourée de seigneurs étrangers comme les de Monfort de Castres. 


Un territoire imposant perdant de son influence (1280-1338)

Suite à la croisade albigeoise qui redimensionne et entraîne une profonde mutation politique du Languedoc, les vicomtes Lautrécois arrivent tout de même à se maintenir dans le jeu politique. En effet, les vicomtes réussissent grâce à des politiques matrimoniales à agrandir leur territoire et leur privilège dans la région. Le territoire atteint son apogée  en 1306 avec le mariage de Béatrix II de Lautrec au vicomte de Lomagne, Bertrand de Got. La vicomté Lautrécoise a  alors sous son contrôle  tout le territoire entre les rives sud du Tarn, du Thoré, de l’Agout, de la Montagne Noire jusqu’à Puylaurens et à la limite du Lauragais du Nord. 

Regroupement territorial des principautés du Sud-Ouest et du Languedoc aquitains en 1306 – source: Zalmen Ben-Nathan Philippe, La vicomté de Lautrec au Moyen âge: seigneurs, bourgeois et paysans en Albigeois, GERALH, 2011

Mais, 1306 marque une rupture dans l’accroissement de l’influence lautrécoise. L’immixtion royale affaiblit le pouvoir vicomtal. La multiplicité de vicomte par le régime de  codétention de la vicomté entraîne une baisse de la cohésion vicomtale, ce qui permet au  roi de France Philippe le Bel, d’acheter la moitié de la vicomté de Lautrec. Le pouvoir royal s’intéresse alors au positionnement de  la vicomté de Lautrec,  pour son placement stratégique dans le dispositif  défensif  du Carcassonnais. Ainsi, la maison des De Lautrec et le roi de France codétiennent la vicomté jusqu’en 1338, où la part des vicomtes se trouve être spoliée par le roi  au profit du comte de Foix.


Conclusion

Durant quatre siècles, la vicomté lautrécoise fût au centre des développements économiques, religieux et politiques du Languedoc. Venant d’une famille ancienne languedocienne, elle émerge dans le contexte de  la  mutation féodale  du Xe siècle. La famille s’ancre ainsi dans un territoire au centre de nombreuses entités politiques, profitant ainsi des nombreux leviers géopolitiques que leur placement géographique offre. Les  Lautrec utilisent ainsi de nombreuses stratégies pour accroître leur influence et leur richesse avec des alliances matrimoniales, des prises d’investiture religieuse, des alliances politiques et des arbitrages dans différents conflits importants du Languedoc. Malgré la croisade albigeoise du XIIIe siècle, la famille arrive à se maintenir à la tête de la vicomté et parvient même à accroître leur influence et leur territoire dans la sphère régionale.  La vicomté connaît durant la première moitié du XIVe un profond affaiblissement dans son fonctionnement structurel qui permet  l’immixtion de la royauté et l’assimilation des prérogatives vicomtales, mettant progressivement fin à l’indépendance de ces vicomtes en 1338.

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L2: Bigorre Marie – Fourès Mathis

L1: Nonorgues Sarah – Oulmière Quentin- Lajoinie Lina – Delon Mothes Robin – Salvan Marc

Les commanderies templières dans le Languedoc du XI au XIIIe siècle [2022]

Les templiers sont les membres de l’ordre du temple, un ordre religieux et militaire créé en 1129 suite à l’appel à la croisade en 1095. L’objectif était de reprendre Jérusalem tombée aux mains des turcs en 1078. Les templiers devaient rétablir les routes de pèlerinages. Entre 1095 et 1291 neufs croisades ont lieu en Palestine et permettent aux pèlerins chrétiens d’accéder à Jérusalem. En 1291 les templiers sont vaincus lors du siège de saint Jean d’Acre et doivent quitter la Palestine . Cet évènement conduisit à la dissolution de l’ordre en 1312 par le pape Clément V et à leur arrestation puis condamnation à mort par Philippe IV. Les templiers vivaient dans un lieu de vie appelé commanderie qui servait de monastère et de lieux d’accueil pour les pèlerins. Créées durant l’âge d’or des templiers entre le XIIe et le XIVe siècles lors du règne des Capétiens, ces commanderies étaient financées par des dons. Elles se sont implantées un peu partout en Europe, surtout en France dans la région du Languedoc comme par exemple celle de Le Cambon-du-Temple dans la commune de Fraysse dans le Tarn qui est une commanderie templière en 1179 puis hospitalière 1312 après le Concile de Vienne.

Les commanderies templières fonctionnaient comme des fermes pour fournir des fonds pour les opérations militaires de l’ordre. Ils s’installent près des axes économiques et n’ont pas de vocation militaire. Les commanderies servaient ainsi à loger les templiers et à leur permettre de prier via la chapelle des commanderies. Ces commanderies s’organisaient selon une hiérarchie stricte, elles appartenaient d’abord au grand maître des templiers mais étaient dirigées directement par le commandeur de la commanderie. D’autres templiers pouvaient avoir des rôles précis comme l’intendant, le maréchal ou le chapelain. Les templiers avaient plusieurs moyens d’acquérir ces terres. La plus commune était l’achat comme pour la vente de la seigneurie d’Arné aux templiers de Boudrac en 1260 mais une partie provenait des dons notamment des riches familles de l’époque comme celle du comte de Comminges. Elles pouvaient provenir d’échanges pour regrouper les parcelles dans lesquelles des services furent rendus. Les templiers recevaient aussi des serviteurs pour faire fonctionner ces commanderies. Elles avaient ainsi une place très importante au niveau local.

 Les templiers ont de nombreuses influences dans le monde médiéval, notamment dans le développement des villes mais aussi dans l’unification des campagnes. Tout d’abord ils ont eu une influence très importante au sein des villes du midi, ce fut notamment le cas de la commanderie templière de Toulouse en 1140. Cette dernière devint un lieu de rencontre et un point important du commerce pour les populations locales et du Midi en général. En plus d’avoir drastiquement modifié le fonctionnement des villes en rendant les lieux où les templiers se rendaient beaucoup plus ergonomiques, comme par exemple au sein de la commanderie toulousaine, les marchands toulousains pouvaient venir échanger leurs marchandises au sein même de la cour de la commanderie. Mais ces commanderies furent un ciment qui a lié les populations rurales autour d’une seule et même croyance qu’est le catholicisme, et cela grâce à leurs chapelles.

Les templiers avaient une utilisation de l’eau très importante et ont beaucoup aidé à la création d’infrastructures comme les moulins et les meuneries. On voit dans la région de l’Aude notamment et l’exploitation de l’Aude cette fois ci la rivière par la création de meunerie et de moulins. Près de Carcassonne se trouve la commanderie de Douzens, créée en 1133 après l’implantation en 1132, qui est l’une des plus influentes de la région. Petit à petit l’ordre a créé un véritable réseau autour de cette commanderie. Cela s’est fait avec l’aide de dons de meuneries et de moulins par de familles très riches. Mais aussi par la création de canaux servant aussi pour irriguer de nouvelle parcelles et donc de développer l’agriculture locale pour permettre une meilleure condition de vie des habitants. 

Les commanderies avaient aussi une importance dans le commerce local. Celles qui avaient le plus d’importance étaient implantées proche des ports voir dans les ports. En effet, la commanderie de Saint Gilles, où un grand pèlerinage eut lieu lors du XI-XIIème siècle, avait autour d’elle des marchands levantins. Ces derniers ont donc permis de faire transiter de nombreux produits venus d’Orient, comme l’encens et l’argent fin, et ce, dès le XIIe siècle. Mais le pouvoir de cette commanderie s’essouffle petit à petit pour laisser place à celle d’Aigues Mortes. Elle est située au port de la ville du même nom. C’est de ce port que deux croisades ont pris le large: la septième et la huitième. Cette commanderie a aussi permis à Saint-Louis, à l’époque Louis IX, de partir avec un nombre important de templiers depuis le port de la ville.

Pour aller plus loin :

DEMURGER, Alain, Vie et mort de l’ordre du Temple, 1120-1314, Paris, 1998.

DEMURGER, Alain, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Paris, 2008.

DEMURGER, Alain, Les ordres religieux militaires dans le Midi : XIIe-XIVe siècles, Toulouse, 2006

DUBOURG, Jacques, Les commanderies templières de Midi-Pyrénées, Tours, 2011

Cet article a été écrit par GRAMMATICO Erwan, CASTRO Loucas, POLIZZI Arthur, COUDERC Mallaury, LAPPORTE Yannis, JOANNES Kévin

Les Comtes de Toulouse (VIIIe-XIIIe siècle) [2021]

“Moi, avec les barons de ma terre dont j’ai éprouvé la valeur, avec ma compagnie et mes intimes, avec les Toulousains, en qui j’ai toute confiance, et avec mon frère Bertrand, qui s’y est bien préparé, j’irai vous secourir avant que vous n’ayez guère eu à soutenir la lutte, de sorte qu’à la fin du combat l’honneur nous en restera.”  

-Raimondet (futur Raymond VII) avant la bataille de Baziège en 1219.

Les comtes de Toulouse ont fait partie des grands féodaux du royaume de France qui ont marqué durablement l’Histoire de France, notamment la dynastie des Raimondins qui inscrivit son nom dans l’Histoire avec Raymond IV de Saint-Gilles, l’une des grandes figures de la première croisade. C’est cette dynastie qui fut au centre de la tourmente des croisades des albigeois. Mais avant ces événements les comtes ont connu une ascension semée d’embûches.

De la création du comté de Toulouse au VIIIe siècle jusqu’à son rattachement définitif au royaume de France au XIIIe siècle, le comté a traversé des périodes d’indépendance fluctuante, vis-à-vis du roi de France, au cours de ces cinq siècles d’existence. La volonté d’indépendance des comtes de Toulouse est due à de multiples causes endogènes et exogènes.

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D’un comte bénéficiaire à un comte héréditaire (778 – 1094)

Le comté de Toulouse est créé par Charlemagne en 778 afin d’organiser le sud de l’Empire carolingien. En effet, les territoires ayant été conquis sous le règne de Pépin III, Charlemagne doit sécuriser le Midi de l’actuelle France. La création du comté s’accélère avec la bataille de Roncevaux en 778 qui se solde sur un massacre des forces carolingiennes. Ce dernier choque la cour impériale et Charlemagne crée le comté de Toulouse la même année. Corson est le premier des comtes de Toulouse. C’est un guerrier franc qui a reçu cette charge pour les services qu’il a rendus pendant la conquête de l’Aquitaine sous Pépin III. Le comte est donc nommé directement par l’empereur et doit rendre des comptes à ce dernier lors d’assemblées. Pour illustrer ce propos, on peut noter que Corson s’est fait révoquer par Charlemagne en 780 pour défaillance.

Portrait imaginaire de Charlemagne par Albrecht Düer en 1513.

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Le comté possède une importance stratégique notable car cette entité politique protège aussi bien des Arabes que des invasions des Gascons. L’action du second comte de Toulouse : Guillaume de Gellone démontre le rôle du comté. Le comte repousse en 800 l’invasion d’Hicham Ie qui avait conquis Gérone en 793. Le quatrième comte : Bérenger de Toulouse maintient quant à lui l’ordre en Aquitaine perturbé par Loup III Centulle en 819. Depuis 781, l’Aquitaine est un royaume dirigé par un des fils de l’empereur comme Louis le Pieux. Les comtes de Toulouse ont pour mission de protéger l’Aquitaine et par extension les fils des empereurs qui s’exercent au pouvoir dans ce royaume. Les comtes de Toulouse peuvent aussi servir en tant que Missi Dominici comme Bérenger, le quatrième des comtes, qui contrôla le comté de Reims en 829.

Avec le capitulaire de Quierzy-sur-Oise en 877, les comtes de Toulouse, alors en guerre dynastique entre les Raimondins et les Guilhemides, bénéficient de l’hérédité du titre qui avait commencé sous Frédelon qui devient comte en 849 grâce à sa fidélité. En effet, Frédelon ouvre les portes de Toulouse à Charles II pendant la révolte de Pépin II. Cet événement mène à l’exécution de Bernard de Septimanie. 

Carte issue de l’Atlas Historique de William R. Shepherd

Du fait de la guerre civile qui opposa les fils de Louis le Pieux, à savoir Charles le Chauve, Lothaire 1er et Louis le Germanique, à cause du partage de l’Empire inégal de l’Empire entre les successeurs. Les aristocrates du monde franc ont gagné en autonomie et en puissance en échange de leur soutien dans la guerre, notamment en Francie Occidentale où ils sont de plus en plus mécontents. En effet, sous le règne des empereurs Charlemagne et Louis le Pieux, le soutien des seigneurs inféodés était récompensée par le don de terres et de richesses obtenues par les conquêtes réalisées par l’Empire, sauf à la suite de la guerre civile. Le manque de conquêtes résulte inévitablement en une pénurie de rémunération des seigneurs Francs en échange de leur fidélité et des concessions sont alors à faire. Sous le règne de Charles II, né le 13 juin 823, dit “le Chauve”, dernier fils de Louis le Pieux,  Roi des Francs puis fait empereur d’Occident par le pape Jean VIII en 875, est remis en question par l’aristocratie impériale. L’empereur dépassé par le mécontentement de ses vassaux perd petit à petit du terrain sur le plan politique et subit des pressions constantes de ces derniers. À la fin de son règne en 877, l’empereur cède devant ses vassaux en promulguant alors le capitulaire de Quierzy-sur-Oise. Dans ce contexte, Frédelon, premier comte de Toulouse de la dynastie raimondine, devient comte après avoir repris Toulouse des mains de Bernard de Septimanie en 849, au nom de Charles le Chauve avec qui ils se sont alliés contre le roi Pépin II d’Aquitaine qu’ils trahissent. Frédelon en profite alors pour faire prendre de l’autonomie au comté. Cet acte assure ainsi la place de la dynastie dans la ville avec l’approbation royale, le roi ne pouvant pas leur refuser leurs initiatives de par l’importance stratégique du comté de Toulouse dans le royaume de Francie Occidentale. Charles II est donc contraint de maintenir leur entente envers le comte de Toulouse.

L’apogée des Raimondins (1094 – 1194)

Les comtes de Toulouse parviennent à mettre en place une stratégie matrimoniale efficace qui leur permet de consolider leur influence dans la région. La maison des Raimondins forge des alliances avec les comtes et vicomtes locaux, et y renforce son autorité. Raymond IV épouse la fille de Bertrand, marquis de Provence. La stratégie matrimoniale des comtes de Toulouse a aussi pour but de se concilier avec la papauté qui devient une grande alliée des comtes de Toulouse, et plus particulièrement lors de la première croisade contre le monde musulman de 1095-1099.

Illustration.
Raymond IV comte de Toulouse, par Merry-Joseph Blondel. Salles des croisades, Versailles

Les comtes de Toulouse entreprennent la construction ou l’entretien de tout un réseau castral, notamment aux abords de ses frontières ou à proximité de domaines de vassaux perturbateurs. Les comtes n’hésitent pas à réaménager les châteaux de leurs anciens rivaux une fois leurs domaines rattachés au comté, comme ceux des comtes de Mauguio ou des vicomtes de Nîmes. Le XIIe siècle voit naître une recrudescence de constructions de lieux de résidence et de palais dits palais-forteresse qui reflètent ainsi le caractère itinérant de la cour des comtes. Château-Narbonnais est le nom donné au château médiéval le plus prestigieux des comtes de Toulouse : un édifice imposant accompagné de tours et d’un donjon pouvant servir de prison.

Les désirs de conquêtes du comte de Toulouse, couplés avec les revendications du comte de Barcelone sur la même région, alimentent une rivalité grandissante entre les deux puissances méditerranéennes. Gilbert Ier de Gévaudan, comte de Provence, est assassiné en 1111 et meurt sans héritier. Sa femme, Gerberge de Provence, offre la main de sa fille aînée au comte de Barcelone, Raimond-Bérenger III, lui cède ainsi le comté de Provence. Alphonse Jourdain, fils de Raymond IV, revendique la succession de Gilbert Ier en sa qualité de comte de Saint-Gilles. Il affronte  Raimond-Bérenger III. Après quelques succès initiaux, Alphonse se voit contraint de battre en retraite jusque dans la ville d’Orange où il est assiégé par les hommes de Raimond-Bérenger III. Le siège est inefficace, et le statu quo force les deux camps à s’entendre sur un partage de la Provence. En 1125, un traité fait d’Alphonse le nouveau seigneur des baronnies du nord de la rivière de la Durance. Tandis que Raimond-Bérenger III s’empare du comté de Provence au sud.

Reconstitution 3D de Chateau-narbonnais réalisé par Nathalie Grenet.

À la mort de Raimond-Bérenger III, une nouvelle guerre éclate. Raimond-Bérenger IV de Barcelone et Bérenger Raimond de Provence se disputent l’héritage de leur père. Alphonse s’allie avec Raimond de Baux, seigneur de Marignane, et un groupe important de seigneurs provençaux. Ce dernier prend le dessus sur son ennemi avec l’appui des flottes génoises et pisanes. Bérenger Raimond meurt lors d’une attaque sur Mauguio. Victorieux, Alphonse Jourdain repart à Tripoli en août 1147. Il y meurt un an plus tard. Désorganisés par le décès de leur grand allié, les révoltés provençaux sont durement réprimés par Raimond-Bérenger IV.

Raymond V, fils d’Alphonse Jourdain, hérite du comté de Toulouse en 1148. Quatre années plus tard, Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc de Normandie, se marie avec Aliénor, fille du défunt duc Guillaume X d’Aquitaine. Il devient donc duc d’Aquitaine le 18 mai 1152. Le comté de Toulouse étant féodalement intégré au duché d’Aquitaine, Henri II déclare une guerre ducale à l’encontre de Raymond V. Il s’allie à Raimond-Bérenger IV et de nombreuses familles dont les Trencavel. Face à ce péril, Raymond V épouse Constance, sœur du roi de France Louis VII. Cette alliance matrimoniale empêche toute intervention du roi d’Angleterre en territoire français. De plus, Louis VII rappelle à Henri II ses obligations féodales dues à son titre de duc de Normandie. Henri II ne renonce pas à ses revendications mais ne trahit pas son roi.

Le déclin progressif de l’autorité des comtes de Toulouse (1194 – 1271)

Le comte de Toulouse Raymond VI met un terme définitif à la grande guerre méridionale en se réconciliant avec ses anciens ennemis par la voie diplomatique. Il passe d’abord un accord avec Richard Cœur de Lion qui accepte de lui rendre les territoires qu’il avait conquis en échange du mariage du comte avec sa sœur Jeanne d’Angleterre. Le comte arrive au bout de plusieurs rencontres avec le souverain Pierre II d’Aragon à apaiser les relations et même à signer une alliance défensive. Cet apaisement avec la maison de Barcelone est en partie possible car les enjeux autour du comté de Provence deviennent moins vitaux. Cette politique s’inscrit dans la dynamique de centralisation du pouvoir comtal amorcée depuis Raymond IV.

Mais cette prospérité prend fin lorsque l’Église accuse Raymond VI de laisser l’hérésie se propager. En 1203, il promet au légat du pape, Pierre de Castelnau, qu’il va se débarrasser des hérétiques du Midi. Cela ne convainc pas la papauté qui l’excommunie en 1207. Le meurtre du légat en 1208 n’arrange pas la situation puisque cela pousse le pape Innocent III à lancer un appel à la croisade le 10 mars 1208 : c’est le début de la croisade des albigeois. Le comte Raymond VI montre sa bonne volonté en faisant pénitence à Saint-Gilles en 1209. La même année le comte essaye de régler le conflit diplomatiquement en se rendant à la cour du roi de France et à Rome pour plaider sa cause, sans succès. Pendant ce temps, Simon de Montfort s’empare de Carcassonne et des autres domaines de la famille Trencavel. Raymond VI se résout alors à prendre les armes pour lutter face aux croisés. Il parvient à les repousser ainsi qu’à reconquérir une partie de l’Albigeois mais est défait devant Castelnaudary. La croisade prend un tournant décisif pour le comte pendant la bataille de Muret le 12 septembre 1213, lorsque son allié le roi d’Aragon y trouve la mort. Vaincu, Raymond VI laisse le chef croisé entrer dans Toulouse.

Raymond VI se retire alors en Aragon tandis que son vainqueur se proclame comte de Toulouse. Mais la partie n’est pas encore finie pour les Raimondins; en effet, l’héritier de Raymond VI, Raimondet, futur Raymond VII, est toujours dans le Midi et la famille comtale possède encore des soutiens comme la ville d’Avignon et plusieurs vassaux de Provence. Raimondet s’empare d’abord de la ville de Beaucaire en 1216, Simon de Montfort tente de là lui reprendre mais en vain. Une révolte éclate alors dans Toulouse qui empêche Simon de Montfort de regagner la ville. Pire, elle ouvre ses portes à Raymond VI le 13 septembre 1217. Toulouse accueille celui qu’elle considère comme son comte légitime, en exil depuis trois ans. Simon de Montfort tente de reprendre la ville lors d’un siège. Ce dernier prend fin le 25 juin 1218 date à laquelle Simon de Montfort meurt sous les murailles de la ville. 

  

La Mort de Simon de Montfort, vue par l’artiste Ramon Acedo, tout droit réservé : :https://www.artstation.com/artwork/lVQNlJ

Après un conflit sanglant, Amaury de Montfort, nouveau meneur de la croisade après la mort de son père, quitte le Languedoc et lègue ses droits sur le Midi au roi de France. Raymond VII, dans la continuité de son père, envoie un ambassadeur auprès du pape Honorius III qui parvient à convaincre le souverain pontif de cesser la croisade. La réconciliation avec l’Église s’officialise lors du Concile de Montpellier en 1224. Raymond VII prend pour engagement de lutter contre l’hérésie cathare dans sa région.

Mais en 1225, l’Eglise considère les efforts du comte comme insuffisants. Il est excommunié par le pape qui relance la croisade. Le roi Louis VIII part lui-même en croisade. Raymond VII n’a désormais plus aucun soutien de ses alliés, qui lui préfèrent la fidélité de leur roi plutôt que de leur pair. Poussé par des habitants lassés de tant d’années de guerre, Raymond VII est contraint de capituler en 1229. Alphonse de Poitiers, prince de sang royal, épouse la fille de Raymond VII, Jeanne. C’est ainsi que le titre de comte de Toulouse se rattache au Royaume de France suite à la mort de la dernière raimondine, après près de quatre siècles d’existence.

File:Cartes Occitanie.png
Carte du comté de Toulouse durant la croisade des albigeois, libre de droit, wikipedia.

Henri Darbas L2; Pierre Quinet L2; Alexandre Garcia L1; Ronan Lecoq L1

Bibliographie