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Et si on parlait de la « Capa » (la capacité en droit) ? par Ph. Delvit

Philippe DELVIT – Professeur des Universités – octobre 2022

Philippe.delvit@ut-capitole.fr

UN BREF RAPPEL

La capacité en Droit (la Capa) a été mise en place en 1804, à un moment où les Ecoles de droit (dont celles de Toulouse en 1805) étaient refondées par Napoléon Ier après la parenthèse révolutionnaire. Toutes les Universités avaient effectivement été supprimées, le pouvoir estimant alors supérieures les grandes écoles techniques : les Mines, fondées avant la Révolution en 1783 ; Polytechnique (1794) ; Ecole normale supérieure (1794) ; Saint-Cyr (1802) et d’ailleurs nettement plus tard Centrale (1829), …

BAC ET CAPA

Un élément essentiel à saisir : la Capa est donc antérieure au bac, qui n’est pas formaté en plus à l’origine pour donner une formation à la fois pratique et de base en Droit. De la sorte, son utilité originelle, L 13 mars 1804 est grande. La Capa est destinée à donner aux praticiens du droit, et spécialement aux avoués, un socle efficace (praticiens du droit dont le régime impérial fait aussi sa base, personnes et fonctions). Les avoués sont des officiers ministériels dont les fonctions ont disparu depuis le 1er janvier 2012, réunies et fusionnées dans la profession d’avocat (on parlait de cette fusion depuis plus d’un siècle…).

Quant au baccalauréat (le bac), il faut attendre 1808 pour qu’il soit mis en place, c’est-à-dire à peu près en même temps que l’Université impériale. L’institution met un an (1808-1809) à trouver son premier équilibre. Le bac de Napoléon ne ressemble d’ailleurs en rien au bac de 2022. 

Sur le site Service public, pas un mot sur l’origine du « bac »

En effet, il faut attendre les années 1890 pour que le bac commence à adopter le faciès du siècle dernier, et les années 1960 pour sa formule contemporaine. Quelques jalons :

  • le bac n’est ouvert qu’aux jeunes-mâles exclusivement à l’origine – issus d’une strate supérieure et possédante de la société ;
  • la première bachelière, Julie Daubier (1824-1874, elle-même issue d’une petite bourgeoisie de province bien assise), obtient le parchemin en 1861, non sans de vastes et grossières oppositions (dont celle du ministre de l’Instruction) ;
  • le nombre des bacheliers est très faible au début du siècle dernier (1% et moins de la classe d’âge), quelques petits milliers, 

De la sorte, la Capa a vu son public et son territoire s’agrandir au cours du XIXe siècle. Mais par contre, avec la généralisation très grande de l’accès au bac (même avant Lionel Jospin et la loi d’orientation de 1989, prévoyant d’ici 2000 d’amener 80% de la classe d’âge au niveau du bac, et non de délivrer le bac à ces mêmes 80 % comme cela a souvent été traduit) et avec la multiplication des formules et spécialités, un mouvement contraire s’est amplifié. Ce d’autant plus que depuis le milieu des années 1950 sont mis en place des dispositifs permettant de contourner l’absence de bac. L’ESEU Examen Spécial d’Entrée à l’Université, décret n° 56-1201 du 27 novembre 1956, est spécialement à distinguer dans ce paysage.

Il faut intégrer aussi la place de dispositifs comme la VAE, Validation des Acquis de l’Expérience (vers 1990 pour la VAP, Validation des Acquis Professionnels, et VAE à partir des années 2000 ) qui minorent aussi l’intérêt de la Capa dans le domaine juridique puisqu’il existe des voies parallèles et gratifiantes.

Pour une étude bienvenue sur l’historique général de la Capa, à jour il y a 25 ans, de Norbert Olszak, « La Capa, deux siècles de promotion sociale », 1998, …

UN EXEMPLE : LA CAPA A LA FACULTÉ DE DROIT DE TOULOUSE (1888-1966)

Pourquoi ces dates ? Ce sont celles d’un registre de Certificats de capacité en Droit, conservé aux Archives UT Capitole, 2Z3-1, 126 pages.

Les certificats sont recensés en numérotation continue du n°1, au n° 1761.

La première inscription portée sur le registre est celle de Simon Bardot (16 juillet 1888), originaire de Monclar (Lot-et-Garonne ; arr. Villeneuve-sur-Lot).

On voit qu’il s’agit d’une fiche standard, cartonnée, destinée aux bacheliers. Un onglet Capacité, collé sur le coin supérieur droit, indique que justement on n’est pas dans la situation habituelle des postulants juristes de première année de licence, porteurs du sésame bac…

La fiche de Simon Bardot (Archives UT Capitole, 5Z3). 70% de la taille OR pour la numérisation infra

La dernière fiche en numérotation continue est le n° 1761 :

Séraphine Torregrosa, session de novembre 1953.

La numérotation continue cesse à cette date, la structure de la Capa s’étant complexifiée.

On voit donc qu’en moyenne 27 Capa sont délivrées par an sur ce laps de temps (1888-1953).

Cette moyenne est trompeuse, en effet, le chiffre des Capa délivrées peut monter nettement (session de juin 1936 : 43 Capa, p. 49-52), comme être moins important suivant les années.

De plus, et même si ce volume semble faible, il faut avoir présent à l’esprit que les effectifs totaux, toutes formations confondues, de la Faculté de droit de Toulouse sont très faibles en comparaison de ceux d’aujourd’hui : soient

>700 étudiants en 1927, 30 fois moins qu’aujourd’hui ;

>900 en 1939 ;

>2 100 en 1941 en large partie à cause des étudiants repliés (des facultés en Zone occupée, …) ;

>mais 1377 en 1960, toutes formations comprises, y compris les Sciences Economiques.

De la sorte, les étudiants de la Capa forment un pourcentage notable des troupes juridiques avant les bouleversements des années 1960.

VOIR : la courbe des effectifs Fac de droit (Mission Archives, Philippe Delvit)

QUI ?

Les femmes

On l’a relevé plus haut : la dernière étudiante à être incluse dans la numérotation continue est Séraphine Torregrosa (née en 1931 à Cransac, Aveyron) en 1953. Son patronyme (terme aujourd’hui juridiquement abandonné) indique que ses origines familiales sont d’ailleurs, d’Espagne.

Car la Capa est un outil d’ascension sociale (comme l’a écrit Norbert Olszak cf. supra, et d’autres).

Les femmes apparaissent tardivement, dans la Capa de Toulouse vingt ans après les premières étudiantes du parcours « normal », celui des étudiants du cursus Première année de licence (l’emblématique Marguerite Dilhan, toujours mise en avant et à juste titre).

La première femme capacitaire, Capa n° 692, est Mathilde, Albertine, Françoise, Jeanne Tardieu, décembre 1920 pour la remise de la Capa et novembre 1919 pour les épreuves. Née à Marseille et venue de la Faculté d’Aix, elle y a passé la première partie des épreuves de la Capa avant de rejoindre Toulouse.

 Relever que sur la fiche reproduite infra, il n’est indiqué que le genre masculin, « Né le » : cela correspond parfaitement à l’historique du diplôme, jamais encore ouvert aux femmes.

Noter également que la « Demeure des parents » est une mention alors essentielle pour une bonne partie des étudiants.

La majorité civile est à 21 ans, et de la sorte, nombre d’inscrits doivent absolument obtenir de leurs auteurs toutes autorisations, y compris pour les actes de la vie courante. De là le soin mis à connaître l’élection du domicile parental.

Archives UT Capitole, 5Z3, 70 % de la taille OR pour la numérisation infra

Une centaine de femmes en tout entre 1920 et 1953 sont lauréates, en proportion croissante avec le temps (à peine une douzaine entre 1920 et 1930, donc les ¾ dans les 23 années suivantes, et de la sorte environ 10 % des effectifs diplômés par la Capa entre 1930 et 1950). Ces femmes, Européennes par leur patronyme sont en particulier présentes dans les examens Capa de Rabat (Maroc), émancipation dans leur position (ce qui laisse entière la question du statut des autres femmes, non d’origine européenne, …) autant que nécessité d’obtenir un bagage juridique.

Les étudiants étrangers…

Certains sont installés en France, comme le Capa n° 748, 1925. D’autres, vivent sous les cieux d’Algérie, comme la n° Capa 515, Zaoui Nessin (Alger), ou ceux du Protectorat du Maroc, comme Omar Ben Brahim, Capa n° 1609, juin 1950, ou M’Hammed Ben Rakhal Ben Mati Rahhali, Capa n° 1610, même session.

Car la Faculté de Droit de Toulouse, avec ses consœurs d’Alger et de Bordeaux, a la main sur le Centre d’Études juridique de Rabat, matrice de la future Université Mohamed V. De là des sessions « Rabat », concernant autant des étrangers ou sujets marocains, que des Français établis dans ce territoire : ainsi Ida, Pauline Campos, épouse Ducatel, Capa n° 744, novembre 1924.

Pour le Centre d’Etudes de Rabat :  voir ici.

Sessions de la Capa tenues à Rabat (les pages sont celles du registre Capa) : 1933, p. 44 ; 1934, p. 46 ; 1935, p. 49 ; 1936, p. 52 ; 1937, p. 54 ; 1938, p. 57 ; 1939, p. 59 ; 1940, p. 62 ; 1941, p. 64 ; nov. 1941 et juin 1942, pp.66-67 ; nov. 1942, p. 68. La Maroc est alors coupé de Vichy et de la Métropole, débarquement des Alliés oblige. Il faut attendre ensuite février 1946, p. 75 : Capa n° 1416, « contrôleur civil de Souk-el-Arba »>nécessité du diplôme pour ce fonctionnaire en poste dans le Nord du Maroc, à l’époque ville très proche du protectorat espagnol, …

Sessions spéciales…

Très nombreuses occurrences, dont nombre non identifiées spécifiquement, tant à Toulouse (janvier 45, …) qu’à Rabat (ex juin 46 ; oct. 1946 ; fév. 1947, …) sauf :

« Session Fonctionnaire colonial »

Session de février 1935 pour un seul candidat, Capa n° 917, Ludovic Eymond, commissaire de police à Tamatave (Madagascar)

« Session anticipée de mars 1940 »

Capa n°1170

En parlant de 1940, la Capa a assuré sans faiblir ni défaillir la session de juin 40, écrits le 8 juin ; oraux les 14 et 18 du même mois…

Mais Toulouse, croyait-on, était loin du front, comme lors de la précédente guerre. Or plus de 200 000 réfugiés passent par la gare Matabiau entre le 15 mai et le 10 juin, et des dizaines de milliers font halte, épuisés, dans la ville.

« Etudiants repliés » et prisonniers

Les registres Capa donnent des exemples de ces « étudiants repliés », repliés des universités des académies balayées par l’invasion de mai 1940 (Paris ; Lille ; Strasbourg, …), ainsi en juin 1941 n° Capa 1229 à 1233, qui ont pu compter sur la sollicitude des autorités académiques dans cette période de détresse nationale.

« Etudiants victimes de guerre », session spéciale de novembre 1945 (5 noms), p. 75, de février 46 (6 noms) et de juin 1946 (d’ailleurs uniquement des hommes), p. 77, n° Capa 1437-1444.

« Etudiants prisonniers de guerre », « examens passés en captivité et validés par la Commission spéciale prévue par l’article 3 du décret du 7 juin 1945 » », 1949, p. 84 du registre (5 étudiants, qui ne sont pas intégrés dans la numérotation continue habituelle).

Par contre, la session de juin 1944 a été « normale », avec 17 Capa, dont 4 femmes, pp. 70-71.

La Capa, instrument hier et aujourd’hui de promotion sociale et bel outil.

Oui.

Elle reste cela, instrument de promotion sociale.

Même si l’environnement s’est fortement modifié.

En Capa Formation continue 1er niveau, environ 70 inscrits en 2022-2023 ; en 2e année, 30 étudiantes et étudiants.

Étudiantes et étudiants continuent de porter le flambeau.

Les sciences au lycée Saint-Sernin à la fin du XIXe siècle

Marie Perny mène avec ses étudiants de classe préparatoire du lycée Saint-Sernin de Toulouse un travail d’inventaire du patrimoine scientifique datant des quarante premières années de cet ancien lycée de filles. Ce travail a conduit à la réalisation d’un livret interactif ainsi qu’un musée virtuel autour de la question de l’enseignement des sciences dans un lycée de filles à la fin du XIXe siècle.

PODCAT : L’objet du grenier 1 : L’Equilibriste de 1885. Marie Perny 08-03-2022.

Le campus de Rangueil de l’université Paul Sabatier de Toulouse : une commémoration et visite personnelles par Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Jean-Baptiste Hiriart-Urruty – (Eté 2021)

Professeur de mathématiques émérite de l’université Paul Sabatier

Couverture de la plaquette éditée en 2004 à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Paul Sabatier. L’université de Toulouse III porte le nom de ce scientifique depuis l’année universitaire 1969-1970

Résumé

J’ai été nommé professeur de mathématiques à l’université Paul Sabatier de Toulouse en date du 1er octobre 1981, soit il y a quarante ans. A l’époque, les nominations se faisaient au 1er octobre, et non au 1er septembre comme le plus souvent ces dernières années. Je venais de l’université de Clermont-Ferrand II où j’étais assistant puis maitre-assistant (cette dernière est l’ancienne appellation de maître de Conférences). Ayant sévi sur ce campus de Rangueil, en y étant présent, physiquement et par mon travail d’enseignant-chercheur (dans mon bureau, mes enseignements, mes activités diverses, dont celles administratives), j’ai été témoin de la vie sur ce campus, j’y ai vu sa transformation au cours des années, les nouvelles constructions notamment (bâtiments, accès, équipements, etc.). C’est donc à une commémoration et à une visite très personnelles que je vous convie.

Avant de dire de quoi il s’agit, je précise de quoi il ne s’agit pas : ce n’est pas une histoire officielle, bourrée de chiffres, de dates, de sigles administratifs, … Il s’agit plutôt d’un ressenti et d’un vécu personnels, agrémentés d’anecdotes vécues et d’historiettes dont j’ai été témoin ; la langue anglaise dirait snapshots.

Il va sans dire – et mieux en le disant – que ce qui est avancé ici ne reflète en aucune manière le point de vue sur le sujet des institutions et organismes cités.

Les photos dans le campus (vues d’extérieurs), sauf indications contraires, sont dues à l’auteur ; elles ont été prises à la mi-Août 2021.

Plan

1. Les débuts

Le premier coup d’œil

Un peu d’histoire sur la genèse du campus

L’année universitaire 1981-1982Visite guidée du campus (1) : de la Route de Narbonne au grand bâtiment administratif central

2.Visite guidée du campus (2) : Le Tripode, divers restaurants universitaires, jusqu’à la Bibliothèque Universitaire (B. U.)

3. Visite guidée du campus (3) : Le « groupe Mathématiques »

4. Visite guidée du campus (4) : Le « groupe Chimie », les Salles S

5. Visite guidée du campus (5) : L’IRIT, le bâtiment E4, le bâtiment H. Brunet, les Bâtiments U1 à U4, Le CAP, la halle des sports, le pont G. Bruno

6. Visite guidée du campus (6) : Le « groupe Physique », L’INSPE

7. Visite guidée du campus (7) : Le « groupe Sciences Naturelles »

8. Visite guidée du campus (8) : Les voies sur le campus, le « noyau central », les sculptures.

L’épisode « Détague ta Fac »

Visite guidée du campus (9) : Les dernières réalisations

Conclusion


1.LES DÉBUTS

Le premier coup d’œil

J’étais certes venu sur le campus de Rangueil[1] une ou deux fois à l’occasion de séminaires de laboratoires[2], mais c’est bien à l’été 1981 que je découvre véritablement ce campus. La première impression est une combinaison de verdure et d’horizontalité. Verdure parce qu’il y avait beaucoup d’espaces verts, les parties bâties ne représentant qu’une faible proportion de l’ensemble. Horizontalité car les bâtiments ne comportent que deux ou trois étages (ou moins) visibles au-dessus du niveau du sol, mis à part l’imposante bibliothèque universitaire. Cette impression est confirmée lorsqu’on observe le campus à bord d’un avion passant au-dessus avant d’aller atterrir à Blagnac. Ceci est assez différent de ce que j’avais observé dans des universités parisiennes et aux États-Unis. Je me souviens avoir séjourné et enseigné un semestre dans un département de mathématiques d’une université américaine (à Lexington dans le Kentucky), laquelle était en fait une grande tour avec des départements dédiés à une discipline différente dans chaque étage. Convenons que ces édifices sont plus faciles à contrôler. Dans le bâtiment de l’université américaine que j’évoquais, le préposé à l’entrée du rez-de-chaussée savait en permanence combien de personnes étaient à tel et tel étage… L’exception était la bibliothèque du sous-sol, ouverte 24 heures sur 24.

L’entrée principale se trouve Route de Narbonne, l’entrée plus au sud sur la même route ne sera créée qu’au moment des travaux pour l’arrivée de la ligne B du métro. Une conciergerie figure immédiatement à droite à l’entrée, elle sera détruite par la suite, laissant place à ce qui, aujourd’hui, est le forum Louis Lareng. Une allée en pente conduit à un bassin d’eau devant le grand bâtiment administratif. A gauche, un restaurant universitaire (appelé RU1 ou Rangueil 1) et un immense « tripode » (résidence d’étudiants) qui ont toujours été là. Légèrement à gauche, la grande tour Bibliothèque universitaire (Sciences), haute de huit étages. C’est le point culminant du campus, sa couleur bleue est prédominante. Tout à fait en haut le sigle « B. U. ». Signification évidente pour nous usagers du campus, mais pas pour les visiteurs… Imaginerait-on « U. L. » (pour University Library) au haut d’un bâtiment de campus américain ? Pas sûr. Mais la France aime bien les sigles.

Vite sur la droite le « groupe Mathématiques » avec ses bâtiments de recherche et d’enseignement. En se retournant, on observe le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) sur la colline, sorte de château-fort médiéval dominant la vallée, et le lycée Bellevue, du moins sa partie abritant l’administration (appelée « le château »).

Vue vers l’entrée du campus par la Route de Narbonne. Avec à droite le CHU qui domine le tout, en face au fond le lycée Bellevue, à gauche le Forum Lareng (actuel)2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

La plupart des édifices du campus sont consacrés à l’enseignement, à la recherche, à l’administration (en fait un mélange de toutes ces fonctions) ; il y aussi le grand bâtiment administratif que l’on remarque tout de suite en arrivant. Mais pas d’autre construction consacrée, par exemple, à une librairie (les bookstores des campus américains), pas une station-service (alors qu’il y a beaucoup de voitures qui passent sur ce campus), pas de point-vente de journaux, pas de banque (cela viendra plus tard dans le forum Lareng). J’apprendrai par la suite que ce genre d’activités commerciales sur un campus universitaire était interdit par la loi.

Bref, le campus différait de celui connu à Clermont-Ferrand (ledit Plateau des Cézeaux  à Aubière[3]), ressemblait davantage à ceux de Bordeaux I à Talence ou Montpellier II. D’ailleurs les bâtiments de l’université scientifique de Montpellier ont une structure, des matériaux, qui ressemblent fort à ceux du campus de Rangueil.

Un peu d’histoire sur la genèse du campus

La genèse et la construction progressive des divers bâtiments du campus de Rangueil sont assez bien documentées ([1], [2], [6]). Nous n’en relatons qu’une infime partie. Dans cette optique, une figure s’impose, celle d’Émile Durand, du Doyen Durand comme il est appelé souvent. E. Durand, Professeur de Physique à ce qui s’appelait encore « l’université de Toulouse », ayant visité des campus américains, avait impulsé l’idée que Toulouse serait la première ville universitaire à se doter d’une nouvelle Faculté des Sciences en dehors du centre-ville, bien avant Grenoble (1972) par exemple. Des terrains à 5 km au sud-ouest du centre de Toulouse étaient disponibles, marécageux pour la plupart, travaillés par des maraîchers (l’appellation Chemin des Maraîchers doit en être une réminiscence). Les travaux dureront de 1960 à 1975. Bien sûr, comme c’est toujours le cas lors de projet de déménagement, certains collègues ne voulaient pas quitter leurs bureaux de la rue Jules Guesde (lieu de l’ancienne Faculté des Sciences) … Plus tard, j’ai connu pendant des années un serpent de mer qui ressortait régulièrement : l’école d’ingénieurs dénommée ENSEEIHT (ou N’7) allait-elle déménager près de la Faculté des Sciences, de l’autre côté du Canal du Midi où, semble-t-il, des terrains l’attendaient ? La suite a montré que l’ENSEEIHT est restée au centre-ville et que, la nature ayant horreur du vide, une bonne partie des terrains réservés à sa nouvelle implantation ont été construits depuis (en résidences universitaires).

L’histoire de l’apport d’E. Durand est bien racontée dans deux textes, celui de son fils physicien Philippe Durand ([2a]) et celui de son dernier étudiant en doctorat, le mathématicien Alain Rigal ([2b]).

J’avoue que je connaissais le nom d’E. Durand avant de venir à Toulouse. Son livre intitulé Solutions numériques des équations algébriques (publié au début des années 1960 chez Masson) était très soigneusement écrit et utilisé dans les universités où j’étais passé.

Si vous voulez voir le bâtiment administratif principal du campus de Rangueil en décembre 1966, je vous recommande un savoureux petit film de l’INA consacré à la visite d’Alexei Kossyguine (président du conseil des ministres de l’Union Soviétique) et du premier ministre français Georges Pompidou. On y voit le Doyen Jean Blaizot, en grand apparat, recevoir ces personnalités, les étudiants en cravate (si si ! « Mai 68 » n’est pas encore passé par là), les journalistes obséquieux, les voitures soigneusement rangées devant le bâtiment, … Un vrai délice.

Un visiteur ou usager, d’alors comme de maintenant, remarque des ouvriers en plein travail d’entretien des espaces verts du campus. Ceux-ci ne dépendent pas de l’université Paul Sabatier. En effet, c’est le Rectorat d’Académie par l’intermédiaire du SGE (Service de Gestion et d’Exploitation) qui gère tout ce qui est réseaux, voiries, infrastructures et espaces verts. Reconnaissons que, vu l’espace à entretenir, c’est un énorme travail !

L’année universitaire 1981-1982

  • L’année 1981 fut celle d’un « grand changement » sur le plan politique, puisque ce fut l’année de l’élection du président François Mitterrand. Comme je l’ai déjà dit, ce fut aussi celle de mon arrivée à l’université Paul Sabatier. Je mélangerai les deux à propos d’une anecdote.

Lorsqu’au lendemain du deuxième tour des élections présidentielles qui voit la victoire de Mitterrand, je me rends à mon bureau à l’université de Clermont-Ferrand II, j’observe, en échangeant avec les collègues, que « tout le monde a voté Mitterrand, … bien entendu ! ». Les gens aiment bien aller au secours de la victoire. Il était clair, pourtant, qu’avec le score qu’avait réalisé le président sortant Valéry Giscard d’Estaing et celui-ci étant en Auvergne dans son pays (il en était un élu !), il y en avait bien qui avaient voté Giscard…

A l’université Paul Sabatier, cette élection avait causé des turbulences. J’y trouvais le collègue mathématicien Daniel Bancel comme administrateur provisoire puis président ; jeune (il a à peine 40 ans), c’était un socialiste engagé qui quittera rapidement ses fonctions pour devenir Recteur d’académie (de Rouen en octobre 1984). Il me reçut comme « nouveau venu » dans son bureau car j’avais demandé à me présenter… Les « réceptions de nouveaux arrivants » n’existaient pas à l’époque, pas plus d’ailleurs que des « crédits d’installation de nouveaux arrivants ».

Mais l’année universitaire 1981-1982 (plus exactement septembre 1982, d’après les archives départementales consultées) fut celle de la visite du président Mitterrand à l’université Paul Sabatier. Il est rare qu’un Président de la République en exercice visite une université… Les universités, ce n’est pas si important, et puis ces manifestations d’étudiants et de personnels… cela gâche les visites, non ? (!) … Quoi qu’il en soit, dès que le déplacement fut annoncé, nous eûmes la visite, au Département de mathématiques, des services de sécurité de la Présidence de la République. Les voitures de Mitterrand et de son escorte devaient emprunter la voie entre les bâtiments de mathématiques et les terrains de sports (voie appelée aujourd’hui Cours des sciences, partie ouest) et mon bureau, au 1er étage du Bâtiment 1R2 (il n’y a pas de Bâtiment 1R3 à l’époque, c’est un parking pour voitures) donnait directement sur la voie en question, assez loin quand même (mais à portée de fusil ?). Nous reçûmes l’ordre de déserter nos bureaux le temps du passage de l’escorte présidentielle. Mitterrand, accompagné de Jacques Attali (conseiller spécial, âgé alors de 38 ans) commence par inaugurer un spectromètre de masse au CRBGC (laboratoire du CNRS) ; on le lui laisse même mettre en marche (voir photo ci-dessous).

Visite du président Miterrand en septembre 1982 de l’université Paul Sabatier. De gauche à droite : de dos Jean-Pierre Zalta (professeur de biologie et génétique cellulaires) ; Daniel Bancel ; à gauche de François Mitterrand, Alex Raymond (président du Conseil régional de Midi-Pyrénées)
Archives départementales de la Haute-Garonne/CD31)
Mise en marche du spectromètre de masse. A droite, au premier plan : Louis Lareng. Archives départementales de la Haute-Garonne/CD31)

Mitterrand est reçu par le président Bancel, blanc comme un linge, et les autres personnalités universitaires. A la fin, Bancel offre un cadeau à Mitterrand, un cours de chimie manuscrit de Paul Sabatier. Mitterrand le parcourt et ajoute, avec un sourire carnassier, « Faut-il aussi que je le lise ? ». J’ose espérer que ce manuscrit a pu être récupéré auprès des services de la Présidence de la République, il a mieux sa place à l’université qui porte son nom que là-bas…

  • Les services administratifs de l’UER MIG (pas encore l’UFR MIG[4]) se trouvent au rez-de-chaussée du Bâtiment 1R2 de mathématiques. Une plaque bien entamée par la rouille, apposée à l’entrée ouest, indique bien que c’est là. J’y avais déjà rencontré Roger Cuppens l’année précédente alors qu’il était directeur de l’UER. Mais quand j’arrive, c’est Roger Desq qui est le nouveau directeur de l’UER. Il restera d’ailleurs longtemps directeur de l’UER. Grand, élancé, toujours bronzé, des lunettes de lecture constamment posées sur le nez, il me reçoit cordialement dans son bureau. La première chose à me trouver était un bureau… La tension sur les bureaux se faisait déjà sentir. Il me propose tout de go : « Prends mon bureau… On verra bien quand je ne serai plus directeur de l’UER… ». Je prenais donc possession du Bureau 116 de l’aile nord du Bâtiment 1R2 (actuellement Bureau 141), avec comme voisins immédiats, sur le même côté du couloir ou en face : Roger Thibault (Mécanique), Giuseppe (Joseph) Grifone (Mathématiques pures), Roger Guérin (Mécanique). On fume dans les bureaux et dans les couloirs, ce que je n’apprécie pas. Le bureau est spacieux, avec un immense bureau à l’ancienne, c’est vraiment le style des années 1960. Je ne le sais pas alors, mais j’y resterai dix ans, avant d’émigrer dans l’aile sud, dans le même couloir (occupé à l’époque par les informaticiens). Il se dégage de ces bureaux, des placards vernis dans les couloirs, un parfum de « vieux chiffons » … J’en viens à me demander s’il n’y a pas des squelettes de collègues dans les placards… Mais on y trouve des vieux bouquins, des sculptures d’objets mathématiques en plâtre, et même un matelas (des collègues auraient-ils dormi sur place ?). Certains bureaux ont même un coin lavabo personnel. C’est vraiment un bureau que j’imagine « de mandarin » !
  • Dès les premiers jours, l’UER MIG, son département de mathématiques plus particulièrement, organise une réunion sur la répartition des enseignements de l’année universitaire qui démarre. Ces réunions se tiennent toujours en cette Salle 26, devenue Salle 15 depuis, du rez-de-chaussée du Bâtiment 1R2. La réunion étant programmée à 14h, je me trouve devant la porte de la salle, seul avec Albert Raugi, l’autre professeur (probabiliste) recruté à l’extérieur (il venait de l’université de Rennes I) cette année-là. Arrive Gérard Letac, dont je connaissais le parcours puisqu’il était également arrivé de l’université de Clermont-Ferrand II quelques années auparavant. Bien qu’il nous connaisse déjà, il se présente et ajoute de sa voix métallique : « Je suis Gérard Letac, je suis normand et je suis à l’heure… »[5]. J’apprendrai à cette occasion que lorsqu’une réunion était programmée à 14h, il n’y avait personne à 14h mais que tout le monde était là à 14h15… La répartition des Travaux dirigés (TD) se faisait plus tard, une fois établie celle des cours. Pour quelques mois encore, c’est le service statutaire « à l’ancienne » qui sert de référence ; on passera vite aux fameux « 128 heures de cours ou 192 heures équivalents TD, ou encore toute combinaison (en respectant les coefficients) de cours et TD conduisant à 192 heures équivalents TD » (sans parler des TP qui, eux, « pèsent » encore moins). Ayant fonctionné des années et des années (des dizaines d’années !) sous ce régime, je puis attester que « 192 heures équivalents TD » des débuts représentaient un service statutaire moins lourd que « 192 heures équivalents TD » des années 2000.

« Je pars au Québec pour quelque temps, voici mes notes de cours (manuscrites) de 1ère année de DEUG[6] » me lance G. Letac. Ce seront mes premiers enseignements sur ce campus, dans cet amphithéâtre mythique du nom de Fermat du Bâtiment 1A, voisin du non moins mythique amphithéâtre Stieltjès (le Bâtiment 1A est l’un des quatre bâtiments du « groupe Mathématiques », celui qui a des amphithéâtres).

  • Tout en découvrant le campus de Rangueil, je découvre aussi la ville de Toulouse. Je n’y ai en effet jamais séjourné ni étudié. En y déambulant, ne serait-ce que pour y rechercher un logement (juin 1981), je note sur des panneaux que Toulouse et Kiev (encore en URSS à l’époque) sont des villes jumelées. Ah ! la belle opportunité me dis-je. En effet, depuis deux ou trois ans j’étais en relation scientifique avec des collègues de l’Institut Glushkov de Cybernétique de Kiev, les échanges étaient difficiles dans un sens comme dans un autre, et ce n’était pas seulement une question de financements. L’Ukraine fait partie de l’URSS, la « glaciation de Brejnev » règne sur l’URSS. Je décide donc d’essayer d’exploiter éventuellement cette relation privilégiée de jumelage entre Toulouse et Kiev pour obtenir quelque soutien (financier, bien entendu). J’avais d’ailleurs vite observé que, chaque année, était organisé un match de football entre le Toulouse Football Club (TFC) et le Dynamo de Kiev. Ma rencontre avec l’adjointe au maire de Toulouse, chargée des jumelages, prit un tour féérique : fumant cigarette sur cigarette, elle ne comprenait pas bien ce que je venais faire dans son bureau… Bref, malgré des vagues promesses que tout personnel politique sait bien faire, il n’en est jamais rien sorti. J’avais même écrit à l’un de mes correspondants scientifiques à Kiev : « Si tu veux venir nous rendre visite à Toulouse, il faut que tu t’inscrives au football au Dynamo de Kiev… ». Enthousiaste mais naïf, cette péripétie me servira de leçon pour les années suivantes. Bien plus tard, c’est l’université Paul Sabatier qui signera des accords de coopération avec les établissements d’enseignement supérieur et de recherche de Kiev, avec les collègues chimistes en fer de lance. Et c’est dans ce contexte que je pus aller (une seule fois en 2001) à Kiev, puis recevoir à Toulouse, à trois reprises, des collègues de l’institut Glushkov de Kiev.

Atlanta est une autre ville jumelée avec Toulouse. Ayant des relations avec des collègues de Georgia Tech à Atlanta, j’avais procédé à une nouvelle tentative auprès de la mairie, du même type que pour Kiev (au moment de la visite d’Andrew Young, maire noir d’Atlanta (1982-1990), à Toulouse). Avec le même insuccès malgré une meilleure bonne volonté de la part du maire de Toulouse, Dominique Baudis.

Depuis quelques années, l’apprentissage automatique (ou statistique), Machine Learning en anglais, est un sujet de recherche mathématique non seulement à la mode mais très prometteur. Il se trouve qu’Israël est à la pointe dans ce domaine, que Tel-Aviv a des établissements universitaires de recherche dont des collègues sont en relation avec nous à Toulouse, … et que Tel-Aviv est également jumelée avec Toulouse. Je disais donc à certains de mes collègues, sous forme de boutade en raison de mon expérience sur des dizaines d’années, que c’était l’occasion d’organiser un séminaire ou atelier commun Toulouse & Tel-Aviv…


2. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (1) : DE LA ROUTE DE NARBONNE AU GRAND BÂTIMENT ADMINISTRATIF CENTRAL

Extrait de la carte du campus (édition 2021)

118 : entrée Route de Narbonne ; 135 : entrée Lycée Bellevue ; 96 : Forum Lareng ;

115 : RU1 Rangueil-Le Théorème-L’Esplanade ; 115 : IUT-Site Ponsan ; 133 : RU’Méd

580 : Résidence universitaire Tripode A ; 655 : L’UPSIDUM ; 187 : BU-Sciences ;

: Faculté de Pharmacie.

  • Disons tout de suite que je me concentrerai sur la partie « Groupe Mathématiques – Groupe Physique – Groupe Chimie – Groupe Sciences Naturelles », et bâtiments voisins, du campus de Rangueil (le tout appelé « noyau central » dans la suite) car j’ai moins fréquenté les autres parties. Nous en disons quelques mots néanmoins.

La partie « Médecine » qui se trouve de l’autre côté de la Route de Narbonne, ses amphithéâtres, sa bibliothèque, son restaurant universitaire, étaient peu visités par nous. Pour les amphithéâtres, dénommés avec des lettres A (depuis, ils sont devenus « Amphi 1, …, 4 »), c’était à l’occasion de cours de remplacement après des grèves d’étudiants, ou d’examens (quand tous les amphithéâtres de Sciences étaient occupés). Le souvenir compassé que j’en ai est que nous avions droit à des… appariteurs qui préparaient les amphithéâtres, personnel quasi inconnu pendant des années dans les amphithéâtres de Sciences. Le restaurant universitaire du personnel RU3 (encore appelé cafétéria RU Méd), situé au rez-de-chaussée du bâtiment plat en arrivant, a ses adeptes : certains (personnel enseignant ou administratif) venaient parfois à pied d’un bâtiment de l’université de l’autre côté de la route pour y déjeuner. Il y a comme cela des habitudes… En descendant le Chemin du Vallon puis l’avenue Ducuing jusqu’au pont du même nom, ce sont des bâtiments aux parements de brique rose-orangée abritant les amphithéâtres, régulièrement taguées, que j’ai pu observer au cours des années.

Les deux IUT, celui de la Route de Narbonne et celui de l’Avenue de Rangueil, sont les lieux d’enseignement de certains collègues mathématiciens. Leurs bureaux de recherche sont plutôt dans le « noyau central » des bâtiments de sciences. Nous nous y rendions néanmoins lors de commissions de recrutement (Maîtres de Conférences, Professeurs) lorsque les postes en question dépendaient des différents départements d’IUT, ou à l’occasion d’activités du SCAS[7]. Ils ont toujours été, de manière générale, en meilleure tenue physique (en termes d’entretien) que les bâtiments du « noyau central ».

Les parties « Faculté de Pharmacie (datant de 1979), Faculté de Chirurgie Dentaire (1976) » se trouvent au nord du campus vers Toulouse, de l’autre côté de la Rue des Maraîchers. Elles ont été bâties sur des terrains qui appartenaient au Couvent des Dominicains. Peu d’occasions d’y aller, sauf pour des enseignements spécialisés (un DESS de Mathématiques Appliquées – Informatique y avait par exemple des salles dédiées) ou des réunions. J’ai entendu Louis Lareng, premier président de l’université Paul Sabatier (élu en 1970), raconter la genèse de la construction des bâtiments (on les appelle « coques ») de la Faculté de Pharmacie. L’idée avait été adoptée après une visite dans des universités scandinaves. Toutefois, ma femme qui a travaillé dans les services administratifs et financiers de la Faculté de Pharmacie, m’a souvent fait part des difficultés à gérer la température dans ces « coques ». Au cours des années revient le serpent de mer : où vont être transférées ces Facultés de Pharmacie et de Chirurgie Dentaire ? Vers le site de l’Oncopole ? Ailleurs ? Je laisse les générations futures s’en préoccuper.

  • La « Route de Narbonne » était très fréquentée dans les années 1980, on disait que c’était la voie empruntée par les pinardiers qui venaient de l’Aude et de plus loin. Ce fut aussi, jusqu’à l’arrivée du métro, le chemin emprunté par le bus (Ah ! le fameux « n° 2 ») qui amenait les étudiants et autres, du centre de Toulouse jusqu’au campus. Les plus anciens racontent qu’au début le bus s’arrêtait quelques centaines de mètres avant l’entrée principale, et qu’il fallait terminer à pied. J’ai moi-même gardé le souvenir de bus « n° 2 » bondés aux heures de pointe. La situation se détendra pour la circulation sur la Route de Narbonne avec la Rocade Est et, surtout, avec l’arrivée du métro.

Juste en face de l’entrée du campus au « 118 Route de Narbonne » (Ah ! combien de fois a-t-on copié cette adresse dans nos relations épistolaires !), on ne peut éviter l’entrée du Lycée Bellevue. Originellement une annexe du Lycée Fermat au centre-ville, le lycée est devenu progressivement indépendant, j’y ai même vu l’arrivée des Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE). Les enfants de collègues y ont fait leur scolarité de lycée même si ce n’était pas le lycée de leur secteur ; on comprend la facilité que procurait la proximité physique avec le lieu de travail sur le campus. Certains collègues y sont allés pour donner des « colles en classes préparatoires », pour présider des jurys de baccalauréat, ou tout simplement comme délégués de parents d’élèves.

  • La station de métro « Université Paul Sabatier ». Ah ! la belle affaire… C’est, dans ma graduation personnelle, la plus grande « révolution » sur le campus de Rangueil, la deuxième venant après étant l’érection de la nouvelle bibliothèque d’étudiants (dont je parlerai plus loin). D’abord appelée, dans le projet du moins, « Station Bellevue-Sabatier », elle est finalement devenue (et restée) « Station Université Paul Sabatier ». Il est vrai que l’université Paul Sabatier est concernée par deux stations de métro, celle-là mais aussi la précédente (dans le sens nord-sud) dénommée « Faculté de Pharmacie » simplement (car située en face de l’allée d’accès à la Faculté de Pharmacie). Les tractations ou négociations allaient bon train lors de l’élaboration du projet : le métro passe sous les terrains de l’université Paul Sabatier, oui mais où ? Quelles compensations pour l’université elle-même ? Etc. Le fait est que l’arrivée du métro a révolutionné l’accès au campus (des étudiants et autres usagers), mais aussi l’accès au centre-ville pour les multiples réunions auxquelles nous étions parfois conviés. Le pictogramme visuel de la station est un microscope. Bien, … mais quid de l’œuvre d’art qui figure en arrivant : 1, 2. 2, 3. 3. 3, jusqu’à 8. 8.… 8 ? « Pas terrible » dirais-je avec d’autres… On aurait pu trouver mieux (mais a-t-on simplement sollicité les universitaires pour cela ?) mais – plus important à mon sens – c’était l’occasion, et surtout l’endroit, pour des expositions temporaires d’objets, de figures, de graphiques, de « planches » liées aux Sciences et Formations de Santé. Malgré une tentative de cette suggestion (courrier envoyé aux services du métro), l’œuvre en question semble immuable… Insipide à force de l’observer… Quelle occasion manquée !

Quand la bouche de métro « dégueule » tous les arrivants le matin, cela fait du monde, car il y a aussi les lycéens accédant par un tunnel au Lycée Bellevue en face ! Une grande allée dallée est le lieu d’acheminement vers les bâtiments principaux du campus. Mais, sur la droite, apparaît tracé sur le terrain, un chemin non balisé, c’est le raccourci utilisé par les étudiants et, s’il n’est pas « officiel », il a été adopté et le restera… Un secrétaire général de l’université Paul Sabatier m’avait dit que c’était « le chemin des chèvres » créé par l’usage…

Le « chemin des chèvres », la diagonale des usagers en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Grande ligne droite (piste cyclable) parallèle au Cours des sciences (côté ouest), en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Grande ligne droite (piste cyclable) parallèle au Cours des sciences (côté ouest).

Il y a une piste équivalente parallèle côté est.

  • Le forum L. Lareng. A droite en entrant, cet imposant bâtiment (à un étage) a remplacé l’ancienne conciergerie ; il héberge le PC sécurité du campus, plusieurs services comme le Département des relations internationales, la Médecine préventive (autrefois celle-ci était à l’extrémité nord du campus, Avenue de Rangueil), le Service Culture, la Division des affaires immobilières du campus, … et un bureau de la Banque Populaire. Nous avions tenté à l’époque (en 2006) de faire apposer le nom d’une femme à la salle de réunion du 1er étage [8] ; sans succès. Je me souviens de l’inauguration de l’appellation de ce bâtiment, en 2009 [9], j’y avais été invité : Gilles Fourtanier est président de l’université, Louis Lareng est présent bien sûr, le président de région Martin Malvy aussi. Celui-ci a des mots chaleureux pour Lareng : « Louis…, la République t’a attribué tous les honneurs, tu n’espères plus rien… ». Sous-entendu, « celui qui t’est fait ici est différent et s’ajoute aux autres ».
Inauguration de l’appellation L. Lareng du bâtiment d’accueil à l’entrée du campus en 2009. (au 118 Route de Narbonne). L. Lareng est le 3e à partir de la gauche. Outre les personnalités politiques (M. Malvy, N. Belloubet), deux anciens présidents de l’université Paul Sabatier (J.-F. Sautereau, G. Larrouy), le président en cours G. Fourtanier, et à l’extrême droite J.-J. Romatet, Directeur Général du CHU de Rangueil.
La Dépêche du Midi (8 octobre 2009), signalée par G. Fourtanier.

La partie sortie de métro, le site de départ du téléphérique Téléo[10], le parc de stationnement de bus, ainsi qu’une auto-école étrangement située là, ne font plus partie de l’aire « campus de Rangueil ».

  • A droite après le forum Lareng, via le Chemin Clément Ader, un terrain vague, puis les premiers terrains de sport collectif (rugby, football). Ils ne sont pas de très grande qualité, il n’y a pas de douches à proximité par exemple[11]. Rien à voir avec les terrains de sport des campus américains. Le joueur de rugby international Fabien Pelous, qui fut étudiant à l’université Paul Sabatier, raconte dans un livre de souvenirs combien il fut surpris, lors d’une tournée aux Etats-Unis, du gigantisme et de la qualité des terrains de sport extérieurs sur les campus américains, « rien à voir, écrivait-il, avec les terrains pourris de l’université Paul Sabatier ». Pourtant, de la fenêtre de mon bureau au Bâtiment 1R2, donnant directement sur ces premiers terrains avant qu’il n’y ait le Bâtiment 1R3, j’y ai vu des rencontres de rugby importantes entre équipes d’universités et d’écoles d’ingénieurs.
  • Au bout de l’allée[12], le grand bâtiment administratif, appelé parfois ironiquement « Le château » par les usagers. Mais avant d’y arriver, une esplanade verte qui était un bassin d’eau quand je suis arrivé. Très agréable ce bassin d’eau, très peu profond et sans danger… Il m’est arrivé, avec mes enfants en bas âge, d’y faire naviguer des petits bateaux téléguidés. Il est resté vide quelques années après, en raison de fuites d’eau j’imagine. Finalement, c’est un espace vert qui a été aménagé, et c’est comme cela qu’il restera sans doute longtemps.

Le parvis devant le grand bâtiment administratif porte désormais le nom de Parvis Paul Sabatier ; c’est là que sont organisés les rassemblements (de protestation, de commémoration). Trois drapeaux flottent sur le parvis : il est heureux que celui de (la région) Occitanie et celui de l’Europe soient joints à celui de la France.

Plongée vers le Bâtiment administratif central en 2021 Un grand espace vert est disponible entre les deux allées Lareng.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Pendant des années, j’observais, juste après la proclamation officielle des résultats du baccalauréat en début juillet, les futurs étudiants (et, souvent, leurs parents) qui se précipitaient pour les inscriptions en première année d’études à l’université. Souvent, alors que j’étais membre du Conseil dénommé CEVU (Etudes et Vie Universitaires), j’allais jeter un coup d’œil dans les salles au niveau rez-de-chaussée et tentes aménagées à l’extérieur, voir simplement si tout se passait bien. Il y avait un côté émouvant à voir ces parents accompagner leurs jeunes pour cette inscription dans un monde qui était nouveau pour eux ; il leur arrivait de pique-niquer sur les espaces verts autour du bassin. Je dis émouvant car pour bien de ces parents, l’université était un monde inconnu, pour eux qui n’avaient pas accédé à des études universitaires. Par la suite, avec l’étalement (en raison de prises de rendez-vous) et la « dématérialisation » des dossiers d’inscription, ces flux ont été moins importants, en tout cas moins visibles.

Le grand bâtiment administratif de l’université, que l’on aperçoit dès les premières photos officielles du campus vers 1965, est le siège de la présidence, de divers services administratifs, de l’auditorium jouxtant un grand hall d’entrée. Ah ! combien de réunions dans : la salle dite « des thèses », devenue Salle Emma Chenu en 2005 sur ma proposition à la suite de la Commission des appellations des salles et amphithéâtres que je dirigeais (cf. [3]) ; dans la Salle du Conseil du 1er étage (lieu pour les réunions des différents Conseils de l’université, de remise de diplômes de Doctorat Honoris Causa, de Prix, etc.).

Dans cette Salle du Conseil, que j’ai connue avec la même appellation en 40 ans, un exemple de cérémonie : celle des Doctorats Honoris Causa en Juin 2010.

Dans le grand bâtiment administratif, un lieu mérite une évocation particulière, c’est l’auditorium. C’est le plus grand espace fermé de l’université. A l’origine, il était considéré luxueux avec ses fauteuils de cuir. Au cours des années, ces fauteuils et leurs tablettes-écritoires qui se replient ont vieilli et vers les années 2000, c’est un ensemble un peu vintage qui demande à être rénové. C’est ce qui fut fait en 2015, les travaux débouchant sur un ensemble moderne fonctionnel, prêt pour des cérémonies (sous l’égide de l’université ou extérieures). Le nouveau nom choisi après un vote public, celui d’auditorium Marthe Condat, est fort approprié, ma foi. Ah ! si les murs de cet auditorium pouvaient parler de tous les discours enflammés, controverses, entendus lors d’assemblées générales d’étudiants ou d’enseignants (à l’occasion de fréquentes grèves), lors de campagnes électorales au sein de l’université, etc. Mais cet auditorium fut aussi le lieu de grands congrès scientifiques ou médicaux, organisés par l’université ou d’autres organismes extérieurs.

Le grand hall attenant est bien adapté pour accueillir du public, à l’occasion de la cérémonie des vœux de la présidence de début d’année par exemple. Il hébergea parfois les personnels et matériels pour des campagnes de dons du sang visant les usagers de l’université (étudiants, enseignants, administratifs, techniciens…). Celles-ci émigrèrent ensuite dans des tentes, montées à cet effet, entre le grand bâtiment administratif et le Bâtiment 1R3 du « groupe mathématiques ».

C’est aussi par là que se tient, depuis 2015, le lundi après-midi, le Marché Universi’Terre (joli jeu de mots) regroupant une dizaine de producteurs et artisans de bouche locaux. Il a un certain succès, je dois dire.

Pour terminer avec ce grand bâtiment administratif, au rez-de chaussée de celui-ci, outre des services administratifs comme celui des « Thèses et Habilitations » que nous avons bien fréquentés, il y a la Division de la Vie Etudiante (longtemps celle-ci fut au rez-de-chaussée du Bâtiment 1A, puis ensuite au Forum Lareng). Elle devrait rejoindre la Maison des Etudiants et Personnels lorsque celle-ci verra le jour (voir plus loin, à propos de l’appellation U5 d’un bâtiment).

Un colloque de mathématiques à l’auditorium du Bâtiment administratif (ici c’est Mathématiques pour l’Optimisation de Mai 1985).  On notera les tablettes-écritoires aux côtés des fauteuils, ainsi que l’outil « préhistorique » de projection que représente le rétroprojecteur.
Au cours des colloques, des mathématiciens (français ou étrangers) parmi les plus réputés sont venus sur le campus de Rangueil. Ici, de gauche à droite, L. C. Young, J. Balder, R. T. Rockafellar (de dos), J. Borwein. Au même colloque que la photo au-dessus.
Photos du SCOM (Services Communs Multimédias) de l’université Paul Sabatier
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En mars 1995, devant le Bâtiment administratif, après une réunion-colloque lors de « l’année universitaire. Th. J. Stieltjès » (1994-1995). A l’extrême droite, le mathématicien Jean-Pierre Kahane.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

3. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (2) : LE TRIPODE A, DIVERS RESTAURANTS UNIVERSITAIRES, JUSQU’À LA BIBLIOTHÈQUE (BU)


Plan du campus de l’université Paul Sabatier en 2021

580 : Résidence universitaire Tripode A

655 : L’Upsidum (RU du personnel)

187 : BU Sciences

236 : Bât. 2R1 de Chimie

330 : Module de Haute Technologie

324 : Crèche Upsimômes

57 : Bât. 2A (Chimie)

317-449-102 : Bât. 2TP (Chimie)

75 : Maison de la Recherche et de la Valorisation

539 : Salles S.

  • En entrant par la Route de Narbonne, sur la gauche, se dresse le dit Tripode A (ou Résidence universitaire Archimède). Bâtiment en forme de trépied comme l’indique leur nom, il abrite essentiellement des chambres d’étudiants. Il y en a deux autres, les Tripodes B et C, à la sortie Avenue de Rangueil du campus. Combien de milliers d’étudiants, français ou étrangers, ont passé des mois et des années dans ces lieux ? La proximité des lieux d’étude et de restauration en faisaient des sites recherchés. Ils ont été régulièrement rénovés, il faut dire qu’ils se dégradent vite aussi. En les voyant, je ne peux m’empêcher de penser à l’évolution du coût de la vie des étudiants sur une ou deux générations ; ce qui a considérablement augmenté, et qui reste le poste de dépenses le plus important pour un étudiant aujourd’hui, c’est le logement. Les cités universitaires ne couvrent qu’une faible partie des besoins. Et au cours des années, j’ai vu sortir de terre, autour du campus, quantités de bâtiments privés abritant des chambres ou petits appartements d’étudiants.
  • Entre le Tripode A et les allées Lareng, en descendant vers le grand bâtiment administratif, les premiers restaurants universitaires. Ah ! la restauration sur le campus, pour le personnel, vaste question et chantiers. Ils méritent largement qu’un long paragraphe leur soit consacré. La question et les réponses ont évolué au cours des années, favorablement je dois dire, pour moi qui ai régulièrement (pratiquement tous les jours) déjeuné sur mon lieu de travail ou à proximité, hors domicile donc.

Quand je suis arrivé, automne 1981, je constate que rien de spécifique n’est organisé pour le déjeuner du personnel de l’université, il fallait se débrouiller avec les restaurants universitaires des étudiants et les combines que chacun avait mises en place. La première de ces débrouilles, que des collègues mathématiciens et mécaniciens (Jacques Audounet et Jacques Mauss entre autres) m’avaient fait découvrir dès mes premières visites du campus, avant même ma nomination officielle, était le Bar des avions à la Place des avions, au bout de la rue Route des avions (cela ne s’invente pas), au quartier Rangueil. Un plat était proposé pour déjeuner, la dame affectée au service, très serviable, restera dans cette fonction des années et des années. C’était le lieu, autour d’une bière ou d’un café, de compléter les réunions entreprises entre collègues à l’université. Mais l’offre en nombre de places était fort limitée. Depuis 2018 environ, ce bar est devenu L’Astronef.

Quand je parle de ce problème de restauration à de plus jeunes collègues, lorsqu’ils veulent bien écouter ces « vieilleries », je dis que si un jour on devait procéder à mon autopsie, on découvrira par anneaux successifs, comme pour les arbres, les différentes périodes de restauration-déjeuner de mon corps. Voyons ces différents anneaux successifs.

Concomitante à la période du « Bar des avions », je n’ai pas connu celle de l’accès aux restaurants du CNES et de l’ENAC (de l’autre côté du Canal du Midi). Il paraît qu’ils étaient partiellement ouverts au personnel de l’université Paul Sabatier, probablement plus facilement si des actions de collaboration scientifique étaient menées avec ces établissements. Vite après est la « période Sup’Aéro »[13]. En effet, pendant des années, le restaurant de cet établissement nous a ouvert ses portes pour le déjeuner, à un tarif « extérieur » préférentiel. Le problème est qu’il faut prendre la voiture pour y aller. C’est ce que je faisais souvent, prenant au passage ma femme qui, travaillant comme personnel administratif sur le campus, devait déjeuner également.

La période suivante est celle où un « restaurant pour le personnel » fut dégagé sur une aile ouest du premier restaurant universitaire à gauche à l’entrée du campus, route de Narbonne (appelé RU1-Rangueil). C’est la première fois où on s’occupait vraiment et sérieusement de la restauration du personnel sur le campus. Un peu limité en espace, il fonctionna de manière satisfaisante pour nous pendant quelques années. C’était là l’occasion de voir trois ou quatre collègues du Lycée Bellevue en face, de l’autre côté de la route, lesquels venaient déjeuner sur ce site, probablement attirés par une meilleure nourriture ou une meilleure ambiance que dans le restaurant de leur lycée.

Le « grand changement » fut la construction du Bâtiment UPSIDUM. Je me souviens de sa conception, de sa construction, de son inauguration (en septembre 1995, avec le président de l’université J.-C. Martin), et même du concours pour le choix du nom[14]. Certes, le bâtiment n’était pas dédié à la restauration seule, d’autres bureaux y ont trouvé leur place, ceux du SCAS par exemple.  Au début, il y eut (il y a toujours ?) des problèmes d’acoustique à régler… Pourtant nous avons à l’université Paul Sabatier des spécialistes d’acoustique. Un endroit pour se restaurer ne suffit pas, il faut aussi un prestataire de services… Il y en a eu plusieurs, de qualité inégale reconnaissons-le. Disons néanmoins que ce service de restauration de proximité rend, de manière satisfaisante, les services pour lesquels il a été conçu. Dans ces services, je n’oublie pas la salle café du 1er étage, lieu et témoin d’innombrables discussions passionnées entre collègues (discussions scientifiques mais aussi politiques !). La terrasse du 1er étage offre le meilleur point de vue sur Le Fil d’Ariane, amphithéâtre en béton à ciel ouvert (voir photo plus bas).

Depuis quelques années, le restaurant dénommé L’Esplanade au 1er étage du restaurant universitaire RU1 offre des « déjeuners améliorés » (sous l’égide du CROUS), c’est donc un lieu bien usité par les collègues après des réunions de travail ou par des membres des jurys de thèse. Il supplante quelque peu le restaurant Les Mûriers de l’annexe de l’Ecole Hôtelière, toujours sur le campus, plus au sud (près de la nouvelle voie d’entrée), qui a joué seul ce rôle pendant des années.

Les rues et certains sites ayant reçu de nouveaux noms (voir plus loin), j’ai noté qu’un des lieux-cafétérias du bâtiment du RU1 porte le nom Le Théorème, ce qui n’a pu échapper à l’œil d’un mathématicien.

Dans ce panel d’offres de restauration, il faut ajouter, à condition de pouvoir bénéficier de cette possibilité, les restaurants du CNRS. Le premier, plus au sud de la Route de Narbonne (« le 205 »), est accessible à pied par le campus, au prix d’un passage forcé par un trou dans la clôture extérieure (ce fut assurément le cas pendant des années). Le deuxième est au-delà du Canal du Midi, en allant vers l’entrée du CNES, sur le site de l’OMP. Enfin, il y a celui du LAAS. Une carte commune du CNRS permet l’accès à ces restaurants. Il y eut aussi, mais peu fréquenté, le restaurant de la FIAS (devenu IAS (Institut Aéronautique et Spatial) ensuite), toujours en allant vers le CNES, sur l’Avenue Edouard Belin à gauche. Les « groupes » de collègues ont leurs habitudes, leurs horaires de déjeuner, … Il faut dire que la clientèle du campus représente des milliers de consommateurs potentiels. Un amusement pour conclure ce paragraphe. Vers le 18-20 décembre de chaque année, il y a toujours un « repas de Noël » organisé par ces différents prestataires de déjeuners, repas amélioré cela va sans dire. Pour certains, il était alors coutumier de pister les différentes dates de repas de Noël et de profiter de chacun d’entre eux, à tour de rôle. Pour éviter ce genre de nomadisme et de « délit d’initiés », les repas de Noël sont organisés le même jour.

Une nouveauté apparue ces dernières années : des food-trucks (camions de restauration rapide), organisés sous l’égide du CROUS, s’installent sur divers points de campus et permettent de déjeuner rapidement (au moins de sandwiches) ; au vu des files d’attente, j’en déduis que ce service est apprécié par les étudiants qui, il faut le dire, n’ont pas toujours le temps (ou l’envie) de faire la queue dans les restaurants universitaires.

Le marché s’adaptant à la clientèle, une série de restaurants, petits ou grands, se sont installés à la périphérie du campus (route de Narbonne vers Toulouse, à Ramonville ou Auzeville, au quartier Rangueil, …). Il n’était pas rare de s’y retrouver à deux groupes de jurés de thèse dans des disciplines différentes, notamment en période de « pic » de soutenances (les quinze derniers jours de décembre par exemple).

  • La Bibliothèque Universitaire (de Sciences)

Ici, je dois commencer par un aveu : je suis ce qu’on appelle un « rat de bibliothèques » ; j’aime bien les livres, les revues, passer du temps à les lire ou simplement les consulter. C’est ainsi que les bibliothèques d’un campus universitaire (ou autre) prennent une place particulière dans mon appréciation d’un lieu.

Comme je l’ai déjà signalé plus haut, la B. U. s’impose à la vue dès qu’on arrive sur le campus de Rangueil par la Route de Narbonne. C’est d’abord au rez-de-chaussée de cet imposant bâtiment à la couleur bleutée que des générations d’étudiants ou d’enseignants sont passés consulter des livres ou revues, en emprunter, ou simplement y travailler. Sa conception de la grande salle de lecture était similaire à celles d’autres bibliothèques d’autres grandes universités, pas toujours commodes pour des discussions de travail ; un rappel au silence intervenait régulièrement. Les étages étaient dédiés au stockage d’ouvrages. A une époque où on nous laissait y monter, il m’est arrivé, avec d’autres collègues, d’aller consulter des revues très anciennes de mathématiques, et même d’aller charger des collections pour rapatriement à la bibliothèque de Math-Méca de l’UFR MIG. Le personnel du rez-de-chaussée était bien sûr averti de notre incursion dans ces étages puisque c’était lui qui en donnait l’autorisation. Je dis cela car il ne ferait pas bon rester coincé dans ces lieux, près de l’ascenseur, l’atmosphère pouvait y être anxiogène pour des claustrophobes.

L’érection de la nouvelle B. U. est pour moi la deuxième grande « révolution » sur le campus sur une période de plusieurs dizaines d’années (je crois qu’elle fut inaugurée vers 2008). On parlera de cette B. U., elle sera encore utilisée, dans vingt ans, quarante ans… Cet imposant bâtiment, plus « horizontal » que son prédécesseur, est conçu de manière moderne : lumineux avec de grandes fenêtres donnant vers l’extérieur (nord), confortable avec des petites salles de discussion-travail pour des groupes d’étudiants, avec des connexions informatiques dans tous les sens, et enfin de grands espaces pour des expositions. C’est assurément un bel équipement. On ne remarque pas toujours, selon les visiteurs que j’ai interrogés, les figures de scientifiques en filigrane à l’entrée (Paul Sabatier, Marie Curie, Pasteur, etc.), lesquelles sont reproduites sur un panneau à l’entrée à gauche. Enseignant en premier cycle fréquemment, il m’arrivait de conseiller aux étudiants des ouvrages de la B. U. et d’y donner des documents polycopiés de cours que je confectionnais. Ces ouvrages étaient toujours disponibles en plusieurs exemplaires. Quand je demandais aux bibliothécaires s’ils étaient empruntés, la réponse était invariablement : « Disponibles et peu empruntés habituellement, « arrachés » au moment des examens partiels… ». Quand j’y passe, même encore aujourd’hui, j’observe les étudiants et les « points d’accumulation » mus par leurs intérêts : je dois reconnaître que c’est le coin BD avec ses fauteuils confortables, qui arrive en tête… J’exagère un peu.

Il y a d’autres bibliothèques d’intérêt sur le campus, j’en parlerai plus loin.

Vue nord de la nouvelle B. U. en 2021 ; en fond (bâtiment bleu), l’ancienne B. U. Sur la gauche, le laboratoire CIRIMAT, tout près du Bâtiment de recherches 2R de Chimie
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Entrée de la nouvelle B. U. (vue est) en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Façade ouest du bâtiment administratif central, en allant de l’UPSIDUM vers le « groupe Mathématiques ».
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

En s’éloignant de la B. U. vers l’Avenue de Rangueil : des sculptures qui passent inaperçues. (Celle-ci, au titre de Fontaine, comme l’ensemble et la fresque suivantes, fait partie de la contribution dévolue à l’art dans les constructions publiques (le fameux « 1% artistique »). 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

La B. U. Sciences et l’UPSIDUM en 2021, vue ouest à partir du kiosque-corolle. ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
L’amphithéâtre extérieur Le Fil d’Ariane, en béton gris, à l’ouest de l’UPSIDUM. De forme elliptique et divisé en deux. A gauche, une sculpture de Philolaos. Au fond le Tripode A. 2021
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Point de vue sur la ziggourat, au bord de l’aile nord du Cours des sciences. en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

L’ensemble des réalisations relevant du « 1% artistique », inaugurées vers 1974, est présenté de manière plus détaillée dans le fascicule « Le 1% artistique et le chantier de l’université Paul Sabatier », réalisé à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine de 2014. Il peut être trouvé et téléchargé sur le net.

Fresque murale en faïence à l’entrée de la Maison de la Recherche et de la Valorisation (celle dernière inaugurée en 2013). Vue par le nord du campus. en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty


4. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (3) : LE « GROUPE MATHÉMATIQUES »


Plan du campus de l’université Paul Sabatier en 2021

23 : Bât. 1R3 (siège de l’Institut de Mathématiques) ; 90 et 95 : Bât. 1R1 et 1R2 (mathématiques) ; 105 : 1CN (Centre de calcul, Bât. Durand); 132 : 1TP1 (Salles B) ;

140 : 3TP2 (amphis Einstein, Maxwell)

     174 : Bât. 1A (mathématiques) ; 120 : IRIT ;

     217 : Bât. Laplace ; 272 : Bât. E4 ; 

     290 : Bât. MRL (Y. de Ferré) ;   272 : Bât. E4 ;

     332 : Maison du personnel et des Etudiants ;

      325 et 326 : Bât. U4 et U3.

Le « groupe (ou quartier) Mathématiques » est le premier des « groupes scientifiques » érigés sur le campus, celui que l’on aperçoit en premier, sur la droite à peu de distance de la sortie du métro. Il comporte les bâtiments 1R1, 1R2, plus tard le 1R3, les bâtiments A, TP1, le bâtiment 1CN Centre de Calcul[15]. De manière générale, pour la suite, le sigle R est pour les bâtiments de recherche, TP pour les bâtiments de TD ou TP, A pour le bâtiment des amphithéâtres.  Toutes ces fonctions ont été, bien évidemment, copieusement mélangées au cours du temps. Chaque bâtiment de type A comporte la même distribution : un corps double avec un couloir. Le sous-sol est différent en fonction de la typographie du terrain. Les Bâtiments TP sont en rez-de-chaussée, souvent longs. Les bâtiments d’un même « groupe » sont reliés par des passerelles abritées.

Voici une courte visite mémorielle guidée des bâtiments du « groupe Mathématiques ».

  • La première chose que l’on aperçoit, ou peut-être que l’on ne note pas du tout, est ce bloc de pierre posé sur l’espace vert (voir photo ci-dessous) ; il fait partie de l’ensemble des œuvres culturelles dispersées sur le campus et que j’ai déjà évoquées plus haut et que j’évoquerai à nouveau plus loin.
Un roc posé là, tout seul, entre la voie Cours des sciences et les Bâtiments 1R de mathématiques en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

  • J’ai toujours connu les bâtiments 1R1 et 1R2 (puis le 1R3 à partir de 2001) comme les lieux de vie des mathématiciens de l’université Paul Sabatier. Ils n’étaient pas les seuls occupants : les collègues de Mécanique (au 1R2), de Gestion, d’Informatique (au 1R2 avant leur départ vers les nouveaux locaux de l’IRIT ; présents encore aujourd’hui dans certains étages du 1R1).

Les accès (portes) aux bâtiments 1R1 et 1R2 sont restés inchangés pendant quarante ans : ce sont des portes uniques, d’une isolation thermique très imparfaite ; je constate que peu d’autres bâtiments du même type sur le campus ont gardé les portes d’accès telles qu’elles étaient à l’origine : elles ont été soit doublées soit refaites pour une meilleure isolation.

Bâtiment 1R2. C’est là où j’ai eu mon bureau pendant vingt ans, dix ans dans l’aile nord du premier étage, dix ans dans l’aile sud du même étage (à la suite du départ des informaticiens de cet étage[16]). C’est ce dernier lieu qui avait ma préférence : près de l’escalier à la confluence des deux étages, près du lieu de passage du rez-de-chaussée entre les deux bâtiments 1R1 et 1R2. Actuellement c’est le bureau n° 119. Je l’ai quitté lorsqu’il a fallu déménager vers le nouveau bâtiment en septembre 2001. C’est aussi une période où la tension sur les bureaux se faisait sentir fortement ; nous avons donc toujours été à deux personnes dans ce bureau de l’aile sud (un collègue Maître de Conférences, ou un étudiant en doctorat, ou autre), malgré des occupations de mon côté qui demandaient parfois une certaine confidentialité (directeur de laboratoire, responsable d’études doctorales).

C’est ce bâtiment 1R2 qui accueille les locaux de l’IREM (devenu l’IRES depuis), la bibliothèque de Math-Méca, les services administratifs de l’UER (puis UFR) MIG avant la constitution de la Faculté des Sciences et Ingénierie en 2011, et quelques autres salles à usage collectif. Parmi ces derniers :

  • Il y avait bien, au début, un local photocopie au rez-de-chaussée (avec le dévoué M. Laffont), lequel service passa au sous-sol ensuite.
  • La salle des « pots de thèse » ou « pots de départ à la retraite » au sous-sol ; un peu exigüe pour ce genre de manifestations.
  • Des salles de séminaire (notamment au deuxième étage) qui, progressivement, ont été transformées en bureaux.

L’IREM. Quand je suis arrivé, et pendant des années, ses locaux étaient au 1er étage du Bâtiment 1R2, au même niveau que mon bureau. Ils y disposaient d’une bibliothèque spécifique, utile pour ceux qui s’intéressent à l’enseignement et à l’articulation secondaire-supérieur. C’était aussi le lieu où j’ai vu, pour la première fois dans un établissement universitaire, un micro-ordinateur portable, un Apple II (imaginez ! 4ko de mémoire vive, un écran grand comme une carte postale). Vite après ce sera au tour d’Apple Macintosh, très apprécié des collègues et des secrétaires. N’oublions pas qu’en 1981-1983 il n’y a encore aucun ordinateur dans les bureaux ! Une génération a suffi pour complètement changer notre manière de travailler et de communiquer.

Par la suite, l’IREM déménagera à l’aile sud du rez-de-chaussée du bâtiment, avant de devenir l’IRES. Les anciens bureaux de l’IREM au 1er étage furent convertis en salles de séminaire, et des appellations originales leur furent données : Emile Picard et Jean Cavaillès.

La bibliothèque de Math-Méca. C’est assurément un des joyaux de ce bâtiment… Il faut savoir qu’une bibliothèque est, et reste encore, un outil de travail important pour les mathématiciens (et mécaniciens dans le cas présent). J’ai vu au cours des années des aménagements « physiques » importants, des personnels arrivés en renfort, des réorganisations dans les rayonnages, de nouveaux systèmes de prêt… Mais il reste un endroit où j’aime aller, le seul endroit où je puis consulter telle ou telle revue, emprunter tel bouquin spécifique. Je sais bien – et je l’observe – que ce n’est pas le cas de tous mes collègues : l’accès à l’information est désormais, et de plus en plus, « à distance ». Les étudiants agrégatifs ont leur salle de travail, dénommée « Espace Enseignement », qu’ils affectionnent semble-t-il. A côté de celle-ci, la salle « Espace Recherche » où se trouvent une étagère dédiée aux livres de culture scientifique et des étagères regroupant les handbooks de mathématiques.

Rester longtemps sans passer dans cette bibliothèque (couplée dans son fonctionnement avec celui de la B. U.) est impossible pour moi ; consulter (to browse disent nos collègues anglophones) les nouveaux livrés achetés, toucher et humer les anciens, voir les dernières parutions de la Revue de Maths Spéciales (devenue Revue de la filière mathématique, RMS), de Quadrature, de Math Intellligencer, etc. … sont l’objet de mes visites à cette bibliothèque.

Autres bibliothèques du Bâtiment 1R1. Quand je suis arrivé, outre la bibliothèque de l’IREM évoquée au-dessus, il y avait deux autres bibliothèques, situées elles au Bâtiment 1R1. Elles ont été « fondues » avec celles de Math-Méca, en plusieurs étapes toutefois (physiques et temporelles). La 1ère, dont le nom était « Bibliothèque du CICT », je crois bien, était celui des mathématiciens du département d’informatique (ceux de l’ENSEEIHT plus spécifiquement). Quand elle fut appelée à disparaître, avec la création de l’IRIT1 et de sa bibliothèque, trois d’entre nous (Christian Hartmann pour la Mécanique, Guy Terjanian et moi-même pour les Mathématiques) fûmes conviés à faire le tri : recueillir des livres pour la bibliothèque de Math-Méca, en donner d’autres à la B. U, ; enfin se débarrasser de quelques-uns (le fameux « désherbage » auquel s’adonnent les bibliothécaires à intervalles réguliers). Nous y passâmes quelques heures.

L’autre bibliothèque, dite de Statistique et Probabilités était située à l’étage au-dessus. Comme l’indiquait son nom, elle était un peu plus spécialisée en Statistique et Probabilités, mais pas exclusivement dédiée à ces disciplines. Elle rejoindra la bibliothèque de Math-Méca lorsque celle-ci atteignit le niveau de personnel et l’équipement nécessaires à son fonctionnement.

Deux remarques pour terminer cette rubrique. D’abord, les livres pèsent lourds… Il y a eu bien des rayonnages, et même des planchers entre étages, qui ont eu à souffrir de ces poids. Ensuite, une bibliothèque coûte cher… Je me souviens de diatribes au Conseil Scientifique de l’UER (puis UFR) MIG lorsqu’il fallait dégager de financements pour les bibliothèques… Nos collègues informaticiens ne comprenaient pas toujours leur bien-fondé. Une anecdote pour terminer. Lors du vraiment premier conseil scientifique de l’UFR MIG auquel j’ai eu à participer en octobre 1981, j’osais exprimer une demande de financement pour acheter des livres à la bibliothèque de Math-Méca, demande que pouvait justifier l’arrivée de nouveaux professeurs… La réponse de R. Thibault, président dudit Conseil Scientifique, fut rapide et simple : « Nous sommes en octobre, et il n’y a plus un sou… ne serait-ce que pour acheter un crayon (sic). »

La mythique Salle 26 (devenue Salle 15 à la suite de travaux) de l’aile sud au rez-de-chaussée. Cette salle fut souvent utilisée pour les réunions d’Unités de Recherche, de Laboratoires, et aussi pour des « commissions de spécialistes » (ou autres appellations, en fait des réunions de recrutements d’enseignants-chercheurs). Ah ! si ses murs pouvaient parler et raconter toutes ces réunions, parfois houleuses, souvent tendues, entrecoupées de pauses pour laisser place à de la « diplomatie de couloirs » … Pour chaque recrutement auquel j’ai participé comme membre d’une commission de spécialistes, je pourrais à coup sûr désigner la salle où la réunion s’est tenue (cette salle 26, la salle UFR-MIG du 1TP1, la salle du conseil du bâtiment administratif central, telle salle d’un IUT (avenue de Rangueil ou Route de Narbonne), etc.). Il m’arrive de dire, sous forme de boutade bien sûr, qu’à chaque départ à la retraite d’un enseignant-chercheur, il faudrait pouvoir lui offrir l’enregistrement (audio et vidéo) sur une clé USB de la réunion de la commission qui l’a recruté… Ce que j’ai vu et entendu n’est pas toujours à l’honneur de l’homo universitarius. Fort heureusement, les tensions s’apaisent ensuite, de manière générale, et les nouveaux recrutés sont bien accueillis.

Au rez-de-chaussée de ce bâtiment furent pendant longtemps les secrétariats de divers laboratoires de recherche (Analyse numérique, Analyse sur les variétés, Mécanique, …) et même des secrétariats pédagogiques de 1er cycle.

Dans mon bureau de l’aile sud du Bâtiment 1R2. En compagnie de mon étudiant en doctorat chinois Dongyi Ye (en 1989). Le portrait de Fermat, établi pour un colloque en Mai 1985, a figuré dans mon bureau pendant 30 ans. Photo par Dongyi Ye (Université de Fuzhou). ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Avec Jean-Pierre Dedieu (1949-2012), à l’entrée du mythique Bâtiment 1R2. J.-P. Dedieu et moi étions les principaux artisans des relations avec l’Institut Glushkov de Kiev. Photo par Tamara Bardadym (Kiev), 1995.

Bâtiment 1R1. C’est dans ce bâtiment que les Statisticiens et Probabilistes avaient leurs bureaux, du moins traditionnellement avant les « mélanges » des dernières années. Les informaticiens y ont toujours gardé des bureaux même après la construction de l’IRIT1 et de l’IRIT2.  C’est aussi au dernier étage de ce bâtiment que, pendant des années et des années, se trouvait le bureau des Etudes Doctorales de Mathématiques Appliquées ; ce n’est pas sans nostalgie et émotion que je pense à ces années passées à travailler avec la secrétaire Mme Odette Landrevie. Bien plus tard, lorsque les Ecoles Doctorales de Mathématiques (Pures et Appliquées) et d’Informatique ont été réorganisées en l’EDMITT, c’est encore au rez-de chaussée de ce bâtiment que s’y logèrent leurs bureaux. Ils y sont toujours.

Les bâtiments 1R2 et 1R1 ont subi de longs travaux de réfection, lesquels ont bien pénalisé les collègues pendant des mois et des mois. La fonctionnalité des nouveaux bureaux et couloirs n’empêche pas de regretter les parures et portes de placards en bois verni, les plaques en cuivre, de l’époque précédente.

En continuation du bâtiment 1R1 est le bâtiment dénommé 1CN sur les plans, appelé longtemps bâtiment du CICT. Celui-ci n’a pas d’étage. Ce fut, et c’est encore, un centre de calcul, là où les enseignants-chercheurs allaient récupérer les résultats de leurs calculs (à l’époque des listings en papier), y encadrer des TP d’étudiants, ou encore pour des formations (aux nouveaux logiciels, langages informatiques, …). Cet édifice fut dénommé E. Durand lors de la salve de dénominations 2000-2003[17], la plaque existe encore apposée à l’entrée est ; reconnaissons que personne ou presque n’utilise cette appellation…

Pour aller du rez-de-chaussée du 1R1 au CICT on passe devant un distributeur de boissons (café, canettes de breuvages divers), lieu de rendez-vous réguliers, pendant des années, des collègues des deux bâtiments 1R1 et 1R2 : discussions, échanges d’informations, de rumeurs… comme devant toutes les machines à café. J’ai pu observer, tout au long de ma carrière, tous ces lieux « machines à café », placés près d’une arrivée d’eau dans plusieurs bâtiments, de recherche comme d’enseignements, utilisés par tous les usagers. J’appelais ces lieux des « abreuvoirs » en pensant aux bêtes de nos Pyrénées qui se retrouvent de temps en temps autour de ces points pour satisfaire leur soif. Depuis quelques années, aussi bien dans le Bâtiment 1R2 que le Bâtiment 1R1, des « salles de convivialité » ont été créées pour devenir des lieux de retrouvailles et de contacts pour les usagers de ces bâtiments. Seule une salle du rez-de-chaussée du Bâtiment 1R3, sur laquelle je reviendrai, joue encore ce rôle « d’abreuvoir » d’enseignants comme d’étudiants.

Le rez-de-chaussée du 1R1, couloir sud, est actuellement occupé par le Pôle des Services Numériques. Pour aller au distributeur de boissons évoqué plus haut, on peut passer par le sous-sol. Ce sous-sol qui comporte aussi des salles d’enseignement (mais qui n’existaient pas il y a trente ans). Leur numérotation crée parfois des confusions : par exemple, la Salle 015 qui s’y trouve n’a rien à voir avec la Salle 15 du rez-de-chaussée du Bâtiment 1R2.

Bâtiment 1R3. C’est le plus récent dans l’ensemble « groupe Mathématiques », il se voit dès qu’on quitte la sortie du métro et qu’on avance dans la grande allée en légère pente vers le grand bâtiment administratif. C’est là que se trouvent : les bureaux de l’Institut de Mathématiques de Toulouse (IMT), du LabEx CIMI (Centre International de Mathématiques et d’Informatique (de Toulouse)) ; des salles de séminaire (Salle K. Johnson au 1er étage, amphithéâtre L. Schwartz au rez-de chaussée) ; un hall de réception pour les « pots de thèse », « pots de départ à la retraite », rassemblements au moment des vœux de début d’année, etc. Il y a aussi, évoquée plus haut, cette salle de rez-de-chaussée qui fut longtemps salle de séminaire ou de réunion, dénommée Salle Sophie Germain en 2003, et qui depuis quelques années a perdu cette fonction pour devenir « salle à café ». Elle est très prisée des étudiants, et le fait qu’elle soit annoncée « réservée aux enseignants-chercheurs » et que sa porte soit munie d’un code à composer, ne les a pas arrêtés.

Un équipement important du bâtiment : la présence de douches. C’était une demande sur laquelle insistaient les collègues lors des réunions avant la conception du nouveau bâtiment. Utilisées par des collègues arrivant directement de l’aéroport après un long voyage, ou bien par les collègues coureurs à pied.

Lorsque fut discutée la question de la décoration du rez-de-chaussée, en plus des panneaux d’annonces scientifiques régulièrement mis à jour bien sûr, j’avais suggéré (et je m’étais occupé de) de faire apposer des cartes IGN en relief des Pyrénées, de la région, etc. Je constate à l’usage, qu’ils sont souvent consultés.

C’est dans ce bâtiment que j’ai eu un bureau pendant quatorze ans (de 2001 à 2015), le n° 205, que j’ai une fraction de bureau depuis six ans que je suis professeur émérite, bref « c’est là que je finirai ma vie, comme d’autres gars l’ont finie », pour paraphraser le chant Le Pénitencier de Johnny Halliday.

Une historiette-souvenir avant de quitter ce bâtiment. Il fut investi, c’est-à-dire, nous y avons déménagé, en une seule journée ; les choses avaient été soigneusement et logistiquement préparées à l’avance. Mais ce jour est resté très particulier dans l’Histoire : c’était le 11 septembre 2001 ![18] Il y a vingt ans donc. Personnellement, j’ai appris la nouvelle de l’attaque et de l’effondrement des deux tours du World Trade Center en écoutant la radio dans la voiture en rentrant chez moi. Quelques jours plus tard, le 21 septembre 2001, se produisit l’explosion de l’usine AZF (à Toulouse) avec les morts et les dégâts que l’on sait. Je n’étais pas à mon bureau lors de l’explosion. Quand je suis retourné à mon bureau le lendemain, un peu de poussière figurait sur la table de travail et un panneau de plafond avait été déplacé ; mais aucune vitre n’avait explosé… Bref, les ingénieurs concepteurs du bâtiment avaient (sûrement) intégré la résistance à de violents souffles d’explosion comme il y en eut ce jour-là. Plus à l’intérieur dans le campus, au rez-de-chaussée du Bâtiment A par exemple, les grandes vitres avaient volé en éclats, et c’étaient bien des grands éclats et non des petits bris de glace.

L’historiette-souvenir concerne la venue d’un collègue américain d’origine canadienne, Andy Conn (d’IBM Yorktown, NY), qui devait nous rendre visite à cette époque-là. Bloqué à New-York en raison de l’attentat du 11 septembre, il ne put prendre un avion pour la France que quelques jours plus tard. Le 21 septembre, au moment de l’explosion d’AZF, il se trouvait sur la rocade venant de l’aéroport au campus de Rangueil… Il nous a raconté cet épisode angoissant : « Que se passe-t-il ? la même chose qu’à New-York ? » … Il sommait toutes les personnes arrêtées sur la rocade : « Get out ! Get out ! Partez ! Partez !»

Vers les années 2010, alors que je travaillais sur ce sujet mathématique[19], j’avais imaginé qu’un sphéroforme puisse être placé, comme élément culturel, sur la pelouse entre les trois Bâtiments 1R. Un sphéroforme est un solide « d’épaisseur constante », c’est-à-dire que l’écart entre deux plans parallèles (quelconques) qui le coinceraient entre eux est toujours le même (appelé un peu abusivement « le diamètre d »). L’exemple le plus simple en est une boule sphérique, mais il y en a bien d’autres. L’un d’entre eux, le sphéroforme du mathématicien suisse Ernst Meissner (1883-1930), est celui qu’on conjecture être de volume minimal, à diamètre d donné bien sûr. Ainsi, les analystes au 1er étage du Bâtiment 1R2, les probabilistes-statisticiens au 2ème étage du Bâtiment 1R1, les numériciens des étages du Bâtiment 1R3, verraient ce solide avec la même épaisseur… De plus, l’ombre au sol, variant suivant les heures de la journée, serait un orbiforme (terminologie de L. Euler), c’est-à-dire un ensemble convexe du plan ayant la propriété d’être « de largeur constante » (une multitude de possibilités, entre le triangle de l’ingénieur Franz Reuleaux (1829-1905) et le disque). Le solide posé entre le Bâtiment 1R3 et le Cours des sciences dès l’origine du campus (voir photo plus haut), joue un peu ce rôle, mais ce n’est pas un sphéroforme…

. En 2021, entre les Bâtiments 1R, là où un sphéroforme pourrait trouver sa place.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Sphéroforme de Meissner.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Le Bâtiment 1TP1. Il est un peu à part des autres bâtiments, entre les Bâtiments 1R et le Bâtiment 1A (celui des amphithéâtres de mathématiques ; voir plus bas). Je pensais qu’il serait détruit avec la construction du nouveau Bâtiment MRL (« Maison de la Réussite en Licence »), mais il est toujours là… Ses pièces assurent plusieurs fonctions : secrétariats pédagogiques, salles de cours ou TD.

Il y a encore une Salle B MIG, alors que l’UFR MIG n’existe plus depuis dix ans. Ce fut une salle de séminaires pendant des années, de cours ou TD encore aujourd’hui. J’y ai connu des réunions épiques, de commissions de recrutement entre autres.

La grande Salle B19 contigüe à la B MIG a été occupée de plusieurs manières : salle de cours ou TD, local réservé aux étudiants. Dans cette dernière fonction, pendant des années, j’ai vu des pires choses : salle non entretenue, réunions de beuveries, … Un matin de bonne heure, arrivant pour faire cours dans l’une des Salles B à côté, j’entends une musique à fond, des étudiants endormis sur des fauteuils sortis sur la pelouse, des bouteilles vides jonchant le sol, … Pas moyen de faire baisser le son, les endormis sont ivres-morts. J’en avertis les services techniques… qui ne réagissent pas. Je menace les services de la présidence de convoquer la presse sur place… Les choses bougent et le lieu est remis en état, jusqu’à la prochaine fois. Un bâtiment coloré, à la sortie du campus après les Salles S, abrite depuis des années diverses associations d’étudiants dont Chez Paul’Et. Il y a néanmoins le projet que la Salle B19 et une avec laquelle elle communique (Salle B22) devienne une Epicerie Sociale et Solidaire pour étudiants (date envisagée : fin 2021 ; les travaux sont en cours).

Les Salles B ne m’ont pas laissé que de bons souvenirs. D’abord leur dénomination : chaotique, B8 côtoyant B8 Bis, lequel jouxte B17, le B22 de l’autre côté…, résultat d’affectations différentes de ces salles au cours du temps. Lorsque j’étais directeur du Département de Mathématiques, j’avais fait confectionner une nouvelle série de plots blancs à apposer de manière bien visible au-dessus des portes d’entrée, en remplacement des existants, avec une progression logique des numéros, B1 à B24, de manière qu’on s’y repère facilement… On me répondit que « ce n’était pas possible, les anciens numéros figurant dans les registres de ceux qui ont pour vocation d’intervenir sur place (secours, pompiers) ». Ces plots existent toujours, ils sont quelque part dans un tiroir du secrétariat du Département de Mathématiques.

Les tableaux des salles B8, B17, B18… méritent qu’on raconte leur histoire. Je fais cours ou TD dans ces salles ; les tableaux sont usés par des années et des années d’utilisation, ils sont luisants, la craie crisse et ne prend pas bien dessus… Enervant pour un enseignant qui aime bien que le tableau soit propre, que la craie glisse bien, que la brosse efface facilement et correctement… Comme directeur du Département de Mathématiques, je décide de faire changer ces tableaux, d’en faire mettre des neufs, dont j’avais un exemple avec les tableaux coulissants du nouvel amphithéâtre Schwartz (Bâtiment 1R3) qui venait d’être équipé. Je passe commande, sans suivre vraiment les canaux officiels, bien que je ne fusse pas sûr d’avoir le financement (nous sommes en automne). Les tableaux doivent arriver en camion de l’est de la France. Ils sont annoncés pour le 27 décembre, je m’en souviens bien, c’est le jour de mon anniversaire. Il fait un froid de canard, le campus est désert, je dispose néanmoins des clés des salles et de l’accord des services de sécurité à l’entrée du campus Route de Narbonne. Les tableaux sont posés dans la journée, les poseurs sont étonnés (ils me le disent en catimini) de l’état des anciens tableaux et de leurs supports aux murs. A la rentrée de janvier, le directeur de l’UFR MIG n’est pas très content, il n’a pas signé les bons de commande pour ces tableaux, et il faut trouver l’argent pour les payer… Cela ne m’inquiétait pas outre mesure, je savais qu’on trouverait l’argent pour cela, avec des taxes d’apprentissage non encore récupérées ou autres sources annexes. C’est ce qui fut fait, rapidement même. Bref, ces tableaux sont toujours en place, espérons qu’on n’attende pas qu’ils soient complètement élimés à nouveau pour les changer. Bien sûr, il y a maintenant des équipements de rétroprojection sur place (et non à transporter par les enseignants, comme je l’ai vu faire pendant des années et des années). Tout cela pour dire qu’il est important qu’un enseignant trouve, en arrivant dans le lieu où il doit enseigner, des locaux en bon état et du matériel adéquat.

Une autre anecdote concernant la Salle B8. En entrant dans cette salle, et en levant les yeux, on note la présence d’une plaque Salle René Gouyon. Personne n’y fait attention, personne n’utilise cette appellation… Dans les années 2000, au moment où de nouvelles appellations étaient proposées pour des salles et amphithéâtres du campus, j’avais suggéré que cette appellation R. Gouyon soit remise en état, actualisée avec une vignette biographique, d’autant que je savais le rôle joué par ce mathématicien-mécanicien, et que cette dénomination avait été proposée par des collègues de la génération précédente. Je m’adresse donc à Mlle Luce Gouyon, fille de R. Gouyon, elle-même mathématicienne de l’université Paul Sabatier à la retraite. Je reçois en retour une lettre incendiaire…, que j’ai conservée dans mes archives. En accord avec les services de la Présidence (Jean-François Sautereau (président), Martine Soudères (secrétaire générale)), nous décidons que nous toucherons à rien.

Les étudiants qui revisitent le campus bien des années après y avoir étudié disent, parfois même l’écrivent[20], qu’ils gardent le souvenir de ces Salles B mal isolées thermiquement, difficiles à chauffer, … obligés qu’ils étaient de garder leurs anoraks en cours ou TD.

Vue est des salles B du Bâtiment 1TP1 en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Détruire tout ce bâtiment 1TP1, maintenant qu’il y a le Bâtiment MRL-Y. de Ferré permettrait d’avoir une belle esplanade entre le Bâtiment 1R2 et le Bâtiment 1A, d’autant que c’est là que passe la Promenade Etudiante. Mais, comme je l’ai dit au début de ce paragraphe, ce n’est pas ce qui est prévu.

Promenade Etudiante, entre le Bâtiment 1A et le Bâtiment 1TP1 des Salles B. Vue du nord vers le sud en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Bâtiment 1A. Avec ce bâtiment, c’est le dernier élément du « groupe Mathématiques » que nous visitons. Il est imposant, avec 4 niveaux et 2 étages. Historiquement, les deux premiers amphithéâtres à porter des noms de mathématiciens, ceux de P. Fermat et Th. Stieltjès, furent placés dans ce bâtiment. C’est un des premiers bâtiments érigés vers les années 1965, lorsque le campus de Rangueil commença à être aménagé. J’en parle un peu plus en détail dans le document [3].

Le rezde-chaussée a été occupé, ou est encore occupé, par divers services (le SCUIO avant son déménagement au Bâtiment E4, la Division de la Vie Etudiante (qui a migré depuis), les services de la comptabilité (toujours là, occupant également le niveau 0 et -1 (rez-de-jardin)), le service s’occupant des sportifs de haut niveau (FFSU), … Des petites salles de TD, fort agréables je dois dire car bien isolées, occupent une partie du 1er étage, sous les deux amphithéâtres, les Salles A13, …, A17 ; elles convenaient bien à des TD ou à des cours à effectifs réduits (en Master 1 par exemple). Au rez-de-chaussée, les Salles A7 et A8 ont disparu pour faire place à des services administratifs (Agence comptable, Service des sports) ; celles-ci étaient aussi difficiles à chauffer que les salles B du bâtiment à côté.

Les deux éléments les plus imposants restent l’amphi Fermat et l’amphi Stieltjès, qui se font face. Ah ! Il y en a eu des enseignements de mathématiques (et autres) dans ces amphis, de multiples examens s’y sont déroulés, des milliers d’étudiants y sont passés… Je les ai connus régulièrement dégradés par les étudiants, régulièrement repeints ou remis en état par les services de l’université… L’état actuel laisse espérer une amélioration durable, laquelle passe par un respect accru de la part des usagers de ces amphis.

Forcément, plusieurs anecdotes restent associées à ces amphis dans mes souvenirs. En voici quelques-unes.

De grands volets (en fait des brise-lames métalliques) peuvent couvrir les ouvertures sur une moitié vers l’extérieur, ils sont commandés par des boutons sur les pupitres du bureau près des tableaux au bas des amphis. Ils permettent une occultation totale, mais il est difficile de satisfaire tout le monde : tel étudiant qui, lors d’un examen, veut de la lumière ; telle étudiante qui se dit gênée par le soleil… Les étudiants en cours sont suffisamment ingénieux pour trouver comment commander à distance l’ouverture et la fermeture des volets… J’en ai été témoin (et victime) à quelques reprises, mais cela n’était pas bien méchant et s’arrêtait vite…

Au cours des années, j’ai vu la modification de certains de ces amphis avec des immenses « trouées » imposées à leurs centres. On nous expliquait bien que des (nouvelles) consignes de sécurité, d’évacuation d’urgence en l’occurrence, imposaient ces travaux… Et avant, les amphis étaient moins en sécurité ? Quoi qu’il en soit, les nouvelles configurations, avec ces immenses trouées d’évacuation face à l’enseignant qui s’adresse à l’auditoire, « tue » quelque peu l’aspect amphithéâtre du lieu.

Quand je suis arrivé sur ces lieux à mes débuts sur le campus, les étudiaient fumaient en amphis… quelques enseignants aussi. Progressivement ce fut interdit, mais les étudiants fumaient entre les cours, à l’extérieur en haut des amphis. J’ai beaucoup lutté contre cela, pas seulement parce que cela me semblait utile pour la santé des étudiants, mais aussi – et, peut-être, surtout – car je voyais l’état de ces entre-amphis où les mégots se disputaient à d’autres restes, le personnel de service s’échinant à nettoyer le tout…, de manière répétitive, comme un tonneau des Danaïdes dans la mythologie grecque. Et puis un jour, s’annonce la loi (effective au 1er février 2007) interdisant de fumer dans les lieux publics. Je dois avouer humblement ici que je n’ai pas cru, mais alors pas du tout, que les étudiants s’y plieraient. Eh bien, oui, à mon grand étonnement, presque immédiatement après la mise en place de la loi, les étudiants s’y sont pliés… Il restait quelques « foyers » de résistance près des distributeurs de café, chez les collègues enseignants aussi je dois dire. Des années après, personne n’imaginerait aujourd’hui un étudiant ou un enseignant fumer dans un amphi, dans une bibliothèque, dans une réunion… Cela existe encore dans des universités de certains pays étrangers n’ayant pas adopté cette loi contre le tabagisme.

La sonorisation… Ah ! La sonorisation des amphis… En 35 ans d’enseignement dans ces amphis (je parle de pratiquement tous ceux situés sur le campus), je n’ai jamais bénéficié ni vu de sonorisation… C’était d’ailleurs une des premières choses que des extérieurs voulant utiliser ces amphis nous faisaient remarquer. Certes, des collègues étaient là pour dire combien c’était inutile, que « quant à eux, leur voix portait… » (oui, il y a toujours des « grosses gueules », à l’université comme ailleurs). Voyant cela, et même si ma voix porte dans un amphi, je décidai d’équiper, à titre expérimental, l’amphi Fermat. Directeur du Département de Mathématiques, je disposais d’un peu de financement… Ce fut fait. Le bloc d’émission de l’appareillage de sonorisation fut scellé dessous le pupitre de cours, car nous savions que, sinon, l’appareil serait vandalisé et volé dans les huit jours suivant l’installation… Des baffles furent placés sur les deux murs de chaque côté. Des services techniques de l’université me reprochent cette initiative, il y a des contraintes de sécurité-incendie à respecter (lesquelles ?). Quoi qu’il en soit, cela n’a jamais bien fonctionné, de manière routinière je dirais. Quelques années plus tard, l’amphi Fermat fut complètement refait… Je m’enquis de ce qu’était devenu l’appareillage de sonorisation… « Evacué avec les gravats » fut la réponse que je reçus.

Pourtant, ayant enseigné dans d’autres universités ou écoles d’ingénieurs, je ne puis imaginer qu’on ne puisse proposer à des intervenants dans ces amphis une sonorisation correcte et confortable. De nets progrès ont été opérés, toutefois, pour ce qui concerne la vidéo-projection.

Ceci termine la visite du « groupe Mathématiques », plus longue que les autres puisque j’y ai passé plus de temps. Cela dit, je reviendrai à propos d’autres « groupes » (Physique, Chimie, Sciences Naturelles) sur des propriétés et caractéristiques qui leur sont communes.


5. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (4) : LE « GROUPE CHIMIE », LES SALLES S

Au-delà de la B. U., en direction du Canal du Midi, voici le « groupe Chimie » composé de bâtiments A, R, TP comme les autres groupes.

Le Bâtiment 2A est disposé dans une direction perpendiculaire à celle adoptée pour les bâtiments de mathématiques ou de physique. Il comporte, comme tous les autres de ce type sur le campus, un toit-terrasse. C’est une question que je me suis souvent posée : puisqu’il y a partout des toits-terrasses, pourquoi ne pas les utiliser pour y placer des panneaux photovoltaïques ? Comme pour l’acoustique, nous avons, à l’université Paul Sabatier, suffisamment de spécialistes d’énergétique pour conseiller au mieux… L’étanchéité de ces toits-terrasses a fait l’objet d’une attention régulière. Plus loin dans le campus, dans le secteur « Sciences Naturelles », il y a bien un parc auto avec des toits couverts de panneaux photovoltaïques.

Le Bâtiment 2R, de recherche en Chimie, était dévolu à l’origine à la chimie organique, alors que la chimie minérale (ou inorganique) trouverait plutôt sa place avec le LCC (Laboratoire de Chimie de Coordination), de l’autre côté de la Route de Narbonne.  Ce Bâtiment 2R a un aspect différent des autres construits selon le même modèle, il est plus neuf. Et pour cause : ce bâtiment fut en grande partie détruit par un incendie (en mars 1987) ; pendant les travaux de rénovation, les collègues chimistes furent hébergés par petits groupes dans différents endroits du campus (autres laboratoires, bibliothèque universitaire, …). A la même période, un bâtiment d’un centre commercial de Labège fut aussi détruit par un incendie ; il fut rapidement reconstruit. Comme certains collègues chimistes (dont le responsable syndical Yves Madaule) étaient impatients de retrouver leur site et ne voyaient pas les travaux avancer aussi vite qu’ils l’auraient voulu, ils avaient monté, devant le bâtiment incendié, un mur de parpaings pendant la nuit… ; « Si on est capable de reconstruire un centre commercial en quelques mois, on doit pouvoir le faire pour un bâtiment de chimie » fut leur slogan avancé[21].

Serge Attali, nouvellement nommé directeur de l’UFR PCA (Physique-Chimie-Automatique), et donc devant superviser la reconstruction du bâtiment détruit, raconte l’anecdote suivante. En visite auprès du ministre de la Recherche Jacques Valade (dont je reparlerai plus loin) pour lui demander une rallonge financière, celui-ci leur répondit : « On ne va pas remplacer une 2CV par une Mercedes… ».

Le Bâtiment 2R, entièrement réhabilité après l’incendie (seuls les murs extérieurs furent conservés), fut inauguré en 1990, en présence du Ministre Lionel Jospin (Ministre de l’Education Nationale, ayant succédé (pour la partie Recherche) à J. Valade), de Pierre Izard (président du Conseil Général de Haute-Garonne) et du recteur de l’Académie de Toulouse, Mestre.

A l’occasion de la résurgence du bâtiment 2R de Recherche fut négocié la construction d’un nouveau bâtiment connexe, le Module des Hautes Technologies (MHT). Celui-ci fut inauguré plus tard, en septembre 1992.

Inauguration du MHT en septembre 1992. A gauche, L. Jospin (Ministre de l’Education Nationale). A sa gauche, Jean J. Conté, président de l’université Paul Sabatier. A droite, Serge Attali, directeur de l’UFR PCA.
Photo fournie par S. Attali.

Le Bâtiment 2A du « groupe Chimie » comporte deux amphithéâtres : Victor Grignard et Le Chatelier (Henry de son prénom, même si celui-ci n’apparaît nulle part). Sortant d’enseignements dans l’amphi Grignard, il m’est arrivé plusieurs fois de demander aux étudiants qui était V. Grignard. Je le faisais volontairement car je savais que c’était un chimiste qui avait obtenu le Prix Nobel de chimie en même temps que Paul Sabatier (en 1912 donc).

Les premières appellations d’amphithéâtres, celles du temps de leur construction entre 1960 et 1975, étaient « par groupes » : des mathématiciens aux deux amphis du Bâtiment 1A de mathématiques, deux chimistes au Bâtiment 2A de chimie, etc. Je regrette que ces noms ne soient pas accompagnés de courtes vignettes historiques, comme nous le fîmes lors de la vague de nouvelles appellations des années 2000-2003. Les plus belles et informatives plaques d’information sont celles aux entrées des amphithéâtres Fermat et Stieltjès du Bâtiment 1A ; elles résistent malgré les dégradations régulières dont sont coutumiers certains étudiants.

Lors de conférences dans d’autres universités, dans des salles ou amphithéâtres portant des noms, il m’est arrivé de demander à l’auditoire qui était celui dont la salle portait le nom… Presque jamais de réponse, ou de réponse correcte. Cela m’est arrivé encore récemment lors d’un séminaire-colloquium à l’université de Pau.

« Street Art » sur la façade est du Bâtiment 2A du « groupe Chimie » en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Plus à l’est, toujours dans le secteur Chimie, ladite Maison de la Recherche et de la Valorisation (MRV) (voir photo plus haut) occupe les lieux que nous avons connus habités par l’ENSIACET (résultant de la réunion, en 2001, des écoles de chimie ENSIGC (ex-IGC) et ENSCT). Cette formation d’ingénieurs a migré en 2009 vers les nouveaux locaux de l’INP à Labège.

Encore plus en avant vers la sortie du campus, les (fameuses) « Salles S de cours ». Je dis « fameuses » car on en a beaucoup parlé au cours des années. Ce sont en fait des préfabriqués, posés « temporairement » mais qui ont été – et le sont toujours – en service pour pallier le manque de salles de cours ou de TD « en dur ». Le plus difficile pour les services techniques était de les garder en état ; le plus désagréable pour les usagers (étudiants, enseignants) était que les toilettes (par exemple) ne fonctionnaient pas bien. Pourtant, une fois qu’on y était, les enseignements s’y déroulaient de manière satisfaisante ; j’y ai fait des TD pendant plusieurs années. Préfabriqués destinés à disparaître, nous a-t-on dit à maintes reprises.

Ces « Salles S », comme les « Algeco AL 3, 4, … » (rien à voir avec Algèbre Linéaire !) sur le parking est des bâtiments de Physique, qu’on le veuille ou non, donnent une image désastreuse de l’université. Le visiteur, ou l’évaluateur (qui le signale parfois dans son rapport HCRES (ex-AERES)), ne voit d’abord que cet aspect physique extérieur… Les futurs étudiants qui viennent des lycées (beaucoup mieux entretenus que l’université, en général), leurs parents qui les accompagnent lors de « journées portes ouvertes », se demandent où ils atterrissent… Même des sites nationaux comme Campus-France, censés promouvoir l’université française à l’étranger, signalaient qu’il ne fallait pas trop se fier à l’état de vétusté des bâtiments universitaires, mais bien considérer les contenus des formations… Je me suis surpris quelquefois dans ces bâtiments dégradés ou ayant mal vieilli à me faire la réflexion suivante : Voilà, je donne ce cours ici, dont je connais bien le programme, j’en suis même spécialiste… Je considère même que c’est le meilleur cours sur le sujet sur la place toulousaine… Pourtant cette salle ou bâtiment sont dans un état qu’aucun autre établissement concurrent n’accepterait.

Ayant été dans la « Commission Bâtiments » de l’université pendant quelque temps, j’ai bien senti l’insuffisance des financements reçus pour l’entretien et la rénovation des locaux. Un secrétaire général de l’université, R., nous disait : « Il est acquis que pour entretenir dix mètres carrés de bâti il faut N euros… Or nous n’en recevons que M (bien inférieur à N), alors… c’est mission impossible. »

De l’autre côté de l’endroit où sont disposées les « Salles S », à la sortie Avenue de Rangueil, un imposant édifice fait face, c’est la chaufferie centrale (avec ses grandes cheminées) et le STI (Service Technique Immobilier). Le campus est vaste et coûteux à chauffer, vu la répartition très « étalée » de ses bâtiments. Une observation amusante. Quand il neige à Toulouse, ce qui est quand même rare, et que la neige tient quelques jours sur le campus, il est facile de suivre les tuyaux de chauffage enfouis dans le sol…, il suffit de suivre les lignes au sol où la neige a fondu avec la chaleur dégagée des tuyaux.

Ce ne sont pas des endroits où vont les enseignants-chercheurs. Toutefois, au cours des années, j’ai eu à aller au service menuiserie quelques fois, pour des meubles (présentoirs spécifiques de revues par exemple) à faire faire ou bien, et c’est plus intéressant, pour des objets pédagogiques en bois à réaliser (des orbiformes par exemple). J’y ai été toujours bien reçu, et le travail fait par ce service toujours satisfaisant.

Vue sud des « Salles S » en arrivant du secteur Chimie en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Les « Salles S », vues à partir de l’Avenue de Rangueil en 2021.Regard nostalgique avant leur disparition programmée…
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty


6. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (5) : L’IRIT, LE BÂTIMENT E4, LE BÂTIMENT H. BRUNET, LES BÂTIMENTS U1 A U4, LE CAP, LES HALLE DES SPORTS, LE PONT G. BRUNO 

Plan du campus de l’université Paul Sabatier

147 : Chaufferie centrale ; 75 : Salle Le Cap ; 107 : Fronton de pelote basque ; 349 : Halle de sports (Gymnase) ; 543 : Pôle Sports ; 585 : RU Le Canal ; 859 : SGE Espaces verts ; 217 : Bât. Laplace ;325, 326, 490, 341 : Bât. U4 à U1 ; 218 : Bât. 3R2 (Physique) ; 291 : Bât 3A (Physique).

Cette partie a la particularité que tous les bâtiments et constructions qui seront cités ont été érigés depuis 1981… Tout était donc espace vert auparavant, quand je suis arrivé ; c’est dire s’il y avait d’importantes réserves foncières laissées par les concepteurs du campus.

  • Commençons par l’IRIT (Institut de Recherche en Informatique de Toulouse)

J’étais élu au Conseil Scientifique (CS) de l’université lorsque les discussions sur les financements à apporter étaient sur la table (ceux apportés par l’université, je m’entends), Jean-J. Conté était président de l’université. Je me souviens que nous, au CS, avions décidé une année que la totalité des financements disponibles seraient affectés à l’opération IRIT1 (bâtiment qui ne portait pas encore ce nom). Le président Conté nous expliquait que le plan d’architecte était extraordinaire, « par un polytechnicien, de surcroît », une qualification qui semblait l’impressionner. Vient le jour de la pose de la première pierre, je m’en souviens bien (en 1987). Il y a un vent d’autan à décorner un bœuf. Nous, représentants des différents conseils de l’université, sommes là habillés comme pour une cérémonie. Le ministre en exercice, le Doyen Jacques Valade (chimiste, ancien professeur de l’université de Bordeaux) est présent et doit faire un discours. Quelques étudiants gueulards essaient de faire entendre leur voix, ils s’essoufflent vite car personne ne les écoute vraiment. Dans son discours, J. Valade parle du campus qu’il redécouvre, « potentiellement l’un des plus beaux de France » dit-il. Quelques mois (ou plus) plus tard arrive le moment de l’inauguration (en 1988, je crois me souvenir[22]). Sa date est évoquée entre quelques collègues autour du café-abreuvoir du rez-de-chaussée du Bâtiment 1R1 dont j’ai parlé plus haut… Il y a des projets de protestation à organiser, par des étudiants, enseignants ou autres usagers. Un collègue mécanicien, Jacques Mauss, écoute et dit à la ronde : « Je vais en avertir les services du ministre de l’Education Nationale (en charge des universités et de la recherche notamment, Lionel Jospin à l’époque) ». C’est possible qu’il le fit car il était très impliqué dans le Parti Socialiste. Le fait est que l’inauguration fut annulée… et qu’en définitive il n’y a jamais eu d’inauguration de l’IRIT1. Après l’IRIT1, il y eut le bloc IRIT2 accolé au premier ; celui-là fut effectivement inauguré… en catimini (en 2004).

La bibliothèque de l’IRIT, que j’ai connue pendant quelques années, n’existe plus, victime des nouvelles habitudes de travail des collègues informaticiens. Je me souviens que les derniers livres ou revues de cette bibliothèque, après que les informaticiens en aient extrait ce qu’ils voulaient garder, furent vendus « au poids » à des bouquinistes de Montolieu (Aude).

L’IRIT demeure « déconnecté » des Bâtiments R de mathématiques, ces derniers étant reliés entre eux (c’était une volonté architecturale d’origine) par des passages protégés de la pluie.

L’IRIT, vue est, à partir d’un parking de voitures de l’autre côté de l’allée, en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
  • Le Bâtiment spécial E4 (Espace Etudiants Emploi Entreprise)

C’est là que s’installèrent les services du SCUIO après leur déménagement à partir du rez-de-chaussée du Bâtiment 1A. Ce n’est pas l’endroit ici pour parler de l’importance de l’orientation, du conseil, pour les étudiants, à tous niveaux. Je veux simplement évoquer l’inauguration de ce bâtiment, car je dois avouer que ce jour-là, j’ai eu honte, vraiment honte, pour l’université. Le Bâtiment E4 n’ayant pas suffisamment de place pour une cérémonie d’inauguration, celle-ci est organisée dans le bâtiment U4 à côté, à l’amphi appelée Concorde. Le président d’université, Raymond Bastide, est évidemment là, la Rectrice d’Académie Nicole Belloubet et sa chevelure toute ébouriffée aussi ; ils se claquent la bise comme de bons complices. Le président de région Martin Malvy, en tant que financeur important de l’opération, est là et s’apprête à faire un discours. C’est alors qu’un groupe d’étudiants particulièrement excités, accompagnés de chiens, vient perturber, en fait arrêter, les débuts de la cérémonie d’inauguration. « Ils viennent de l’université du Mirail » nous susurre-t-on… Le président Bastide essaie de les calmer, d’établir un dialogue… Rien à faire, les chiens sont même mis en avant par les protestataires. L’inauguration fut interrompue… Nous nous dirigeâmes vers le rez-de-chaussée du E4 où était prévu un cocktail ; les étudiants en question nous y avaient précédés et s’étaient bien ravitaillés… Oui, j’ai eu honte vis-à-vis de tous ces responsables venus de l’extérieur de l’image que l’université dont je faisais partie donnait… Je crois que, depuis, il n’y a jamais eu sur le campus d’inauguration « ouverte » à tout vent. 

Le bâtiment E4.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty.

  • Les 4 Bâtiments U1, U2, U3, U4

Ces 4 bâtiments sont sortis de terre presque simultanément, dans le cadre de l’opération « Universités 2000 » (vers les années 1991-1995). Ce plan d’urgence avait été acté, à Toulouse comme ailleurs, pour faire face à la vague étudiante qui venait du Secondaire à la fin des années 1980. Il faut dire que « ça craquait de partout », les enseignants-chercheurs faisaient grève pour davantage de moyens, les réunions et prises de position écrites se multipliaient, les « délocalisations » étaient à l’ordre du jour[23]. Les bâtiments U1 et U2 ont été bâtis un peu plus à la va-vite, et avec des matériaux de moindre qualité, que les bâtiments U3 et U4. J’ai enseigné dans ces quatre bâtiments.

Bâtiments U1 et U2. Les accès aux U1 et U2 n’étant pas toujours dallés, ce sont souvent des chaussures boueuses d’étudiants qui foulaient les entrées de ces bâtiments. A l’époque où l’accès en voiture des étudiants était possible près de ces bâtiments, certains d’entre eux se garaient au plus près ; réflexion courroucée de collègues : « S’ils pouvaient entrer dans les amphis avec leurs voitures, ils le feraient ! ». Les amphis de ces bâtiments n’en sont pas vraiment, en tout cas ils ne sont pas disposés en pente (l’acception usuelle d’amphithéâtre voudrait que celui-ci comporte des pentes avec des gradins). Les tableaux sont fixes, comme au lycée… Les architectes ont-ils recueilli au préalable les désirs ou souhaits des « utilisateurs » que sont ceux qui doivent y faire cours ? Il y a pourtant de la place pour des tableaux coulissant à la verticale, de manière à laisser écrit, pour les étudiants, ce qu’on vient de présenter… sans se précipiter pour l’effacer.

Noter que le Bâtiment U1 a une forme géométrique particulière, une sorte de triangle raboté aux coins.

Bâtiments U3 et U4. Les amphis et salles de cours sont mieux disposés et de meilleure qualité. J’ajoute que le dernier étage du Bâtiment U4 offre une belle vue sur une partie du campus.

Depuis 2014, des outils de fabrication numérique (imprimantes 3D par exemple) sont à disposition des usagers de l’université dans une salle du rez-de-chaussée du U4.

Bien que ces quatre bâtiments U1 à U4 portent des noms de scientifiques (voir l’historique des dénominations dans [3][24]), ils continuent à être répertoriés par les sigles U plutôt que par leurs appellations. Les appellations des amphithéâtres que ces bâtiments hébergent sont, elles, bien passées dans les usages.

Mais ces bâtiments sont comme tous les bâtiments du campus : ils souffrent du manque d’entretien, faute de financement suffisant pour cela. Bref, pour l’université, on trouve des financements pour des constructions nouvelles (parfois imposantes et coûteuses), mais les budgets d’entretien ne suivent pas.

Par extension, on verra plus tard un bâtiment U5 et même U6 (en fait cette dernière est la Maison de la Réussite en Licence, voir plus loin).

  • Le Bâtiment H. Brunet

C’est un bâtiment de recherche, ex-IGEEP ; l’acronyme LAPLACE du laboratoire qu’il abrite est d’ailleurs fort astucieux (pour Laboratoire Plasma et Conversion d’Energie). C’est le premier à qui nous avions donné un nom juste avant la campagne des années 2000, poussés en cela par une demande volontariste de membres de ce laboratoire (le collègue Jean-Louis Teyssier notamment). Le bâtiment fut inauguré en 1999 en présence des membres de la famille du collègue physicien Henri Brunet.

  • Le Bâtiment Le CAP

Le CAP (Centre d’Activités Polyculturel) est un bâtiment construit spécifiquement pour la culture. Au départ, il avait été imaginé pour héberger des associations d’étudiants. Ses débuts, depuis le début de sa construction vers 1994 jusqu’à son inauguration (vers 1997) furent chaotiques.

La salle du CAP a pour vocation d’offrir à la communauté universitaire de l’université Paul Sabatier, et plus largement aussi à Toulouse, un espace d’expression de la culture au sens large et de la culture étudiante en particulier. Plusieurs configurations sont possibles : concert avec public debout, spectacle assis, cabaret.

Le bâtiment coloré « Le CAP », le plus proche du Canal du Midi en 2021. ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

  • La halle des sports (ou gymnase), le fronton, les installations de pratique sportive étaient là dès les débuts du campus. J’avoue avoir peu utilisé la halle des sports (ou gymnase) : pour assister à quelques rencontres d’étudiants, pour prendre une douche après une course à pied le long du canal entre midi et deux heures. Les installations sportives à côté sont dédiées aux étudiants de STAPS (de la Faculté des sciences du sport et du mouvement humain). Notons qu’il n’y a pas de piscine sur le campus…, chose que les collègues nord-américains sont étonnés de constater. Il est vrai que même la piscine du Lycée Bellevue d’en face a été vidée, détournée vers d’autres fonctions. J’ai ainsi vu les collègues de l’université « réserver des lignes » à la piscine de l’école d’ingénieurs ISAE-Sup’Aéro pour pratiquer la natation à la mi-journée.

Il est dommage que les bâtiments de STAPS, comme d’ailleurs le restaurant universitaire proche (le RU2, appelé désormais Resto’Le Canal) soient quelque peu « coupés » du Canal du Midi. Un rapport (cf. [6]) pointait même, à propos de ces bâtiments, « un dialogue insuffisant avec leur contexte, et notamment pas avec le Canal du Midi tout proche ». Cela rejoint la remarque d’un collègue québécois, cité par ailleurs, souhaitant une plus grande intégration du bord ouest du Canal du Midi au campus. Certes, quelques voies d’accès vers le bord ouest du Canal existent, à partir de l’agréable circuit Rondino qui passe par là. Voir la rubrique « Sentier nature » plus loin au paragraphe 8 consacré au secteur « Sciences naturelles ».

Le fronton de pelote basque est une curiosité à part. Il est intéressant au sens où on peut y jouer des deux côtés ; il était casse-pieds au sens où les bords n’étaient pas protégés, de sorte qu’une pelote pouvait rapidement s’écarter de la cancha et se perdre aux alentours. Des améliorations y ont été apportées ces dernières années. De nos jours, cet équipement n’a rien à envier à ceux du Pays basque. Pour ceux qui s’intéressent à la pratique de la pelote basque, il y a bien des frontons et des sociétés de pelote à Toulouse, mais le sud est largement dégarni. Un trinquet quasi-confidentiel existe au CNES, mais réservé aux gens du CNES (ou, exceptionnellement, à leurs invités). L’équipement pour la pratique de la pelote plus au sud est le complexe de Castanet-Tolosan. Malheureusement, c’est un fronton « place libre », c’est-à-dire non couvert… J’entends dire qu’il serait bientôt couvert, ce qui rendrait les plages d’utilisation beaucoup plus étendues.

Le fronton de pelote basque, côté nord en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Des visiteurs du campus, ou des étrangers professionnellement installés à l’université Paul Sabatier, nous ont dit que la proximité avec ce joyau qu’est le Canal du Midi n’était pas assez exploitée.  Ils y auraient bien vu un grand accès direct, c’est-à-dire non barré par des broussailles, sur le bord du canal.

Les bords du Canal du Midi sont largement utilisés par : les usagers (personnel universitaire, étudiants) qui viennent en vélo (aussi bien du nord (Toulouse) que du sud (Castanet-Tolosan et plus loin encore)) ; les marcheurs ou coureurs occasionnels entre midi et quatorze heures.

J’ai longtemps pratiqué la course à pied, à un niveau amateur bien entendu. Le SCAS de l’université propose, depuis toujours, une multitude d’activités sportives… mais, lorsque j’en étais pratiquant, pas de « course à pied ». Ceci a eu une conséquence amusante. Pendant quelques années, vers la mi-octobre, était organisée la « course des coteaux » en boucle entre Baziège, Labastide-Beauvoir, Fourquevaux, Odars, Montlaur (départ tournant, décalé d’un site chaque année). Cette course nécessitait qu’on trouvât cinq relayeurs réunis dans une même équipe. J’ai organisé une équipe pendant plusieurs années, de bric et de broc, avec des collègues du LAAS en renfort. Des collègues du Laboratoire de Statistique et Probabilités participaient, eux, avec deux ou trois équipes. C’était fort sympathique, dans un cadre (collines du Lauragais) somptueux en automne. Ces équipes portaient chacune un nom, officiel ou farfelu, concocté pour l’occasion. J’avais baptisé l’équipe que je montais « Les ParalléléBipèdes ». Le commentateur habituel de la course, pourtant un technicien informaticien de l’université de Toulouse 1-Capitole, avait toutes les peines du monde à dire le nom, il finissait par « bref…, les profs de maths ». Une seule fois dans mon souvenir il y a eu une course à pied, étudiants avec enseignants et autres, organisée sur le campus, à l’occasion de la Fête de l’université Paul Sabatier je crois.

Façade de la Halle des sports (ou Gymnase) en 2021. (Inscription : I solve all your problems even the most desperate…( Traduction : Je résous tous tes problèmes, même les plus désespérés…).
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

  • Le pont G. Bruno

Le pont Giordano Bruno, enjambant le Canal du Midi, marque la limite du campus de Rangueil, avant d’aborder le complexe scientifique Lespinet de Rangueil. Ce n’est pas une coupure puisque bien des établissements d’enseignement et de recherche de ce complexe scientifique ont des liens étroits (de travail mais aussi institutionnels) avec l’université Paul Sabatier.

L’histoire de l’appellation du pont G. Bruno mérite d’être racontée. Lors des travaux d’appellations de nouveaux amphithéâtres, salles et bâtiments que j’animais (cf. [3]), la question de donner un nom à ce pont ne se posait pas vraiment… puisqu’il ne dépendait pas de l’université. Nous fîmes néanmoins une proposition à la direction de l’université pour qu’elle soit transmise au service qui s’occupe de ce genre d’opérations à la mairie de Toulouse. L’idée de la proposition G. Bruno émanait, pour autant que je me souvienne, de la collègue physicienne Martine Sence, membre de ladite commission d’appellations. La proposition fut vite adoptée par la mairie de Toulouse, et une plaque apposée sur le pont. Quelques années plus tard, la plaque fut volée… J’écrivis à la mairie de Toulouse pour le signaler, ils remplacèrent la plaque volée. Plus récemment, la reconfiguration de ce pont avec une voie dédiée aux bus (pour ladite liaison multimodale du sud-est) a fait modifier les deux côtés du pont mais l’appellation G. Bruno est toujours là.

Entrée sur le campus par le pont G. Bruno en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty


7. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (6) : LE « GROUPE PHYSIQUE », L’INSPE

Le « groupe Physique » suivi du « groupe Sciences Naturelles » sont les plus imposants du campus. Je les connais moins que le « groupe Mathématiques » car je n’y allais essentiellement que pour des raisons administratives (siège de l’administration du 1er cycle au Bâtiment 3TP1, bureaux de la Faculté des Sciences et Ingénierie au Bâtiment 3R1) et pour enseigner ou surveiller des examens. Il y avait aussi quelques contacts liés à la Recherche dans les bureaux d’enseignants-chercheurs (Laboratoire de Génie Mécanique du 3R1 par exemple). C’était ici un des bastions de l’ex-UFR PCA (Physique-Chimie-Automatique). Le Bâtiment 3R1 est vraiment très long, on se perd facilement dans les étages et les divers laboratoires qui y sont hébergés.

Le Bâtiment 3A de Physique a la particularité d’avoir 4 amphis, jumelés 2 à 2. Leurs noms, Langevin et Curie, Cotton et Ampère, remontent au début du campus. Quelques souvenirs : des étudiants facétieux avaient changé Langevin en Langebière pour un certain temps ; lorsque l’esplanade est du 3A était verglacée quelque matin d’hiver, les étudiants s’amusaient à faire des glissades en voiture ; sans doute en raison de l’éloignement du « château », des étudiants se permettaient même d’apposer ici ou là des panneaux de signalisation de villages du Gers qu’ils avaient déboulonnés. J’y vois encore, de ci de là sur le 3TP1, des tags… Difficile de tout contrôler ; on a l’impression que plus on s’éloigne de l’entrée principale (et donc du PC Sécurité) et du bâtiment administratif central, plus les tagueurs se sentent libres de s’adonner à leurs dégradations…

Nous avions bien proposé, au début des années 2000, que l’amphi Curie devienne l’amphi Pierre et Marie Curie. Sans succès. Depuis, il est effectivement devenu amphi Marie et Pierre Curie.

Au niveau le plus bas du Bâtiment 3A est logée l’association d’étudiants appelée Corpo Sciences. Pendant des années, quand j’enseignais les mathématiques des dits modules MOR 1, MOR2, je leur donnais mes cours polycopiés manuscrits pour qu’ils les diffusent, à moindre coût, aux étudiants qui souhaitaient l’avoir. Je dois dire que l’association le fit de manière tout à fait satisfaisante.

Le Bâtiment 3R1 comporte au rez-de-chaussée une bibliothèque, appelée Bibliothèque de l’IRSAMC, une des seules sinon la seule dans ces bâtiments, bien moins importante néanmoins que celle de Mathématiques-Mécanique du Bâtiment 1R2.

Un autre sigle apparaît ici pour les bâtiments, c’est « SC », pour « services communs ».  A côté de l’un d’entre eux (celui où se situe le service de reprographie, aux parois bleutées) se dresse le nouveau bâtiment de Physique 3R4 (voir photo plus bas).

Plus près du « groupe Mathématiques » et de l’IRIT, dans le Bâtiment 3TP2, deux amphis de plus petite taille, plus « humains » dois-je dire, les amphis Einstein et Maxwell. Les Bâtiments 3TP2 et 3TP1 de Physique, et donc les deux amphis évoqués au-dessus, ont été rénovés en 2008-2010.

Le Bâtiment H. Brunet, évoqué plus haut, ainsi que le Bâtiment 3R2 (séparé du 3R1) appelé Daniel Blanc [25] font aussi partie du « groupe Physique ».

Dans la partie ouest du campus, près de la route de Narbonne se trouvent les locaux de l’INSPE (ex-ESPE, ex-IUFM) et l’ENNA. Les locaux ont pu être mieux entretenus ici. L’INSPE abrite en son rez-de-chaussée une intéressante bibliothèque, peu visitée par mes collègues, je dois dire. Tout à côté, le Hall de Technologie et la Maison pour la Science.


8. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (1) : LE « GROUPE SCIENCES NATURELLES »

Plan du campus de l’université Paul Sabatier en 2021

710 : Bât. 4R3 ; 98 : Bât. 4TP4 ; 1800-1756-1710 : Résidences universitaires ;

165 : Centre de Biologie Intégrative ; 200 : Bât. 4A (Sciences naturelles) ;

291 : Bât. 3A (Physique) ; 292 : Bât. 3TP1-Promenade étudiante ; 122 : Bât. 4TP2 ;

493 : Bât. 4R1 (Sciences naturelles) ; 550 : Bât. 4TP1 ;

1408 : Entrée de l’Inspé (ex-Espé, ex-IUFM).

Avant d’aborder de plain-pied le secteur « Sciences naturelles » du campus, un mot de la parcelle boisée au bord du Canal du Midi qui abrite ledit « Sentier nature ».  Avec deux entrées possibles, l’une au niveau du Resto’Le Canal et l’autre face au Bât. 4R3 (près de l’arrêt de bus Naturopole), il y a là un grand espace boisé de 2,2 hectares géré par l’association (d’étudiants) naturaliste et écologique Veracruz et les services de l’université. Le « Sentier nature » est balisé, agrémenté de points d’observation, de petites mares ; un petit pont charmant témoigne du passage ancien d’un cours d’eau (voir photo ci-dessous). Dommage que cette partie du campus soit peu fréquentée par les usagers.

Bâtiment abritant des courts de tennis, entre la voie R. Franklin et le Canal du Midi en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Sorte de baraquement militaire en 2021, près du « Sentier nature », servant aux séances de gymnastique, de relaxation, etc.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Charmant petit pont dans la parcelle boisée du « Sentier nature » en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Avec le secteur « Sciences naturelles », nous entrons dans une partie du campus où les dénivellations de terrain et le souci de d’exposition au soleil ont conduit à varier la disposition des bâtiments.

Le Bâtiment 4A comporte 2 amphis, Leclerc du Sablon et Molliard, mais lesquels sont desservis par 2 cages d’escalier différents, c’est une exception dans les Bâtiments A du campus. La façade n’est pas reluisante, reconnaissons-le… Des fresques colorées, très « Nature », égayent toutefois les deux entrées principales. Les samedis matin d’hiver, lorsqu’il fallait venir surveiller des examens dans ces amphis, une légère brume envahissait parfois les abords de ces bâtiments, leur donnant un aspect de châteaux des highlands en Ecosse.

En face, le Bâtiment 4TP2 abrite le Centre de ressources de langues. Les services proposés par ce centre sont pour les étudiants, mais aussi en formation continue pour les enseignants-chercheurs. J’ai personnellement gardé un bon souvenir d’un cours (en formation continue, le soir) de perfectionnement en espagnol.

La Bâtiment 4R3 est peut-être le plus imposant par ses dimensions : 3 entrées (b1, b2, b3) côté est, une façade dégradée côté ouest. Je ne sais pas précisément ce qui est prévu à son sujet… En tout cas, les accès sont actuellement (Août 2021) fermés.  La voie dédiée aux bus qui passe à côté a donné un peu plus de vie à cette zone ; les arrêts Naturopole et Sports Universitaires s’y trouvent. Une belle piste cyclable, aussi longue que celle longeant le Cours des sciences côté ouest (environ 650 m) fait le parallèle avec la voie des bus. La liaison multimodale sud-est a occasionné une nouvelle « trouée » du campus vers le sud (qui n’existait pas il y a 40 ans), par la route Rue Malaga, réservée aux bus. Elle débouche sur un nouveau (et imposant) pôle de constructions proche de la station terminale Ramonville-Saint-Agne de la ligne B du métro de Toulouse.

Les Bâtiments 4TP1 et 4TP4 sont inscrits dans un plan de démolition/rénovation.

Façade nord du Bâtiment 4A avec des fresques colorées aux entrées.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

La période récente a été marquée dans cette partie du campus par l’érection du Bâtiment de Recherche Centre de Biologie Intégrative.

Ce « cube blanc », le Centre de Biologie Intégrative, abrite plusieurs laboratoires (CRCA, LMGM, MCD, …). Vue du côté ouest en 2021. ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Bâtiment 4R1 du « groupe Sciences Naturelles » avec, en façade, la carte de la végétation de la France, en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

9. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (8) : LES VOIES SUR LE CAMPUS, LE « NOYAU CENTRAL », LES SCULPTURES

  • Le « noyau central » du campus, du « groupe Mathématiques » jusqu’au « groupe Sciences Naturelles » est ouvert, il n’y a pas de contrôle d’accès à cette zone. Je mentionne cela car, au moment de l’arrivée du métro, il fut discuté (mais pas vraiment envisagé) qu’une clôture entoure tout ce noyau central comme un sanctuaire, une sorte de deuxième rideau après celui de la clôture extérieure. En effet, il y avait la crainte de « l’effet métro » : imaginez que pour la première fois depuis les débuts du campus, on pouvait arriver directement en son sein par le métro, s’approcher des bâtiments, fouler les pelouses… Nous avions entendu la réputation propagée à l’extérieur (avant l’utilisation massive des réseaux toutefois) : « Le campus de l’université Paul Sabatier ? … Tags no limit ». Il n’en fut rien, le métro n’a pas engendré l’arrivée de hordes que certains (dont moi) craignaient.

La bonne tenue du campus, et donc de notre lieu de travail, n’est pas l’affaire des services techniques seuls mais celle de tous les usagers. Je me souviens que sous l’égide de l’association locale UDA (L’Université d’Abord), j’avais organisé à l’amphi Schwartz (Bât. 1R3) un débat sur comment améliorer l’aspect physique du campus (contrôle des accès, entretien, maintenance, …). J’avais invité à cet effet un collègue mathématicien, président de l’université d’Avignon et des Pays du Vaucluse. Il nous avait expliqué comment ils opéraient à Avignon, chaque site universitaire ayant ses spécificités, bien entendu. Des responsables des services concernés à l’université Paul Sabatier avaient plutôt mal pris cette initiative, si je m’en réfère à leurs réactions lors du débat.

  • De grandes et longues voies parcourent le campus, notamment celle qui fait le tour du « noyau central », appelée Cours des sciences. J’y suis même allé en fin de semaine lorsqu’il s’agissait d’apprendre à conduire à mes enfants, c’était au calme et bien pratique.

La grande voie qui s’appelle aujourd’hui Cours des sciences avait été appelée Boulevard (ou Avenue) Emile Durand quelques années auparavant. J’en suis à peu près sûr, cette dénomination avait été proposée en même temps qu’une autre appellation, Avenue Guy Lazorthes, sur la partie Corps de Santé du campus. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui c’est la voie de sortie sud-ouest vers la Route de Narbonne qui porte le nom d’E. Durand. Il est heureux que des limitations de vitesse à 30 km/h se soient progressivement ajoutées sur ce Cours des sciences.

« Encore trop de voitures sur ce campus » est ce que j’ai entendu dire de la part de visiteurs nord-américains… Il est vrai que ceux-ci sont habitués à des campus où l’accès aux voitures est restreint, où même le parking peut y être payant. Progressivement au cours des années, j’ai vu des parkings du campus de Rangueil être reconfigurés, déplacés, agrandis, des barrières à badge posées. Mais, c’est bien sûr l’arrivée du métro qui a radicalement changé la donne. Je sais que des collègues militent pour davantage de mobilités douces à l’intérieur du campus comme pour y accéder. De longues pistes cyclables sont à présent disponibles, les usagers les utilisent de plus en plus. Toutefois, les bornes de Vélo’Toulouse restent à l’extérieur du campus. Je suis curieux de voir ce que sera l’effet du Téléo[26], téléphérique urbain dont l’inauguration est prévue en fin 2021 (mais ce sera, plus vraisemblablement, au printemps de 2022).

Une des perspectives les plus impressionnantes, résultant de la construction de parkings par étapes successives, est la ligne droite qui longe le Cours des sciences le long des terrains de sports côté ouest. On pourrait imaginer une course à pied individuelle sur cette ligne droite qui fait 650 mètres tout de même !

Vue du Cours des sciences, partie ouest, du sud vers le nord en 2021.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Longue piste cyclable, parallèle à la ligne de bus, au sud-est du campus en 2021. A gauche, l’imposant Bâtiment 4R3 du « groupe Sciences Naturelles ». ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

  • Il y a, placés dès les débuts du campus (vers 1973), des éléments culturels comme des sculptures disposées sur le campus (résultant du fameux « 1% artistique » attribué aux constructions de l’Etat, quota respecté ou pas). Avouons que nous passons à côté sans trop y faire attention.  Il y a d’ailleurs, lors des Journées du Patrimoine au mois de septembre chaque année, des visites guidées intitulées « Vous qui passez sans me voir », c’est dire… Parmi tous ceux-là j’en retiens deux, entre l’Upsidum et le Tripode A. Le premier est un kiosque-corolle, une sorte de sculpture en forme parapluie ouvert, qui a mal vieilli (parties rouillées) ; ses verres sont remarquables, dus au peintre-verrier Henri Guérin (1929-2009) comme les vitraux de l’église de Pechbusque (au sud de Toulouse) ou de l’église des Minimes à Toulouse. Mais l’élément le plus remarquable est le Le Fil d’Ariane, un petit amphithéâtre en béton à l’air libre. En prenant le café à la terrasse du premier étage de l’Upsidum, j’ai l’habitude de dire à mes jeunes collègues que c’est la construction du campus qui a le mieux résisté au temps, elle n’a pas bougé en 40 ans ! J’y ai vu des réunions d’étudiants, des cours rattrapés après les grèves, des pièces de théâtre ou des représentations musicales… Je gage que dans vingt ou quarante ans, cette construction sera toujours là, dans le même état.

10. L’ÉPISODE « DETAGUE TA FAC »

C’est par couches successives que des tags ont été peints, des affiches collées, sur les murs des différents bâtiments du campus. Voyant cela, une opération coup-de-poing, intitulée « Détague ta Fac » fut organisée en juin 2008 sous l’impulsion des conseils de l’université. Elle eût du succès et une large couverture médiatique, je dois dire (voir ci-dessous un compte rendu du quotidien La Dépêche du Midi). Moi-même, avec mon collègue Dominique Azé, nous nous sommes équipés en peintres occasionnels, avons pris nos seaux et pinceaux de peinture blanche (fournis par les services de l’université), et avons recouvert les tags existant sur les Bâtiments 1R1, 1R2, 1R3. Quiconque n’a pas vu les tags dans les tours universitaires de Jussieu à Paris il y a quelques années n’a rien vu… Tout de même, le campus de Rangueil avait sa dose.

Il se passe pour les tags ce qu’on appelle le « syndrome du carreau cassé », que les collègues membres de conseils municipaux connaissent bien : si un carreau est cassé quelque part, il faut le réparer immédiatement, sinon il suscite l’idée d’en casser un autre. Pour les tags, c’est la même chose : les effacer (c’est-à-dire repeindre par-dessus) le plus vite possible est le meilleur moyen d’en empêcher la prolifération. C’est ce qui se passe depuis quelques années sur le campus. Mais cela a un coût, comme tout le reste…

Evocation dans le journal 20 minutes de Toulouse, le 5 juin 2008.
Compte-rendu par La Dépêche du Midi du 5 juin 2008.

Dépêche du Midi, Juin 2008.


11. VISITE GUIDÉE DU CAMPUS (9) : LES DERNIÈRES RÉALISATIONS

  • Parmi les dernières réalisations importantes sur le campus, je note, celles immobilières d’abord : la Bâtiment 3R4 de Physique (en cours de finition) et le Bâtiment Maison de la Réussite en Licence (MRL, appelée Yvette de Ferré[27]). Ce dernier mérite qu’on s’y attarde un peu. Ce n’est pas un bâtiment, c’est un immeuble ! Je n’ai pas vu en 40 ans d’opération immobilière consacrée à l’enseignement d’une si grande importance. Bien que n’enseignant plus et que la période Covid 2020-2021 n’y engage pas, j’ai visité avec des jeunes collègues quelques salles d’enseignement de ce nouveau bâtiment : impressionnant (de propreté, de fonctionnalité, de luminosité) ! Cela dit, à un étage, tournant la tête, je vois par la fenêtre les murs du bâtiment tout proche U4 : en mauvais état. Il en va donc de ce bâtiment MRL comme des autres : après l’investissement (lourd) initial, il faut que la puissance publique assure le financement de l’entretien.

Ce Bâtiment MRL est parfois repéré sous le sigle U6 dans certains plans récents. Mais alors, quid du U5 ? Indiqué avec des pointillés sur les plans, c’est la future Maison des Etudiants et Personnels (MEP). Horizon annoncé : dans 2 ans. C’est là que se trouvera aussi le club d’astronomie, avec un site d’observation (lunettes astronomiques).

  • Une autre grande opération récente, vers 2016-2017, est la signalétique sur le campus[28]. De nouvelles appellations de voies ont été ajoutées à cette occasion. Je n’ai pas participé à ces choix, mais je dois reconnaître que beaucoup d’entre elles sont originales. Bien sûr, je savais qui était et quelles étaient les contributions de E. Cosserat, Hypatie, Th. Despeyroux, … Mais, je ne connaissais pas tous ces noms (Rosalind Franklin, Huguette Delavault, Rose Dieng-Kuntz, Marianne Grunberg-Manago, Hélène Richard-Foy, Sébastienne Guyot, …) mais cela a été l’occasion de les apprendre. Comme dans les opérations du même type dans les municipalités actuellement, les femmes y retrouvent leur place.

Cette signalétique est digne d’un campus moderne… mais je ne puis m’empêcher de penser que pendant quarante ans, nous avons dû, moi et les autres, nous débrouiller avec l’existant !

Bâtiment MRL, Maison de la Réussite en Licence en 2021, en forme d’équerre, un immeuble !
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty
Le nouveau Bâtiment 3R4 de Physique, en cours d’achèvement. Il hébergera les expérimentateurs de la Fédération de Recherche Matière et Interactions (ce qui donne l’acronyme bien « physicien » FERMI) ©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty.


CONCLUSION

  • Les bâtiments du campus de Rangueil, autres que ceux que j’ai vus sortir de terre, n’avaient pas 20 ans quand je suis arrivé, ils auront bientôt 60 ans et sont « bien fatigués » pour certains. Cela dit, les constructions successives ont laissé une architecture générale relativement homogène (malgré des maîtres d’œuvre différents, comme l’Université ou le CNRS). C’est, selon mon humble observation, mieux que ce que j’ai pu voir sur d’autres campus (Bordeaux 1 à Talence et Clermont-Ferrand à Aubière par exemple) où la multiplicité des tutelles (universités, écoles de ministères de tutelle différents) a fait que les constructions successives au cours des années a conduit à un aspect hétéroclite. Les visiteurs revenant des années après le remarquent vite.

Au cours des années, des opérations de grande ampleur se succèdent : « Université 2000 » (citée dans ce texte), « Université du 3ème millénaire », « Plan Toulouse Campus », … Dans le cadre de la 2ème vague de l’opération « Toulouse Campus », l’objectif est, lit-on, de « redessiner le campus » ; les opérations qui vont avec dureront une dizaine d’années.  Sur le campus de Rangueil, il reste encore de la place pour des constructions…, regardez par exemple l’immense espace vert qui va de derrière le bâtiment administratif central jusqu’à presque le pont G. Bruno. Aux futurs concepteurs de décider s’il y a lieu de construire encore ou de préserver des espaces de verdure[29].

  • On pourra toujours me dire que l’université, ce ne sont pas les bâtiments et les espaces verts, mais bien ce qu’on y fait : des formations pour des milliers d’étudiants, de la recherche de haut niveau, … Mais, ici, je m’en suis tenu à une courte visite mémorielle, partielle. J’invite les lecteurs qui auraient une expérience similaire, suffisamment « lissée » sur un temps long, à faire de même en nous faisant part de leur témoignage.

Ajout (Mai 2022) :

Le téléphérique urbain Téléo, évoqué dans le texte, a finalement été inauguré le vendredi 13 mai 2022. Photographie de l’entrée du campus de Rangueil prise depuis le téléphérique, mai 2022.
©Jean-Baptiste Hiriart-Urruty

Références

  1. Sonia Moussay, Essai de projet de thèse (2004), sous la direction de Jack Thomas.

Partie V. Le complexe scientifique de Rangueil : une analyse graphique primaire de l’aménagement du complexe et de l’architecture de la Faculté des Sciences.

  • a) Philippe Durand, Emile Durand, créateur du campus de Rangueil et directeur de l’Institut de calcul numérique

et

       b) Alain Rigal, Emile Durand, Professeur Université de Toulouse 1948-1977, in

Patrimoine scientifique et médical de l’université Paul Sabatier. Cycle Mathématiques en l’année universitaire 2005-2006 ; Cycle Informatique en 2006-2007.  Visibles sur le site web de l’université Paul Sabatier.

  • Jean-Baptiste Hiriart-Urruty, Bien choisir le nom… pourquoi pas celui d’un-e mathématicien-ne. « Café de l’institut Mathématique de Toulouse (IMT) » (25 octobre 2018). Téléchargeable à partir du site web des « Cafés de l’IMT » ou du site professionnel de l’auteur.
  • Jean-Baptiste Hiriart-Urruty, Propos de rentrée universitaire (2012).
  • Jean-Baptiste Hiriart-Urruty, Evocations du Prix Fermat de Recherche en mathématiques (1ère moitié : 1987-2005) (août-septembre 2020).
  • Inventaire du patrimoine architectural et paysager Toulouse – Campus de Rangueil.

Vol. 8, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (septembre 2011).

Remerciements

Je voudrais remercier les personnes qui ont bien voulu me donner des informations complémentaires aux miennes, des références de documents, et qui, je n’en doute pas, apporteront des corrections à la version actuelle de ce texte.


[1] Je ne considère ici qu’une partie, la « scientifique » essentiellement, de l’université Paul Sabatier (Toulouse III). Certains documents officiels, [6] en est un exemple, englobent dans « campus scientifique de Rangueil » toute la partie INSA. Même si le ministère de tutelle est le même (Enseignement Supérieur et Recherche), l’INSA est un autre établissement. La superficie de 152 hectares qui est habituellement attribuée au « campus scientifique de Rangueil » englobe le tout. Pour la partie que nous visitons, c’est plutôt 120 hectares environ.

[2] Les « auditions » pour les postes de Professeurs étaient toutes regroupées à Paris. J’ai donc été auditionné à Paris, après un classement par une commission de recrutement à Toulouse (regroupant mathématiciens et informaticiens, lesquels étaient alors dans la même section du CNU (ou de son équivalent de l’époque)). « Si tu avais été auditionné à Toulouse, peut-être que tu n’aurais pas été recruté… », voilà le genre de boutade à laquelle j’ai prêté le flanc… avec amusement.

[3] L’histoire de la création de ce campus, la scission (en 1976, que j’ai connue) de l’université de Clermont pour donner naissance aux deux universités de Clermont-Ferrand I et II, etc. est racontée dans l’ouvrage suivant : Alain Kergomard, La mutation universitaire ; Clermont 1948-1993. Editions L’Harmattan (1995). Depuis, au 1er janvier 2017, les deux universités ont fusionné pour donner naissance à l’université Clermont-Auvergne… Ah ! Les scissions, regroupements, dans les universités…

[4] UER : Unité d’Enseignement et de Recherche ; UFR : Unité de Formation et de Recherche. Les UER deviennent des UFR avec la Loi Savary de 1984. MIG : Mathématiques, Informatique, Gestion.

[5] Je lui ai rappelé cette anecdote lors de mon discours (en tant que Directeur du Département de mathématiques) à son pot de départ à la retraite en 2003.

[6] Diplôme national universitaire de 1er cycle (les 2 premières années à l’université). Le DEUG disparaîtra en 2006 avec la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat).

[7] Service Culturel d’Action Sociale (de l’université Paul Sabatier).

[8] Parmi les noms proposés : Emile du Châtelet, Jacqueline Auriol, Madeleine Brès, Louise-Amélie Leblois.

[9] Le bâtiment lui-même existait depuis quelques années, sous la simple appellation « Le forum ».

[10]  J’ai suggéré à Jean-Michel Lattes (adjoint au maire de Toulouse, président de Tisseo Collectivités), que les cinq piliers de Téléo, ou du moins les trois stations, portent des noms. Ce sera le cas, une commission ad hoc a proposé des dénominations. La station terminale à l’Oncopole portera le nom de Lise Enjalbert (1916-2015), une professeure de virologie pendant longtemps à l’université Paul Sabatier ; celle du CHU Rangueil : Louis Lareng (espérons qu’il n’y ait pas de confusion avec le Forum Lareng près de la station de départ) ; celle de départ : Paul Sabatier.

[11] Cela, c’était « avant » … Maintenant il y a un terrain avec une pelouse en très bon état, clôturé, avec un local vestiaires-douches à proximité.

[12] Que nous avions projeté un jour d’appeler Allée Jean-Baptiste Senderens (Commission de dénomination des voies, des années 2008-2009, dirigée par François Dedieu). Elle porte depuis ces dernières années le nom de Louis Lareng (allée montante comme descendante).

[13] Etablissement dénommé ISAE-SupAéro désormais. Situé dans le complexe scientifique de Lespinet, de l’autre côté du Canal du Midi.

[14] Avec UPSIDUM, d’autres noms candidats dont La Parenthèse … J’avoue avoir ouvré (manœuvré ?) pour l’appellation UPSIDUM (que certains continuent de déformer en UPSIDIUM).

Avec une assonance voisine est UPSIMÔMES, crèche créée depuis 2008 pour le personnel de l’université, située au nord du campus, proche de la Rue des Maraîchers.

[15] En fait c’est ICN (Institut de Calcul Numérique) qu’il faut lire… Une erreur de transcription administrative en a fait 1CN.

[16] J’ai connu auparavant dans cette aile sud du 1er étage du Bâtiment 1R2, des groupes de recherche en informatique, tels le CIT, le LSP, le CERFIA… et les personnalités associées.

[17] UPS Infos, Mars-Avril 2003. Dossier « Signalétique : vers une université à visage humain », pages 7-10.

[18]  Il y a plusieurs « 11 septembre » qui sont restés dans l’Histoire : le 11 septembre 1973, jour du golpe (coup d’état) du général Pinochet au Chili ; plus près de chez nous, la Diada nacional de Catalunya (fête nationale de la Catalogne depuis 1980).

[19] Article de popularisation du sujet : T. Bayen et J.-B. Hiriart-Urruty, De l’importance d’être constant… dans sa largeur. Pour La Science, n°91, 32-37 (2016).

[20] J’évoque dans [4] l’étudiante Frédérique R. qui, après avoir passé sa Licence à l’université Paul Sabatier, a intégré l’Ecole Polytechnique. Dans une interview au Nouvel Observateur, elle racontait qu’elle se remémorait « un enseignant en blouse blanche (c’est moi) dans une salle B glaciale… ».

[21] Un document de 14 pages, consultable à La Bibliothèque Nationale de France (16ème V 18032), fait l’état de la situation au moment de l’incendie : le long bâtiment, juxtaposition d’une multitude d’alvéoles rectangulaires, abritait 10 laboratoires ; après l’incendie, 288 personnes étaient à reloger le temps de la reconstruction.

[22] En tant que laboratoire constitué, l’IRIT démarre officiellement en 1990.

[23] Par exemple, aux Assises Régionales de l’Enseignement Supérieur les 31 Mai et 1er Juin 1990 à l’université Paul Sabatier. Moi-même, j’écrivis une double-page dans Le Journal de Toulouse (30 Mai 1990) avec comme titre : « Universités : délocalisation en vue ».

[24] U1 : Gaston Dupouy (1900-1985) ; U2 : Henri Gaussen (1891-1981) ; U3 : Pierre-Paul Riquet (circa 1604-1680) ;

    U4 : Robert Deltheil (1890-1972).

[25] Je me souviens qu’on m’avait demandé la voie à suivre pour procéder à l’appellation de ce bâtiment… Je leur avais ajouté qu’il fallait bien mettre en évidence le prénom, car « le bâtiment Blanc » pouvait s’avérer peu informatif… Daniel Blanc (1927-2009) fut professeur de physique nucléaire et directeur du Centre de Physique Atomique (université Paul Sabatier).

[26] Comme cela a déjà été signalé, ce téléphérique urbain, long de près de 3km, relira l’entrée du campus de Rangueil à l’Oncopole ; il comporte 5 piliers et 3 stations (l’intermédiaire étant le CHU de Rangueil). On pourra le prendre en y transportant son vélo.

[27] Yvette de Ferré (1915-2003), qui fut longtemps professeure de Botanique à l’université Paul Sabatier. Elle est la seule femme à avoir été « Professeur avec chaire » du temps de l’ancienne Faculté des Sciences.

[28] Après la « Commission d’appellations des nouveaux bâtiments et amphithéâtres » que j’ai eu à animer entre 2000 et 2003, il y eut en 2008-2009 la « Commission d’appellations des voies » qui fut constituée à la demande du président Gilles Fourtanier. Présidée par François Dedieu, elle était composée de F. Auger, F. Dedieu, A.-M. Mondot et moi-même. Les 14 propositions de noms de rues étaient par « groupes » ou « quartiers » : Chimie, Mathématiques, Physique, Sciences de la Vie et de la Terre. L’idée directrice était plutôt d’honorer les personnalités scientifiques liées à la Faculté des Sciences de Toulouse. Mais le rapport fut enterré… Quelques noms qui y figuraient ont néanmoins ressurgi dans la campagne d’appellations 2016-2017 (Y. de Ferré, E. Cosserat, Th. Despeyroux, G. Mignonac).

[29] J’ai toutefois entendu dire qu’il y a des zones non constructibles, l’espace vert derrière le bâtiment administratif en ferait partie (obligation de garder une perspective depuis le lycée et parc Bellevue classés jusqu’au Canal du Midi).

Maurice Byé and François Perroux : convergences and divergences of two catholic economists

Alain Alcouffe (Université de Toulouse).

Introduction

After the introduction of economics in 1877, economics professors in the French law faculties became the most numerous group of French economists (Alcouffe, 1989, Le van Lemesle 2004 [1995]). After 1896, these professors were recruited through the agregation du superieur, a competitive examination which has both a written and an oral component, during which candidates have to prepare four lectures on a randomly assigned economics subject (Fourcade, 2009, p.304). Their performance in the field of research was less important than their conformity to the views of the jury. As the first professors had their origins in the law faculty and were faced with the hostility of the French liberal school, they were instilled with a distrust of the major tenets of that school (free trade and laissez faire). They shared with the liberals, however, a distrust in mathematical economics and a hostility to socialism. François Facchini (2015), who has surveyed the economic thought of the economics professors between 1877 and 1969, distributes the professors among three categories, following a doctrinal classification initially proposed by Gaëtan Pirou in 1930. He later distinguishes three types of doctrines: socialist (A), intermediate doctrines (B) and liberal (C). Within each doctrine he distinguishes sub-doctrines, each category being divided in subcategories. The initial values manifested in 1877 (64% liberals [C], 27% intermediate doctrine [B] and 9% socialists-cooperatists [A2]) concerned a very small number of professors but category B will quickly become the largest group (53% in 1913, then 60% in 1940). As these “intermediate” professors were hostile to both liberalism and the socialism, it is not surprising to find among them a growing proportion of social Catholics (27% in 1940). Aversion to liberalism and socialism was indeed a trademark of Catholic economic thought from Rerum Novarum[1] onwards and, unsurprisingly, historians cannot help noting the part played by religious affiliations in the economic ideas of the economics professors. “The influence of social Catholicism is thus a major phenomenon to take into account if we want to understand the positioning of French academic economists until the 1960s” (Pascal Le Merrer, 2011. P. 164-5).

Indeed, Leo XIII’s famous encyclical of 1891, Rerum Novarum, was an attempt to formulate a Roman Catholic response to the social question that kept the working classes away from the church. Leo XIII regretted that workers were exposed “to the hard-heartedness of employers and the greed of unchecked competition”. He rejected any idea that class conflict was inevitable. Turning to solutions, he advocated what was in effect a form of bargained corporatism: “employers and workmen may of themselves effect much in the matter of which we are treating, by means of such associations and organizations which draw the two classes more closely together” (quoted by Grant 1985, p. 5). ln his 1931 encyclical, Quadragesimo Anno[2], which celebrated the fortieth anniversary of the publication of Rerum Novarum, Pius XI praised the earlier encyclical because it had ‘boldly attacked and overturned the idols of Liberalism’ (ibidem, p.6). The two encyclicals did not go into detail about the arrangements of economic systems and they gave impetus to a wide range of proposals for neo-corporatisms that extended from a nostalgia for medieval economy to social-democrat compromises. A comparison of the economic ideas of Maurice Byé and François Perroux provides evidence that a common background could lead to diverse recommendations. In the first section we will present salient features of Byé’s vita. Then the second section we set out Byé’s criticism of Corporatism and his advocacy of “economic magistrature”. In section III, we summarize Byé’s contribution to the analysis of the multinational enterprises. Section IV is devoted to the opposition between the views of Perroux and Byé on European integration.

Section I: The making of an economics professor

Maurice Byé was born 1905 in Marseille, where his father was a civil servant. He studied economics in Lyons, obtaining a doctorate in 1928 with a thick thesis devoted to the law of non-proportional returns. The thesis encompassed the history of the law from the Romans to the 20th century through Quesnay and Turgot to Arthur Pigou, Piero Sraffa, and Allyn Young[3]. It was original enough to be reviewed in the Economic Journal by G.W. Daniels (1929), as well as in the Revue d’économie politique by Pierre Fromont (1930). G.W. Daniels, an economist whose works focused on the cotton industry, admired Byé’s history of the laws of variable proportion despite a slight reservation vis à vis his treatment of the British classicists: “A treatment of the classicists in which more emphasis is laid upon their tentative strivings after a wider generalisation than the law of decreasing returns, and in which the word caution is sometimes substituted for pessimism, would not be altogether inappropriate” (Daniels, 1929, p.608). Daniels was not convinced by Byé’s treatment of the modern contributors (esp. P. Sraffa), but his reservations must be put into perspective as Daniels rejected the modern understanding of the laws of returns. The French reviewer Pierre Fromont, an economics professor who specialized in agricultural economics, for his part, celebrated Byé’s study of the practical applications of the law of variable returns. “The most important of these is that enunciated by Marshall and developed by Pigou (Fromont, 1930, p. 150): subsidies to industries with increasing returns, taxation of industries with decreasing returns; for the latter, the purpose of the tax is to restrict production, and consequently to lower the cost of production.” (ibidem, pp. 150-1). Byé’s thesis follows closely the chronological development of the treatment of the law of variable returns and its theoretical part ended with the presentation of Sraffa’s argument (1925 and 1926) and its rebuttal by Pigou. After a century, this thesis stands out from the French theses of the time for its interest in the most recent English literature and for Byé’s collection of quantitative data in support of his argument.

As a sequel to his thesis, Byé wrote an article devoted to the Cambridge school of economics where he speaks about his meeting with Pigou in Cambridge during the summer of 1929. He was clearly an admirer of Pigou’s Economics of Welfare, whose tools he used later (see, Byé, 1929 & 1930).

 In 1932, he passed the “agregation” in the first rank –  a competitive national exam with a limited number of seats, given once every other year or so. He began to teach economics to the students of the Toulouse faculty of law, which included only 4 positions occupied by economists and which did not have any noticeable tradition. In October 1933, he married Marguerite Salgues de Géniès, scion of a family with roots in Quercy, increasing his anchoring in the Toulouse region. By the mid-thirties it seems that his roots in the region of Toulouse were becoming deeper as he launched the short-lived Revue de droit rural et d’économie Agricole with Gabriel Marty, a professor of law who later became president of the University of Toulouse. Due to his 1928 thesis, he was familiar with the review’s focus on the law of variable returns in agriculture from Quesnay and Turgot to Alfred Marshall. The two chief editors justified the creation of their review by referring to the importance of the agriculture in the economy – they evaluated the share of agriculture at 50% of total economic activity. As far as economics is concerned, Byé asserted:

“The magnitude of natural movements and the complexity of interventions call for a careful assessment: it is necessary to study the market objectively if one wants to know the magnitude of reactions to consumption and price movements, if one also wants to have the basis for accurate economic calculation, to measure the sacrifices made and to avoid disappointments, of which there are many examples”. Byé Marty, 1939, pp. 7-8.

The two editors, who had gathered the experts[4] available in the region of Toulouse and Montpellier, planned to publish 4 issues yearly – the first two issues were published in January and April but there was only one other issue in 1939 (July – December) as the war obviously interrupted the publication.

The rise of fascism and the Resistance

In Toulouse, Byé joined the milieu of non-conformist Catholicism (See Clement, xxx)[5]. He was clearly on the left wing of this galaxy and close, for example, to Mgr Saliège, who had begun to oppose antisemitism clearly and repeatedly as early as 1933. A speaker at the Conferences of the Semaines sociales de France[6], follower of the Popular Democratic Party (Parti démocrate populaire, PDP, a precursor of the French Christian Democracy) Byé was a founder in December 1938 of the New French Teams (Nouvelles Equipes Françaises or NEF) in Toulouse, whose purpose was to bring together Christian Democrats in the face of the increasing danger of Fascism. As the historian Françoise Mayeur put it, the NEF were the “resistance ahead of its time” (see Mayeur, 1982). After WWII, the NEF were involved in founding the Mouvement Républicain Populaire (French Christian Democracy), of which Byé was nicknamed its “economic guru” (Chappel, 2018, p. 221).[7]

A turning point in his career happened in 1937 when he joined the “French Missions” in Brazil. These missions supported the creation of the university of Sao Paulo in 1934 as France intended to maintain a long tradition of academic cooperation with Brazil. The French ministry in charge of the missions was especially concerned with French prestige in the social sciences. The missions of 1935 included a range of (future) luminaries (Ferdinand Braudel, for history, Claude Lévi Strauss, for philosophy and thereafter the nascent anthropology, and François Perroux for economics). After a first mission in 1937, Byé returned for a second mission on the eve of WW II in Porto Alegre. The mission had not been well prepared and eventually Byé went to teach at the university of Rio de Janeiro. When the war started, Byé wanted to take part but the French Ministry maintained the missionaries in Brazil. Dissenting from the Government of Vichy, Byé tried to join the Free French and he embarked on the SS Ile de France, a French ocean liner seized by the British after the fall of France and used as a troop ship. Byé and his family aimed to go to the Middle East to join the Free French Forces there. Thereafter he took part in the Campaigns in Italy and Germany.

His mission in Brazil had several consequences for the subsequent development of his thought. Two of them are very obvious: he met with Eugenio Gudin (1886-1986), an engineer turned economics professor, during his second stay in Brazil (1939-42). He helped Gudin draft a program for Brazil’s economics curriculum and wrote a preface to Gudin’s lectures (first edition, 1942). Byé emphasizes that “[t]he place taken by industrial agreements and monopoly capitalism, the positions conquered by the workers’ unions, the growing intervention of the State, no longer as guardian or arbiter but as Regent or Entrepreneur, have distorted the chains of classical « automatisms ». Therefore, the classical doctrines cannot be applied in their original form to solve the current problems, according to J.M. Keynes”[8] (Byé 1942, p. xiii). In this preface, Byé projects himself into the post-war period and tries to imagine what monetary framework would be the most appropriate. Unsurprisingly he defends an active monetary policy along the lines of the Cambridge school. His vision was somewhat anticipatory as Gudin represented his country at the Bretton Woods conference. Byé celebrates their friendship in the review of the second edition of Gudin’s book. With Gudin described as “mainly a practical man, essentially concerned with overcoming the underdeveloped condition of Brazil at the time” (Ribas Cavalieri, Cruz e Silva, Curado, 2021, p. 88), Byé had a model of a scholar playing a part in the public affairs of his country. Byé’s involvement with Brazil certainly also explained why he agreed to become Celso Furtado’s supervisor in 1945/6. The latter insisted on his intellectual debt to François Perroux as he had returned to France in exile in 1965 during the military government in Brazil but it is quite possible that the illness and the death of Byé were the cause of  Furtado’s apparent neglect of Byé.

These encounters increased his interest in the economic issues of developing countries and played an important part in his original ideas on international exchanges and the multinational firms.

After the end of WWII, Byé taught at the Sorbonne although formally his post remained at Toulouse. Eventually, it was transferred to the University of Paris, whose faculty of law had been less involved in the Resistance during the war. From 1948 onwards he published several editions of the textbook on international economic relations while maintaining an intense political activity in the Mouvement Republicain Populaire for whom he stood unsuccessfully for election as a member of parliament in the department of Ariege. However, he was an active member of the Conseil économique et social (Economic and Social Council), a consultative assembly, until his death. In June 1965, an influential leader of the Socialist Party called unsuccessfully for the formation of a large party including socialists, radicals and Christian democrats. Byé was among the few members of MRP leaning towards socialism who supported the project and committed themselves to continue in this direction even after the failure of the Defferre tentative (Pierre Letamendia, p. 143-5).

Section I. From a criticism of Corporatism to the advocacy of “economic magistrature”

There are many similarities between Byé’s career and that of Perroux but upon closer inspection, differences appear of long lasting nature. Both came to grapple with the interwar economic controversies. Following the 1929 crash, it was time to look for solutions or remedies to the diseases of capitalism. Perroux, who had taught in Lisbon and had befriended Antonio Salazar[9] devoted several studies to the economics of corporatism, as did Gaetan Pirou (1886-1946), another Sorbonne economist, editor in chief, with Charles Rist, of the Revue d’économie politique. Perroux’ Capitalisme et communauté de travail and Pirou’s Essais sur le corporatisme : Corporatisme et libéralisme; Corporatisme et étatisme; Corporatisme et syndicalisme, were reviewed by Byé[10] in the same issue of the Revue d’économie politique under the title ‘Capitalism, socialism, corporatism, command economy’. The reviews were a difficult exercise for a young professor vis-à-vis his older colleagues as even the title was an invitation to take sides between the various competing economic systems. Byé stuck to economic arguments from positive economics but he also unveiled his preferences based on normative economics (welfare economics). Whereas Pirou exhibited at least some understanding, and Perroux gave determined support to various forms, of corporatism, Byé rejected it, saying “the best it could provide would be to obtain the maximum of ophelimity”. Byé added “The value judgment made by G. Pirou on corporatism is much less favorable than that made elsewhere by M. Perroux. This is due, in part, to the fact that the former emphasizes the economic character of the regime, the latter the social character”.

Byé’s reviews were written in 1938, two years after the formation of the Blum government (Popular Front). His reservations vis-à-vis corporatism are well in line with the position he had defended in his article on plans he had published in Esprit in 1936.

In spite of the ideological appeal of vast frescoes, in spite of the necessity of ideal conceptions and revolutionary myths, only possibilist plans seem to be of immediate practical interest, because only they can bring together large enough families of minds, because only close objectives can be clearly conceived, because many forms of the present regime, in particular the principle of credit and the price mechanism, seem to us to be to be preserved [our emphasis], because, finally, the pluralism implied by the coexistence of several sectors corresponds to the reality of all times: do we not have at the present time capitalist, precapitalist, socialist economic regions; can we not think that structural variety is the very law of life?

This quotation illustrates the pragmatic approach that Byé adopted during his life: distrust of revolutionary myths, a preference for feasible plans and attachment to the price and credit system of market economies. Byé soon had an opportunity to reject the practical implementation of corporatism in a PhD he supervised in Toulouse (Mazières, 1938).

Byé had some reservations about a nostalgic or mythical vision of corporatism or an authoritarian conception of it. Nevertheless, some features that can be related to corporatism are to be found in the ideas Byé developed about the management of nationalized firms (Byé 1948a) and the resolution of conflicts involving some economic powers through an economic magistrature (Byé 1948b).

From November 1945 to April 1946 the first elected national assembly in post-war France voted for the nationalization of the Bank of France and four large deposit banks, public utilities, coal mines, and two thirds of the leading insurance companies. The organization of all these companies followed the pattern recommended by the CGT (General Confederation of Labor) in 1920. They were organized as autonomous, financially independent enterprises, and at the head of each was a tripartite board of directors composed of equal numbers of representatives of the state, the consumers and the employees. Three years later, Maurice Byé reported on the consequences of these nationalizations. He noted that, in spite of the disparity of the laws voted for, certain common tendencies could be identified, in particular the employment of the executives of the joint stock company and the adaptation of this corporate form to the public sector. But when going into the details of the organization of the various nationalized companies, he observed profound differences. These could be reduced, moreover, to two major  tendencies: the statist tendency, which put the management of the company more or less directly into the hands of the representatives of the State, and the “syndicalist tendency”, which rested on the postulate of the sovereignty of the board of directors: It envisaged a tripartite composition for this board, a composition in which the representatives of the staff groups, on the one hand, and of the users, on the other hand, could not be outvoted by the representatives of the state; the difficulty was then to ensure the unity of management and to cope with changes in the political support from the government[11]. To cope with this issue, in his conclusion, Byé refered vaguely to the responsibility of directors for the “common good”.

A few months later, Byé developed his ideas of an economic magistrature in a lecture presented to the Semaines Sociales, in Lille in 1948. The purpose of the lecture was to determine whether it was possible “to safeguard, along with economic efficiency, fundamental human freedoms”. He asserted that “the reality of imperfect competition, the reality of joint stock companies has necessarily led to this group capitalism” and feared that these economic powers would lead to an authoritarian state just as the absolute monarchy succeeded historically feudality.

In support of his proposal, he invoked Keynes, who recommended also avoiding an excessive concentration of power in the hands of the State:

I believe that in many cases the ideal size for the unit of control and organisation lies somewhere between the individual and the modern State. I suggest, therefore, that progress lies in the growth and the recognition of semi-autonomous bodies within the State – bodies whose criterion of action within their own field is solely the public good as they understand it, and from whose deliberations motives of private advantage are excluded, though some place it may still be necessary to leave, until the ambit of men’s altruism grows wider, to the separate advantage of particular groups, classes, or faculties – bodies which in the ordinary course of affairs are mainly autonomous within their prescribed limitations, but are subject in the last resort to the sovereignty of the democracy expressed through Parliament.(Keynes.1927, p.41).

As possible kinds of organization, he proposed the models of public corporations like the BBC or the British Transport Commission in Britain, or the Tennessee Valley Authority in the USA. He insisted that the directors should not be civil servants obedient to the order of the government. They had to be chosen by the government not only for their expertise but also for their independence. They were given a mission, “but the essential thing is that the mission defined is broadly enough, durably enough so that responsibilities can be established and supported, so that the interpenetration of the political and the economic can be erased” (Byé 1949, p. 207).

In line with the argument for an economic magistrature whose objective was to manage the great public firms, Byé, a long-standing member of the Economic and Social Council, repeatedly scrutinized the Council’s the actual missions and the part they could play in a modern democracy. The Council had no part in the adoption of statutes and regulations, but advised the lawmaking bodies on questions of social and economic policy. It was not elected by the citizens but most of its members were designated by trade-unions, employers’ organizations and various other associations while a few seats were reserved for experts chosen by the government. Byé was a very active member of the Council, which nevertheless inspired in him mixed feelings. The council had a corporatist flavour that he clearly did not appreciate, its functions overlapped with those of several other committees and its usefulness was dubious, for which reason in his conclusion he expressed the wish that it should return to its role defined in 1946 as “a place of confrontation and mediation that is particularly well placed to deal with collective work conflicts and to develop multiple forms of cooperation between groups”. Byé then took one last dig at the corporatist illusions:

 It seems that if it correctly fulfilled a consultative function responding to many of these wishes, the Economic and Social Council could not be reproached for being useless without it being necessary, for all that, for France to dissociate itself from the countries with the most reliable democratic traditions by conferring on it rights to which it does not have vocation. Byé, p. 919.

Section III. The origins of the analysis of the MNEs[12]

Maurice Byé, drawing on the traditions of French, and English, economics, developed a stimulating  analysis of the international firm in a series of papers, beginning with “The Large Interterritorial Unit in the extractive industry and its plans” (1955), then ‘‘Self-Financed Multi-Territorial Units and their Time Horizon’’ in 1957, published in English in 1958 and eventually included in the subsequent edition of  his textbook. It is necessary to say that Byé paid a warm tribute to Perroux at the beginning of his article in the Revue d’économie Politique: “Several among the most important concepts used in this report are due to François Perroux with whom we have been collaborating for many years, or have been elaborated jointly with him. They will be ascertained easily although the reference is not always given in due place”. (Byé 1957, p.1). Nevertheless, the elaboration of the concepts and their integration into economic analysis were  clearly done by Byé and has nothing in common with Perroux’ style.  Byé describes a ‘‘large unit’’ as ‘‘an organised set of resources depending on a single decision centre capable of autonomous action in the market’’ (Byé 1958a, p. 148). Thus the ‘‘large multiterritorial unit (LMU)’’ may not be a single firm—an important point given current attention to networks of firms (references) following single strategies, or ‘‘global factories’’. Byé however speaks throughout of large firms and concentrates particularly on the extractive industries. His key point is that ‘‘a large firm is one whose plans are to some extent independent of the market and which, by the same token, can choose the length of its planning period’’ (ibidem, p. 148). LMU’s do not simply react to market stimuli. Following Cournot, the firm is seen as a centre of decision making and planning. The conception is dynamic, because Byé, following Joan Robinson (1953), wants to include a theory of expectations.

The decisions made by LMUs therefore depend on prices, the rate of output, the length of the planning period and the rate of investment. The time horizon is seen as a ‘‘strategic variable in the behavior of the large firm’’ (Byé, 1958a, p. 149). Byé explicitly compares the decisions of LMUs with those of governments: ‘‘There is nothing absurd in comparing the decisions of such a firm, its optima, its growth, its foreign trade and its internal financing with those of governments responsible for the long-run objectives, optima, growth and control of the foreign trade of nations’’ (ibidem, p. 150).

Byé (1958a) goes on to provide a model of the LMU in the extractive industries. The model examines the optimum rate of extraction of existing reserves and the tapping of new reserves. The ability of LMUs to self-finance is related to the duration of exploitation—a composite of the time horizon of the firm and the level of uncertainty (including political uncertainty concerning nationalization). ‘‘Uncertainty also encourages geographical diversification’’ (ibidem, p. 159). The firm’s decisions on keeping resources in reserve, exploiting first its high-cost resources or its low-cost resources, depend on the marginal cost of developing resources and the financing of exploitation. Again, Byé comes back to the length of plan of the LMU as critical in developing and exploiting natural resources. Control over reserves is one source of the LMU’s power; the other is control over the market. Byé considers that cartelization is an attempt to coordinate the length of planning periods under the control of big (American) companies (ibidem, p. 167). The planning periods of LMUs may conflict with national governments. This will be reflected in the conflict between the LMU’s ‘‘balance of payments’’ (its exports, imports, profits and capital movements) versus the host countries’ balance of payments. For Byé, this conflict is not ameliorated by the development impact of LMUs on the host country. ‘‘Large international units do not really constitute ‘development poles’ in underdeveloped economies, but are merely very rich taxpayers’’ (ibidem, p. 174).

For Byé, international capital movements implied an over- lapping of ‘‘areas of private control’’ with ‘‘areas of public control’’ (ibidem, p. 174). He utilized the term ‘‘direct investment’’ when discussing U.S. Department of Commerce Statistics (ibidem, p. 175). ‘‘Direct investment is almost entirely financed out of the firm’s own profits and there are practically no transfers at all between one industry and another’’ (ibidem, p. 175). The intra-industry nature of FDI is forcefully noted: ‘‘There could be no other explanation for a situation in which capital returns are 17 per cent in the petroleum industry and 6 per cent in manufacturing industry’’ (ibidem, p. 175). The industrial organization explanation of FDI is latent in Byé’s 1958a paper. The world capital market clearly has strong, definite barriers to movement between industries. Byé also notes a two-way movement of capital within industries and the dualistic nature of development in poor countries caused by the enclaves of LMUs. LMUs are, however, a currency area phenomenon. ‘‘No LMU could cut itself loose from its currency area without modifying one of the fundamental data of its plans, namely its financing conditions’’ (Byé, 1958a, p. 177).

Byé’s final synthesis anticipates the later work of Hymer in suggesting an increasing concentration in the oil (or extractive) industries—‘‘If it is true that self-financing implies that only the most powerful firms can engage in international ventures; if these firms try to optimize their planning periods by maintaining high reserves/output rates; and if long plans can be profitable only in connection with a very large capital market and a very large consumption market—then the firms satisfying all these conditions must tend to acquire a growing part of world reserves’’ (ibidem, p. 177). Byé’s (1958) analysis focuses on (internal) finance and its relation to the time horizon of large firms as a key explanation for FDI, particularly in the extractive industries. Byé’s work places MNEs firmly within the industrial organization mode of analysis but also emphasizes currency area advantages. The solid differentiation between the LMU and its external markets (for finance, for resources) makes this rather curious role fit well within the Coasean internalization tradition. Its inferences for competition and more particularly for the restriction of competition anticipate Hymer’s emphasis on oligopoly and on the increasing power of autonomous MNEs.

Byé’s paper is not referred to in Hymer (1960) although Hymer later contributed a paper to a symposium organised by Byé, acknowledging the seminal significance of Byé (Byé 1958). Byé’s paper did not have a major impact on theorizing FDI and it became a neglected contribution, “largely because of its unorthodox approach” (Buckley, 2013, p. 72).

Section IV: Byé’s spatial and international economics and the European controversies

International economics was the field that Maurice Byé tirelessly explored after 1945 as soon as he became responsible for the textbook of the topic previously authored by or with Truchy (Byé Truchy, 1948). It is also in this field that he owed much to Perroux, while ”marking his originality. Space is a central point; as he put it in 1959: “The world does not represent a homogeneous space. Closer links are established between some regions of nations. These links are manifested, in static terms, by a particular intensity of internal commercial and financial exchanges, and in dynamic terms, by more intensive economic or growth impulses” (Byé, 1959, p.417). Already in 1950, he emphasized: “The importance of the notion of economic space and the absence of a spatial economy were highlighted by F. Perroux [1950]. [..] . On many other essential points, (macro-decision, dominant economy, notion of development) the present article owes much to the printed works, to the lecture notes kindly communicated by our excellent colleague and friend” (Byé 1950, p. 122). Similarly, Byé stressed the importance of the “growth pole, essential, in our opinion, to the understanding of growth and economic development, [..] analyzed on several occasions by François PERROUX” Byé, 1958, p. 197). But in the same place, Byé stressed his “fundamental divergences on the solutions advocated for the « small Europe” (ibidem).

The major divergence between Perroux and Byé can be found in their attitudes to European integration after WWII, which crystalized around the European Coal and Steel Community (ECSC), a European organization created after World War II to regulate the coal and steel industries. Following the Schuman Declaration of May 1950, the ECSC was formally established in 1951 by the Treaty of Paris, signed on 18 April 1951 by Belgium, France, Italy, Luxembourg, the Netherlands, and West Germany. It was based on the principle of supranationalism and started a process of integration which ultimately led to the creation of the European Union, or in Robert Schumann’s words “a first step in the federation of Europe”[13].

It is not easy to disentangle the various arguments around European integration. In his 1950 paper Byé was one of the few economists to discuss the pros and cons of the tariff unions. He was well equipped to deal with these topics, not only because he specialized in international economics, but also because he had experienced the negotiations between France and Italy to create a tariff union between these two countries.[14]  In his very complete analysis of customs unions, Byé was the first to note “the possibility of internal and external economies” (Balassa, p. 106). He was very cautious vis-à-vis the general institutional framework of the union but he imagined a case where these economies could be obtained via intra-industry trade without any assumptions about the mobility of factors. It is worthwhile noting that intra-industry trade, which differs from the orthodox models of international trade, was quite new in 1950. Byé imagined the following example:

 This would be the case, for example, if French industry specialized in the manufacture of certain models of passenger cars and Italian industry in certain models of tractors, if some weaving was done in Italy and some in France…

External economies of this sort would have the same effect on prices, costs and tariffs as the internal economies previously reported. (Byé 1950, p.135).

Byé’s argument for the customs union did not rely only on the expected economic benefits. He insisted on the necessary convergence of the political union with the economic one as the part devoted to the States would be essential. Indeed, the customs union could be detrimental to some countries involved with the Union and/or to some regions of these countries, as inevitably “any modification of the economic space poses a problem of localization” (ibidem, p. 144). Therefore, any contractual union cannot work without targeting the making of a federal union. Consequently, he recommended “the stepping-up of state intervention” as noted by Balassa (p. 9). The conclusion reached by Byé 1950 runs as follows :

The realization of a union would seem to require effective and continuous intervention by the states, the coordination of these interventions internally if, and as long as, the union is purely contractual, the coordination of the plans of the union and of external plans if important external investments can be assured. (Byé 1950, p. )

Byé repeatedly developed his concerns with regional economies during the following years as it appears clearly in the ECS :

[Byé said]  in October 1954 that the government’s new system of regional development aid needed to expand its initial focus on unemployment to include ‘the full measure of inequalities’—revenue, productivity, and consumption of things like cars, electricity and education—’a bit like…evaluations of underdeveloped countries. (Wendel, p. 300).

In 1958, he enlarged his reflections on development and integration as he noted that “to the scheme of a centrifugal distribution of capital the activity of some poles opposes the reality of a centripetal movement. A reality that is not only registered within nations; but also in the international economy”[15] (Byé 1958, p.197).

In order to cope with the fear that “the creation of a European Territory would not start a new process of economic concentration similar to that which built Paris opposite the French desert” (Byé, 1958, p. 196), he concluded that:

since no major investment in Europe today can be considered likely to be determined, directed and located by current market incentives alone, a policy [..] is necessary.  But one characteristic, however, of this European spirit, is that it cannot consider as secondary the specific conditions of development of the integrated national economies. Europe must be made for its nations, not against them. It must therefore, whatever the doctrinal postulates, coordinate national investment policies, not destroy them or condemn them to failure (ibidem, p. 212).

The mobilization of spatial and international economics including Perroux’s concepts in favor of “little Europe” was at odds with Perroux’s own stance against the ideas developed in his 1954 L’Europe sans rivages (Europe unbound by seas). As Bartoli (1954) wrote, “The book was a shocker”. Indeed, Perroux gathered every possible argument to criticize the European integration that began with Francital and the Benelux, then the European Coal and Steel Community. Neither the pursued goals nor the feasibility of the project found favor in his eyes and he opposed up front this “little Europa”, which he considered as a rump state proposing a grandiose vision of a Europe unbound. For Perroux, the advocates of « little Europe » were « reactionary » and not « revolutionary ». They proclaimed the nation an outdated economic and social category, but they conceived Europe as another nation. They enclosed Europe in a closed space and did not see that Europe « is not so much a field as a seed that we must germinate, a task that we must accomplish together » (p.395). Against this “little Europe”, Perroux defended another vision of Europe, “this place of the world between all privileged, where have met for a fertile alliance and for too apparent deviations, the technique that enslaves the material world and the ideal of the open society” (p.389). It becomes itself « in the movement by which it imagines, discovers, invents, organizes the world; it is curiosity, desire, construction, radiation, or it is nothing » (p.386).

Actually, the opposition between Little Europe and Europe without shores was included in “the duality of criteria, as laid down in the Treaty of Rome. On the one hand, the European Union is geographically embedded, since it is on the continent of Europe. On the other hand, the criteria for membership – democracy and an economy able to be integrated – are universalistic and point beyond a limitation to contiguous territory. […]  But what is the real ‘Europe without shores’ if not the whole planet?” (Pierre Hassner, 2000, p.45).

Half a century later, the debates on the purpose of the European Union are still vibrant and the EU remains fragile, but one has to admit that the proponents of European integration have proved more realistic and successful than Perroux and can boast a remarkable achievement, surpassing Perroux’ fears and criticisms.

Conclusion

The trajectory of Perroux and Byé did not fit perfectly with the definition of Catholic economic thought given by Almodovar and Texeira (2008). Their works did not belong to “the authorized documents by the church hierarchy” nor to the “documents produced by Catholics in an attempt to develop and apply the church’s social teaching”. Neither Perroux nor Byé aimed explicitly “to develop and apply the church’s social teaching” despite the fact that they were regular speakers at the Semaines sociales, which are defined as “a place for meeting, training and debate on Christian social thought”[16]. Nevertheless, they partook in the Catholic economic goal to find a third way between liberalism and socialism, the “twin evils” denounced by Pope Leo XIII. Leo XIII advocated associations of employers and workmen which would draw the two classes more closely together paved the way for various forms of corporatism. Perroux embraced the cause of corporatism and did his best to implement it in Vichy France while Byé, already in the thirties, expressed reservations vis à vis the corporatist proponents. After WWII, their positions were more in line: Perroux’s commitment to corporatism became more discreet and he took part in CES and advocated a role for experts in the determination of plans not very different from Byé’s economic magistrature. Similarly, both became increasingly interested in economic development issues following the evolution of the Catholic church under the impulse of Dominican Father Louis-Joseph Lebret, whose model of “integral development” would eventually find expression in Paul VI’s encyclical Populorum Progressio published on March 26, 1967 (Sarah Shortall, 2021, p. 165).

In the end, the great divergence between the two authors lay in their appreciation of European integration. In the case against the Little Europe stated by Perroux in L’Europe sans rivages, many parts of the arguments seemed aimed at Byé despite Perroux’s repeated protests of friendship. Two decades after the Treaty of Rome, Perroux concluded his re-reading of his book with the reassertion of the utopian character of Europe « the ideal that constitutes it, that gives it its being, the rational activity in the service of the militant universal, is not localized as a material treasure » (Perroux [1979] p. 821). This stance is far away from Byé’s many efforts in favor of European integration, for which he mobilized the tools provided by the welfare economics. Byé’s contributions to economic analysis therefore deserve more attention than merely including him within the Perroux school.

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[1]https://www.vatican.va/content/leo-xiii/fr/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_15051891_rerum-novarum.html. « Corporatism is a body of normative economics promoted by the Roman Catholic Church from the late 19th century through the mid-20th century as a Third Way, in overt opposition to Protestant liberalism and atheist socialism” (Morck  -Yeung, 2010, p.4).

[2]https://www.vatican.va/content/pius-xi/en/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_19310515_quadragesimo-anno.pdf

[3]Byé (1928) includes references to Pigou’s Industrial fluctuations (1927) or ‘Laws of increasing and decreasing costs (Economic Journal), 1927, besides the various editions of The economics of welfare, and to Sraffa’s papers “Relazioni fra costo e quantita prodotta”, Annali di Economia, 1925-6 and “Laws of returns under competitive conditions”, Economic Journal, 1926.

[4]Among the authors, one finds a paper on direct taxes written by Byé’s father-in-law who was a honorary inspector of direct taxes.

[5]The non-conformists of the 1930s were groups and individuals during the inter-war period in France who were seeking new solutions to face the political, economic and social crisis. The name was coined in 1969 by the historian Jean-Louis Loubet del Bayle to describe a movement which attempted to find a « third (communitarian) alternative » between socialism and capitalism (Loubet del Bayle, p. ).

[6]The SSF were launched in 1904 by Marius Gonin, a social Christian activist from Lyons. The SSF are placed under the under the auspices of the local bishop and opened by a Papal message.  They are conceived as a travelling university where, each year, in a different city, lectures and debates would be held on issues that questioned Christian social thought. Byé was a regular speaker at most of the SSF from 1936 onwards.

[7]Chappel stresses the evolution of the Catholic economic and political thought after WWII from “the liberation of the human person” to a “developmentalist framework” and illustrates this evolution by a lecture given by Byé to a MRP congress in 1954 (Chappel, p. 220-1).

[8]Byé refers explicitly to Keynes’ criticisms of “Those who see no difficulty in this-like those who saw no difficulty in Great Britain’s return to the gold standard-are applying the theory of liquids to what is, if not a solid, at least a sticky mass with strong internal resistances” page 6, Keynes, 1929. Byé had presented a lecture to the Semaines sociales de Rouen in July 1938 on the topic : “Economic Freedom applied to changes: the three regimes”, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4433766/texteBrut  

[9]A Portuguese economist who served as prime minister of Portugal from 1932 to 1968.

[10]Maurice Byé, Revue d’économie politique, Vol. 52, No. 2 (1938), pp. 468-470.

[11]From September 1944 to September 1948, there were seven heads of government, not to mention the change of coalitions.

[12]We follow Buckley 2011.

[13]https://european-union.europa.eu/principles-countries-history/history-eu/1945-59/schuman-declaration-may-1950_en

[14]This projected union called Francital was supported by the two predominantly Christian democrat governments . The aim was to create ”a unified market of 95 million consumers” (cf. Bertrand & alii, 2019). Byé mentioned that he had been the representative of the Conseil économique in the negotiations and had written a report on this topic for the Conseil on 24-25 May 1949 (Byé 1950,p. 121)

[15]Byé used rarely the word “third world”, initially coined by Alfred Sauvy in 1952, but he set out many examples suggesting that the underdeveloped countries suffered from a deterioration of the terms of trade (see Byé 1965) and that they were actually plundered by the developed countries, well in line with the ideas developed by Dominican Father Louis-Joseph Lebret, founder with Perroux of Economie & Humanisme (cf. Giuliana Chamedes,2015).

[16]https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/vivre-sa-foi-a-tous-les-ages/vivre-en-chretien/521015-les-semaines-sociales-de-france/

Dédicaces et géographie académique à l’université Toulouse Capitole (par Ph. Delvit)

Philippe Delvit, Professeur des Universités, université Toulouse Capitole

philippe.delvit@ut-capitole.fr

Pourquoi donc ces notices ?

En 2007, la Mission Archives de l’Université Toulouse 1 Sciences sociales (c’est le nom de l’institution depuis sa création en 1971) propose à la Présidence de rendre visibles et explicites les dédicaces faites à des moments et pour des occasions très variables. Des plaques de verre sablées devaient accueillir les notices ci-dessous ; le portrait (photographie ; peinture ; dessin ; gravure, …) ; la signature de l’intéressé : un ensemble identifiant. Bref, rien ne se fit en définitive.

Mais les dédicaces sont toutes restées dans la géographie académique, et ont été rejointes postérieurement par d’autres.

 FRANÇOIS DE BOUTARIC

(Figeac, Quercy, aujourd’hui département du Lot, 1672 -Toulouse, 1733)

Issu d’une famille de notables, il fait son droit à l’Université de Cahors (1690-1692, qui sera supprimée au XVIIIe siècle.

Avocat à Toulouse, il effectue un long séjour à Rome (1695-1696), ville dans laquelle son père, avocat et banquier, a des intérêts. De retour à Toulouse, il s’affirme comme l’un des meilleurs avocats de la place. Ses aspirations ne sont pas que du Barreau, ni de la Faculté : il est capitoul en 1707, distingué à nouveau en 1710. Alors premier capitoul, il préside le conseil de bourgeoisie, qui à Toulouse est l’organe politique de la ville.

Professeur à la Faculté de droit depuis 1712, il enseigne le droit civil et canonique, ainsi qu’à partir de 1715, le droit français. Auteur de nombreux ouvrages, dont en 1743 une Explication de l’ordonnance de Louis XIV concernant le commerce, ses activités de plume firent sa renommée autant de son vivant qu’après sa mort. Il est l’un de ces docteurs du droit dont s’honore Toulouse, les Doctores Tholosani

Salle François de Boutaric

Délibération de la Faculté de droit, 2006.

GEORGES BOYER

(Toulouse, 1896 – Toulouse, 1960)

Issu d’une famille qui illustre, avant et après lui, les professions et la passion du droit, il s’adonne à cette discipline, mais est aussi licencié ès lettres, en histoire et géographie. Ses études lui ouvrent en 1922 les portes de la prestigieuse Fondation Thiers : il est l’un des pensionnaires de sa 26e promotion.

La philologie, le droit canonique l’amènent à la Faculté de droit de Paris, où il est assistant. Diplômé de l’Ecole des hautes études, il est agrégé (1926). D’abord nommé à la Faculté de droit de Lyon (1926-1927), puis à celle de Toulouse (1927), il y fait carrière, professant le droit civil, le droit romain, mais aussi l’histoire des faits économiques et celle du droit public Il dispense également des enseignements à la Faculté des lettres de cette ville.

Il est doyen de la Faculté de droit de Toulouse de 1949 à 1954, et en reçoit l’honorariat.

Amphithéâtre Boyer, 1987

PAUL COUZINET

(Toulouse, 1900 – Toulouse, 1977)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, il y obtient la licence (1923). En 1928, il soutient devant la Faculté de droit de Paris une thèse en sciences politiques, La réparation des atteintes portées à la propriété privée immobilière par les groupements administratifs. Chargé de cours à la Faculté de droit de Toulouse (1929-1932), et de Bordeaux (1932-1934), il obtient l’agrégation en droit public (1934). Détaché pour trois ans à l’Ecole supérieure de droit de Hanoi, hier capitale du Tonkin, aujourd’hui du Vietnam, il y professe les matières de droit public, avant de revenir à Toulouse (1938).

Il y enseigne désormais le droit administratif, le droit international public, l’histoire des doctrines économiques.

Après avoir été directeur du Centre universitaire d’études administratives et politiques de la Faculté de droit de Toulouse, il contribue à en obtenir la transformation en Institut d’études politiques. Il en est le premier directeur, de sa création en 1948, à 1955.

Amphithéâtre Paul Couzinet, 1987

JACQUES CUJAS

(Toulouse, 1522 – Bourges, Berry, aujourd’hui département du Cher, 1590)

Considéré à juste titre, en son temps et depuis lors, comme l’une des autorités qui a renouvelé l’étude du droit romain à son époque, il enseigne cette matière à Toulouse (1547-1554), après l’avoir abordée comme étudiant. Candidat malheureux à l’obtention d’une chaire à Toulouse, il enseigne à défaut et par parenthèse à l’Université de Cahors, avant de rejoindre Bourges (1556). Il n’y reste qu’un an, donne alors ses enseignements à Valence (1557-1560), revient à Bourges, où il enseigne jusqu’en 1566. De famille catholique, mais sensible au message des Réformés, marié à la fille d’un médecin juif, Cujas est souvent menacé pendant les guerres de religion, qui désolent la France à partir des années 1560. Il s’installe finalement à Bourges, où il achève sa carrière.

Amphithéâtre Jacques Cujas, 1987

JEAN DAUVILLIER

(Epinay-sur-Orge, Seine-et-Oise, aujourd’hui département de l’Essonne, 1908 – Toulouse, 1983)

Lycéen brillant à Louis-le-Grand, il est lauréat de la Faculté de droit de Paris, et y est nommé assistant. Docteur en droit (1933), il est honoré du prix de thèse de cette Faculté. Elève de l’Ecole des langues orientales anciennes (1933-1935), il est aussi diplômé de l’Ecole pratique des hautes études (1935).

Agrégé (1937), il est en poste à Montpellier, mais détaché à Toulouse. Il est définitivement affecté dans cette dernière Université en 1940. Savant connaisseur des langues anciennes de l’Orient, chercheur d’exception, il professa en droit civil, romain, canonique. Ce dernier domaine avait sa prédilection, il y a déployé une autorité reconnue par tous. Servie par l’intime connaissance des textes qu’il abordait dans les versions multiples léguées par le temps, par les qualités de synthèse qui étaient les siennes, il donna à l’étude des chrétientés orientales un élan très remarquable.

Amphithéâtre Jean Dauvillier, 1987

MICHEL DESPAX

(Toulouse, 1929 – Toulouse, 1997)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, ses goûts et ses préoccupations le portent très tôt vers le droit du travail, discipline en perpétuelle mutation : il y consacre des recherches précoces et soutient en 1956 sa thèse de doctorat,  L’entreprise et le droit.

Agrégé en 1957, il est nommé professeur à Toulouse, et détaché à l’Institut des hautes études de Tunis (1957-1962). De retour à Toulouse, il se consacre au droit du travail et de la sécurité sociale, anime des synergies entre juristes et économistes. Il créée avec le professeur Jean Vincens le Centre d’études juridiques et économiques de l’emploi.

Il est directeur de l’Institut des études juridiques de l’urbanisme et de la construction (1973-1996). Précurseur inspiré des études relatives au droit de l’environnement et à l’écologie, il en devient l’un des spécialistes reconnus, et l’un des juristes bâtisseur d’un droit de protection de la nature.

Il est le troisième président de l’Université des sciences sociales (1978-1983).

Amphithéâtre Michel Despax.

CHRISTIAN DUPEYRON

(Castres, Tarn, 1942 – Toulouse, 2006)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, il en gravit tous les échelons ouverts par le cursus académique, la licence en 1965, le DES en 1966, le doctorat en 1971, avec une prédilection marquée pour le droit privé. Sa thèse, La régularisation des actes nuls, est couronnée par les éloges du jury. Egalement inscrit à l’Institut d’études politiques, il en est diplômé (1964).

Assistant (1966), il devient maître de conférences, puis en 1975 obtient l’agrégation de droit privé. Professeur titulaire depuis 1977, il va porter pour l’Université le dossier complexe de la Manufacture des Tabacs, espace d’abord promis à la destruction, et finalement intégré pleinement à l’Université, après des travaux de vaste ampleur.

Amphithéâtre Christian Dupeyron

Conseil d’administration UT1, 2007

 HENRI DUPEYROUX

(Montauban, Tarn-et-Garonne, 1899 – Toulouse, 1942)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, il y obtient la licence en 1918. Mobilisé dans la Marine, il participe aux derniers mois de la guerre. Revenu à la vie civile, il reste dans ce ministère de la Marine, tout en préparant sa thèse, Faute personnelle et faute du service public. Il la soutient en 1922 devant la Faculté de droit de Paris, qui l’honore du prix de thèse. Reçu premier à l’agrégation de droit public (1928), il est bientôt en charge à Montpellier, puis rejoint Toulouse, où il occupe la chaire de droit administratif (1935). Il professe également en législation industrielle, et en droit public général.

Au-delà de ses enseignements, il se fait un devoir d’intervenir dans le champ social qui a sa préférence, celui de la famille.

Amphithéâtre Henri Dupeyroux

MAURICE HAURIOU

(Ladiville, Charente, 1856 – Toulouse, 1929)

Etudiant le droit à la Faculté de Bordeaux, il y obtient sa licence (1876), puis son doctorat (1879). Agrégé (1882), il est nommé à Toulouse. Il y occupe à partir de 1888 la chaire de droit administratif.

Il est élu doyen de la Faculté de droit en 1906, fonction qu’il exerce jusqu’en 1926, date de sa retraite.

Maurice Hauriou est l’un des maîtres les plus reconnus du droit administratif du début du XXe siècle, autant que l’une des autorités du droit constitutionnel de la période : on parle alors de l’Ecole de Toulouse de la puissance publique.

La théorie de l’Etat, comme la théorie de l’imprévision, qu’il dégage en 1916 à travers l’arrêt « Compagnie générale d’éclairage de Bordeaux », restent des références invoquées encore aujourd’hui par de lointains et actuels disciples. Un buste a été après son décès installé au cœur de la Faculté de droit originelle, dans le parc qui agrémentait cet espace académique.

Salle Maurice Hauriou, 1929

Conseil de la Faculté de droit de Toulouse, 1929

PIERRE HEBRAUD

(Nîmes, Gard, 1905 – Toulouse, 1983)

Après des études secondaires à Perpignan et Toulouse, il est étudiant remarquable de la Faculté de droit de cette ville (1922), cela malgré et avec la cécité qui le frappe. Licencié (1925), il y obtient en 1929 le prix de thèse pour la recherche qu’il a présentée, L’autorité de la chose jugée au criminel sur le civil. Diplômé des Instituts de criminologie de Paris et Toulouse (1930), il est agrégé en 1931. En charge à la Faculté de Poitiers, il professe le droit romain, la législation coloniale, la procédure et les voies d’exécution, puis à partir de 1935 à Toulouse le droit civil : il en occupe la chaire à partir de 1937.

Il est directeur de l’Institut d’études judiciaires de la Faculté de droit (1962-1973).

Amphithéâtre Pierre Hébraud, 1987

GUY ISAAC

(Meknès, Maroc, 1940 – Budapest, Hongrie, 2000)

Etudiant de la faculté de Droit de Toulouse, il en est lauréat. Il mène de concert des études à l’IEP de la même ville. Il est docteur en droit et science politique (1966), agrégé (1968), maître de conférences (1969), professeur des Universités (1972).

Publiciste, spécialiste du droit communautaire, il est élu en 1983 quatrième président de l’Université des sciences sociales (1983-1989). Il est ensuite adjoint au maire de Toulouse, en charge des relations internationales (1989-1993).

Recteur de l’académie de Besançon (1993-1995), il exerce plus tard la même fonction à Clermont-Ferrand (1995-1999). Il décède à Budapest, au cours d’une mission universitaire.

Amphithéâtre Guy Isaac, 2000

JULES MARSAN

(Marseille, Bouches-du-Rhône, 1867 – Arcachon, Gironde, 1939)

Elève de l’Ecole normale supérieure, il est d’abord en poste à Aix-en-Provence dès l’agrégation passée et Toulon. Il est nommé en 1893 à Toulouse, et s’y installe. La ville est autant le lieu de son domicile, que la Faculté des lettres le théâtre de sa longue carrière universitaire. Docteur ès lettres, chargé de conférences en littérature latine (1898), professeur (1907), la littérature et la langue française sont ses domaines privilégiés d’enseignement. Spécialiste de la littérature romantique, il est un personnage en vue du Toulouse intellectuel de l’entre-deux guerres. Doyen de la Faculté des lettres de 1931 à 1937, doyen honoraire après sa retraite, son nom est donné en novembre 1939 à l’amphithéâtre de sa Faculté. Cette dédicace a été conservée lorsque le lieu est entré dans l’espace de l’Université des sciences sociales.

Amphithéâtre Jules Marsan

Conseil des professeurs de la Faculté des lettres, 1939

GABRIEL MARTY

(Armissan, Aude, 1905 – Toulouse, 1973)

Très jeune étudiant de la Faculté de droit de Toulouse (1921-1929), il est aussi licencié ès lettres, puis docteur en droit (1929). Il est agrégé des Facultés de droit en 1931, section droit privé.

Professeur à Grenoble, il va rester fidèle à Toulouse à partir de 1935. Avocat depuis 1924, il y ouvre un cabinet. Il sera élu par ses confrères bâtonnier du Barreau de Toulouse, et président de la conférence des bâtonniers de province.

Il enseigne aussi à l’Ecole française de droit du Caire (1937-1938), plus tard à Turin.

Directeur de l’Institut des techniques économiques (1944), il fonde l’Institut de droit comparé, dirige le Centre de philosophie du droit. Il est élu doyen de la Faculté de droit (1957). A ce titre, il pilote le dossier qui mène à la construction de la nouvelle Faculté de droit et des sciences économiques, à sa transformation en université. Il a créé dans l’intervalle l’Institut des études juridiques de l’urbanisme et de la construction (1965), qu’il dirige jusqu’à son décès.

Il devient le premier président de l’Université des sciences sociales (1971). Il meurt en charge (1973).

Salle Gabriel Marty- 1979

JACQUES MAURY

(Ginestas, Aude, 1889 – Toulouse, 1981)

Etudiant à Toulouse, docteur en droit de cette Faculté, il est agrégé en 1920, section droit privé et droit criminel. En poste à la Faculté de droit de Poitiers, il y assure des enseignements en droit criminel (1921).

Revenu à Toulouse (1923), il œuvre en droit international privé, droit civil comparé, droit public général. Directeur de l’Institut de droit comparé des pays latins (à partir de 1925), il s’élève publiquement en 1940 contre le statut des juifs. Il est après la guerre élu doyen de la Faculté de droit de Toulouse (1947-1950). Ses collègues lui attribuent postérieurement l’honorariat de la Faculté de droit et des sciences économiques de Toulouse.

Amphithéâtre Jacques Maury, 1987.

ACHILLE MESTRE

(Toulouse, 1874- Paris, 1960)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, il y obtient la licence. Docteur de la Faculté de droit de Paris, il est agrégé des Facultés de droit en 1899, et nommé à Lille. Il rejoint Toulouse et y laisse le souvenir d’un juriste aussi remarquable par ses travaux, que par ses enseignements (1900-1922).

Il effectue le reste de sa carrière à la Faculté de droit de Paris. La législation financière, le droit public économique, l’histoire des doctrines économiques, le droit administratif, le droit constitutionnel, les services publics, et même la TSF à une époque où le droit de la radio était balbutiant (1927), ont été parmi ses centres d’intérêt, de recherche, d’enseignement, et de publication.

Professeur honoraire des Facultés de droit de Paris et Toulouse.

Amphithéâtre Achille Mestre, 1987

PIERRE MONTANE DE LA ROQUE

(Toulouse, 1921 – Verfeil, Haute-Garonne, 1981)

Etudiant de la Faculté de droit de Toulouse, il y présente en 1948 sa thèse, L’inertie des pouvoirs publics. Le titre indique la dilection pour le droit constitutionnel, et la science politique, deux des domaines d’action de ce professeur, même si le droit d’Outre-Mer, nouvelle appellation de l’ancien droit colonial, est sa première spécialité de rattachement.

A partir de 1957, il est directeur de l’Institut de législation et d’économie rurales créé l’année précédente, à un moment où le monde de la terre qu’il connaît bien bascule dans la modernité.

Amateur de sport, et particulièrement de rugby, on lui doit largement la présence des activités physiques et sportives à l’université.

Il porte en 1973 le projet de nouvelle filière Administration Economique et Sociale, qu’il dirige jusqu’à sa disparition.

Amphithéâtre Pierre Montané de la Roque, 1981

PAUL OURLIAC

(La Réole, Gironde, 1911 – Toulouse, 1998)

Etudiant des Facultés des lettres et de droit à Grenoble et Paris, il intègre l’Ecole nationale des chartes. Archiviste-paléographe, il soutient en 1936 sa thèse, Le droit privé avignonnais aux XIVe et XVe siècles. Agrégé des Facultés de droit, il passe également par l’Ecole française de Rome (1937-1938). Le directeur en était depuis 1937 le romaniste Jérôme Carcopino (1881-1970). Ce dernier fit appel à lui pour être son directeur de cabinet à Vichy lorsque l’amiral Darlan appela Carcopino au secrétariat d’Etat à l’Education nationale et à la Jeunesse (1941-1942). Triste époque qui vit s’appliquer les lois d’exclusion dans et hors de l’Université.

Ses cours, travaux, recherches, publications en histoire du droit, et en droit, rural, privé, canonique, ne l’empêchent pas de se consacrer à l’Institut d’études politiques de Toulouse, dont il est le deuxième directeur (1955-1980), ni à l’activité politique. Il est premier adjoint au maire de Toulouse Pierre Baudis (1971-1977), après en avoir été antérieurement conseiller municipal de la même ville.

Membre de l’Institut de France, il consacre une retraite studieuse à l’édition des textes d’histoire méridionale au sein de l’Institut d’études méridionales de l’Université Toulouse-le-Mirail. Dès son décès, son nom est donné à l’un des amphithéâtres nouvellement construits.

Amphithéâtre Paul Ourliac, 1998.

PIERRE RAYNAUD

(Castres, Tarn, 1910- Toulouse, 1991)

Après des études secondaires à Castres, il est étudiant de la Faculté de droit de Toulouse. Il soutient devant elle sa thèse, La nature de la dot. Essai de contribution à la théorie générale du patrimoine (1934). Reçu premier à l’agrégation des Facultés de droit en 1937, il est aussitôt en poste à Toulouse (1937).

Détaché à l’Ecole française de droit du Caire (1946-1950), il retrouve pour quelques années la Faculté de droit de Toulouse, avant de rejoindre celle de Paris (1955), où il accomplira le reste de sa carrière. Il assure à partir de 1965 la direction de l’Institut d’études judiciaires de cette Faculté.

Son engagement personnel le conduit à la présidence de l’Association française pour la sauvegarde de l’enfance (1967).

Amphithéâtre Pierre Raynaud, 1987

PIERRE VIGREUX

(Gournay-en-Bray, Seine-Maritime, 1906 – Toulouse, 1995)

Etudiant à Paris, il y obtient la licence en droit en 1928, qu’il complète par les diplômes d’études supérieures d’économie politique (1929), de droit public (1929) et privé (1932), ses préférences le portent très tôt vers le domaine de la finance et de ses mécanismes. Sa thèse de doctorat, Le crédit par acceptation, est soutenue en 1931. Elle est sur le moment spécialement distinguée par la critique et les connaisseurs.

La publication de plusieurs ouvrages et de nombreux articles lui vaut d’être chargé de cours à la Faculté de Poitiers (1935-1938). Il obtient l’agrégation des Facultés de droit en 1938, dans la section des sciences économiques. En poste à Bordeaux, il rejoint Toulouse, qu’il ne quittera plus, en 1941.

Il est directeur de l’Institut de préparation aux affaires, noyau fondateur de l’IAE, de la création qu’il a portée en 1955, à 1978.

Amphithéâtre Pierre Vigreux

Conseil d’administration UT1, 2007

Un portrait d’Alexandre Mérignhac (1857-1927)

Un itinéraire toulousain…

De la rue Vélane à la Faculté de droit et au bureau décanal

Un portrait d’Alexandre Mérignhac (1857-1927)

Par Philippe DELVIT – Professeur des Universités – Université Toulouse Capitole

Depuis 1887 à la Faculté de droit de Toulouse, le professeur Alexandre Mérignhac est l’un des maîtres du droit international dans les années de ce premier XXe siècle.

La galerie de portraits initiée par le doyen Antonin Deloume (1836-1911, doyen 1900-1906) dans la salle Hauriou au début du siècle dernier lui fait d’ailleurs honneur.

En tenue académique, décorations arborées, une toile rappelle sa mémoire. Transcrit postérieurement sur l’œuvre, son nom y est orthographié de manière fautive, A MERIGNAC, peut-être licence française à côté de la graphie d’origine occitane.

Le professeur Merignhac est de son vivant un acteur important du droit public et du droit international. Il est « une voix de la paix », comme le dit l’exposition virtuelle construite pour le centenaire de la Première guerre mondiale, « Des facultés sur le front du droit », construite par la Bibliothèque Cujas-Paris I en partenariat avec d’autres acteurs, dont le CTHDIP UT Capitole. Le professeur Devaux y trace les années d’une carrière qui avant, pendant, après le conflit, veut agir pour la paix et le droit des gens.   

Portrait d’Alexandre Mérignhac (1857-1927) – UT Capitole

Au détour d’un événement mystérieux, parfois le hasard comble d’aise et augmente le patrimoine.

Une pièce se révèle, un objet se découvre, un legs est fait, un don est consenti.

Ainsi en fut-il pour le professeur Mérignhac.

Car un nouveau portrait d’Alexandre Mérignhac a rejoint l’Alma Mater en février 2019.

Un descendant de l’universitaire, son petit-fils, a fait part à la présidente de l’Université le professeur Mascala (2016-2020) de son désir de donner à l’institution un portrait de son grand-père. La Mission Archives-Patrimoine a immédiatement noué le contact avec le donateur, et a procédé séance tenante à la récupération de l’œuvre, une sorte d’original double du tableau de la Salle Hauriou, mais fort bien mis en valeur celui-là par un beau cadre.

Toulouse, le 21 février 2019

Philippe Delvit

Professeur des Universités

Chargé de mission Archives Patrimoine

A

Jacques Delacroix

Objet : votre courrier du 19 février

Tableau représentant le professeur Merignhac

Monsieur,

Madame la présidente vient de me transmettre votre courrier.

C’est avec reconnaissance que l’Université accepte votre proposition de don.

L’Université s’honorait déjà de posséder un tableau de Monsieur votre grand-père.

Mais il sera particulièrement intéressant de compléter l’évocation de ce membre éminent de la Faculté du début du siècle dernier avec cette représentation nouvelle.

Je me tiens à votre disposition pour évoquer avec vous la façon la meilleure de procéder au transfert de ce tableau à l’Université.

Dans l’attente, croyez, Monsieur, à l’expression de mes respectueuses salutations.

Quelques injures du temps marquaient certes la toile.

L’atelier de Sébastien Graviassy, restaurateur rue Perchepinte à Toulouse, a remédié à cela.

Emplâtres et retouches au printemps 2019, au début de la restauration de l’œuvre, …

De la sorte, la galerie de l’Université peut se flatter de pouvoir exposer une belle pièce de plus. Sur proposition de la Mission Archives, elle a rejoint le bureau décanal (mai 2020).

Alexandre Mérignhac y est depuis dans la meilleure compagnie qui puisse être.

Alexandre Mérignhac après son passage entre des mains expertes (décembre 2019), en attente de transit de la rue Perchepinte à UT Capitole.

Philippe Delvit

Mai 2022

IMFT – Fonds photographique

Un nouvel inventaire vient d’être mis en ligne sur le site des archives départementales : Il s’agit d’un fonds de 592 photos provenant de l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse versées aux archives départementales. Ces photographies ont été numérisées et sont accessibles en ligne. Elles concernent le développement des bâtiments et laboratoires d’études des fluides, les expérimentations techniques, les manifestations officielles à l’IET, l’IMFT, l’ENSEEIHT de 1930 à 2007.

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