Les expéditions de Cook

3 voyages de Cook

Les voyages de Cook : le premier voyage est en rouge, le second en vert, le troisième en bleu. La route de l’équipage de Cook après sa mort est représentée par une ligne bleue en pointillés. (source : www.voyage-australie-nz.com)

Pourquoi entreprendre ces voyages ?

En 1763, à la fin de la guerre de Sept ans, dynamisées par leur expansion économique et démographique, les îles britanniques reprennent en main l’organisation et le financement des expéditions vers le Pacifique. Ce dernier est resté longtemps une tache blanche sur la carte. C’est pour les Européens l’endroit de tous les dangers, des plus grandes curiosités et de tous les espoirs. Son immensité, qui couvre près de la moitié de la surface totale des mers, la diversité de ses climats, la complexité de sa géographie, sont autant d’obstacles à la curiosité des navigateurs et des savants.

En 1768, la Royal Society charge James Cook d’explorer l’océan Pacifique Sud avec pour principales missions l’observation du transit de Vénus du 3 juin 1769 et la recherche d’un hypothétique continent austral. Il s’agit de partir à « la découverte de pays inconnus » et de développer « la connaissance de contrées lointaines déjà découvertes mais imparfaitement explorées » car « il y a des raisons de penser qu’un continent ou une terre très étendue existe au sud ». Selon les savants, ce continent se serait trouvé dans les hautes latitudes au sud de cet océan. La Royal Society, et particulièrement Alexander Dalrymple, sont persuadés de son existence et entendaient bien y faire flotter l’Union Jack avant tout autre drapeau européen.

Des expéditions soigneusement préparées

Pendant la guerre de sept ans, les exploits d’un capitaine cartographe, un certain James Cook, permirent à celui-ci de se forger une excellente réputation qui lui permit de se faire remarquer par la Royal Society qui souhaita alors l’engager pour un voyage d’exploration à objectif scientifique.

navire

Le Résolution, navire de James Cook, lors de son deuxième voyage entre 1772 et 1775. Aquarelle de Henry Roberts (1790) 20,3 x 31,5 Mitchell Library, Sydney. (source : gallica.bnf.fr)

Cook se distingue de ses prédécesseurs par le fait qu’il mit tout en œuvre pour éviter l’imprévu. Ses voyages ont un but purement scientifique, qu’il décida de privilégier au détriment du côté aventure. Il prépara soigneusement une logistique des étapes, ainsi que tout le matériel nécessaire à ces périples.

Il est également le premier, lors de son deuxième voyage, à emporter des montres, des chronomètres (horloge marine de John Harisson en 1759), afin de savoir l’heure qu’il était en Angleterre à tout endroit ainsi que son fuseau horaire. Des progrès sont aussi accomplis sous son impulsion en matière d’hygiène navale et de protection de la santé des équipages : grâce à des provisions de fruits, choucroute, de légumes confits dans le vinaigre, et en particulier de choux.

Il se fit accompagner d’une importante équipe d’artistes et de savants parmi lesquels le naturaliste et botaniste Joseph Banks, ainsi que les botanistes Daniel Solander et Herman Spöring. Leur présence était réellement le but du voyage : les résultats et conclusions auxquels ils parviendraient devaient en effet déterminer la réussite ou non de l’expédition.

Pour découvrir le continent austral, Cook choisit de recourir à un bateau qui ne risquait guère d’éveiller les soupçons, et à une mission d’observation astronomique comme couverture. Cook doutait cependant de l’existence même de ce continent. Il ne changea pas d’avis lors du deuxième voyage, car Cook appareilla cette fois encore à la tête de deux charbonniers, le Résolution qu’il commandait, accompagné de Tobias Furneaux à bord de l‘Adventure. Il était équipé d’un nouveau chronomètre de type K1, qui permettra un calcul précis de la longitude.

Les principales étapes des deux premiers voyages

L’Endeavour quitte le port de Plymouth en août 1768. Il traverse l’Atlantique et passe le cap Horn, pour entrer dans les eaux du Pacifique le 27 janvier 1769. Le navire jette l’ancre à Tahiti en juin 1769. Pendant les trois mois suivants, il effectue un relevé cartographique des côtes tahitiennes et décrit, par la même occasion, la faune et la flore.

Le passage de la planète Vénus observé avec succès le 3 juin 1769, et donc la première partie de son mandat étant accomplie, Cook quitte Tahiti le 9 août 1769 et se met en quête du continent austral. Mais les mauvaises conditions climatiques contraignent l’équipage à obliquer vers le Sud-Ouest. Grâce à l’aide d’un Tahitien nommé Tupaia, qui possédait des connaissances pointues de la géographie du Pacifique, Cook atteint la Nouvelle-Zélande le 6 octobre 1769. Le navire accoste à Poverty Bay, et James Cook devient le premier Européen à visiter cet archipel d’îles, qu’il déclare possession britannique.

Après l’exploration de l’Est de l’Australie, Cook reprend la direction de l’Angleterre le 12 juin 1771 et fait escale à divers endroits sur sa route : Nouvelle-Guinée, Java et cap de Bonne-Espérance. Plusieurs marins sont victimes du scorbut et c’est à ce moment-là que Cook instaure le régime alimentaire à base de fruits et de choucroute, qui sera par la suite prescrit pour tous les voyages en mer. A son retour, la Royal Society lui décerna la Médaille Copley pour avoir réussi à préserver la santé de son équipage. Cette première expédition dirigée par James Cook se termina toutefois sur un bilan mitigé  puisqu’il n’avait pu ni confirmer ni infirmer l’existence d’un continent au sud du Pacifique.

Au cours de son deuxième voyage, en 1773, Cook navigua pendant 171 jours à la recherche des glaces du Sud, mais ne rencontra pas le continent. Les températures négatives, les icebergs et les vents mordants qu’il endure pendant plusieurs mois le convainquirent que l’énigmatique continent austral rêvé par les géographes n’existait pas. Son équipage, épuisé, fut heureux de quitter les mers glacées pour retourner à Tahiti.

Cook décida alors d’aller explorer les mers du Sud encore peu connues et mit le cap sur les prétendues terres de Juan Fernandez dans l’Ouest du Pacifique Sud. Il aborde successivement à l’île de Pâques, aux îles Marquises, à la Nouvelle-Calédonie et aux îles Sandwich. Il décrit ces îles comme un lieu de paix. Il renomme l’Archipel des Grandes Cyclades, ainsi nommé par Bougainville, lui donnant le nom de Nouvelles-Hébrides après en avoir fait le relevé complet et en avoir découvert plusieurs autres.

En 1775, son rapport conclut clairement sur la non existence de la mythique Terra Australis. D’après lui, il n’existait pas de continent méridional de la taille de l’Asie mais seulement la grande masse glacée de la région antarctique. Bien que n’y ayant jamais débarqué, il comprit probablement en observant les fragments de roche contenus dans les icebergs qu’il y avait une masse terrestre plus au sud.

Un impact considérable

Les douze années que Cook consacra à naviguer dans le Pacifique apportèrent énormément de connaissances de la région aux Européens. Il découvrit plusieurs îles et cartographia avec précision de larges portions de côte. Dès son premier voyage, il fut capable de calculer précisément sa longitude, ce qui n’était pas du tout évident à l’époque car cela nécessitait de connaître l’heure avec exactitude non seulement à l’endroit occupé mais aussi à une longitude d’origine. Il se distingua de Bougainville et de Lapérouse par le fait qu’il n’accomplit pas un, mais trois voyages. Ses découvertes les plus marquantes furent la côte Est de l’Australie 20 avril 1770, et l’île de la Possession le 22 août qu’il revendique pour la couronne britannique pendant le premier voyage, ou la Géorgie du sud et les îles Sandwichs du sud, en 1773, pour le deuxième. Sa contribution à la connaissance du vivant fut également considérable : au total, trente mille spécimens de la flore et la faune pacifiques furent ramenés en Angleterre, sans compter tous les objets divers comme les armes et les vêtements, témoignage du mode de vie des populations des antipodes. Son influence sur Lapérouse, qui lui vouait une grande admiration, découle directement de ce bilan exceptionnel, encore magnifié par sa mort tragique.

Merveilles du Pacifiques (faune)

Découverte des merveilles du Pacifique [Tome I. Pl. en reg. p.ccxxii : première page du journal de Cook, conservé à la Commonwealth National Library de Canberra.] (source : gallica.bnf.fr)