La Défoule

En hommage à Mahsa Jina Amini et au peuple iranien.

Je revois la ville en feu et en martyre
Suffoquant sous le soleil et sous l’effroi,
Et j’entends dans le trafic les cris, les tirs
Qui éclatent et rebondissent autour de moi.

Et perdue parmi ces gens qui me percutent,
Démunie, condamnée, je reste là,
Quand soudain, je me retourne et je chute,
Et la foule vient me marcher sur les bras.

Relevée par cet homme plein de haine
Qui m’amène, écrasés l’un contre l’autre,
Nous ne formons qu’un seul corps,
Et le troupeau sans effort nous pousse, entrainés l’un et l’autre,
Et nous laisse tous deux évanouis, déchirés et fiévreux.

Entraînées par la foule qui balance
Et qui lance son fiel d’éthanol,
Nos yeux se mettent à brûler,
Et parfois poussées… nos corps blessés dégringolent
Et retombent alors évanouis, déchirés et fiévreux.

Nos cœurs morcelés dans un dernier soupir
S’étiolent et disparaissent dans un ultime émoi,
Mais soudain parmi le brouhaha des tirs,
Elles agitent leurs voiles du bout des bras.

Emportée par la police des mœurs qui la traîne
L’entraîne, vers un futur qui ne sera pas,
Petite sœur de lutte, jamais n’arrêteras,
Écoute ma voix, ne plie pas sous les coups des mollahs
Et je crie de douleur, de fureur et de rage et je pleure

Submergées par la houle, elles dansent,
S’en balancent qu’on les prenne pour des folles.
Elles résistent sans avoir peur du lendemain,
Lèvent leurs poings, maudissent un système camisole.
Femme, vie, liberté.

Eléa