Renaissance

Pour moi, l’amour était quelque chose de superflu. De futile. D’inconvénient. J’aurais craché au visage de Cupidon s’il s’était présenté devant moi. Pris ses flèches pour en faire un feu et me chauffer les mains. Les œuvres de fiction me paraissaient exagérées. Embellies. Ridicules. Le crucifix au vampire que j’étais.

Mon rêve était de finir vieille fille, dans un autre pays. Dans un petit appartement avec un mur couvert de livres. Accompagnée d’un café et de trois chats. Recluse, en paix. Buisson épineux renfermé sur lui-même.

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Puis tu m’as glissé un billet. Un petit papier blanc arraché avec précipitation, je suppose. Encre verte, sûrement la première qui t’es tombée sous la main. Tu me l’as tendu, tu t’es enfui la seconde d’après. J’imagine que les aiguillons du bosquet peuvent intimider.

J’ai encore cette note. Elle a été lessivée, tout comme mon âme. Malgré la saison, un nouveau bourgeon est apparu. Le premier depuis des lustres. Le gel dédaigneux a fondu. Renaissance inattendue.

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Raison de mes insomnies, objet de mes rêveries, je pense à toi à toute heure. Tu hantes mon esprit d’une manière curieusement chaleureuse. Comme la douceur des rayons de soleil, un matin d’avril. A l’heure où ceux-ci sont encore bas et dorés, et leurs reflets sur le tapis lilial de janvier éclatants. Le rosier pique, il semblerait que le soleil puisse en faire autant.

J’ai placé mon cœur entre tes mains. Je sais que tu en prendras soin. Toutefois, si les épines venaient à te blesser, ce que tu choisis d’en faire ne regarde que toi. Tu peux le garder, j’en serai ravie. Tu peux aussi le reposer et partir, je comprendrai. Il te suivra probablement, de loin, tel un chien errant que tu aurais nourri une fois. Ton nom restera gravé sur le médaillon pendant à son cou, un premier amour ne s’oublie pas.

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Quand je te regarde parler, j’ai envie de couvrir ton visage de baisers. De laisser la marque de mon rouge sur ta joue. De montrer au monde entier quelle chance j’ai. Je ne croyais pas être possessive, tu commences à déteindre sur moi.

Tu peux penser que je porte une grande attention aux détails. Je ne vois que des concordances. Encre de jade, couleur que j’adore. Chaleur des rayons solaires, flamme faisant fondre la glace recouvrant mon cœur. Je suis née en hiver, dans la neige et le froid ; toi au printemps, saison des floraisons et des amours.

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Le bourgeon commence à fleurir. Les pétales sont blancs, comme une toile. Prêts à accueillir le tableau que tu choisiras d’y peindre.

Rosier