On était posées en terrasse de notre bar préféré, juste venues pour boire un verre tranquille et critiquer la playlist du barman qui, visiblement, vivait encore émotionnellement en 2012. C’est là que Monsieur Beau-gosse est arrivé.
Le type s’est installé avec une assurance tellement grande qu’on aurait juré qu’il était carrément le propriétaire du trottoir. On n’y a pas prêté attention… jusqu’à ce que la première fille arrive. Une jolie brune, sourire Colgate, regard de « je suis tellement heureuse d’être ici ». Ils se sont installés, mains qui se frôlent, rires, tout ça. Cute, hein.
Elle est partie en lui laissant un bisou sur la joue. Très mignon.… jusqu’à ce qu’une blonde débarque cinq minutes plus tard.
On a d’abord cru à une sœur, une cousine, une livraison Uber Eats, n’importe quoi. Mais non. Même sourire. Même rapprochement. Même ambiance « on se connaît depuis deux heures mais ça suffit pour écrire un roman ».
– C’est moi ou c’est un replay ? a soufflé Léa.
– Non, non, c’est l’épisode 2 là, j’ai chuchoté.
On regardait ça comme si on assistait à un documentaire animalier :
« Le mâle en pleine démonstration de parade nuptiale. Remarquez le rituel parfaitement identique effectué avec minutie. »
La blonde part, puis vient la troisième : lunettes rondes, manteau long, air de quelqu’un qui pense avoir décroché le date parfait. Et nous… on a failli s’étouffer avec nos pailles.
Parce que là, le gars n’était même plus dans la tromperie : il était dans le speed-dating olympique. Trois rendez-vous en une après-midi, même table, même pose, même sourire. Honnêtement, on commençait presque à se dire qu’il avait des notes dans sa poche : la complimenter, faire des blagues, dire qu’il est un homme déconstruit. Par contre, la chose qu’il construit vraiment, c’est son planning de rendez-vous toutes les heures. C’était du théâtre, du vrai. On l’a observé jusqu’au bout : il a terminé sa troisième scène, s’est levé, a remis sa veste comme un acteur range son costume, et il est parti. Cool. Tranquille. Comme si ce n’était pas littéralement un marathon sentimental à ciel ouvert.
On est restées là, à moitié mortes de rire, à moitié choquées, avec l’impression d’avoir assisté à un spectacle gratuit.
– J’adore, on dirait le Bachelor, là !
– Je sais pas si je le hais ou si j’admire sa productivité, en fait, je m’exclamais.
Franchement, on n’était pas venues pour ça. Mais on n’allait pas se plaindre : c’était plus divertissant que Netflix.
Laurine