J’ai lu un jour qu’une photo, c’est que de la lumière et du temps. J’y pense depuis.
Une photo c’est donc un fragment de moment, autrement dit une tentative furtive d’immortaliser ce qui est voué à passer.
Après réflexion, on peut dire qu’il y a les moments beaux et les moments rigolos.
Il y a ceux qui marquent et ceux qui partent, sans faire de bruit.
Je sais pas vous, mais tous ont leur place quelque part dans mon appart, disposés soigneusement dans un cadre, ou punaisés, mais pas moins inclinés, sur mon panneau de liège préféré.
Je trouve qu’il y a quand même de la beauté dans un cliché décalé, dans un sourire si grand qu’il se tord pour prendre tout l’écran.
Puis il y a les photos qui sont dites « ratées », celles qu’on préférerait oublier. Celles qu’on fait semblant d’ignorer quand la diapo prend son temps pour défiler.
Il y a les photos d’enfance, qui humilient jusqu’à ce qu’on en rie.
Puis les photos d’adolescence, qui humilieront jusqu’à ce qu’on en ait fini.
Enfin, il y a les photos d’antan, devant lesquelles on languit parce que « tout était mieux avant. »
Des photos en noir et blanc, avec du grain, qui renferment le temps dans un écrin.
À l’occasion, on en fait des albums. On les collectionne, ces moments de vie.
Mais parfois on prend juste pas le temps, après tout on en a tellement, de photos, qu’on en fait des montagnes. Des montagnes d’instants qui n’ont jamais été faits que pour passer, l’un après l’autre, sans être isolés. Parce que, oui, c’est bien de capturer, c’est beau un sourire figé, mais depuis le « clic », le temps, lui, ne s’est pas arrêté.
Enfin bon, si je regarde autour de moi, c’est vrai que ma chambre, c’est un peu une projection de mon cœur. Un hublot qui permet de voir comment ça se passe à l’intérieur. Puis mon cœur, c’est un peu un musée de ma vie, et un musée sans art c’est plus un musée ; alors, imaginer ma chambre sans photos, ce serait un peu abuser.
Tout ça pour dire que je suis arrivée à la dernière page de mon album photo, enfin, jusqu’au prochain.
Assise par terre en tailleur, je dois avouer que je sens le temps qui regarde par-dessus mon épaule.
Il tend la main pour attraper mon moment, mais je ferme mon album avant.
Je repose l’écrin volumineux dans son emplacement quelque peu poussiéreux, et je regarde derrière moi, mais le temps n’est déjà plus là. Alors, je me lève pour éteindre la lumière et ferme la porte en sortant.
Une partie de moi aimerait croire que j’ai enfermé le temps avec tous ses fragments, entre deux pages de papier cristal.
Mais l’autre sait que le temps m’a déjà passé devant, et qu’il est grand temps d’aller capturer la lumière et le temps restant.
emma