Laissez leur chance aux sons

les yeux fermés

l’ouïe éveillée

les oiseaux ne chantent

que lorsqu’ils se sentent

en sécurité

les hommes chantent

de moins en moins

bruits graves ou aigus

longs ou courts

je me demande ce que ça fait

d’être sourd

d’être aveugle à la superposition

des sons

de ne pas entendre les chevaux

traversant un cours d’eau

de ne pas pouvoir les voir

sans même regarder

de ne pas être perplexe

face à cette symphonie complexe

de secrets cachés en plein jour

murmurés à qui veut bien les entendre

entre deux écoutes je me rappelle

que dehors les sons s’entassent

mais que ces quatre murs forment un sas

isolés, on se croirait presque protégé

puis les gouttes de pluie tombent

et l’orage gronde

comme pour nous rappeler que nos murs

sont de papier

les aigles battent des ailes

les sangliers remuent les feuilles

les chouettes chantent à tue-tête

on entend tout

on est partout

à la cime

et à la racine

face à l’immensité

il n’y a rien de plus concis

que l’ouïe

mais aujourd’hui

dans leur abondance et leur redondance

les sons sont nos amis

on n’est pas sourd

alors on se doit

de tendre l’oreille

de leur laisser une chance

d’être compris

emma