La dernière histoire de Père Castor

– Père Castor, on veut une histoire !

Le vieux castor se redressa dans son fauteuil, ses trois enfants assis autour de lui.

– D’accord, les enfants, je vais vous raconter une histoire, mais il faut d’abord que vous m’ameniez mon livre et mes lunettes !

Câline fut la première à se lever pour attraper sur l’étagère le gros livre de contes de Père Castor, tandis que Benjamin et Grignote se disputaient pour savoir qui trouverait les lunettes en premier.

Une fois les lunettes sur le nez de Père Castor et son épais livre sur les genoux, les trois enfants s’assirent devant lui, attendant impatiemment l’histoire du jour.

– Aujourd’hui, nous allons lire un conte que vous ne connaissez pas, c’est mon arrière-grand-père qui me l’a lu quand j’avais votre âge ! Tout commence il y a fort fort longtemps, dans une petite ville du sud de la France. A cette époque-là, une grand-mère, Fanfan, était réveilleuse, elle se levait très tôt le matin et réveillait les habitants de son village de province pour qu’ils puissent à leur tour aller travailler. Fanfan était amie avec une troupe de danseuses qui dormaient ensemble dans un dortoir. Un jour, enfin plutôt une nuit, les danseuses regagnèrent leur dortoir, épuisées de leur dure journée de labeur, et se couchèrent. Mais une d’entre elles, Marguerite, s’écria soudainement : « AHHHHHHHH ! IL Y A UN PAPILLON SUR MON OREILLER ! » Les filles sortirent de leur torpeur, paniquées, et voulurent fuir le dortoir. Manque de chance, dans la précipitation le papillon se posa sur Marguerite, la faisant aussitôt mourir de terreur !

– Elle fait peur ton histoire, Père Castor !

– Il faut vous endurcir un peu, les enfants ! Bon, je continue mon histoire ! Après avoir touché Marguerite, le papillon se posa sur les sept autres jeunes filles, les faisant tomber une par une comme des mouches. Le lendemain, Fanfan vint les tirer de leur sommeil, mais en vain. Elle ne vit que le papillon qui sortit du dortoir, il semblait mal en point, une de ses ailes était presque déchirée, l’empêchant de voler gracieusement. Fanfan décida donc de le recueillir et de le soigner. Le soir même, à minuit pile, elle entendit un grand bruit sourd dans sa cuisine. Elle se leva, inquiète, et vit les fantômes des huit danseuses virevolter dans sa cuisine. « Que faites-vous là, Mesdames ? » s’écria-t-elle. Les jeune femmes ne répondirent pas, mais se lancèrent à sa poursuite, d’abord dans toute sa maison, puis dans toute la ville, l’obligeant à courir sans cesse !

– J’AI PEUR ! JE VEUX PAS DE CETTE HISTOIRE ! hurla Câline en pleurs.

Père Castor ne releva pas la remarque de sa fille, et continua son histoire face à une Câline apeurée, un Benjamin en larmes et une Grignote absorbée par le conte.

– Plus les heures passaient, plus les fantômes des danseuses devenaient agressifs et se transformaient en bêtes immondes. L’une avait un troisième bras, une autre la tête qui pivotait jusque dans son dos, une autre encore n’avait plus d’articulations, chacune d’entre elles étaient une sorte d’esprit mutant qu’il serait impossible de décrire. A la fin de la nuit, alors que Fanfan essayait de revenir chez elle, elle vit le papillon qu’elle avait sauvé le matin même. Ce même papillon était à présent aussi gros qu’un corbeau, avec des ailes luisantes et colorées. La vieille dame comprit alors que le papillon était mutant, et qu’il n’allait pas tarder à la dévorer. Alors elle se laissa encercler par les fantômes devenus d’horribles monstres blanchâtres, et le papillon se posa enfin sur sa tête, la dévorant d’un coup !

– PLUS JAMAIS TU NOUS LIRAS D’HISTOIRES, PÈRE CASTOR ! hurlèrent les trois enfants, en chœur et en pleurs.

Mandy