Eau de H2O, parfum de Paco Astro

Plus haut que moi, toujours plus haut que moi se trouve de l’eau en constante suspension. C’est toujours le regard levé que je la vois. Telle qu’elle advient au nuage puis en tombe goutte par goutte, devenue une entité à part entière de ce nimbus, comme une altération de celui-ci.

A la fois ruisselante, brumeuse et clémente sur le miroir quand elle est chaleureuse (délicieuse bénédiction, croyez-le), douce, immaculée et glacée à l’extérieur, mais aussi givrée, imprévisible et grinçante de temps à autre.

A l’intérieur imbutus, se mêle l’atome d’oxygène aux deux atomes d’hydrogène, s’unissant, tournoyant et ne formant plus qu’une molécule : se caressant comme deux amants, tourbillonnant, dansant, n’étant plus à chaque instant qu’un seul corpuscule à deux cœurs embrasés, enivrés dans un flot d’ivresse, ne faisant désormais plus qu’un. À jamais unis. Telle est leur nécessité absolue : à jamais n’être plus qu’un.

On pourrait penser que cette fusion est insensée, à cause du processus de l’union impérieuse des deux noyaux atomiques qui l’obsède impérativement pour être et devenir H2O.

Certes, chacun doit connaître cette formule chimique, qui toujours et de toutes parts, est la molécule d’eau quel que soit son état. Cette glace, à la forme solide, par exemple, se montre salutaire, bienfaitrice, miraculeusement rafraîchissante, dans son désir de désaltérer et séduire le buveur bien pensif, absorbé, fasciné par la translucidité de ce simple glaçon au fond de son verre, et si elle s’y trouve en un jour d’été chaud, elle préférera changer sa forme, se transformer en état liquide plutôt que de changer sa formule H2O. Mais notons qu’elle joue, dans une certaine objectivité et quelque désinvolture, avec sa formule, elle s’amuse de son état : elle ne se perd pas, elle ne se crée pas, elle se transforme.

Il existe en elle cette propension à se distraire, à se changer, à se camoufler avec une grande autodérision.

Solide, liquide, gazeuse, l’eau préfère n’obéir qu’à son composé immuable plutôt que maintenir sa forme. Elle qui perd toute bienséance à cause de ce comportement farfelu, de cette attitude extravagante, joyeuse, fantasque et puérile. Paradoxe qui la rend bizarre, sa conscience morale : devoir servir le Monde. Exit la désinvolture, telle une obsession maladive quasi schizophrénique, avec son alter ego ; bipolarité ou dissociation, dépersonnalisation et détachement, féroces hallucinations auditives, par exemple ; obsédantes ou inconstantes, inconstantes et obsédantes, obsédantes et obsessions, obsessions diaboliques ; tourments qui font de l’eau ce qu’ils veulent, mesquins supplices ; si bien qu’ils peuvent faire d’elle ce qu’ils veulent et conduisent l’eau à servir, subissant son état afin que le Monde en profite : une captive.

… Cependant son exclusivité, son besoin vital pour l’humanité toute entière rendent fous de jalousie d’autres astres, notamment le Soleil qui voulant toujours luire de toute sa splendeur et garder la lumière sur lui, s’emploie à torturer et persécuter l’eau. Quoi de plus jouissif pour lui que de ridiculiser l’eau lorsqu’elle est au plus mal et affaiblie par le réchauffement climatique ? Le Soleil peut donc jouer également et lui faire ressentir sa force, son autorité. Il la condamne à accélérer sur la pédale, à aller toujours plus vite pour remplir les nappes phréatiques, car il fait régulièrement référence à l’horloge de l’Apocalypse pour l’affoler, il la traite comme une marathonienne qui serait à sa merci.

Je sors de l’appartement et la neige, dans toute sa délicatesse, m’échappe… glisse entre mes mains. Et encore ! Il se produit, perpétuellement, continuellement, la même conséquence : il n’en reste aux mains qu’une perle luisante, une précieuse chose qui, dans son éphémérité, laisse place dorénavant à un printemps naissant.

Elle m’échappe et cependant m’a marquée comme à son habitude, toujours émerveillée par ce phénomène, sans que j’y puisse mais : la nature fait de si belles merveilles.

Idéologiquement, c’est le même principe : elle m’échappe, échappe à toute limite, mais laisse toujours une trace indélébile, inoubliable.

Inquiétude de l’eau vis-à-vis de l’Homme : fidélité naïve, respect inégal et loyauté non réciproque. D’un premier abord, l’eau semble espiègle et amusante à sa vue ou à son contact ; tout un chacun a adoré, un jour, sauter à pieds joints dans une flaque d’eau : nous avons bien ri, elle et moi! Que de souvenirs plaisants à lancer des boules de neige et que de moments agréables et ludiques passés avec toi. Toi, eau, qui suis l’Homme et qui le suis à travers les âges. Êtes-vous les meilleurs amis ou êtes-vous les deux amants, tels les atomes, qui constituent la molécule de H2O ? Cet amour est-il partagé avec sincérité ? Toi, docile, qui vas où l’on t’amène, qui t’adaptes et changes, obéissante, ta trajectoire selon la dénivellation.

Alizé