Le vin de Gaillac et sa consommation

La consommation est un des phénomènes essentiels à la compréhension de l’économie du vin aux époques Antiques et Médiévale. Le vin est utilisé pour les cultes aux dieux comme par exemple dans les sacrifices, cet acte religieux permet le soutient et la protection du dieu receveur de l’offrande, il est donc surtout utilisé en tant que tel ou comme libation durant l’Antiquité. Ainsi, il représente par la suite le sang du Christ. C’est notamment le cas dans la transsubstantiation. Les religieux, comme les moines bénédictins, cultivent la vigne et comptent parmi les plus gros consommateurs, en effet, un quart de litre était dédié à chaque moine quotidiennement. Le vin était également offert aux voyageurs, en guise d’hospitalité. Cet élément peut expliquer le fait que les vignes étaient essentiellement détenues par des ecclésiastiques. Le vin utilisé pour la messe doit être écrasé avec force. C’est ce que l’on appelle le martyre du vin, qui est censé rappeler le mal qui a été fait au Christ. Sous Charlemagne, les fidèles apportaient leur vin et leur pain aux prêtres pour qu’ils les consacrent. De plus, aux XIIe et XIIIe siècles, seul le prêtre avait droit au vin de messe. Ce dernier était rouge, rappelant le sang du Christ. La couleur permet de le différencier de l’eau qui a été retirée de la cérémonie chrétienne après que les Aquariens aient été déclarés hérétiques au IIIe siècle, pour avoir utilisé de l’eau dans le sacrement de l’Eucharistie.

Athènes, musée cycladique, libation vers 370 av JC

Dès l’Antiquité, le vin occupait déjà une place importante dans les fêtes religieuses. Nous pouvons citer comme exemple celui des Dionysies chez les Grecs et des Bacchanales chez les Romains qui sont des fêtes axées sur le dieu du vin et de la fête, respectivement Dionysos et Bacchus. Ainsi, lors des fêtes religieuses, le vin tient une place centrale sur la table des sociétés antiques et médiévales.

A l’époque médiévale, dans la société d’ordre, le clergé appartient à une frange plutôt privilégiée même si on observe des disparités entre le haut et bas clergé. Celui-ci consomme une quantité non-négligeable de vin, même si les abbayes, et notamment celle de Saint-Michel à Gaillac, en vendent aussi beaucoup. Les rois et les seigneurs achetaient le vin et d’ailleurs, on sait que le Gaillac parvenait jusqu’à la cours du roi d’Angleterre par le biais du port de Bordeaux, territoire sous domination anglaise du XIIIe au XVe siècle. Le Gaillacois est particulièrement apprécié à Rome ainsi que dans les cités grecques de l’extrême occident comme par exemple Marseille. Afin d’être consommé, le vin était souvent mélangé avec des épices et avec de l’eau dans des cratères.

Moine goûtant du vin dans un cellier. D’Aldobrandino de Siena, Li Livres dou sante, fin XIIIe siècle, Sloane 2435, folio 44v. British Library, Londres.

Le vin avait une toute autre utilité dans les milieux populaires. En effet, durant l’Antiquité et le Moyen-Âge, à la différence de l’eau pas toujours saine, le vin est une ressource plus sûre. Le vin, dilué et mélangé à d’autres ingrédients, peut aussi servir de médicament préventif. Les vins rouges sont utilisés lors des saignées, des maladies sanglantes ou bien pour soigner les blessures. Le vin rouge était aussi distribué aux femmes venant d’accoucher, aux nourrices dont le lait se tarissait ainsi qu’aux personnes convalescentes. De plus, le vin est réputé pour ses bienfaits lors de la digestion. Egalement utilisé chez les enfants, en tant qu’anti-diarrhéique et vermifuge, il est toutefois déconseillé aux personnes qui souffrent du foie ou de maladies biliaires. Pour obtenir des potions comportant des vertus thérapeutiques, le vin peut être mélangé avec d’autres aliments. Les vins purs, ou piquettes, sont utilisés en grande partie comme boisson de consommation. A l’époque médiévale, ce sont les apothicaires qui préparent et vendent des breuvages et des médicaments pour les malades. Mais ces vins médicinaux, qui sont des vins où l’on ajoute du miel et des épices, sont surtout destinés aux plaisirs de la table plus qu’a l’usage thérapeutique. Les principaux remèdes avec du vin qui se vendent pour leur usage thérapeutique par les apothicaires sont les vins d’absinthe, d’acacia, de grenade, de coings et de mûres.

Le vin relève finalement plus de la convivialité et du quotidien que de la thérapeutique, même pour les vins médicinaux. Le vin s’est progressivement installé sur la table de la population rurale et urbaine. Les vins blancs ont un rôle actif de véhicule en raison de leur grande subtilité. Le vin rouge, quant à lui, est plus épais et est crédité d’un pouvoir nourrissant. Celui-ci est consommé de manière « vivrière » par les classes sociales populaires avec l’association de la « soupe », terme désignant les tranches de pain que l’on trempait dans le breuvage. Le vin est un produit central dans l’alimentation paysanne que l’on peu résumer par ces trois termes : « le pain, le vin et le companage ». Le vin, également utilisé en cuisine, est l’un des ingrédients favoris des maîtres-queux médiévaux. En effet, ces derniers ajoutent a leurs plats, du verjus, du vinaigre mais aussi du raisin lui-même. Les matériaux, les inscriptions ou encore les motifs soulignent l’importance du vin dans les anciennes sociétés. Certains objets étaient fabriqués dans le but de faire rire la tablée, comme les pots surprises ou les verres trompeurs, mettant en difficulté le consommateur.

Le vin, de l’église aux tavernes, enluminure tirée du Missel de Jacques de Beaune, Jean Bourdichon, début XVe siècle

 

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